Introduction à l’engagement : résolution du 1er de l’an.

Publié: janvier 1, 2009 dans Actualité: pertinence & impertinence, Insertion/missions locales

Plongée sous-marine…

Les médias pourraient quand même faire des efforts ! Enfin quoi, le soir du nouvel an ouvrir le JT avec les chiffres du chômage, c’est à vous dégoûter de regarder l’étrange lucarne ! Si encore on pouvait se rabattre sur la presse écrite… mais la Une du Monde saute aux yeux, « La situation des SDF s’aggrave en Europe ». Pour Xavier Emmanuelli, président du SAMU social de Paris, « On essaie d’anticiper mais on est dans une grande crise sociétale… Plus de travailleurs pauvres… » Alternative, plonger dans la galaxie du net pour consulter Médiapart (un journal indépendant en ligne dirigé par Edwy Plenel, 9 €/mois) : « 64 000 chômeurs de plus en décembre … Même aux pires heures de la crise de 1993, la France n’avait pas connu telle recrudescence du chômage. En un mois, entre octobre et novembre 2008, le taux de chômage de catégorie 1 (les demandeurs d’emploi inscrits à l’ANPE à la recherche d’un emploi et qui ont travaillé au plus 78 heures le mois précédent) a explosé… » Tout compte fait, la crise constitue un excellent training pour la plongée sous-marine : en apnée, on évite les nouvelles déprimantes.

Forage introspectif…

Si on exclut le chocolat, certes anti-dépresseur mais vraiment inopportun dans la phase des résolutions hygiénistes de début d’année, et qu’on ne se jette pas spontanément dans la première boutique Hermès venue pour satisfaire un achat compulsif – « Hermès continue de faire rêver clients et investisseurs » (Le Monde, 28-29 décembre 2008) – , que reste-t-il ? On creuse dans soi, forage introspectif, pour trouver du stable. Et, sous l’accessoire, on (re)découvre des convictions. Par exemple et s’agissant de l’insertion, les idées de justice sociale, d’émancipation, d’éducation populaire et permanente : s’adresser au jeune en tant que sujet toujours singulier qu’il faut aider à s’accomplir ; en tant qu’acteur toujours collectif qu’il faut soutenir dans le tissage des liens sociaux ; en tant que producteur qu’il faut insérer dans le système économique pour qu’il y soit contributeur ; en tant que citoyen qu’il faut former pour faire vivre la démocratie.

Réalité illusoire…

A ce moment, le réveil sonne. Retour à la réalité. « La » réalité ? Non : une illusion de réalité ou une réalité illusoire. Celle qui, toujours dans le champ de l’insertion, voudrait résumer les effets de la crise sur les jeunes à sa dimension économique et, subséquemment, les traiter par leur seul volet professionnel, l’homo oeconomicus-modèle de l’intégration parachevée… comme si la rupture de confiance ne concernait que la bourse et les banques alors qu’elle est sociétale, morale, et qu’il suffit d’ouvrir les yeux pour, pas même décrypter, mais simplement lire la multidimensionnalité de ce qui affecte la socialisation. « Le travail a été le principal lieu de socialisation. Il n’est plus ni l’un ni l’autre. », écrit Roger Sue (1). N’agir que sur le travail, réduit d’ailleurs à l’emploi (« mettre à l’emploi »…), revient donc à renoncer à l’ambition de socialisation. Renoncement qui, au fil des terrains, s’observe dans des préoccupations d’acteurs hypnotisés par la politique de l’emploi : que se passera-t-il avec Pôle Emploi ? comment parviendra-t-on, ou pas, à éviter une absorption par la maison de l’emploi voisine ? atteindra-t-on les objectifs du CIVIS ? ceux du PPAE ? jusqu’à quel degré de coopération peut-on aller avec les « OPP » du contrat d’autonomie sans leur servir une soupe qu’ils devraient confectionner ? Ainsi s’érode, par divertissement et par obsolescence, un socle de valeurs et de convictions qui, de Condorcet à Schwartz, de Léo Lagrange à Mounier, avait conçu une idée de la personne bien au-delà de ses seules capacités de production et de reproduction du système économique. Bien au-delà.

Dos rond…

On peut constater que, le gouvernement étant ce qu’il est et l’administration, appliquée et loyale, s’appliquant à décliner cette idéologie hémiplégique, il reste à attendre, à faire le dos rond en espérant qu’une autre politique de l’emploi, en fait de l’insertion, revienne « un jour » : l’administration, sans sourciller, toujours disciplinée,  appliquera. L’espoir, dit-on, fait vivre. Consolation, on peut également constater que, sur des territoires, des collectivités s’interrogent encore pour construire une politique jeunesse(s) intelligente, systémique, qui n’invalide pas le social au bénéfice exclusif de l’économique… ni l’inverse. Reste que l’égalité de traitement fout le camp… mais peut-on encore aujourd’hui sérieusement s’y référer sans buter sur la fameuse et historique opposition et même contradiction entre droits prescrits et droits réels ? Michel Rocard proposait une définition de la finalité du service public qui « est de répondre aux besoins des utilisateurs comme consommateurs et comme citoyens. Respecter le consommateur-citoyen implique d’être davantage à l’écoute de ses attentes, choix et aspirations. » (2). Les jeunes s’adressant aux missions locales expriment des besoins, doutes et aspirations qui tous, loin de là, ne concernent pas que l’emploi… même si celui-ci, bien évidemment, est une préoccupation centrale. Ce peut être un besoin d’orientation, l’idée d’une formation, des difficultés financières, une errance sans logement, un manque de confiance en soi… Bref tout ce qui fait la vie… ou peut l’entraver. Les écouter, c’est nécessairement adopter une posture de projet, le leur – pas le nôtre – et pas nécessairement arrêté. Ce n’est pas appliquer un programme. On pourrait facilement construire un système de relations par opposition – approche globale contre visée sectorielle, projet contre programme, intégration contre mise à l’emploi, stratégie contre tactique, pragmatisme contre opportunisme… – dont on peut constater que le second terme de chaque opposition grignote chaque jour un peu plus.

Engagez-vous !

Contribuer, là où cela est possible, par la grâce d’élus éclairés (il en existe), à ces politiques jeunesse(s) est donc une bonne hypothèse d’action. Et, si l’on ne peut pas y apporter directement sa pierre, simplement parce qu’on ne vit pas sur ces territoires, observer ces politiques puis les modéliser et enfin susciter leur essaimage par la démonstration de leurs pertinence, cohérence, efficacité. Mais où puiser la force de maintenir le cap non seulement de ses convictions mais également d’un pragmatisme intelligent construit au quotidien par ce que nous disent et renvoient les jeunes ? Dans l’engagement. Bien des ingrédients composent l’engagement : du partage d’une culture commune à une organisation apprenante, du temps pris pour la réflexion et la réflexivité à la satisfaction – oui – narcissique… 

 Il faudra un de ces jours que nous parlions de l’engagement. Il serait souhaitable d’en faire une condition du travail en mission locale. Plus que souhaitable. Enfin, c’est une opinion ou, plus exactement, une conviction… résultante d’un forage introspectif. Ne dit-on pas que le 1er de l’an est l’occasion des résolutions ?

 

 (1) Renouer le lien social, 2001, Odile Jacob, p. 41.

(2) Michel Rocard, « Le service public et ses missions », (sous la direction de) Yves Michaud, Qu’est-ce que la société ? Université de tous les savoirs, volume 3, 2000, Odile Jacob, p. 822. 

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