Du métier en mission locale

Publié: février 27, 2009 dans 1

Une contribution de Jean-Christophe qui demanderait sans doute des précisions. Ainsi, je ne comprends pas  « la fin d’une soit-disante approche globale ». Faut-il penser que cette approche n’a jamais existé, qu’elle n’existe plus ou qu’il est souhaitable d’en finir avec elle ?  Quant au fait que « ce métier flou a besoin d’une redéfinition », sans doute et il me semble que la branche s’attelle actuellement à une redéfinition non pas exclusivement du métier de conseiller mais des différents emplois (dont certains, très répandus, n’existent pas dans la convention collective). Jean-Christophe parle également de « mandat au sens de Hughes ». Comme tous ne sont pas sensés connaître et le concept et son interactionniste d’auteur (professeur d’un sociologue maintes fois cité sur ce blog pour son ouvrage Outsiders), j’ai choisi la facilité : Wikipédia (http://fr.wikipedia.org/wiki/Everett_Hughes). L’article me semble bien construit, lisible… Pourquoi s’en priver ?

Jean-Christophe…

« C’est au niveau de la définition du rôle professionnel des conseillers que doit être repensée la mission locale. Une professionnalisation par un diplôme et la fin d’une soit-disante « approche globale ». Qu’est le mandat (au sens de Hughes) d’un conseiller, est ce que c’est fournir une prestation de service, le socialiser institutionnellement ? Ou c’est l’occuper. Ce métier flou a besoin d’une redéfinition. »

Wikipédia…

« Cherrington Hughes (18971983) est l’un des principaux représentants de la pensée sociologique de l’école de Chicago, courant de pensée sociologique apparu au début du xxe siècle aux États-Unis.

Hughes et Herbert Blumer ont contribué à la seconde période de l’École de Chicago, soit celle qui suit directement les recherches et enseignements de Robert Ezra Park, Ernest Burgess, W.I. Thomas et F. Znaniecki ainsi que dans une autre mesure Albion Small et George Herbert Mead. Erving Goffman et Howard Becker ont été ses élèves. Tout comme William Lloyd Warner, Hughes était considéré comme un sociologue qui alliait autant études empiriques et réflexions théoriques.

Entre 1927 et 1938, Hughes enseigne la sociologie à l’Université McGill à Montréal. Il profitera de son séjour à Montréal pour étudier la société canadienne-française. Il collabore avec Georges-Henri Lévesque et publie en 1943 un ouvrage qui porte sur la ville de Drummondville dans l’est de la province de Québec. Cet ouvrage intitulé French Canada in Transition aborde la question de l’industrialisation des régions rurales.

Mais Everett C. Hughes est également connu pour ses recherches sur le travail. Le travail pour Hughes est un objet de la plus haute importance puisqu’il permet d’étudier les relations entre les individus. En effet, étudier le travail, c’est étudier les arrangements sociaux et psycho-sociaux. Le travail et son environnement sont un terrain intéressant puisqu’il permet d’examiner les processus d’acceptation, de tolérance et de valorisation face aux autres. Pour Hughes, les statuts ne sont pas définis a priori, ils naissent de l’interaction des acteurs qui ont des rôles sociaux différents.

Afin de comprendre la division du travail, Hughes propose de dégager différentes notions que sont : la profession, les métiers, le « sale boulot », la licence et le mandat.

Hughes part du principe selon lequel un travail est composé d’activités honorables et moins honorables ; ces dernières sont nommées « sale boulot ». Au cours des interactions, les individus chercheront sans cesse à déléguer à d’autres leur part de « sale boulot ». Dans un secteur professionnel donné, on pourra dès lors distinguer une profession et des métiers en fonction du degré de « sale boulot » qu’ils contiennent.

La profession est une activité qui nécessite de hautes qualifications, mais qui a également été l’objet d’un travail intense, de la part des individus, visant à déléguer à d’autres la part de « sale boulot » lui incombant, accroissant ainsi sont honorabilité ; on peut dire que le métier est l’activité professionnelle la plus prestigieuse au sein d’un secteur particulier.

Les métiers se situent à la périphérie de la profession et cherchent à leur tour, à se rejeter mutuellement le « sale boulot ». Les métiers se livrent une lutte afin de se rapprocher le plus possible de la profession ; car plus l’activité pratiquée par le métier est proche de celle de la profession, plus l’aura honorable de cette dernière se projette sur la sienne.

Hughes propose ensuite d’introduire la notion de licence ; elle est l’apanage des professions, ce sont des titres qui viennent légitimer la profession aux yeux du groupe social. Cette licence est un ensemble d’activités exclusives à la profession (actes notariés par exemple), le droit d’accomplir des tâches dangereuses (les chirurgiens par exemple) et le droit d’exclure un tiers de la profession. Les détenteurs d’une licence vont revendiquer le droit à exercer un mandat, c’est-à-dire le contrôle du contenu de son travail, mais également de celui des métiers. »

Emploi et métier, la confusion…

Alors, conseiller de mission locale : sale boulot, métier, profession ? Et, dans la mission locale, où est le « sale boulot » ? Certainement en dehors de la situation symboliquement valorisée, l’entretien d’accompagnement en face-à-face. Geneviève Latreille, dans La naissance des métiers en France. 1950-1975. Étude psychosociale (1980, Presses Universitaires de Lyon), estimait que les métiers pouvaient se développer à partir d’un emploi à trois conditions : l’existence d’une formation spécifique, la reconnaissance du métier par autrui et le regroupement des personnes concernées (créant un « secteur », un « domaine »). A ces critères on pourrait ajouter l’existence d’une déontologie ainsi que celle d’une instance en charge de l’appliquer (un « ordre » par exemple), l’existence également d’un corpus théorique stabilisé et partagé, des méthodes éprouvés et communément mobilisées par tous les membres d’un même métier. Michèle Descolonges, dans Qu’est-ce qu’un métier ? (1996, Presses Universitaires de France), écrivait « Signes de troubles et peut-être tribut versé à la subjectivité des agents, les termes d’emploi et de métier se trouvent indifféremment usités par des entreprises et des institutions, à la faveur de politiques de planification de la main d’œuvre. »

Sacrifier l’essentiel à l’urgence…

Médiocrement confiant dans ma mémoire, je me suis plongé dans la convention collective nationale. Chacun connaît les « emplois repères » mais ceux-ci s’inscrivent dans des « métiers » qui, en fait, recouvrent un ensemble d’activités coordonnées sur la base d’une logique propre interne (on pourrait presque parler de « paradigme professionnel ») : « insertion sociale et professionnelle », « information – communication », « gestion » et « encadrement ». On est loin des métiers tels que Hughes, Latreille et Descolonges en parlent. Quant au corpus théorique commun ou à la déontologie, cela sera (peut-être, éventuellement) vu… après Parcours 3, 4, 5, 6, etc. D’ici là, soyons-en certains, d’autres urgences se seront présentées/imposées (CPO and co) et, à la manière de la file d’attente où les jeunes les moins qualifiés voient leurs places sans cesse dépassées, à l’essentiel sera préférée l’urgence. 

Ainsi va la vie des missions locales.  

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commentaires
  1. Jean-Christophe dit :

    Les métiers flous sont une référence à l’ouvrage de Gilles Jeannot à partir duquel on peut dire que le métier de CISP est flou : 1 l’hétérogénéité des expériences et qualifications, 2 les représentations subjectives pour chaque CISP de l’accompagnement personnalisé et 3 les situations non identiques des jeunes.

    Je pense que qu’il faut penser et classer (Cf le romancier George Pérec)ce métier de l’insertion, en s’attachant à modéliser un modèle professionnel relationnel avec les jeunes.

    Le flou provient selon moi parce que le métier de conseiller mission locale a été créé suite à l’échec de mises à disposition et de l’institution métasecteur (cf guérin-plantin)Ce dispositif n’a pas été pensé un profil type mais pour une multitude d’individus aux cultures professionnelles éloignées.

    Selon moi l’approche global n’existe pas car 90% du travail des conseillers se résume à l’insertion professionnelle par des positionnements sur des formations, des contrats, des remises à niveau ou des ateliers recherche d’emploi. L’insertion sociale constitue une part peu importante au travers du montage de dossiers FAJ ou FIPJ. Bien sûr l’insertion sociale au sens large peut intégrer le travail normatif censé rendre les jeunes plus employables : autonomie, responsabilité et assiduité.

    Merci monsieur Philippe Labbé de la liberté d’expression laissée sur ce blog, à votre disposition pour des articles (je prépare un mémoire de sociologie sur les CISP et j’ai quelques critiques à faire sur le contrat d’autonomie.

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