Au-dessous du volcan…

Publié: février 20, 2009 dans 1

A gauche…

Entre les syndromes grec (la jeunesse) et guadeloupéen (le coût de la vie), le volcan réunionnais (le Piton de la Fournaise, 2631 mètres et toujours actif) gronde. Une journée de mobilisation est annoncée le 5 mars… des embouteillages à n’en plus finir pour les automobilistes et du travail en perspective pour la Préfecture. En attendant, Mme Gélita Hoarau, sénatrice du Groupe Communiste, Républicain, Citoyen et des Sénateurs du Parti de Gauche (qui a remplacé M. Paul Vergès, président du Conseil Régional et élu député au Parlement européen), pose des questions au gouvernement :

« Monsieur le Premier ministre, la crise qui frappe les DOM est particulièrement grave et profonde, elle touche de larges couches sociales. Les plus frappés sont, à la Réunion, les 52 % de la population vivant en dessous du seuil de pauvreté, qui doivent faire face au taux de chômage le plus élevé de la République et de toutes les régions de l’Union européenne et qui voient leur pouvoir d’achat s’éroder régulièrement par un coût de la vie qui ne cesse de croître.

Cette population déshéritée attend des mesures d’urgence, comme une baisse substantielle et durable des prix des produits de première nécessité. Le Gouvernement est-il prêt à prendre les mesures qui s’imposent, notamment à lutter contre les monopoles et leurs surprofits ? Ce qui a été possible en métropole peut l’être à la Réunion, en répercutant au profit du consommateur les marges arrière des grandes surfaces. C’est nécessaire mais la solution durable serait un approvisionnement de l’île à partir des pays de la zone, à des coûts de départ deux à trois fois plus bas et à une distance quatre fois moindre.

Cette population attend aussi une baisse des loyers et du prix des transports en commun, ainsi que la gratuité des transports et cantines scolaires. Le Gouvernement est-il disposé à ouvrir ces chantiers avec les intéressés et les organismes concernés ?

Dans l’immédiat, il faut aussi répondre à l’attente de nos milliers de jeunes diplômés sans emploi qui voient la majeure partie des cadres de la fonction publique et du privé recrutés à l’extérieur. Leur frustration est grande.
Il est urgent de satisfaire ces revendications si vous voulez éviter que la désespérance ne se transforme en colère et en révolte. Mais il faudra aussi revaloriser les minima sociaux et les petites retraites.

La sortie de crise est aussi liée à l’élaboration d’un projet de développement global et durable. Ayons le courage, monsieur le Premier ministre, de remettre en cause les recettes utilisées jusqu’à présent dans les DOM et d’écouter les forces vives de nos pays et les institutions qui portent des projets comme le Plan régional de développement durable de la région, en cohérence avec le projet « île verte » et le projet « Réunion 2030-Gerri ». »

A droite…

La contamination guadeloupéenne n’affecte pas que la gauche : pour Serge Camatchy, délégué départemental de Emergence Réunion et ancien compagnon de route de Jean-Paul Virapoullé (ex-maire UMP de Saint-André qui a perdu cette commune aux dernières élections au profit d’Éric Fruteau – PCR), « La Réunion souffre de l’absence d’un vrai dialogue social ». Pas sûr que le récent modèle de dialogue social à l’Élysée constitue une garantie… Serge Camatchy appelle donc également à une mobilisation le 5 mars.

Come-back…

Contrairement à ce que dit Serge Camatchy pour qui « On est dans une crise sociale, pas identitaire ! » (http://www.clicanoo.com/index.php?page=article&id_article=202677), la crise réunionnaise est aussi identitaire à partir d’au moins deux facteurs : une acculturation trop rapide qui ne peut que secréter de l’anomie, de la maladie sociale, singulièrement parmi la jeunesse écartelée entre un modèle de socialisation où la famille et l’appartenance ethnico-communautaire demeurent persistantes et un « système des objets » (Baudrillard, 1968, Denoël-Gonthier) de la néo-modernité ; une absence de perspectives dans une situation intolérable – sinon humiliante –  de perfusion économique qui se combine avec une répartition pour le moins inégalitaire des richesses importées.

Come-back de quelques années : mars 1991, Ouest-France. Sous le titre de « Un sociologue brestois et la Réunion. Un cas de société malade », à la question du journaliste « Quel remède préconiser pour sortir l’île de l’ornière ? », je concluais l’interview par « D’abord renforcer l’identité créole. Donner la possibilité aux Réunionnais de retrouver leurs racines. N’importe quoi peut arriver dans une société qui a perdu son identité. L’État républicain devrait faire des efforts comme pour la Corse. Ensuite favoriser l’entrée des Créoles dans l’administration locale. Enfin insister sur le transfert de technologies et de savoirs. Mettre le paquet sur la formation. Il n’y a pas un département en métropole où l’on note un tel déficit. »

Des raisons d’avoir mal à sa jeunesse…

En d’autres termes, relier (du latin complexus) l’histoire et le futur, les racines et le projet. Entre-temps, 1991-2009 soit presque vingt ans, le chômage est resté endémique (aucune perspective pour la jeunesse), l’économie est toujours exogène, les métros développent toujours une appétence pour se regrouper entre eux du côté de Saint-Gilles à « z’oreille’s land » (1), l’excellente revue AKoz espace public des Cahiers réunionnais du développement a disparu, on ne peut pas dire que la formation soit portée avec l’énergie qu’appellerait en théorie la situation locale (cf. le « Rapport d’observations définitives sur la gestion de la région Réunion » de la Chambre régionale des Comptes de la Réunion d’octobre 2008), etc. Dans un autre journal cette fois réunionnais, Le Quotidien, et sous le titre « Des raisons d’avoir mal à sa jeunesse », je concluais un article paru en juillet 1990 en citant Michel Foucault : « Une société se juge à la façon dont elle traite ses exclus. » Les questions qui succèdent sont « qui va juger ? » et « pour quel ordre ? » : « Tout cela n’était qu’illusion, tourbillonnant chaos cérébral duquel, en fin de compte, en fin de long compte, à l’instant même émergeait, parfait et total, de l’ordre. » (Malcom Lowry, Au-dessous du volcan, 1971, Buchet-Chastel, p. 348).

(1) « Z’oreille »  ou « Zorèy » : « qui vient de la métropole. Par extension, peut s’appliquer à toute personne de race blanche extérieure à l’île. » Alain Armand, Dictionnaire Kréol-Français, 1987, Océan Éditions.

 

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