Pipi, gras, yo-yo

Publié: janvier 6, 2009 dans Actualité: pertinence & impertinence, Au gré des lectures

Pipi…

Puisque c’est toujours la nouvelle année, commençons par rire un peu… avec, une fois n’est pas coutume, le Vatican qui, dans l’Osservatore Romano du samedi 3 janvier (apporté par Le Monde du 6 janvier) et par la voix du président de la Fédération internationale des associations de médecins catholiques, se découvre (sur son Chemin de Damas) une fibre environnementale. Pas bête, tant qu’à jouer gagnant-gagnant, le Vatican fait d’une pierre deux coups : un coup marketing pour la préservation de l’environnement, un coup doctrinal contre la contraception. Quel rapport de causalité ? La pollution environnementale « serait due aux tonnes d’hormones relâchées dans la nature à travers les urines des femmes qui prennent la pilule. » Il suffisait d’y penser. Mais, peut-être sous l’effet des vapeurs non dissipées des libations au vin de messe pour les fêtes du Nouvel An, le Vatican enfonce le clou avec, plus qu’une hypothèse, des certitudes puisqu’il dispose de « suffisamment de données pour affirmer qu’une cause non négligeable de l’infertilité masculine en Occident est la pollution environnementale provoquée par la pilule. » L’auteur de cet article de l’Osservatore Romano, qui mérite le prix Albert Londres (décerné chaque année au meilleur reporter de la presse écrite), est un pur scientifique puisqu’il qualifie l’encyclopédie Humanae vitae, celle de Paul VI qui a interdit (il y a quarante ans) l’usage de la pilule et du préservatif, de « prophétie scientifique »… oxymore à faire se retourner dans leurs tombes tous les épistémologues.

Gras…

Ce même jour, le « supplément Économie » du Monde est moins drolatique avec sa Une titrant « Les jeunes, premières victimes de la crise sociale de 2009 ». Et l’on peut lire un scénario que les uns et les autres ne connaissent que trop bien, cette fois commenté par Philippe Askenazy (1) : « Pour ajuster la force de travail à la baisse de la production {note P.L. : on ne peut rêver plus juste formule pour exprimer l’inversion, l’homme s’ajustant au système}, ils {les DRH} réduisent d’abord, en principe, les heures supplémentaires {note P.L. : celles à partir desquelles N.S. se basait pour augmenter le pouvoir d’achat des Français} ; mettent ensuite fin aux missions d’intérim et aux contrats à durée déterminée {note P.L. : 7,5 nouveaux contrats sur 10 sont précaires} ; ont recours au chômage partiel ; puis ils enchaînent avec les plans sociaux (2). « Tout ce qu’ils appellent « le gras » disparaît, confirme Philippe Askenasy, directeur de recherche au CNRS, École d’économie de Paris. Et la file d’attente pour les recrutements, quand ces derniers sont indispensables, se forme. Les demandeurs d’emploi les plus qualifiés et les plus récents aux Assedic passent devant les chômeurs de longue durée. » Pour celles et ceux qui, par pudeur, hésiteraient à corréler « gras » et « jeunes », rappelons que ces derniers se retrouvent massivement dans les contrats précaires, ceux-là mêmes dont on se sépare rapidement.

Yo-yo…

Cependant, si les jeunes balancent au bout du yo-yo et y subissent les plus fortes amplifications des variations de conjoncture économique, ils ne sont pas les seuls en situation de précarité. Henri Guaino – oui, le même, celui du Guy Môquet – avant d’être le conseiller spécial de N.S. fût commissaire général du Plan et s’inquiétait du développement inquiétant du sous-emploi et de la précarité, estimant en 1997 que près de sept millions de personnes étaient directement et indirectement touchées par « la gangrène du chômage ». Ce qui fait dire à Philippe Askenazy : « Les salariés en situation précaire sont tellement nombreux que le nombre de chômeurs pourrait remonter rapidement jusqu’à trois millions. » Et encore ne prévoit-il pas le bond statistique qui devrait être observé avec le passage des bénéficiaires du RMI vers le RSA…

Tout compte fait, heureusement qu’il y a le Vatican. Sans lui, que resterait-il pour égayer nos soirées ?

 

(1) A lire, Philippe Askenasy, Les désordres du travail. Enquête sur le nouveau productivisme, 2004, Seuil, (comme tous les ouvrages de cette excellente collection « La République des idées », ça se lit en 1h-1h30).

(2) A voir, la vie d’un consultant dans un cabinet conseil en organisation : Violence des échanges en milieu tempéré, de Jean-Marc Moutot (dvd Les Films du Losange)

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commentaires
  1. rbeaune dit :

    Une base de réflexion pour 2009 : toutes les approches du marché du travail s’appuient sur le comportement des grandes entreprises… Je pense, je suis persuadé qu’une approche complémentaire devrait être menée sur les très et petites entreprises… Les pratiques des employeurs sont-elles identiques en terme d’embauche, de formation et de rupture ? Je vote non, mais cela mériterait d’être étayé, creusé (sur l’accès à la formation c’est certain, sur le reste je connais peu d’études).
    Je me souviens d’une réunion au CNML avant le « lancement » des conventions avec les grands groupes (sans commentaire) où j’avais soumis cette idée d’une réflexion des Missions locales sur les relations envisageables avec les TPE et les PME… Idée restée lettre morte, mais il faut être têtu… Aussi, je suis preneur de toute information, analyse, de tout commentaire sur le sujet… Cela alimentera notre réflexion sur l’insertion professionnelle et sociale…

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