Dessiller les yeux (bleus) de Parisot

Publié: mars 1, 2009 dans 1

Chasseurs de primes…

La prime exceptionnelle de 500 euros pour les salariés ayant travaillé deux à quatre mois, adoptée lors du sommet social et qui sera effective dès avril, n’a pas les faveurs de Laurence Parisot pour qui « On donne le sentiment de traiter les jeunes comme des chasseurs de primes ». Il est vrai qu’il est bien mieux de ne pas leur donner de primes et de leur réserver, après moult « diagnostics d’employabilité » et périodes d’essai pour tester leur « savoir-être », des contrats de travail – strapontins et/ou éjectables. Il serait intéressant de connaître les primes de Laurence Parisot… qui doit souffrir d’être traitée comme un chasseur de primes.

A Canal +, Martin Hirsh lui a répondu vendredi : « Laurence Parisot, les jeunes sont chasseurs d’emplois et arrêtez de leur tirer dessus, les jeunes sont chasseurs de boulot (…) Ils ne sont pas à demander des primes, je crois que c’est une méconnaissance des jeunes. » Rappelons que les jeunes actifs de moins de 25 ans sont deux à cinq fois plus touchés par le chômage que la moyenne, mais ne représentent que 15 % des 1,8 million de chômeurs indemnisés par l’assurance-chômage.

Au nom de la loi…

S’agissant de chasseurs de primes, s’il y a une organisation qui devrait pourtant adopter un profil très-très bas, c’est bien le Medef. C’est peu de le dire. Rappelons-nous, c’était il y a moins d’un an, (sur ce blog, « Une tumeur au cerveau : l’exemplarité des élites », 17 mai 2008 et « Maximum vieillesse et bateau ivre », 12 avril 2008) : le « DAB » (distributeur automatique de billets) Denis Gautier-Sauvagnac en charge d’une « caisse de secours » à l’UIMM et versant des compléments de retraite en liquide à ses dirigeants nécessiteux. Ainsi, jusqu’en 2007, François Ceyrac avait perçu mensuellement 5000 euros en liquide de « complément de retraite ». Sans ce secours, non déclaré donc non-imposable, François Ceyrac, ancien président du CNPF (l’ancêtre du Medef), piqué au mysticisme, à l’astrologie et à la numérologie, et aujourd’hui âgé de 96 ans, ne serait probablement pas parvenu à joindre les deux bouts… même logé à titre gracieux dans une villa au Vésinet appartenant à l’UIMM.  Là où n’est pas logée cette caissière allemande qui, travaillant depuis plus de trente ans dans le même supermarché berlinois, a été renvoyée pour avoir utilisé deux bons de consigne oubliés par un client. soit 1,30 euro.

Uniquement pour escroquerie…

Laurence Parisot ne manque pas de culot. Mais, sans doute, est-elle en empathie avec ses adhérents, comme elle rétifs aux primes… sauf pour eux bien sûr. Ainsi le patron d’Ardennes Forge, dans la vallée de la Meuse, est-il mis en examen  pour avoir empoché des subsides de l’État destinés à des formations. Il n’est d’ailleurs pas seul puisqu’un de ses collaborateurs a, comme lui, été mis en examen… « mais uniquement pour escroquerie, indique-t-on au parquet » (Le Monde, 28 février 2009). Uniquement pour escroquerie ? Ouf,  l’honneur est sauf.

Des mots pour le dire…

Deux pages sur la « Psychanalyse de la crise » dans Le Monde du 28 février avec en particulier deux articles remarquables.

– Sur le crédit – « Nous sommes devenus les gestionnaires de nos propres jouissances » – par Zygmunt Bauman, sociologue et auteur de S’acheter une vie (2008, éditions Jacqueline Chambon) : « Le capitalisme est par définition un système parasitaire. Comme tout parasite, il s’attache à un organisme encore sain et prospère à ses dépens. » C’est étonnant comme réapparaît un vocabulaire qui avait disparu sous l’effet de La propagande du quotidien (Éric Hazan, 2006, éditions Raisons d’agir) : « capitalisme », « opprimés », « aliénation », etc. La crise a ceci de bon qu’elle souffle sur le rideau de fumée de la société du spectacle. On voit ce qu’il y a derrière et c’est un bon début car, comme le disait Michel Foucault, « Puisque toutes choses ont été faites, elles peuvent être défaites, à condition qu’on sache comment elles ont été faites. » Construction, déconstruction, reconstruction.

– Précisément, autre article : « Le glas a sonné pour le libéralisme sauvage », pour Robert Castel la crise « a dessillé les yeux de beaucoup. » Celles et ceux qui n’ont pas lu Robert Castel – c’est dommage – trouveront en une page un condensé de ses thèses sur le précariat, l’insécurité sociale, etc. Conclusion : « Que faire de cette prise de conscience ? A minima et entre autres, reprendre et poursuivre avec détermination le chantier de la lutte contre la précarisation du travail et de la dégradation de l’emploi, qui représentent aujourd’hui un terrain stratégique pour domestiquer le marché. »

Côté insertion, les rédacteurs du « manifeste » qui devrait un de ces jours être rendu public ont en tout cas de quoi dire, du grain à moudre.

 

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commentaires
  1. Mike dit :

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  2. Labbe dit :

    J’ai lu les mêmes pages du Monde et c’est le côté + de la crise de nous amener ces embruns vivifiants, ce flot d’interrogations que la pratique du surf avait eu tendance à noyer sous l’épaisse écume des certitudes des gens bien élevés ! Pardon pour les références marines.

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