Faire, défaire, refaire…

Publié: février 19, 2009 dans 1

Retour d’un périple austral (travail) puis maghrébin (sociabilité)… qui, entre autres, explique la page blanche depuis trois semaines. On (re)commencera par quelques contributions des uns et des autres… qui appellent ou non des commentaires. En plusieurs parties car, si j’ai été silencieux, plusieurs d’entre vous ne l’ont pas été et c’est tant mieux.

De Pierre : face au risque de débloguer…

Ohé du bateau ! Un seul blog vous manque et tout est déblogué. Blog mis à part, glissez mortel, mais n’appuyez point. Il est grand temps que tes mains reprennent la direction de l’Apple pour donner ce coup de fouet tant à l’insertion qu’aux pioupious qui la font. Laissez le champ libre à Laurent, Brice et Nicolas, c’est résumer notre approche globale à une actualisation. Alors pour te donner du cœur à l’ouvrage, je ne vais pas chanter, mais juste t’implorer. Au plaisir de te lire.

De « B.D. » : vaseline politique…

Bonjour Philippe, J’espère que tu ne te portes pas trop mal. Je me dis que tu ne dois pas être à l’hosto, car même au fond du lit, tu alimenterais le blog… Je souhaite répondre à ton sujet par un « retour vers le présent ». Oui, nous sommes en grâce ! Sur ma ML, les chiffres tombent 20, 25, 35 % de -25 ans chez les chômeurs. La crise, c’est eux, c’est nous. Eux, au moins, ils ne sont rien (pas de CEL/PEL, pas de parts dans la boîte, à peine des droits au FASTT)… Sans vouloir jouer le ringard, en regardant l’investiture de Hussein Barack Obama, je me suis souvenu une finale tardive de NFL pendant mes années chomdu : 2001. http://www.youtube.com/watch?v=5f1sHk1Kttw&feature=related On y voit U2 jouer un morceau très symbolique et médiatiquement « puissant » qui rappelle la mort d’innocents salariés et traders de l’assurance ce jour du 11 sept 2001. Ces mêmes innocents qui, sous le sabre de l’action médiatique et tragique d’un groupe de pilotes auto-formés sous windows « Air flight simulator » ont joui du plaisir de rejoindre le paradis accompagnés de vierges (entre nous, je ne vois pas l’intérêt de partir avec des vierges au paradis, vu qu’elles ne le seront plus…bref…). Huit ans plus tard, on retrouve les mêmes U2 le jour de l’investiture d’Obama ( http://www.dailymotion.com/search/u2%252Bobama/video/x82s9f_u2-au-concert-dinvestiture-dobama-a_news ). Quel lien ?

– Les traders sont toujours là ;

– Nagy Bosca Sarkozy est passé par l’intérieur, l’économie, la campagne, la présidence, le divorce, le mariage ;

– les CAE, le CIVIS, le chômage ;

– le même regard pour tous les conseillers d’un doute dès qu’une politique publique s’installe.

Au final, ce retour en grâce, n’est-ce pas encore un coup de bluff ? Dans tous les cas, remercions cette culture institutionnelle des missions locales à ne pas prendre l’huile médiatique pour une vaseline politique.

De Stéphane : Martin Hirsh sur le pont…

Stéphane transmet une dépêche de l’AEF (Agence Emploi Formation, dépêche n°109529 du 17 février 2008) avec cette introduction : « L’avenir nous le dira. Toujours est-t-il qu’il y avait longtemps qu’un responsable politique de ce niveau tenait un tel discours et était force de propositions pour la jeunesse. » La dépêche…

Insertion des jeunes: concertation et expérimentations, les deux priorités de Martin Hirsch

– AEF – « Pour les jeunes adultes, je propose d’appliquer les mêmes méthodes [que celles qui ont présidé à la création du RSA/revenu de solidarité active], en réunissant les organisations syndicales et patronales, les organisations d’étudiants, les associations, les représentants des missions locales et les collectivités territoriales (régions, départements, communes) » au sein d’une « commission de concertation ». Martin Hirsch, haut commissaire aux Solidarités actives contre la pauvreté, haut-commissaire à la Jeunesse a esquissé, ce mardi 17 février 2009, les pistes et la méthode de son action en direction des jeunes devant la commission des Affaires culturelles du Sénat. La priorité pour Martin Hirsch est de s’attaquer à la question de l’orientation des jeunes et des « dégâts qu’elle entraîne lorsqu’elle est mal faite et devient une orientation par défaut ». Cette réflexion a déjà été bien préparée par le COE (Conseil d’orientation pour l’emploi) dont l’avis récemment adopté est, dit-il, « de très bonne qualité ». L’enjeu est de « résoudre la question des charnières », c’est-à-dire des transitions dans la vie d’un jeune, par une orientation apte à répondre à ses interrogations, « du collège jusqu’à l’intégration dans un emploi durable ».

– PL – On ne peut que souscrire à l’importance de l’orientation… mais il ne s’agit pas que de cela : « résoudre la question des charnières » c’est avant tout organiser la coopération entre les structures et leurs acteurs, c’est éviter les périodes interstitiellles d’une sortie de dispositif à une entrée dans un autre, ces brèches dans les parcours « justifiées » ( ?) par des conditions d’éligibilité à telle ou telle mesure, qui sont du pain béni pour le chômage de rotation. Point d’ailleurs avec lequel Martin Hirsh semble d’accord puisqu’il faut instaurer « une continuité de la prise en charge » des jeunes, pour leur « éviter d’errer », seuls, d’un système à l’autre. Bien souvent cependant, on met en cause les piou-pious sur ce qui serait leur incapacité à réellement travailler en partenariat… mais on oublie qu’en amont les conditions de ce partenariat doivent être définies et exercées interinstitutionnellement, ce qui est loin d’être la chose la mieux partagée. On peut par exemple « s’amuser » à recenser les différentes aides, ne serait-ce que sur un seul thème, au hasard la mobilité. On constatera que chaque institution propose ses propres aides en prenant le soin de préciser qu’elles n’interviennent qu’une fois « le droit commun épuisé ». Or, par définition, c’est-à-dire selon la perspective de chaque institution, le droit commun se trouve chez les autres… A l’échelle interinstitutionnelle, la garantie de continuité pourrait se traduire, plutôt que ces pré-carrés dont la motivation essentielle est le retour sur investissement (c’est le Conseil Général qui finance, c’est la Région, c’est la commune…), par la fongibilité des aides : sur combien de territoires les institutions (État, Région, Département, communes et intercommunalités) sont-elles parvenues à s’entendre pour mettre des fonds dans un pot commun et organiser leur accessibilité sur la base d’une « gouvernance » partagée « politiques et professionnelles » ?

– AEF – D‘autre part, souligne Martin Hirsch, l’orientation des jeunes dans notre pays « au lieu de leur offrir des perspectives d’évolution, les enferme ». Il est en effet très difficile de changer de voie après la première orientation. « C’est pourquoi », pour le haut commissaire, « les mots « seconde chance » sont extrêmement importants ». Il se dit en outre « séduit » par « le concept de service public de l’orientation » qui sous-entend, selon lui, une vraie « responsabilité » des personnes qui en assureraient le pilotage.

PL – A voir, à voir, ce « service public de l’orientation »… la tentation régionale étant de le constituer à partir du service psy de l’AFPA (le « SOP », service d’orientation professionnelle) qui deviendrait le canal point de passage obligé de toute orientation… et, de ce fait, l’AIOA (accueil – information – orientation – accompagnement), transmuté par la grâce de la CPO en RAIOA (avec « repérage »), deviendrait RAIA… Non que l’on soit opposé aux acronymes (la preuve) mais, si l’orientation est conçue de façon extensive et non comme la seule fourniture d’informations pour diriger le demandeur d’emploi vers le service ad hoc spécialisé, c’est-à-dire si l’orientation est un processus présent à de nombreux moments du projet d’insertion (pour permettre les expérimentations dont Martin Hirsh parle infra), est-il raisonnable de faire glisser cette fonction, présente dans le référentiel des missions locales depuis leur origine (Charte de 1990), jusqu’à ce qu’un jour on dise à celles-ci « Non, l’orientation, ce n’est pas votre job ! » Sauf mémoire défaillante, c’est ce qui s’était produit dans quelques régions au moment de l’article 11 de la loi de décentralisation (« acte 2 »)… Il faut mutualiser l’orientation « premiers accueils » mais il faut conserver la fonction orientation qui, comme la formation, est « tout au long » du parcours.

Expérimentations.

– AEF – Le Haut commissaire entend traiter ces priorités « avec l’ensemble des acteurs concernés » afin de « les solidariser sur les efforts à faire vis-à-vis des jeunes ». Si dans certains cas, un consensus « se dégage », dans d’autres, « il est nécessaire de tester plusieurs voies ». Dans cette hypothèse, « il croit utile de passer par des phases expérimentales ». A cet égard, il rappelle que la loi du 1er décembre 2008 généralisant le RSA et réformant les politiques d’insertion a créé un « fonds d’expérimentation pour les jeunes » dont le montant initial de 10 millions d’euros a été relevé à « 150 millions d’euros afin de pouvoir tester différents dispositifs ».

PL – Certes, certes… on peut plaider pour l’expérimentation et l’innovation (un « devoir » pour les missions locales, selon la Charte de 1990), a fortiori lorsqu’il s’agit de jeunes : la jeunesse est le temps des expérimentations multiples et ne pas les permettre, ne pas les favoriser en multipliant essais et découvertes, cela revient à ne pas constituer le socle qui solidifie les expérimentations en expérience… donc construire sur du sable. Ce qui spontanément s’associe difficilement au qualificatif si prisé de « durable ». Restera cependant à accorder quelques violons, en particulier avec la DGEFP : l’indicateur d’accès « rapide » à l’emploi ne semble pas totalement synonyme d’expérimentations professionnelles. Ou alors il faudra s’en expliquer.

– AEF – Ces expérimentations pourront par exemple permettre d’aider les étudiants contraints de travailler à temps complet pendant leurs études au risque d’échouer dans leur cursus. « On pourrait essayer de faire en sorte que les jeunes n’aient pas à travailler, en complétant leur revenu pour que leur travail devienne un temps partiel choisi. » La question du revenu des jeunes est « un sujet nodal » pour le haut-commissaire : « la voie est étroite », dit-il, « s’il s’agit de créer un revenu qui tue la formation et le travail, ce n’est pas la peine ». « Ce n’est pas le RMI qu’il faut transposer, ni même le RSA; c’est autre chose qu’il faut inventer en mettant chacun devant ses responsabilités. Essayons de ne pas laisser un jeune sans emploi, sans formation et sans ressources. »

– PL – « autre chose qu’il faut inventer »… De ma Bretagne, j’entends Pierre-Jean Andrieu soupirer au fond de la DIV… Et soupirer en chœur celles et ceux qui se souviennent de Jeunesse, le devoir d’avenir (rapport « Charvet », 2001, Commissariat Général du Plan) : « Le droit est d’abord un droit-créance, alimenté par une dotation initiale garantie par l’État, mesurée en nombre d’années de formation (vingt ans), assortie pour chaque période de formation du versement de l’allocation de formation, et réalimentée par les titulaires du droit au travers de l’exercice d’une activité professionnelle. Cette double source permet la constitution d’une réserve de temps rémunéré et d’un crédit pour assurer le financement des actions de formation. Pour que le droit puisse être effectif, il faut d’abord en organiser la gestion sous forme de comptes individuels dont le montant variera en fonction de la consommation qu’en feront leurs titulaires. La nature du droit implique que l’on organise la fongibilité des deux sources de la créance : c’est à travers cette fongibilité que ceux qui seront sortis de manière relativement « précoce » du système éducatif pourront bénéficier pleinement de l’effet, fortement réducteur d’inégalités, que comporte la dotation initiale. » (p. 249). Le même rapport – excellent – parle « De la coordination à la synergie des acteurs : assurer la continuité éducative » (p. 325), de « Promouvoir de nouvelles relations entre jeunes et institutions » (p. 316), etc. Quand on dit que l’innovation est rarement le Eurêka d’Archimède nu s’extirpant de sa baignoire ou la pomme rebondissant sur la tête de Newton somnolent mais qu’elle naît de la veille et de la connaissance de ce qui a déjà été réfléchi…

Améliorer l’alternance

– AEF – Pour Martin Hirsch, une autre solution pour ces jeunes consisterait à « améliorer le système de l’alternance » par une meilleure articulation entre « la partie travaillée [de la formation] et la partie théorique, elle-même qualifiante ».

– PL – Cette fois ce n’est plus Pierre-Jean Andrieu qui soupire mais Bertrand Schwartz : une meilleure articulation entre la partie travaillée et la partie théorique, cela devrait lui rappeler quelque chose : Nouvelles qualifications ? Moderniser sans exclure ?

Service civique

– AEF – Le service civique sera un autre « sujet prioritaire » pour Martin Hirsch. Une « mission de préfiguration sera mise en place très rapidement, avant cet été ». « Il manque simplement la personne pour la conduire », dit-il. A la place des « 14 services civils » qu’il a recensés, il propose les quatre principes suivants:

« Un service civique volontaire qui puisse satisfaire la demande d’engagement des jeunes qui est extrêmement forte;

– un service civique qui réponde aux besoins de la Nation;

– un service civique qui réponde à la question de la diversité et du brassage des générations;

et qui soit valorisé. Le service civique ne doit pas être vécu comme un ersatz d’emploi. »

– PL – Quitte à passer pour celui qui regarde trop dans le rétroviseur, tant pis ! Je ne peux m’empêcher d’inviter Martin Hirsh à la lecture… du rapport Schwartz, singulièrement le chapitre 2 : « Intégrer le service national aux processus d’insertion ». On y trouve quelques propositions – intergénérationnalité, l’armée école de la solidarité, etc. – dont le seul inconvénient est d’avoir… vingt-cinq ans. On est vite obsolescent… dix-huit mois paraît-il pour le matériel informatique. Peut-être aussi peu pour les idées. C’est dommage mais c’est ainsi.

PS. Merci pour les liens avec les vidéos. C’est vrai que c’est plus « buzz ». A défaut d’être « sexy ».

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