Du guichet unique et de son intérêt au regard de la vie conjugale du chef de gare…

Publié: février 23, 2009 dans 1

Juste un mot (fatigue : une journée avec la mission locale de Rennes pour son projet associatif de structure) sur cette question du « guichet unique » : la Chartre de 1990, difficilement contestable tant elle s’inspire du rapport de Bertrand Schwartz, énonce dans son article 6 « Ensemble, les partenaires organisent les fonctions d’accueil, information, orientation, accompagnement et évaluation. Ainsi, sans être renvoyé d’un guichet à l’autre, chaque jeune construit son propre itinéraire d’insertion et bénéficie d’un accompagnement dans la durée. »

« Sans être renvoyé d’un guichet à l’autre »… n’est-ce pas là le premier (et juste) argument pour que l’accueil des jeunes et, plus largement, de tous les éclopés du travail et de la vie, trouve un accueil, une écoute… sans un fil d’Ariane que seuls savent dérouler (et encore !) les experts de l’insertion ?

Ainsi que l’accueil soit le plus possible lisible et accessible, avec un effort des accueillants pour s’exprimer sans acronymes, pour ne pas enregistrer sans avoir écouté, pour regarder sans condamner, pour ne pas rejouer, version « insertion », Les Bidochons assujettis sociaux trimbalés de guichet en formulaire… tout cela ne me semble pas absurde. L’inverse, oui.

J’écrivais, dans Les Bricoleurs de l’indicible (le tome 1, en 2003, pp. 254-255), deux-trois choses sur l’accueil montrant que, si l’accueil ne se résume certes pas à un guichet, il se réalise dans un espace – un lieu habité par les hommes, non réduit à sa simple fonctionnalité –  : « Situation-clé – sans sa double acceptation : stratégique et métaphorique de l’ouverture d’une porte – l’accueil recouvre la décentration, l’écoute, la compréhension, la première orientation. L’accueil n’est donc pas une sorte de sous-entretien dans une hiérarchie où culminerait l’entretien en face-à-face dans l’alcôve du bureau. »

En 1994 – déjà quinze ans !- Hervé Serieyx (qui fût DIIJ, qui vient de remettre avec Simone Weil le Prix de l’Éthique à Bertrand Schwartz) présidait un groupe de réflexion sur le bilan des projets de service dans l’Administration.  On trouve dans son rapport (publié à la Documentation française cette même année) une courte réflexion sur l’accueil et le guichet unique… preuve s’il en est que ce dernier n’a pas attendu Pôle Emploi : « On rencontre cependant des services où l’amélioration de l’accueil s’accompagne d’un réel progrès du service rendu. {…} C’est le cas du guichet unique mis en place par les services des Finances d’Eure-et-Loir durant la période qui précède les déclarations d’impôts. »

Ainsi le guichet unique n’est une nouveauté que pour celles et ceux qui auraient oublié qu’il a été, de longue date, une solution simple envisagée pour éviter à l’administré de courir de bureaux en guichets pour s’entendre dire qu’il leur manquait toujours la pièce essentielle. Ceci et d’autres choses me font penser que, face aux nombreuses opérations de fusion ou d’absorption qui sont en train par le petit bout discret des territoires de grignoter les missions locales jusqu’à les digérer, plutôt que de se battre pour tout faire, ce qui ne tient pas face à l’exigence d’efficience des crédits publics, il faut mutualiser ce qui est mutualisable et, par contre, se mobiliser pour ce qui constitue le cœur des métiers. Celui des missions locales est l’accompagnement des jeunes pour la construction d’un projet d’insertion professionnelle et sociale.

A l’inverse, l’accueil peut, sinon devrait être partagé. Où ? A un guichet unique. Ceci étant, si le terme de guichet hérisse le poil, il est toujours possible de rechercher un synonyme. Le dictionnaire des synonymes du laboratoire CRISCO du CNRS (http://www.crisco.unicaen.fr/cgi-bin/cherches.cgi)… propose « bureau », « office », « ouverture », « judas », « caisse », « officine », « station » et « succursale ».

Tout compte fait, « guichet unique » me convient mieux. Imaginons « Judas unique » qui signifierait une traîtrise incompatible avec l’authenticité rogerienne ; « « officine unique » qui viendrait pharmaceutiquement renforcer la sémantique déjà trop médicale des prescriptions et autres diagnostics ; « station unique », qui serait source inépuisable de plaisanteries sur la vie conjugale de son chef de gare ; « caisse unique » qui exprimerait de la façon la plus  aboutie la marchandisation du social…

Guichet unique ? Après tout, Le poinçonneur des Lilas est un poète. Il rêve.

Publicités
commentaires
  1. rbeaune dit :

    Guichet unique… si c’est pour recevoir des milliards comme les banques pourquoi pas…
    Plaisanterie mise à part,je pense que la réflexion doit dépasser la seule notion de guichet, lieu d’accueil unique et source de renseignement…
    Pour deux raisons : dans la ruralité cette question ne se pose même pas pour la mission locale qui sera bientôt le seul service public présent, à tel point même que ce sont les adultes qui viennent frapper à la porte et que ce sont les élus qui souhaiteraient que le service soit ouvert à tous…
    La seconde, essentielle, tient à l’accompagnement mis en place après cet accueil. Je suis jeune, peu qualifié, ayant droit de personnes au RMI et je m’inscris comme demandeur d’emploi… Je vais avoir la chance d’avoir au moins trois interlocuteurs : Pole emploi qui va me renvoyer vers la Mission locale pour le suivi de mon PPAE, une assistante sociale pour mettre en place un contrat d’insertion qui va me renvoyer vers la Mission locale pour l’aspect professionnel et un conseiller de la Mission locale… qui va m’inscrire dans le programme CIVIS… Et je dois comprendre cet enchevetrement???
    Et si j’ai la chance de trouver un boulot » durable » qui va avoir la petite croix ???
    Là est le besoin de clarification… Je serais partisan que, jusqu’à un certain âge (pourquoi 26 et pas 25 la majorité sociale comme il est dit = le droit au RMi ou 29 = l’age moyen de l’autonomie sociale), le point d’entrée de tout jeune (démarche volontaire ou sur invitation après information en provenance de l’éducation nationale, de l’université, d’un CFA, d’une autre ML : à quand un véritable transfert des dossiers???) soit la Mission locale (moyens en + bien sûr),tout en laissant au jeune la possibilité de s’adresser à un autre acteur s’il estime que le service rendu ne lui convient pas…

    A vos claviers…

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s