Guichet unique, suite… et Grain à moudre, Gorz

Publié: février 24, 2009 dans 1

Sur le guichet unique, une contribution de Régis : un seul « point d’entrée »

« Guichet unique… si c’est pour recevoir des milliards comme les banques pourquoi pas ?

Plaisanterie mise à part, je pense que la réflexion doit  dépasser la seule notion de guichet, lieu d’accueil unique et source de renseignement.

Pour deux raisons : dans la ruralité, cette question ne se pose même pas pour la mission locale qui sera bientôt le seul service public présent, à tel point même que ce sont les adultes qui viennent frapper à la porte et que ce sont les élus qui souhaiteraient que le service soit ouvert à tous !

La seconde, essentielle, tient à l’accompagnement mis en place après cet accueil. Je suis jeune, peu qualifié, ayant droit de personnes au RMI et je m’inscris comme demandeur d’emploi. Je vais avoir la chance d’avoir au moins trois interlocuteurs : Pole Emploi qui va me renvoyer vers la Mission locale pour le suivi de mon PPAE, une assistante sociale pour mettre en place un contrat d’insertion qui va me renvoyer vers la Mission locale pour l’aspect professionnel et un conseiller de la Mission locale… qui va m’inscrire dans le programme CIVIS… Et je dois comprendre cet enchevêtrement ?

Et si j’ai la chance de trouver un boulot « durable » qui va avoir la petite croix ?

Là est le besoin de clarification. Je serais partisan que, jusqu’à un certain âge, 29 ans (pourquoi 29 et pas 25, la majorité sociale comme il est dit ? 25 = le droit au RMI ou 29 = l’age moyen de l’autonomie sociale), le point d’entrée de tout jeune (démarche volontaire ou sur invitation après information en provenance de l’éducation nationale, de l’université, d’un CFA, d’une autre ML : à quand un véritable transfert des dossiers ?) soit la Mission locale (moyens en plus, bien sûr), tout en laissant au jeune la possibilité de s’adresser à un autre acteur s’il estime que le service rendu ne lui convient pas…

A vos claviers… »

P.L. Bon, admettons qu’il y ait une différence entre « guichet unique » et « seul point d’entrée », encore que… mais on ne réinvente pas tout : pour résoudre ce qui peut sembler absurde, de l’agent de pôle emploi à l’assistante sociale et au conseiller, il me semble qu’existe le « référent unique » et que, somme toute, cela n’est pas trop bête. Qu’ensuite, en fonction de spécialisations (emploi, travail social, voire justice ou d’autres domaines), il faille s’adresser aux interlocuteurs ad hoc, est-ce un problème dès lors que le jeune a été bien orienté ou même accompagné physiquement ? On peut pour faire ses courses entrer dans un super ou hypermarché ; on peut également (plus sympa) acheter son pain chez le boulanger, sa viande chez le boucher, ses légumes chez l’épicier, etc. Dans le premier scénario, c’est un guichet unique ; dans le second, ce sont plusieurs guichets. Si je connais les adresses de mes petits commerçants, outre la sociabilité, je risque d’obtenir des ingrédients de meilleure qualité… sans même parler de ma contribution au développement durable, les grandes surfaces étant très gourmandes d’énergie et très productrices d’externalités négatives (le packaging, etc.). En fait, plutôt que le guichet unique, c’est le référent unique qui est important. Ceci étant, ce référent unique il faut bien le trouver quelque part. Où ? Gagné ! A un guichet unique.

Du grain à moudre…

Rien à voir avec ces histoires de guichet. Du grain à moudre, excellente émission quotidienne sur France-Culture de Brice Couturier et Julie Carini (de18h30 à 19h15), va consacrer chaque mardi ses trois quarts d‘heure  à « la crise ». Aujourd’hui, c’était « Tous keynesiens ? » et – suffisamment rare pour être noté – l’économiste Bernard Maris déclarait au micro : « Il faut que je l’avoue, je n’ai pas la matrice intellectuelle suffisante pour comprendre ce qui se passe aujourd’hui sous nos yeux. Je ne sais pas. »

Gorz…

Mardi prochain, à ne pas rater sous aucun prétexte, Du grain à moudre sera consacré à André Gorz, plusieurs fois cité sur ce blog pour Les Métamorphoses du travail (1988, Galilée), Misères du présent, Richesse du possible (1997, Galilée), L’immatériel (2003, Galilée)… jusqu’à son dernier ouvrage Lettre à D. Histoire d’un amour (2006, Galilée). André Gorz et son épouse sont partis ensemble le même jour, le 22 septembre 2007. Premières lignes de Lettre à D. : « Tu vas avoir quatre-vingt-deux ans. Tu as rapetissé de six centimètres, tu ne pèses que quarante-cinq kilos et tu es toujours belle, gracieuse et désirable. Cela fait cinquante-huit ans que nous vivons ensemble et je t’aime plus que jamais. Récemment, je suis retombé amoureux de toi une nouvelle fois et je porte de nouveau en moi un vide débordant que ne comble que ton corps serré contre le mien. » Dernières lignes de ce petit (75 pages) ouvrage grand d’émotion : « Nous aimerions chacun ne pas survivre à la mort de l’autre. Nous nous sommes souvent dit que si, par impossible nous avions une seconde vie, nous voudrions la vivre ensemble. »

Extraits…

Allez, pour vous mettre l’eau à la bouche si vous n’avez pas (encore) lu André Gorz :

– In Les Métamorphoses du travail : « L’idéologie du travail, la morale de l’effort deviennent dès lors la couverture de l’égoïsme hyper-compétitif et du carriérisme ; les meilleurs réussissent, les autres n’ont qu’à s’en prendre à eux-mêmes ; il faut encourager et récompenser l’effort, donc ne pas faire de cadeaux aux chômeurs, aux pauvres et autres « fainéants ». » (p. 93).

– In Misères du présent, Richesse du possible : « Jamais l’idéologie du travail-valeur n’a été affichée, proclamée, ressassée aussi effrontément et jamais la domination du capital, de l’entreprise sur les conditions et le prix du travail n’a été aussi indiscutée. {…} … Ces invocations obsédantes contribuent puissamment à maintenir en vie des normes déjà caduques ; {…} à conforter la stratégie de pouvoir du capital qui – pour pouvoir « flexibiliser », précariser, individualiser, sélectionner, accroître la productivité et les profits, réduire les rémunérations et les effectifs – a besoin de cela précisément que lui offrent les chantres de la centralité du travail-emploi et de ses irremplaçables fonctions sociales : que tous continuent de désirer « impérieusement » ce que les entreprises n’accorderont qu’à quelques-uns, et que la compétition de tous contre tous sur le marché de l’emploi fasse baisser les prétentions et augmente la soumission zélée des rares « privilégiés » auxquels l’entreprise permettra de la servir. » (pp. 98-99).

– In L’immatériel : « … la revendication doit avant tout porter sur la garantie d’un revenu suffisant. Il doit être suffisant, car toute garantie d’un revenu  insuffisant fonctionne comme une subvention déguisée aux employeurs : elle les fonde et les encourage à créer des emplois à salaire insuffisant et à conditions de travail indignes. » (pp. 99-100).

Si cela ne vous met pas l’eau à la bouche, si cela ne vous incite pas à noter à mardi prochain sur votre agenda, à 18h30, « Gorz, écouter France-Culture », c’est à désespérer…

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commentaires
  1. Dans la série « Chers auditeurs du Grain à Moudre » : aujourd’hui à 18h30 heure de l’hexagone un thème d’actualité : les DOM : crise sociale ou identitaire ? ».

    Comme Philippe me l’a pas demandé, je m’abstiens pas du commentaire qui consisterait à extraire la Réunion des Antilles !

    A vos transistors.

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