Désaccord et des accords sur la pétition

Publié: février 20, 2009 dans 1

Un courriel de « BD » pas d’accord avec la pétition lancée par le Synami :  « Au risque de me griller avec 50 % des votants, je considère la démarche du Synami « infructueuse ». J’analyse cela comme une démarche purement institutionnelle et corporatiste.

Sur le fond, je comprends et j’adhère au contexte. Par contre, je ne valide aucunement le fait que ces mêmes salariés et surtout un syndicat « empruntent » la parole des jeunes. N’est-ce pas plutôt à nous, salariés, de faire signer les jeunes ?

La vieille espérance du Synami d’intégrer le service public nous conduira, une fois encore, à devenir des objets manipulables (cf. la mise en place d’un référentiel de compétences). Le syndicat demande une approche globale mais a tout fait pour que les compétences des salariés soient fragmentées.

Foncièrement, je préfère informer les jeunes sur leurs droits civiques et provoquer un éveil politique que d’être listé dans une revendication qui ne sert que celui qui la porte.

PS : je ne suis ni de la CGT, ni de l’UNML… qui suis-je ? »

Convergences…

Ayant promu – à ma modeste échelle – cette pétition, je peux poursuivre cette interpellation… sans risque aucun pour qui que ce soit. Commençons par les convergences. La première, essentielle : « Sur le fond, je comprends et j’adhère au contexte. » La seconde, situationnelle : je ne suis pas plus de la CGT, ni de l’UNML. Voilà toujours ça d’acquis.

La vérité au pouvoir…

De cette pétition peut-on en déduire que la parole des jeunes serait empruntée, sinon détournée, confisquée, kidnappée ? Je ne le crois pas… après avoir relu attentivement ce manifeste. Sans doute pourrait-on avancer que le manifeste parle pour les jeunes plutôt qu’à leur place, qu’il serait mieux qu’ils le fassent, mais ces jeunes dont une partie sont « sans feux ni lieux » et pour une très large majorité insuffisamment organisés pour porter une parole publique devraient-ils être condamnés au silence, à ne pas être entendus hormis explosions sporadiques si possible en banlieue ? La problématique, du moins une partie de celle-ci, me semble assez bien pouvoir se résumer par cette formule (par laquelle je conclus le dernier chapitre de L’insertion professionnelle des jeunes… ou l’intelligence pratique des missions locales, p. 166) : dire la vérité au pouvoir au nom des opprimés et non la vérité aux opprimés au nom du pouvoir.

Former à la citoyenneté…

« Une partie de la problématique » seulement car, autre point de convergence, sans aucun doute – mais cela ne s’oppose pas au manifeste – il faut « informer les jeunes sur leurs droits civiques et provoquer un éveil politique ». Et même plus : car si la parole des jeunes peine à se faire entendre c’est aussi parce que les missions locales persistent à ne les appréhender que comme sujets individuels (avec un vocabulaire de plus en plus médical qui sous-tend une pathologie : diagnostic, prescriptions…) et renâclent à les socialiser comme acteurs collectifs. Vieux thème maintes fois abordé sur ce blog, dans de multiples publications… et, dans le même ouvrage, comme un des enjeux à conquérir (« La citoyenneté et la participation des jeunes », pp. 141-146). A reconquérir plus exactement si l’on s’accorde sur une généalogie des missions locales avec l’éducation populaire.

Transversalité conceptuelle et organisationnelle…

Enfin, quant à savoir si un référentiel de compétences est la voie royale pour que les professionnels deviennent des « objets manipulables », j’avoue ne pas établir spontanément (et même à la réflexion) cette covariation. Un référentiel de compétences ne me semble pas absurde dès lors que l’on se situe dans une logique de professionnalisation… qui, bien sûr, doit louvoyer entre deux grands écueils : que cette professionnalisation ne vide pas de sa substance l’engagement qui doit accompagner l’intervention sociale (ce que j’ai appelé la « professionnalité », c’est-à-dire le sens de l’action) ; que la division du travail qui, inéluctablement (mouvement de la modernité : Durkheim…), est générée par cette professionnalisation soit compensée par de la transversalité : une transversalité à l’échelle conceptuelle, l’approche globale, et une transversalité à l’échelle organisationnelle, des missions locales complexes et créatives, avec du temps pour écouter, pour imaginer, pour innover.

Un manifeste introuvable…

En conclusion, certainement provisoire au regard des questions posées, je ne regrette pour ma part qu’une seule chose : à l’automne dernier, avait été conçue l’idée d’un manifeste largement promu par les partenaires sociaux et la branche professionnelle. L’ANDML, dans la dernière partie de la réédition du Rapport Schwartz, devait s’engager dans un « Manifeste pour un contrat social avec la jeunesse ». On pouvait même imaginer que le RIJ (Réseau insertion Jeunes) s’y mettrait. Quatre mois plus tard, le Synami lançait de son côté sa pétition. Six mois plus tard, si quelqu’un dispose des informations sur le destin avorté, reporté ou abandonné de ce manifeste, grâce lui sera rendue de les dévoiler ! Il y a incontestablement une lenteur du métabolisme social dans les missions locales qui interroge… pire : qui peut faire redouter bien des évènements dans un futur proche. (1)

 Une contribution au débat de David…

Puisque tu le proposes BD, fais le ! Fais signer la pétition aux jeunes, cela n’a jamais été exclu par quiconque, au contraire ! Ce serait même l’opportunité de faire exploser le nombre de signataires… Si ce n’est pas davantage le cas jusqu’à maintenant, c’est vraisemblablement parce que nos collègues qui signent et font signer ont la pudeur et la décence, justement, de ne pas instrumentaliser la parole des jeunes ! Nous aimerions avoir le temps d’en parler avec eux, de leur expliquer les enjeux pour qu’ils se construisent eux même leur point de vue, mais il nous manque.
Quant aux côtés “corporatiste et institutionnel”, je pense que nous ne percevons pas de la même manière l’expression traditionnelle des syndicats. Le SYNAMI me semble particulièrement porté, en plus de son registre syndical naturel, sur le sens de l’action des ML et sur tout ce qui touche à l’insertion des jeunes. En témoigne la recherche-action en cours avec Bertrand SCHWARTZ. Mais bon, il y en a qui essaient d’agir collectivement et de peser sur les évènements et d’autres qui prèférent les manifestations individuelles devant leur écran de PC…

(1) Par exemple, qui aujourd’hui défend le réseau des missions locales face à des tentatives, certaines d’ores et déjà réussies (cf. Picardie) d’absorption des missions locales par les maisons de l’emploi ? Ne serait-on pas en droit de disposer d’un argumentaire commun, univoque, qui soit opposable à ces coins enfoncés régionalement et qui, à terme, menacent le billot entier ? 

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commentaires
  1. Docinsert dit :

    A propos des missions locales de Picardie… paru ce jour :
    Les Missions locales et la MEF se rapprochent
    [Extrait] : « « Se pose la question du financement de ces outils. Ils sont utiles. Mais comment organiser le schéma global entre ces différents outils pour que l’argent public aille vers le public. » L’objectif consiste donc à créer un guichet unique, afin que « ces missions travaillent ensemble », a indiqué Claude Gewerc. « On recherche une rationalisation des managements des outils. On réfléchit, avec le préfet et les collectivités locales, à conserver les hommes et les femmes au contact du public pour continuer les missions », a-t-il ajouté . »
    Courrier-picard.fr du 21/05/2009
    http://www.courrier-picard.fr/courrier/Actualites/Info-locale/Beauvais-Clermont/Les-Missions-locales-et-la-MEF-se-rapprochent

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