Missions locales : retrait du SPE ?

Publié: décembre 18, 2008 dans Insertion/missions locales

L’article « Critique de la (dé)raison efficiente. A défaut d’être dialectique », qui répondait à un commentaire de Régis Barbier, directeur de mission locale, a suscité plusieurs contributions, dont celle de « B.D. » parue à la suite (« Je suis désolé de faire le constat inverse… »). C’est aujourd’hui un autre directeur de mission locale, David Bevière, qui s’exprime sur « le placement à l’emploi », rejoignant « B.D. » lorsque celui-ci écrit « En contre signant l’entrée dans le SPE, les ML et surtout leur management ont délibérément bradé les valeurs de travail social qui les animent. En intensifiant massivement le suivi informatique des jeunes, sans parler de la sous-traitance du suivi ANPE, le management des ML s’engage dans une démarche de placement des jeunes.
Ces derniers ne deviennent que des sujets valorisables à souhait. »

Je reproduis intégralement la contribution de David, ajoutant simplement quelques intertitres… et n’ai guère de doutes : entre le retrait du SPE et l’hypothèse d’un rattachement au ministère de l’Éducation nationale ou aux Régions (ce qui, pour ces dernières, a failli se produire en 2004 avec l’article 11 du projet de loi de décentralisation), la parole – libre – de David sera génératrice d’autres débats. Probablement, en amont de ces grandes options réellement stratégiques et, comme telles, discutables (car aurait-on plus de garanties d’autonomie sous la tutelle du MEN ? La garantie d’égalité de traitement, définitoire de la mission de service public, serait-elle assurée sous l’autorité des Régions ? – 1), est posée la question récurrente de l’interministérialité perdue en décembre 2002… dans le vacarme assourdissant du silence du réseau.

Une autre question, pas plus nouvelle, est posée entre ce qui se fait en mission locale et ce qui est exigé d’une mission locale. Car, face à une injonction de visibilité sur la base d’indicateurs « simples » et de résultats « rapides », que se passe-t-il sur les terrains ? Les gens des missions locales travaillent en immersion. Ils sont sous la ligne de flottaison, occupés par la partie immergée de l’iceberg, celle qui ne se voit pas. Or, ils devraient être là où ça se voit, sur la partie émergée. Ils n’y gagneraient pas en efficacité mais engrangeraient du crédit symbolique, donc économique. Aujourd’hui pèse sur eux, ces piou-piou, une hypothèque : et si, finalement,  le chômage des jeunes étaient de leur fait ? Et s’ils ne savaient pas bien travailler pour « mettre les jeunes à l’emploi » ? Et s’ils étaient à ce point aveugles qu’ils ne parvenaient même pas à identifier les besoins de main d’oeuvre pourtant flagrants ? Et s’ils étaient trop « sociaux » pour être professionnels, trop « idéaux » pour être pragmatiques ?

« Misàlemploi »…

« En partie d’accord avec BD… tout en comprenant la vigueur d’un propos certainement attisé par les inepties répétées d’un secrétaire d’Etat à l’Emploi qui, malgré ou à cause de son inexpérience, enfonce comme nombre de ses « glorieux aînés » des portes ouvertes sur la « misàlemploi ». Quaesaco que ce concept qui, au mieux renvoie les ML à leur fonction d’employeur par la « misàlemploi » de leurs propres salariés, au pire au Service du Travail Obligatoire de triste mémoire et triste période. Raisonnablement qui peut prétendre « mettre » quelqu’un à l’emploi ? Il n y que celles et ceux qui n’ont jamais eu à chercher un emploi qui ne peuvent savoir que l’accès à l’emploi résulte d’abord et avant tout d’une rencontre dont seules les deux parties concernées (l’employeur et l’employé) sont responsables avec, au passage, la foultitude d’ingrédients qui participent à ce que ces deux parties aient connaissance l’une de l’autre, émettent des besoins et des aspirations, évaluent ce qu’elles pensent pouvoir apporter/retirer d’une collaboration… etc. N’importe quel intermédiaire, même parmi les opérateurs privés si coûteux (pardon, « chers »…) à M. WAUQUIEZ devront convenir modestement qu’ils ne pourront agir éventuellement que sur la 1ère étape, un peu moins encore sur la seconde et, pour la suite… Bien sûr ces intermédiaires déploient moult compétences et énergie pour stimuler les rencontres, pour insuffler confiance en soi aux chercheurs d’emploi, rassurer parfois des employeurs par toujours à l’aise dans le recrutement et l’intégration ! Et c’est déjà beaucoup ! Mais de grâce, bannissons cette « misàlemploi », résidu ultime d’une vision excessivement simpliste des relations du travail et des politiques de l’emploi ! Car, si nous avions ce pouvoir de « misàlemploi », il faudrait nous reconnaître le pouvoir contraire mais équivalent à démettre de l’emploi, ce qui, convenons-en, nous promettrait quelques lendemains de la plus haute performance ! »

Envisager un retrait des ML du SPE…

« Au-delà de cette parenthèse, je souscris assez volontiers à l’idée de considérer que l’inscription des ML dans le SPE relève d’une erreur historique et stratégique majeure dont nous voyons se profiler les probables conséquences actuellement avec les répliques telluriques de la constitution de Pôle Emploi. Je fais partie des directeurs de ML (et oui, le management n’est pas monobloc comme les salariés, les patrons, les jeunes.. etc !) qui ne se sont pas sentis gonflés d’aise et de fierté lorsqu’ils ont cru accéder à cette haute reconnaissance de l’entrée dans le sacro-saint SPE ! Ce fut plus vraisemblablement un leurre tissé par les hiérarques de l’ANPE et de la DGEFP grâce auquel certains représentants du réseau autoproclamé représentatifs nous ont amenés à nous engager dans de souriantes conventions de sous-traitance. Je serais assez partisan que nos débats nous engagent à envisager un retrait des ML du SPE ! « Hérésie », entends-je déjà, « tu veux nous voir disparaître ? » Pas du tout, je pense qu’il s’agit même d’une question de survie de la spécificité Jeunes et du mode opératoire des ML. »

Allégeance à Pôle Emploi…

« Quels pourraient être nos horizons ? Rappelons que nous avons été créés dans l’interministérialité. Et, s’il faut être rattaché à un Ministère, pourquoi pas à celui de l’Education Nationale et de la Jeunesse… serait-ce plus incohérent ? Ou, encore, faut-il craindre un transfert de responsabilité aux régions qui ont tant à faire pour rendre possible la formation tout au long de la vie ?

Alors, en dehors du SPE, point de salut ? Rien n’est moins sûr. En revanche, ce qui apparaît de moins en moins incertain c’est le processus d’allégeance accentuée des ML à Pôle Emploi. Sommes-nous voués à collaborer à la gestion de la liste des demandeurs d’emploi comme horizon indépassable de notre professionnalité ? »

 

(1) A ce propos, des contributions sur ce qui se passe actuellement en Picardie avec les maisons de l’emploi seraient bienvenues… Décidemment, après l’AREAF, les missions locales picardes vivent une situation qui interroge…

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commentaires
  1. Docinsert dit :

    Ce n’est pas en Picardie, mais en Nord-pas-de Calais :
    Emploi, aménagement urbain, façades au menu du conseil de jeudi -La Voix du Nord du 17/12/2008
    [Extraits] : « Le 26 janvier, la Maison de l’emploi, le plan local d’insertion par l’emploi et la Mission locale regrouperont leurs moyens au sein d’une même structure. Un seul outil pour plus d’efficacité. (..) « Autre nouveauté à partir du 26 janvier, tous les publics seront reçus à la Maison de l’emploi, rue des Ursulines » »
    http://www.lavoixdunord.fr/Locales/Tourcoing/actualite/Secteur_Tourcoing/2008/12/17/article_emploi-amenagement-urbain-facades-au-men.shtml

  2. Docinsert dit :

    Ce n’est pas en Picardie (suite)…
    Un nouvel espace en attendant 2012 – Nord Eclair du 18/12/2008
    [Extrait] « Place Sébastopol : l’étape suivante Ce sera un autre regroupement, un autre guichet unique, mais encore plus complet. En 2012, place Sébastopol, est prévue l’ouverture d’un « pôle emploi », face à la CAF, avec les mêmes acteurs que rue des Ursulines plus l’Anpe qui aura d’ici là fusionné avec l’Unedic. Le maire le confirme : l’ouverture du nouvel espace de la rue des Ursulines n’est pas une remise en question du projet de la place Sébastopol, annoncé avant les municipales. Cet autre regroupement concerne au premier chef l’Anpe et Pascal Lollivier, directeur de l’agence rue de Gand, assure lui aussi qu’elle n’est pas remise en cause. Quant au regroupement des structures rue des Ursulines, il le voit « comme une bonne chose pour le public. Demain nous aurons un pôle emploi, un lieu où les demandeurs vont pouvoir avoir un référant unique qui va s’occuper de leur accompagnement et qui va répondre aux questions liées à indemnisation, rue des Ursulines. Il s’agit d’un espace ressources qui travaille sur des segments particuliers de la population. » »
    http://www.nordeclair.fr/Locales/Tourcoing/2008/12/18/un-nouvel-espace-en-attendant-2012.shtml

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