Missions locales : presque plus sur le terrain ? Ca se discute.

Publié: février 26, 2009 dans Insertion/missions locales

Le 24 février 2009, une interview de Bertrand Schwartz par Hughes Périnel pour La lettre du Cadre (1). C’est un fichier audio, ci-dessous transcrit pour l’essentiel. A boire et à manger. Si le thème d’« aller sur le terrain » mérite d’être débattu, il y a à mon sens une généralisation abusive… comme celle de trop de professionnels dans les missions locales. Sur l’ingénierie (mobiliser les institutions plutôt que de substituer à celles-ci), oui. Sur l’écoute, bien entendu oui… Sur l’inopportunité du conseil dans le parcours d’accompagnement, non. Sur l’impossibilité d’une politique jeunesse, non plus. Sur la révolte logique sinon juste des jeunes, oui. Mais je vous laisse réagir…

Sur le travail de mission locale…

H.P. « Vous avez l’impression que les missions locales ne vont plus assez sur le terrain ? »

B.S. « Elles ne vont presque plus sur le terrain. Alors la raison, je ne veux pas leur en vouloir, les deux gouvernements successifs… il est vrai, quand j’ai créé les missions locales en 81-82, c’est qu’il y avait beaucoup moins de jeunes qui venaient et qu’ils avaient plus de temps. Mais on leur donne de plus en plus de jeunes et ce n’est pas en multipliant le nombre de personnes des missions locales qu’on y arrive… ils sont beaucoup trop nombreux – je vais me faire massacrer si je dis ça… – ils sont trop nombreux parce que l’idée des missions locales c’est qu’il faut faire, il faut faire par les institutions qui existent. Et, quand d’ailleurs on a écouté un jeune de la manière dont j’ai dit, ce qu’il faut c’est les mettre en contact avec des institutions mais que les institutions les écoutent de la même manière déjà, les aident dans ce qu’ils veulent faire. Mais il ne faut pas leur donner des conseils et des conseils qu’ils ne comprendront pas. On n’écoute pas les conseils. D’ailleurs qu’est-ce que ça veut dire « Vous devriez faire ceci, faire cela… » On n’écoute pas les conseils.  J’ai assisté à plusieurs réunions où ils le font pas, où ils n’écoutent pas… ils comprennent pas, ils s’en foutent et ça les embête. Donc, de ce point de vue, les missions locales sont à repenser. Mais j’ai travaillé avec un certain nombre d’entre elles, des missions locales membres de la CFDT, et c’est vrai qu’en plus les gens des missions locales ont envie de faire ça mais qu’ils le font pas, et que les employeurs ont envie de le faire, ils sont pas plus mal que les autres mais ils ne le font pas. Ils parlent, ils donnent des conseils… Je n’arrive pas à avoir des gens qui écoutent vraiment ! Et qui comprennent qu’on ne peut pas s’y prendre autrement… »

Bertrand Shwartz revient en fin d’interview sur ce thème : « Je suis convaincu qu’il est nécessaire que les chargés de mission {sans doute les conseillers} aillent sur le terrain et vivent avec les jeunes. Ils y apprendront plus qu’à leur bureau. Ils y apprendront d’autant plus que, quand ils auront fait parler les jeunes, c’est les jeunes qui feront. Mais ce n’est pas en les écoutant deux minutes et en leur disant « Et bien tiens, à votre place, je… », ça c’est fini. »

Ensuite échanges avec le journaliste sur le thème « écouter – entendre – tenir compte – négocier – respecter » (« Entendre, c’est amener les gens à se questionner », « Négocier, c’est un respect, un respect mutuel »).

Sur Martin Hirsh…

B.S. « J’ai été surpris de la nomination de Martin Hirsh. C’est un homme de grande valeur mais le poste qu’on lui donne me paraît piégé parce que c’est pas la première fois qu’on nomme des gens à la jeunesse et je ne connais pas encore de réussite… Une politique de la jeunesse… je ne sais pas très bien ce que cela veut dire. Je pense qu’il est capable de dire qu’il va écouter… je ne sais pas s’il va écouter mais je vais quand même dire une chose : il m’a vu l’autre jour et il m’a écouté. A-t-il entendu ? Je ne sais pas. Mais je crois que c’est une erreur de lui demander de définir une politique de la jeunesse. C’est beaucoup trop vaste. Il y a des tas d’associations qui s’en occupent et qui d’ailleurs passent leur temps à se disputer. Je suis surpris par ce poste, je ne l’aurais pas appelé comme cela. Je ne sais pas et, en effet, j’ai peur de ce que vous dites {une orientation sur l’insertion professionnelle aux dépens de l’émancipation}. Mais c’est un homme de valeur ; il est capable peut-être d’écouter.

Sur les révoltes jeunes en Grèce…

B.S. « Ca m’a bouleversé d’abord. Ca m’a rappelé le problème des banlieues et, pour les banlieues, il faut écouter déjà. Je suis frappé de voir qu’en dehors de quelques maires très remarquables et qui ont vraiment écouté, on n’a pas écouté ces enfants, on n’a pas écouté ces jeunes. Ils ont des choses à dire ! On ne les a pas du tout écoutés. Et on a réagi à une révolte – on ne peut pas tout accepter – mais on n’a pas écouté d’abord. Ca m’a rappelé que ça peut se passer en France et que ça peut se passer demain. Vous savez, les jeunes sont révoltés. Et je les comprends. On ne sait pas ce qu’ils veulent. On ne le leur fait pas dire et, par conséquent, ils ne le savent peut-être pas. Donc, ils sont révoltés parce qu’ils ne sont pas reconnus. »

(1) http://www.lettreducadre.fr/PAR_TPL_IDENTIFIANT/32/TPL_CODE/TPL_PODCAST_FICHE/PAG_TITLE/Selon+vous+les+missions+locales+ne+vont+plus+assez+sur+le+terrain+%3F/2122-fiche-podcast.htm

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commentaires
  1. jean-christophe dit :

    C’est au niveau de la définition du rôle professionnel des conseillers que doit être repensée la mission locale. Une professionnalisation par un diplôme et la fin d’une soit-disante « appoche globale ». Qu’est le mandat (au sens de Hughes) d’un conseiller, est ce que c’est fournir une prestation de service, le socialiser institutionnellement ? ou c’est l’occuper.
    Ce métier flou a besoin d’une redéfinition.

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