Archives de décembre, 2008

L’article « Critique de la (dé)raison efficiente. A défaut d’être dialectique », qui répondait à un commentaire de Régis Barbier, directeur de mission locale, a suscité plusieurs contributions, dont celle de « B.D. » parue à la suite (« Je suis désolé de faire le constat inverse… »). C’est aujourd’hui un autre directeur de mission locale, David Bevière, qui s’exprime sur « le placement à l’emploi », rejoignant « B.D. » lorsque celui-ci écrit « En contre signant l’entrée dans le SPE, les ML et surtout leur management ont délibérément bradé les valeurs de travail social qui les animent. En intensifiant massivement le suivi informatique des jeunes, sans parler de la sous-traitance du suivi ANPE, le management des ML s’engage dans une démarche de placement des jeunes.
Ces derniers ne deviennent que des sujets valorisables à souhait. »

Je reproduis intégralement la contribution de David, ajoutant simplement quelques intertitres… et n’ai guère de doutes : entre le retrait du SPE et l’hypothèse d’un rattachement au ministère de l’Éducation nationale ou aux Régions (ce qui, pour ces dernières, a failli se produire en 2004 avec l’article 11 du projet de loi de décentralisation), la parole – libre – de David sera génératrice d’autres débats. Probablement, en amont de ces grandes options réellement stratégiques et, comme telles, discutables (car aurait-on plus de garanties d’autonomie sous la tutelle du MEN ? La garantie d’égalité de traitement, définitoire de la mission de service public, serait-elle assurée sous l’autorité des Régions ? – 1), est posée la question récurrente de l’interministérialité perdue en décembre 2002… dans le vacarme assourdissant du silence du réseau.

Une autre question, pas plus nouvelle, est posée entre ce qui se fait en mission locale et ce qui est exigé d’une mission locale. Car, face à une injonction de visibilité sur la base d’indicateurs « simples » et de résultats « rapides », que se passe-t-il sur les terrains ? Les gens des missions locales travaillent en immersion. Ils sont sous la ligne de flottaison, occupés par la partie immergée de l’iceberg, celle qui ne se voit pas. Or, ils devraient être là où ça se voit, sur la partie émergée. Ils n’y gagneraient pas en efficacité mais engrangeraient du crédit symbolique, donc économique. Aujourd’hui pèse sur eux, ces piou-piou, une hypothèque : et si, finalement,  le chômage des jeunes étaient de leur fait ? Et s’ils ne savaient pas bien travailler pour « mettre les jeunes à l’emploi » ? Et s’ils étaient à ce point aveugles qu’ils ne parvenaient même pas à identifier les besoins de main d’oeuvre pourtant flagrants ? Et s’ils étaient trop « sociaux » pour être professionnels, trop « idéaux » pour être pragmatiques ?

« Misàlemploi »…

« En partie d’accord avec BD… tout en comprenant la vigueur d’un propos certainement attisé par les inepties répétées d’un secrétaire d’Etat à l’Emploi qui, malgré ou à cause de son inexpérience, enfonce comme nombre de ses « glorieux aînés » des portes ouvertes sur la « misàlemploi ». Quaesaco que ce concept qui, au mieux renvoie les ML à leur fonction d’employeur par la « misàlemploi » de leurs propres salariés, au pire au Service du Travail Obligatoire de triste mémoire et triste période. Raisonnablement qui peut prétendre « mettre » quelqu’un à l’emploi ? Il n y que celles et ceux qui n’ont jamais eu à chercher un emploi qui ne peuvent savoir que l’accès à l’emploi résulte d’abord et avant tout d’une rencontre dont seules les deux parties concernées (l’employeur et l’employé) sont responsables avec, au passage, la foultitude d’ingrédients qui participent à ce que ces deux parties aient connaissance l’une de l’autre, émettent des besoins et des aspirations, évaluent ce qu’elles pensent pouvoir apporter/retirer d’une collaboration… etc. N’importe quel intermédiaire, même parmi les opérateurs privés si coûteux (pardon, « chers »…) à M. WAUQUIEZ devront convenir modestement qu’ils ne pourront agir éventuellement que sur la 1ère étape, un peu moins encore sur la seconde et, pour la suite… Bien sûr ces intermédiaires déploient moult compétences et énergie pour stimuler les rencontres, pour insuffler confiance en soi aux chercheurs d’emploi, rassurer parfois des employeurs par toujours à l’aise dans le recrutement et l’intégration ! Et c’est déjà beaucoup ! Mais de grâce, bannissons cette « misàlemploi », résidu ultime d’une vision excessivement simpliste des relations du travail et des politiques de l’emploi ! Car, si nous avions ce pouvoir de « misàlemploi », il faudrait nous reconnaître le pouvoir contraire mais équivalent à démettre de l’emploi, ce qui, convenons-en, nous promettrait quelques lendemains de la plus haute performance ! »

Envisager un retrait des ML du SPE…

« Au-delà de cette parenthèse, je souscris assez volontiers à l’idée de considérer que l’inscription des ML dans le SPE relève d’une erreur historique et stratégique majeure dont nous voyons se profiler les probables conséquences actuellement avec les répliques telluriques de la constitution de Pôle Emploi. Je fais partie des directeurs de ML (et oui, le management n’est pas monobloc comme les salariés, les patrons, les jeunes.. etc !) qui ne se sont pas sentis gonflés d’aise et de fierté lorsqu’ils ont cru accéder à cette haute reconnaissance de l’entrée dans le sacro-saint SPE ! Ce fut plus vraisemblablement un leurre tissé par les hiérarques de l’ANPE et de la DGEFP grâce auquel certains représentants du réseau autoproclamé représentatifs nous ont amenés à nous engager dans de souriantes conventions de sous-traitance. Je serais assez partisan que nos débats nous engagent à envisager un retrait des ML du SPE ! « Hérésie », entends-je déjà, « tu veux nous voir disparaître ? » Pas du tout, je pense qu’il s’agit même d’une question de survie de la spécificité Jeunes et du mode opératoire des ML. »

Allégeance à Pôle Emploi…

« Quels pourraient être nos horizons ? Rappelons que nous avons été créés dans l’interministérialité. Et, s’il faut être rattaché à un Ministère, pourquoi pas à celui de l’Education Nationale et de la Jeunesse… serait-ce plus incohérent ? Ou, encore, faut-il craindre un transfert de responsabilité aux régions qui ont tant à faire pour rendre possible la formation tout au long de la vie ?

Alors, en dehors du SPE, point de salut ? Rien n’est moins sûr. En revanche, ce qui apparaît de moins en moins incertain c’est le processus d’allégeance accentuée des ML à Pôle Emploi. Sommes-nous voués à collaborer à la gestion de la liste des demandeurs d’emploi comme horizon indépassable de notre professionnalité ? »

 

(1) A ce propos, des contributions sur ce qui se passe actuellement en Picardie avec les maisons de l’emploi seraient bienvenues… Décidemment, après l’AREAF, les missions locales picardes vivent une situation qui interroge…

Une pétition du SYNAMI. Juste révolte.

Publié: décembre 15, 2008 dans 1

Reçue ce jour, cette pétition en forme de manifeste du SYNAMI (CFDT). C’est à signer, à faire signer et à renvoyer par fax au SYNAMI au 01.56.41.51.51. Je n’ai personnellement rien à ajouter (ou si peu de choses – 1) à ce texte que je trouve très juste et animé par l’esprit de révolte dont Bertrand Schwartz se réclame explicitement à la fin de la vidéo de l’Université de Genève (2003, « Bertrand Schwartz »). Vivre en intelligence avec le système, oui… mais assurément en révolte contre ses conséquences.

 

« Nous, salariés de Missions locales, acteurs de l’insertion sociale et professionnelles des jeunes,  appelons à une mobilisation sans précédent des pouvoirs publics et de la société pour l’insertion des jeunes. 

Nous ne parlons pas d’énièmes mesures découpant la jeunesse en strates multiples et souvent contradictoires. Celle où il faut avoir entre 16 et 21 ans, où habiter du bon côté du découpage de la zone prioritaire, ou ne pas avoir travaillé plus de 6 mois dans les 12 dernier mois, ou ne surtout pas avoir obtenu son BEP, ou être une mère isolée, ou être sorti du système scolaire depuis plus de 6 mois, etc. La liste est sans fin.

Nous ne parlons pas d’un énième plan, pour les jeunes, les banlieues, l’emploi, etc. qui chasse les précédents sans que jamais l’on ne tire le bilan de ce qui a été fait et qui continue de se faire ! 

Nous ne parlons pas de ces mesures qui ne se coordonnent que difficilement entre elles.

Est-il si difficile de comprendre que prendre un emploi quand on n’a pas de solution de garde d’un jeune enfant est impossible ? Que si cet un emploi est éloigné, il faut une solution de transport ? Que des problèmes de santé doivent parfois être résolus au préalable ? Qu’on ne tient pas un emploi ou une formation quand on ne sait pas où on va dormir le soir, et qu’on n’est pas prêt à chercher un emploi quand on dort dehors ? 

Nous ne parlons pas de ces dispositifs, de ces étiquettes, qui abordent trop souvent les jeunes en stigmatisant ce qu’il est trop facile de nommer « leurs » difficultés, alors qu’elles sont celles de notre société. 

Nous parlons d’une politique qui prendrait en compte la totalité de ces questions, qui se rappellerait qu’un individu ne peut être morcelé en problèmes indépendants les uns des autres.  Cela s’appelle l’accompagnement global et cela suppose liberté d’écoute et d’action. Cet accompagnement doit être spécifique pour les jeunes. C’est la raison d’être des Missions Locales.

Avec leur 11 000 salariés, accueillant et accompagnant plus d’un million de jeunes par an, les missions locales se battent, pieds à pieds, aux côtés de leurs partenaires, avec des moyens limités, dans des contextes souvent très difficiles et confrontées à des réalités économiques qu’elles ne maîtrisent pas.

Nous sommes aujourd’hui inquiets.

L’Etat réorganise le Service Public de l’Emploi avec la fusion des ASSEDIC et de l’ANPE, les collectivités locales construisent des Maisons de l’Emploi, le gouvernement, pour mettre en place un accompagnement renforcé des « jeunes des quartiers » préfère faire appel au privé et dédaigne les Missions Locales.

Autant d’éléments qui déstabilisent les Missions Locales, leur avenir est flou, leur travail est peu connu, rarement reconnu, et insuffisamment soutenu.

Du fait de ce désintérêt, leurs financements stagnent ou diminuent, elles perdent aujourd’hui des postes. Est-ce bien raisonnable quand le chômage des jeunes explose ! Dans leurs pratiques, les salariés se sentent écrasés par des contraintes d’objectifs et de résultats.

Question « d’efficacité » paraît-il. Mais où est l’efficacité lorsque que l’on passe de plus en plus de temps à rendre compte, à remplir des colonnes de statistiques, au lieu de s’occuper du public ? Où est l’efficacité lorsqu’on ne cherche plus des solutions pour les jeunes, mais des jeunes pour remplir les mesures ? L’argent public doit être bien utilisé, avec le maximum d’efficacité. Mais un service public se suicide lorsqu’il rentre dans une course effrénée aux chiffres, au point, qu’il en oublie le service au public ! Jamais une statistique si parfaite fut-elle n’aura l’efficacité quotidienne d’un conseiller écoutant, cherchant et adaptant avec un jeune des solutions dérogeant à la meilleure des mesures ! 

Il est temps de redonner un second souffle au Missions Locales,  d’avoir une refondation de notre action autour de la liberté d’agir et d’innover. 

La crise économique devient une crise sociale.  Comme d’habitude, les jeunes seront durement frappés.  Il ne faut pas attendre ! Il faut agir tout de suite !

Il faut une autre politique pour la jeunesse, de nouveaux moyens, une mobilisation générale. Pour cela, avant toute chose, il faut commencer par écouter les jeunes ! Nous demandons aux élus, aux pouvoirs publics, d’engager cette dynamique, et de rassembler les acteurs de l’insertion des jeunes pour construire les réponses et les actions. Pour cela, il faut réaffirmer la place centrale des Missions Locales dans les politiques pour l’insertion sociale et professionnelle des jeunes. »

Et encore…

 A la suite de l’interview de Laurent Wauquiez dans Le Figaro (cf. sur ce blog « Jeunesse et crise. 4 », 13 décembre 2008), où le secrétaire d’État déclarait  « Comment évaluer l’efficacité des politiques de l’emploi ?  Elle n’est pas assez mesurée. On donne des millions à des organismes sans chercher à connaître leur véritable efficacité. Il n’y a aucune raison. À partir de janvier, je rendrai public un tableau de bord avec des indicateurs simples. Par exemple, le nombre de jeunes suivis, à budget équivalent, par chaque mission locale. Et, à nombre de jeunes équivalent, le nombre de formations, contrats d’apprentissage,CDD,CDI trouvés. », le SYNAMI réagit par ce courrier… Même adhésion.

« Monsieur Wauquiez, nous ne vous ferons pas le reproche de ne pas vous intéresser aux ML ces derniers temps ! Au contraire, vous multipliez les « sorties » qui nous laissent à chaque fois un peu plus stupéfaits ! »

« M. le Ministre, 

Les ML n’ont pas besoin de nouvelles statistiques, elles ne cessent d’en produire ! Mais s’il s’agit de les simplifier, et de construire des évaluations « intelligentes »,  d’accord, discutons-en ! Les ML n’on pas besoin d’être comparées, évaluées, mise en concurrence entre elles ! Mais nous voulons bien faire la comparaison avec les financements donnés aux opérateurs privés pour accompagner des jeunes dans le cadre du Contrat d’Autonomie Jeune ! Ce dont ont besoin les Missions Locales, pour réussir leur missions, c’est avant tout  :

♦ Un engagement croissant des pouvoirs publics, y compris financièrement, à l’inverse de la stagnation/régression que nous vivons en ce moment.

♦ La fin d’une course absurde aux résultats immédiats, qui dégrade nos conditions de travail et la qualité de nos actions en direction des jeunes

♦ L’arrêt de la logique d’opérateur privé sur une part de nos missions. Le Contrat d’Autonomie Jeunes, et ses budgets, doit être donnée aux ML

♦ La réaffirmation du rôle central des ML dans les politiques d’insertion jeune, particulièrement lorsque le Pole Emploi se construit et que des Maisons de l’Emploi surgissent sur les territoires.

♦ Enfin, et c’est le plus important, il faut définir une politique ambitieuse pour l’insertion des jeunes, adaptée aux territoires, en s’appuyant sur les acteurs, pas en les marginalisant.

Avec la crise, il y a urgence ! »

(1) Pourquoi dans cet ordre l’insertion sociale puis professionnelle ? Le rapport de Bertrand Schwartz c’est L’insertion professionnelle et sociale des jeunes. Deux qualificatifs, « professionnelle » et « sociale ». L’un précède l’autre. Nécessairement. Les missions locales sont suffisamment accusées de délaisser le professionnel pour privilégier le social (certains, mal intentionnés, en mal de reconnaissance universitaire conquise à bas coût par une hypo – petite – thèse, parlant d’ « handicapologie ») pour éviter des bâtons pour se faire battre : « insertion professionnelle et sociale » n’est que la reprise d’un ordre historique ; « insertion sociale et professionnelle » devient une hiérarchisation au bénéfice du social. Il vaut mieux, me semble-t-il, maintenir l’indissociabilité des deux dimensions « sous couvert » du rapport originel. Mais ceci n’est que détail.

Régis Barbier fait parvenir une contribution sur les évènements en Grèce mais, surtout, revient sur l’interview de Laurent Wauquiez au Figaro, l’homme promettant un « indicateur simple » qui évitera d’arroser à coups de millions d’euros des missions locales dont on ne connaîtrait pas – enfin dont il ne connaît pas – l’efficacité.

La contribution de Régis

« En ouvrant cette porte sur la « porosité » (le mot approprié de Philippe ?) des manifestations des jeunes en Grèce, je voulais simplement ouvrir un débat sur les « risques » (chacun en appréciant la mesure) de reproduction en France et en Europe…

Toujours pour commenter l’actualité et appeler à des réactions sur le sujet et non sur les acteurs, je voudrais mettre en parallèle deux actualités : le regret de M. Kouchner d’avoir créé un Secrétariat aux Droits de l’Homme… Oui je vous approuve, Monsieur le Ministre, mais pas pour les mêmes raisons que vous :  en le rattachant aux affaires étrangères, on actait que le problème des Droits de l’Homme était étranger à la politique intérieure de la France… A mauvais rattachement, mauvaise politique… Ce qui me permet d’embrayer sur l’interview de Laurent Wauquiez dans le Figaro appelant à l’efficacité des politiques de l’emploi (efficience même puisqu’ils les rapportent aux subventions attribuées) : personne ne conteste cette volonté, surtout dans les Missions locales où le jeune passe avant la structure… Je comprends aussi sa position comme Secrétaire d’Etat à l’Emploi à ne s’intéresser qu’à ce dernier…(en ne dépendant que des financements de la DGEFP, les ML étaient certaines d’une évaluation uniquement basée sur l’accès à l’emploi)… Mais il faut relativiser les comparaisons : si les critères du contrat d’autonomie étaient appliqués depuis la mise en oeuvre de CIVIS, notre ML aurait perçu plus de 4 300 000 € de subventions contre seulement 600 000 € (postes Trace et Civis)… A moins de 350 € (Etat + Région + Communes) par jeune accompagné, est-il possible d’être plus efficient… Donc oui à cette « évaluation d’efficience », mais appliquée à tous les acteurs… »

Mon opinion

Je reviendrai peut-être sur la « porosité » des évènements grecs, c’est-à-dire sur le fait que les émeutes helléniques dépassent le strict périmètre national mais expriment un symptôme générationnel (1)… comme d’ailleurs semble l’avoir compris Xavier Darcos en retirant (« reportant » pour ne pas perdre la face) son projet de réforme. En fait de porosité, le gouvernement craint la contamination. Par contre, concernant l’évaluation…

Choux et navets…

L’observation de Régis, « … oui à cette « évaluation d’efficience », mais appliquée à tous les acteurs », découle d’un bon sens : responsabilité de Laurent Wauquiez sur une DGEFP exclusivement centrée sur l’emploi (et directement sous la tutelle de Bercy, c’est dire la considération pour le social) et conditions d’égalité de traitement entre « OPP » (opérateurs privés de placement) et missions locales, l’évaluation nécessitant que les ressources financières affectées aux « évalués » pour travailler soient comparables. Sauf à comparer des choux et des navets. Cependant notons que ce n’est pas parce que l’on est secrétaire d’État à l’Emploi que l’on est contraint de penser l’insertion exclusivement de façon sectorielle : s’il y a des budgets fléchés, il existe à côté du budget exclusivement « emploi et travail » (en baisse en 2009) d’autres budgets du même État susceptibles de compléter le financement de l’insertion dès lors que celle-ci ne peut être traitée – c’est une évidence – que de façon systémique.

L’ennui dont se meurent les parallèles…

En son temps, Pierre Mauroy avait accédé au rapport de Bertrand Schwartz en créant des missions locales pour « l’insertion professionnelle et sociale des jeunes ». Pas exclusivement professionnelle. L’IGAS, dans son Rapport annuel 2005 L’intervention sociale de proximité, plaide pour une « intervention globale centrée sur la personne ». Pas une intervention sectorielle motivée par l’efficience. Que l’on assiste à un glissement, non pas progressif vers le plaisir, mais tendanciel vers le seul emploi est autant une évidence qu’une anomalie. Alors que les gouvernants appellent les acteurs à la complémentarité et au partenariat, d’ailleurs plus souvent motivés par des espoirs d’économies d’échelle que par l’axiome du « tout supérieur à la somme des parties », il ne serait pas déraisonnable d’attendre de ces derniers qu’ils s’appliquent la règle qu’ils imposent. Question d’exemplarité, première condition de la crédibilité. Ne parle-t-on pas d’ « équipe gouvernementale » ? Autrement formulé, les administrations – emploi et affaires sociales – ainsi que leurs ministres sont-ils condamnés à fonctionner en tuyaux d’orgue, avec l’incommunicabilité et l’ennui dont se meurent les parallèles ? Lorsque le très récent (décembre 2008) Rapport d’information de l’Assemblée nationale sur la formation tout au long de la vie annonce – en gras dans le texte – qu’ « aucune réforme de la formation professionnelle ne peut ignorer les enjeux de citoyenneté, de promotion sociale et de croissance économique », nos édiles n’attendent-ils pas autre chose que la sectorialité ?  

Usagerocentre…

On pourrait ajouter à ceci que « oui à l’évaluation d’efficience » est sans doute juste… sauf à n’être que d’efficience. L’efficience est un critère dans la perspective du système, c’est-à-dire s’intéressant aux structures (et, en amont, à leurs financeurs) : dépensent-elles trop ou non ? (2) Mais, synchroniquement, les discours des « grands » ne sont guère avares d’ « usagerocentre » (3). En d’autres termes, il faudrait que les structures, missions locales et autres, s’organisent sur la base des besoins de leurs usagers. Fort bien.  Mais ces besoins, à vrai dire, n’ont que faire de leurs coûts induits. Répondre aux besoins (une « économie de la demande », non « de l’offre », B-A-BA) est on ne peut plus légitime… tout en pouvant se révéler contre-productive selon un strict registre d’efficience. Ainsi l’efficience seule est perverse, tout comme l’efficacité. Une « bonne » évaluation, tout au moins « intelligente », doit d’une part multiplier les critères (efficacité, effectivité, efficience, décentration, conformité… 4), d’autre part combiner données quantitatives et interprétations qualitatives (seules, les statistiques sont la science de l’erreur), enfin croiser des indicateurs de contexte (les ressources du territoire), de moyens (de la structure), de réalisation (ce qui est fait), de résultats (ce qui est obtenu), éventuellement d’impact (quelles modifications structurelles ?). A réfléchir, on s’éloigne ainsi d’un indicateur « simple » (sic Wauquiez) dont la simplicité apparente est soit purement et simplement une erreur, expression d’une culture déficitaire de l’évaluation, soit un piège dont le but est d’accentuer la mise en concurrence entre les structures… alors que celles-ci auraient bien besoin de solidarité. Dans les deux cas, les besoins du jeune sont bien absents. Car résoudre un problème de logement, prendre du temps pour redonner à un jeune confiance en lui-même, décrypter un besoin derrière une demande immédiate (le « dépassement », selon Schwartz), tout cela est terriblement chronophage, donc contre-efficient. Voilà au moins une certitude.

 Autre pierre à l’édifice…

A ceci, très réactivement, une contribution-réaction d’un acteur du réseau… sans prénom non plus. La voici, telle quelle…

« Je suis désolé de faire le constat inverse « personne ne conteste cette volonté, surtout dans les Missions locales où le jeune passe avant la structure… »

Je pense de plus en plus le contraire. Au niveau du guichet, on peut « avaler » cette jolie hypothèse ; par contre, au niveau management, on peut se poser la question.

Nous sommes à l’étape de l’injonction d’emploi chez les jeunes et pour les structures qui les accompagnent. N’est-ce pas le coeur du CIVIS ? Pour bénéficier d’un coup de pouce ( pas de + de 300 €/jeune et par an ), tu dois au moins trouver du boulot.  Pour les directions, ce sont de jolies « sorties positives »… pour la structure.

En contre-signant l’entrée dans le SPE, les ML et surtout leur management ont délibérément bradés les valeurs de travail social qui les animent. En intensifiant massivement le suivi informatique des jeunes, sans parler de la sous-traitance du suivi ANPE, le management des ML s’engage dans une démarche de placement des jeunes. Ces derniers ne deviennent que des sujets valorisables à souhait.

N’ayons pas peur de dire que le réseau des ML est mauvais dans le placement des jeunes parce que ce n’est tout simplement pas sa fonction principale.

Au cours des dernières années, l’innovation s’est particulièrement centrée sur les dispositifs d’accompagnement vers l’emploi. N’y-a-t-il pas là une étonnante redistribution des rôles ?

N’est-il pas plus pertinent de faire intervenir les acteurs locaux de l’emploi au sein des ML plutôt que de proposer une couche supplémentaire de médiateurs vers l’emploi ?

Par ailleurs, le partenariat avec l’éducation nationale et les CIO nécessiterait d’être renforcé. Les salariés du réseau des ML ont certainement plus à partager avec les enseignants de classes « en difficulté » qu’avec le monde du travail.

Je ne valide pas la démarche de Wauquiez, mais regardons déjà les managers se plier pour défendre leurs structures… bien plus que les jeunes. »

(1) Une du Monde du samedi 13 décembre 2008 : « Social, jeunesse, banlieues : la France gagnée par l’inquiétude. {…} La droite comme la gauche scrutent attentivement les évènements en Grèce. »

(2) Rappelons que la fameuse « RGPP » (révision générale des politiques publiques) a commencé par six questions dont les deux dernières étaient exclusivement fondées par la recherche d’économie : question 5 « Qui doit payer ? » et question 6 « Comment faire mieux et moins cher ? »

(3) « clienocentre », maladocentre », « élèvocentre », etc. Nous vivons un système pré-copernicien où pullulent les métastases de l’ego.

(4) Ces critères sont explicites… sauf peut-être celui de décentration. La décentration, concept issu de Piaget, est la capacité de raisonner et d’agir en se mettant dans la perspective de l’autre, en se décentrant (de soi-même). Elle est donc à la base des systèmes « qualité » où l’on parle de « relation client-fournisseur » (dans ce sens, pas dans l’autre). Avec la décentration, qui est à prendre avec précaution puisqu’il ne s’agit pas de remplacer une subjectivité (du professionnel) par une autre subjectivité (de l’usager) mais de raisonner sur la base de l’interaction entre le professionnel et l’usager. 

Jeunesse et crise. 4

Publié: décembre 13, 2008 dans 1

Ci-dessous une nouvelle contribution qui, manifestement, n’adhère guère à l’appel de l’UNEF, en réponse au communiqué transmis par l’animateur de DocInsert… Pas de prénom, ni de nom pour signer cette contribution. A l’avenir, au moins le prénom serait souhaitable. Il serait par ailleurs intéressant, sur la base du projet de ce blog et sans que cela remette aucunement en cause la possibilité d’exprimer un point de vue politique, d’extraire de ce dernier ce que cela implique dans le monde de l’insertion. Ou, formulé différemment, comment agir pour les jeunes face à cette perspective de précariat ? L’enjeu, certes, n’est pas nouveau mais assurément il devient crucial. D’autant plus que Laurent Wauquiez, dans une interview accordée hier au Figaro – ce n’est pas exactement Le Monde Libertaire – revient sur une de ses idées récurrentes (pour ne pas dire « fixes »), l’efficacité des politiques de l’emploi qui « n’est pas assez mesurée ». Ainsi il annonce – et ce sont bien les missions locales qui sont explicitement concernées – « On donne des millions à des organismes sans chercher à connaître leur véritable efficacité. Il n’y a aucune raison. À partir de janvier, je rendrai public un tableau de bord avec des indicateurs simples. Par exemple, le nombre de jeunes suivis, à budget équivalent, par chaque mission locale. Et, à nombre de jeunes équivalent, le nombre de formations, contrats d’apprentissage,CDD,CDI trouvés. » Notons chemin faisant que l’efficacité devient synonyme d’efficience, ces deux critères n’ayant pourtant pas la même signification : l’efficacité est l’atteinte des résultats, l’efficience est la juste proportionnalité entre l’efforts financier consenti et les résultats obtenus.

Clair à défaut d’être simple…

Indicateur simple… l’expression mérite que l’on s’y attarde quelque peu. Car, si l’on doit mesurer l’efficacité des missions locales sur cet indicateur (1) – nombre de jeunes/subvention – et que in fine seul l’accès à l’emploi est considéré comme le résultat à prendre en compte, inévitablement toutes les actions des catégories « social » et « vie sociale » vont constituer des quasi-handicaps : moins on consacrera de temps – donc d’argent – à la résolution des problèmes de logement, de santé, etc. plus on en disposera pour l’emploi. Sans même évoquer qu’il est plus que difficile mais biaisé d’évaluer « toutes choses étant égales par ailleurs », les ressources des territoires étant variables, on constatera que la « simplicité » de l’indicateur n’est que rhétorique. L’étau de la commande sectorielle, purement préoccupée d’insertion professionnelle et évacuant l’autonomie sociale (ne parlons pas de citoyenneté, désormais utopie schwartzienne à reléguer au magasin des souvenirs aussi touchants qu’obsolètes), se resserre sur les missions locales. Ca, au moins, c’est simple et, pour le coup, clair.

La contribution anonyme…

«L’Unef, pouponnière à Parti « socialiste » (cf M. Julliard), est à mille lieux des idées politiques des jeunes mobilisés en Grèce. Le mouvement libertaire grec, comme celui d’ici, n’apprécierait pas ces appels opportunistes… Malheureusement les médias ne relaient que ces appels d’organisation de gôche et pas celles des mouvements qui partagent le même fond idéologique que les camarades grecs…

Ca me rappelle la propagande des partis communistes en soutien à Sacco and Vanzetti, alors que dans le même temps ils butaient leurs propres anarchistes !

Mais autre temps, autres moeurs, et l’Unef n’a même pas le quart du début de la radicalité de ces partis d’alors…

« Après la « génération CPE » en France, c’est aujourd’hui aussi la « génération 600 euros » en Grèce qui manifeste un même refus de la précarité et son inquiétude face à l’avenir. » On admirera le PATERNALISME de la part de jeunes petits-bourgeois…

NON LES CAMARADES GRECS NE SONT PAS INQUIETS, ILS LUTTENT ET SONT CONFIANTS. ET EUX SONT IMPLANTES DANS LEUR FAC, LEURS QUARTIERS ET LEURS LIEUX DE TRAVAIL. Pas comme le groupuscule UNEF bien aimé des médias qui ne représentent qu’un pourcentage ridicule des étudiants.»

 

(1) indicateur que l’on peut accentuer avec le qualificatif de « rapide » (accès rapide à l’emploi), comme cela a déjà été évoqué sur ce blog…

Jeunesse et crise. 3

Publié: décembre 11, 2008 dans Agit'Prop, Insertion/missions locales

L’animateur de l’indispensable site DocInsert apporte sa pierre à l’édifice du débat parti de la révolte de la jeunesse grecque en transmettant le communiqué de l’UNEF (1). Le voici…

« L’UNEF appelle à la solidarité avec la jeunesse de Grèce » (10/12/2008)

« Les manifestations qui ont lieu en Grèce dépassent aujourd’hui de très loin la frange la plus militante de la population et ont gagné la quasi-totalité des villes du pays. La place qu’y occupe la jeunesse est centrale.

Au-delà d’un contexte politique et social propre à la Grèce, ce sont les conditions d’études et d’emploi dégradées de la jeunesse qui sont notamment aux sources du malaise. Ce mouvement intervient dans un contexte de dégradation des conditions de vie et d’étude et fait écho au fort taux de chômage des jeunes face auquel le diplôme n’apparaît plus comme un rempart suffisant.

Ce mouvement est celui d’une jeunesse qui a désormais le sentiment que son horizon est bouché. Il met en lumière les difficultés des jeunes qui se retrouvent aujourd’hui en première ligne de la crise économique et de la remontée du chômage.

Après la « génération CPE » en France, c’est aujourd’hui aussi la « génération 600 euros » en Grèce qui manifeste un même refus de la précarité et son inquiétude face à l’avenir.

L’UNEF manifeste son entière solidarité avec les jeunes de Grèce mobilisés.

L’UNEF condamne la répression exercée par les forces de police et le mépris du gouvernement grec qui jette de l’huile sur le feu et dont les propos témoignent d’une rupture consommée entre le pouvoir et la société. Quand les « ennemis de la démocratie » dénoncé par le Premier Ministre sont des jeunes de 15 ans, c’est que la démocratie en question est bien malade. La démission du gouvernement est aujourd’hui nécessaire.

L’UNEF appelle les jeunes à manifester leur solidarité avec la jeunesse de Grèce en se rassemblant vendredi 12 décembre à 17h30 devant l’ambassade de Grèce à Paris (17 rue Auguste Vacquerie, 75017 Paris – Métro Kléber).

En France, les jeunes n’accepteront pas que la crise économique soit une double peine, qui justifie aujourd’hui de se serrer la ceinture parce que « les caisses sont vides » et dont il faudrait subir demain les conséquences et la reprise du chômage. L’UNEF demande au gouvernement de prendre en considération les difficultés et l’inquiétude des jeunes en leur apportant les réponses nécessaires pour faire face à la crise et préparer l’avenir. »

(1) http://www.unef.fr/delia-CMS/index/article_id-2545/topic_id-135/l’unef-appelle-a-la-solidarite-avec-la-jeunesse-de-grece-10-12-2008.html

Dans la continuité du débat lancé par Régis Barbier concernant la révolte des jeunes en Grèce, une contribution de David Bévière, directeur de la mission locale de Poitiers, faisant référence à la Une du Monde des 30 novembre et 1er décembre 2008, « Le bonheur est-il réservé aux sexagénaires ? » Rappelons sur ce thème l’ouvrage La France prépare mal l’avenir de sa jeunesse par l’Académie des sciences morales et politiques (2007, Seuil) : court (118 pages), clair et pas cher (12 euros).

La parole à David…

Merci Régis d’exposer quelques sujets à réflexion, motifs à faire un peu chauffer les neurones quand le froid hivernal saisit tout le monde !

Sans avoir eu la possibilité jusqu’alors d’aller m’informer plus avant sur les « évènements » grecs, l’impression dominante réside dans le parallèlisme des enchaînements selon lequel l’explosion sociale est déclenché brutalement par le décès d’un jeune sous les balles, les coups ou les menaces de la police nationale. Ce qui nous est relaté de ce qui se passe en Grèce ne peut que nous rappeler les tragiques évènements de 2005 dans notre pays ou encore, plus loin, les émeutes de Los Angeles en passant sur d’autres épisodes du même acabit qui ont bousculé la plupart des pays occidentaux ces dernières années… Quel est le projet de civilisation qui unit ces différents pays pour produire une telle distance, puis une telle défiance et, enfin, une telle violence entre une société dite organisée et sa jeunesse ? Et qu’apprenons nous de l’expérience si ce n’est d’aller toujours plus loin dans la conflictualité qui attise rancoeur et rancune ? Pourquoi n’arrivons-nous pas à inverser la vapeur et investir de toute la confiance à laquelle ils aspirent ces jeunes et, ils nous le démontre chaque jour, qu’ils savent nous rendre ? Les possédants d’aujourd’hui, ces fameux baby-boomers qui, comme l’INSEE et la Cour des comptes viennent imparablement de l’expliquer, captent de manière totalement disproportionnée les richesses, les pouvoirs… ont-ils peur à ce point de perdre un tant soit peu de ce qu’ils auraient tant mériter de conquérir (cf. la première page du Monde de ce week-end des réactions outragées de quelques représentants de cette génération globalement argentée) ? Désolé, j’ai peur ne pas avoir de réponse mais suis preneur des analyses des uns et des autres.

Je reviendrai une fois avec vous sur le sujet de la formation.

Plan Banlieues

Publié: décembre 10, 2008 dans Politiques d'emploi

A vos postes de radio ! Demain, jeudi, de 18h30 à 19h15, dans l’émission « Du grain à moudre » sur France Culture, « Où en est le  plan Marshall des banlieues » ? Avec comme invitées Fadela Amara et Christiane Tobira.