Poursuivre la dynamique de légitimation et de responsabilisation du réseau des missions locales

Publié: février 20, 2009 dans Insertion/missions locales

Inconsistance des politiques publiques…

A lire absolument et à faire circuler, le n° 218 de « Consommation et Modes de vie » du CREDOC de février 2009, sous la plume de Matthieu Angotti et sur le thème de « Quelle deuxième chance pour les jeunes en difficulté ? » (http://www.credoc.fr/pdf/4p/218.pdf).

Le CREDOC n’y va pas par le dos de la cuillère avec, en première page et en encadré, les conclusions d’une recherche qui « montrent que des centaines de milliers de jeunes sont concernés {par cette deuxième chance} et peinent à rebondir. Ils se heurtent à l’inconsistance des politiques publiques en la matière, au manque de cohérence des dispositifs existants pour les prendre en charge et à la frilosité des employeurs ».

De cette recherche, on apprendra peu en ce qui concerne les jeunes rencontrant le plus de difficultés : « Le fait d’être une femme accentue nettement le risque d’être touché par l’éloignement de l’emploi de qualité (et notamment d’être en dehors du marché du travail). Les jeunes sortis d’études peu qualifiées, tout comme ceux qui ont suivi une formation générale, c’est-à-dire plus théorique que professionnelle. Enfin, à une moindre échelle, les jeunes habitant dans une zone urbaine sensible (ZUS) ou ayant des parents non européens ont plus de mal que les autres à s’intégrer durablement sur le marché du travail. »

Par contre, le CREDOC relève les « trois enjeux de l’insertion » :

Projet du jeune ou satisfaction du système ?

« Le premier concerne les jeunes pris en charge par les acteurs de l’insertion professionnelle. S’il faut se féliciter que ces derniers accompagnent de nombreux jeunes en difficulté vers l’emploi durable, on constate que la plupart de ces jeunes sont massivement orientés vers les métiers « en tension » (BTP, logistique, nettoyage, services à la personne…). Des métiers qu’ils n’ont pas toujours choisis et qui ne correspondent pas forcément à leurs attentes ou à leurs bagages académiques. » Voilà une vraie question qui touche aux fondamentaux des missions locales : part-on toujours aujourd’hui du projet du jeune (à construire, à soutenir) et s’appuie-t-on sur les dispositifs, les opportunités… ou répond-t-on à la commande publique dont le double objectif est de démontrer la pertinence de sa politique et de satisfaire les besoins du système de production ?

Les décrocheurs…

« Le deuxième enjeu concerne les jeunes soutenus sans succès. Chaque année, malgré leur prise en charge au sein de dispositifs d’insertion, des dizaines de milliers de jeunes restent à l’écart du marché du travail « ordinaire ». Ces jeunes naviguent en circuit fermé, entre chômage, intérim, CDD, contrats aidés et formations, quand ils ne sortent pas définitivement du marché du travail. » Une étude que j’ai réalisée en 2007 pour l’Association régionale des missions locales de Bretagne (36 482 trajectoires à partir de Parcours 3, 893 jeunes répondants à un questionnaire et 53 jeunes rencontrés en face-à-face) avait permis la construction d’une typologie dont une classe, « les décrocheurs », correspondait à environ un quart des jeunes usagers dont seulement 6% étaient en situation d’emploi à leur sortie de la mission locale. A un an d’intervalle, cette proportion était passée à 52%. En d’autres termes, la mesure de l’insertion ne peut faire l’économie du temps long que nécessite celle-ci pour certains jeunes.

Invisibilité et sélectivité…

« Le troisième enjeu concerne les jeunes non pris en charge. Il reste beaucoup à faire pour aller chercher les « populations invisibles », souvent les plus fragiles, qui ne se présentent pas aux portes des organismes. En outre, la majorité des subsides accordés aux dispositifs est conditionnée à des indicateurs de réussite axés sur des sorties rapides vers l’emploi durable. Pour préserver leurs financements, un grand nombre d’acteurs ont dès lors tendance à s’arracher les jeunes les plus « employables ». Cette sélectivité met au ban des dispositifs une partie des jeunes en difficulté. » On peut discuter de cette hypothèse de « populations invisibles », le taux de pénétration (nombre de jeunes en contact/nombre de jeunes DE) étant de l’ordre de 180-190% et celui de rotation (nombre de premiers accueils/nombre de jeunes en contact) étant de 30-40%. Sauf exceptions, les missions locales sont connues des jeunes et, en tout état de cause, la nouvelle fonction de repérage explicitée dans la CPO devrait si nécessaire améliorer leur impact. Ce qui est moins discutable est l’effet pervers de cette obligation de résultat, maintes fois dénoncée ici et ailleurs, qui conduit inéluctablement à une sélection (sauf à scier la branche sur laquelle on est assis), qui renie le principe d’équité de la mission de service public et qui s’oppose à l’éthique professionnelle des missions locales.

A ces trois enjeux succèdent trois recommandations.

Quotas de jeunes deuxième chance ?

La dernière, une « mobilisation massive des employeurs privés », n’est malheureusement guère nouvelle : dans son rapport de 1981, Bertrand Schwartz avertissait dès l’introduction que « sans un développement de l’emploi { c’est-à-dire : si les entreprises ne jouent pas le jeu}, les mesures proposées risquent de perdre de leur portée. » Cependant le CREDOC va plus loin avec l’idée d’instaurer des « quotas » (sic) « de jeunes engagés dans une dynamique de deuxième chance ». Proposition appelant certainement « une réflexion sérieuse », comme l’écrit le CREDOC, car on l’imagine susceptible de générer des effets de stigmatisation. Mais, après tout, ne raisonne-t-on pas de la même façon pour les emplois décrochés via la clause d’insertion dans les marchés publics ?

Allocation insertion…

La deuxième recommandation vise à la mise en place d’un droit à l’allocation d’insertion pour les jeunes de 18 à 29 ans, « droit sur la base d’un statut offert au jeune officialisé par la signature d’un « contrat de deuxième chance » au sein d’une mission locale ». Voilà qui complèterait et, surtout, rendrait effectif le droit à l’accompagnement (article 13 de la loi de programmation de cohésion sociale). Sous condition de ne pas voir cette allocation fondre comme neige au soleil comme l’allocation interstitielle…

Une délégation interministérielle…

La première recommandation est la cerise sur la gâteau… tant il est vrai qu’il est toujours plus agréable de conclure par de la confiance que de la défiance :   « Poursuivre la dynamique de légitimation et de responsabilisation du réseau des missions locales, en leur donnant pleinement le rôle de « guichet unique » de la deuxième chance. » On n’aurait pas pu dire mieux, sauf à être accusé de raisonnement partisan ! Et, tant qu’à faire (mais là on peut sourire), le CREDOC propose « le développement d’une approche politique transverse, s’appuyant sur la création d’une délégation interministérielle. » En voilà de la nouveauté ! « Faire, défaire, refaire »… c’était quand ? Ah oui, hier.

 

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commentaires
  1. BD dit :

    « La première recommandation est la cerise sur la gâteau… tant il est vrai qu’il est toujours plus agréable de conclure par de la confiance que de la défiance : « Poursuivre la dynamique de légitimation et de responsabilisation du réseau des missions locales, en leur donnant pleinement le rôle de « guichet unique » de la deuxième chance. » On n’aurait pas pu dire mieux, sauf à être accusé de raisonnement partisan ! »

    Justement ! Je suis exactement dans la démarche inverse. Le terme « guichet » devrait et doit effrayer chacun des salariés.
    Nous ne travaillons que parce que les parents, les profs et l’anpe ne répondent pas aux attentes de la jeunesse. Une lecture marxiste irait même jusqu’à dire que parce qu’il y a plus aliénés que nous au système, nous le reproduisons.

    Sauf à vouloir devenir le repère social de la socialisation, voire de l’insertion sociale et surtout professionnelle des jeunes, le rôle des salariés des ML est justement d’être une zone tampon pour tous les autres guichets sociaux et institutionnels.
    C’est en anticipant l’échec scolaire, en contournant les injonctions publiques du SPE et surtout en favorisant des comportements « éduqués » que peut se mesurer notre action.

    Le management s’amuse déjà avec la notion de guichet ( nombre d’entretiens, de MER…etc ). On peut déjà observer ce que sont devenus les assistants sociaux et leurs files d’attente.

    A quand la notre ?

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