Placement en emploi : les missions locales « à la ramasse » ? 2/3

Publié: février 26, 2009 dans Insertion/missions locales

Suite de l’analyse de l’étude du CEE, Spécialisation et efficacité des intermédiaires du placement (janvier 2009) avec le chapitre 2, « La segmentation du « marché du placement » selon la logique du recours aux intermédiaires » qui poursuit deux objectifs : connaître, d’une part, la logique qui prévaut au recours à une agence publique ou privée et, d’autre part, les attentes de l’entreprise vis-à-vis de l’intermédiaire.

Canots et monocoques…

55,5% des recrutements passent par un recours à au moins un des sept intermédiaires que sont l’ANPE, l’Apec, une mission locale ou un autre intermédiaire du service public (PLIE, collectivité…), une école, l’université ou un organisme de formation, un organisme professionnel (chambre de commerce…), un cabinet de recrutement, une société d’intérim. La prospection directe par petites annonces correspond à 9,1% des procédures et les 35,4% restants se font sans intermédiation ou prospection marchande (réseaux propres). Outre la recherche de candidats, s’adresser à un intermédiaire est fortement corrélé à une recherche d’obtention d’une aide financière.

Parmi ces 55,5% de recours à l’intermédiation, c’est l’ANPE qui se taille la part du lion avec 77% des procédures, les autres intermédiaires publics, dont les missions locales, représentant 13,5% de celles-ci. Des variations significatives s’observent suivant les fonctions des emplois recherchés : « Les missions locales et autres intermédiaires du service public sont nettement sur le segment d’une main d’œuvre ouvrière peu qualifiée dans les fonctions de la production mais aussi de la manutention. » Or, qu’attend un employeur lorsqu’il recrute un jeune où la qualification n’est pas un critère discriminant ? Qu’il offre une force de travail suffisante, répondant aux tâches justifiant le recrutement. D’autre part, dans la mesure où l’employeur imagine assez facilement que le faible niveau de qualification pourrait s’accompagner de difficultés sociales, il attend que ces dernières – réelles ou fausses mais soupçonnées – ne soient pas son affaire, ne viennent pas perturber la productivité attendue. Là, sans doute, est un engagement probant de la mission locale : le règlement, la prise en charge de tous ces problèmes supposés ou réels tels que la mobilité, le respect des horaires, une sociabilité suffisante, etc. Toutes choses qui relèvent « souvent davantage de l’action sociale que du système scolaire ou de la formation professionnelle. » (1)

A l’inverse, les organismes professionnels (consulaire…) et les ETT opèrent sur le segment de la main d’œuvre ouvrière qualifiée. L’Apec, les cabinets de recrutement et les structures scolaires ou universitaires sont plus concentrés sur les fonctions du tertiaire. Il y a donc, selon les termes du CEE, « une segmentation du « marché du placement », chaque intermédiaire détenant sur son segment des compétences de prospection et d’évaluation des qualifications et fonctions correspondantes. » Au regard de ce que chacun connaît quant à la corrélation entre le niveau de formation et la qualification sur les probabilités d’accéder au marché de l’emploi, on peut d’ores et déjà en conclure qu’une évaluation comparative des « performances » (notion chère aux institutions publiques soucieuses de la rentabilité de leurs subventions) ne peut raisonner toutes choses étant égales : comme dans une course au large, certains ont des handicaps (taille du bateau, monocoque-multicoque, en solitaire ou en équipe…) qui, s’ils ne sont pas pris en compte, invalident le principe même d’une évaluation comparative.

Impact et effets…

« Concernant l’ANPE, toutes choses égales par ailleurs, le recours est plus fréquent pour des recrutements de non-cadres, dans les services à faible valeur ajoutée, au salaire réglementé (proche du Smic) plutôt en CDI, mais plus souvent à temps partiel qu’ailleurs, dans de petits établissements ou qui recrutent de manière récurrente (effet négatif et très significatif d’un faible turn-over). L’agence publique apparaît comme l’intermédiaire qui participe à des procédures où les enjeux du recrutement sont les plus faibles. Par rapport à l’ANPE, les missions locales et les autres intermédiaires du service public ne sont pas mobilisés par de petits établissements, mais pour des campagnes de recrutement multiple ou bénéficiant d’aides financières (par exemple dans la construction). » On peut s’interroger à partir de cette observation, juste, qu’est la mobilisation pour des campagnes de recrutement. Celles-ci produisent rarement ou peu des effets immédiats : s’impliquer dans « Cent femmes, cent métiers », manifestation annuelle pour laquelle les missions locales de Bretagne se mobilisent depuis plusieurs années et dont l’objet est la diversification des emplois des femmes et l’élargissement des choix professionnels, est peu mesurable (« rentable ») à partir du sacro-saint indicateur d’accès à l’emploi (si possible « rapide »). Et, pourtant, c’est la même institution (DRTEFP) qui, d’un côté, sollicite les missions locales pour contribuer à cette politique publique (qu’elle est chargée de promouvoir et pour laquelle elle est bien heureuse de trouver les missions locales) et, d’un autre côté, évalue ces mêmes missions locales sur leurs exclusifs résultats de jeunes ayant accédé à l’emploi… Dans la première action, on attend des missions locales un impact (par définition, du long terme) tout en mesurant son efficacité annuellement… pour  un « dialogue de gestion » fondé sur les effets (par définition, du court terme).

Le joaillier et l’hypermarché…

Si 95% des entreprises qui ont recours à l’ANPE – aujourd’hui débordée, même dopée avec le label Pôle Emploi, par l’afflux de nouveaux demandeurs d’emploi – en attendent principalement une diffusion des offres d’emploi, ce taux s’infléchit à 87% pour les missions locales et autres intermédiaires du service public : « … les employeurs attendent plus souvent {des missions locales} une présélection des candidats. » Ceci, corrélé à l’« habitude » et à la « confiance » qui sont à la base des relations attendues avec les missions locales par les employeurs (cf. article précédent), abonde l’idée d’une stratégie rigoureuse de rapport aux entreprises moins fondée sur une prospection débridée que sur une qualité d’interactions qui privilégie le qualitatif (un réseau restreint mais fiable) au quantitatif. Pour les missions locales c’est, somme toute, plutôt la stratégie du joaillier que celle de l’hypermarché : fortes valeurs ajoutées sur peu de produits plutôt que marge réduite sur un bataillon de fournisseurs.

A suivre…

 (1) Claude Dubar, L’autre jeunesse. Jeunes stagiaires sans diplôme, 1987, Presses Universitaires de Lille, p. 227.

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