Une pétition du SYNAMI. Juste révolte.

Publié: décembre 15, 2008 dans 1

Reçue ce jour, cette pétition en forme de manifeste du SYNAMI (CFDT). C’est à signer, à faire signer et à renvoyer par fax au SYNAMI au 01.56.41.51.51. Je n’ai personnellement rien à ajouter (ou si peu de choses – 1) à ce texte que je trouve très juste et animé par l’esprit de révolte dont Bertrand Schwartz se réclame explicitement à la fin de la vidéo de l’Université de Genève (2003, « Bertrand Schwartz »). Vivre en intelligence avec le système, oui… mais assurément en révolte contre ses conséquences.

 

« Nous, salariés de Missions locales, acteurs de l’insertion sociale et professionnelles des jeunes,  appelons à une mobilisation sans précédent des pouvoirs publics et de la société pour l’insertion des jeunes. 

Nous ne parlons pas d’énièmes mesures découpant la jeunesse en strates multiples et souvent contradictoires. Celle où il faut avoir entre 16 et 21 ans, où habiter du bon côté du découpage de la zone prioritaire, ou ne pas avoir travaillé plus de 6 mois dans les 12 dernier mois, ou ne surtout pas avoir obtenu son BEP, ou être une mère isolée, ou être sorti du système scolaire depuis plus de 6 mois, etc. La liste est sans fin.

Nous ne parlons pas d’un énième plan, pour les jeunes, les banlieues, l’emploi, etc. qui chasse les précédents sans que jamais l’on ne tire le bilan de ce qui a été fait et qui continue de se faire ! 

Nous ne parlons pas de ces mesures qui ne se coordonnent que difficilement entre elles.

Est-il si difficile de comprendre que prendre un emploi quand on n’a pas de solution de garde d’un jeune enfant est impossible ? Que si cet un emploi est éloigné, il faut une solution de transport ? Que des problèmes de santé doivent parfois être résolus au préalable ? Qu’on ne tient pas un emploi ou une formation quand on ne sait pas où on va dormir le soir, et qu’on n’est pas prêt à chercher un emploi quand on dort dehors ? 

Nous ne parlons pas de ces dispositifs, de ces étiquettes, qui abordent trop souvent les jeunes en stigmatisant ce qu’il est trop facile de nommer « leurs » difficultés, alors qu’elles sont celles de notre société. 

Nous parlons d’une politique qui prendrait en compte la totalité de ces questions, qui se rappellerait qu’un individu ne peut être morcelé en problèmes indépendants les uns des autres.  Cela s’appelle l’accompagnement global et cela suppose liberté d’écoute et d’action. Cet accompagnement doit être spécifique pour les jeunes. C’est la raison d’être des Missions Locales.

Avec leur 11 000 salariés, accueillant et accompagnant plus d’un million de jeunes par an, les missions locales se battent, pieds à pieds, aux côtés de leurs partenaires, avec des moyens limités, dans des contextes souvent très difficiles et confrontées à des réalités économiques qu’elles ne maîtrisent pas.

Nous sommes aujourd’hui inquiets.

L’Etat réorganise le Service Public de l’Emploi avec la fusion des ASSEDIC et de l’ANPE, les collectivités locales construisent des Maisons de l’Emploi, le gouvernement, pour mettre en place un accompagnement renforcé des « jeunes des quartiers » préfère faire appel au privé et dédaigne les Missions Locales.

Autant d’éléments qui déstabilisent les Missions Locales, leur avenir est flou, leur travail est peu connu, rarement reconnu, et insuffisamment soutenu.

Du fait de ce désintérêt, leurs financements stagnent ou diminuent, elles perdent aujourd’hui des postes. Est-ce bien raisonnable quand le chômage des jeunes explose ! Dans leurs pratiques, les salariés se sentent écrasés par des contraintes d’objectifs et de résultats.

Question « d’efficacité » paraît-il. Mais où est l’efficacité lorsque que l’on passe de plus en plus de temps à rendre compte, à remplir des colonnes de statistiques, au lieu de s’occuper du public ? Où est l’efficacité lorsqu’on ne cherche plus des solutions pour les jeunes, mais des jeunes pour remplir les mesures ? L’argent public doit être bien utilisé, avec le maximum d’efficacité. Mais un service public se suicide lorsqu’il rentre dans une course effrénée aux chiffres, au point, qu’il en oublie le service au public ! Jamais une statistique si parfaite fut-elle n’aura l’efficacité quotidienne d’un conseiller écoutant, cherchant et adaptant avec un jeune des solutions dérogeant à la meilleure des mesures ! 

Il est temps de redonner un second souffle au Missions Locales,  d’avoir une refondation de notre action autour de la liberté d’agir et d’innover. 

La crise économique devient une crise sociale.  Comme d’habitude, les jeunes seront durement frappés.  Il ne faut pas attendre ! Il faut agir tout de suite !

Il faut une autre politique pour la jeunesse, de nouveaux moyens, une mobilisation générale. Pour cela, avant toute chose, il faut commencer par écouter les jeunes ! Nous demandons aux élus, aux pouvoirs publics, d’engager cette dynamique, et de rassembler les acteurs de l’insertion des jeunes pour construire les réponses et les actions. Pour cela, il faut réaffirmer la place centrale des Missions Locales dans les politiques pour l’insertion sociale et professionnelle des jeunes. »

Et encore…

 A la suite de l’interview de Laurent Wauquiez dans Le Figaro (cf. sur ce blog « Jeunesse et crise. 4 », 13 décembre 2008), où le secrétaire d’État déclarait  « Comment évaluer l’efficacité des politiques de l’emploi ?  Elle n’est pas assez mesurée. On donne des millions à des organismes sans chercher à connaître leur véritable efficacité. Il n’y a aucune raison. À partir de janvier, je rendrai public un tableau de bord avec des indicateurs simples. Par exemple, le nombre de jeunes suivis, à budget équivalent, par chaque mission locale. Et, à nombre de jeunes équivalent, le nombre de formations, contrats d’apprentissage,CDD,CDI trouvés. », le SYNAMI réagit par ce courrier… Même adhésion.

« Monsieur Wauquiez, nous ne vous ferons pas le reproche de ne pas vous intéresser aux ML ces derniers temps ! Au contraire, vous multipliez les « sorties » qui nous laissent à chaque fois un peu plus stupéfaits ! »

« M. le Ministre, 

Les ML n’ont pas besoin de nouvelles statistiques, elles ne cessent d’en produire ! Mais s’il s’agit de les simplifier, et de construire des évaluations « intelligentes »,  d’accord, discutons-en ! Les ML n’on pas besoin d’être comparées, évaluées, mise en concurrence entre elles ! Mais nous voulons bien faire la comparaison avec les financements donnés aux opérateurs privés pour accompagner des jeunes dans le cadre du Contrat d’Autonomie Jeune ! Ce dont ont besoin les Missions Locales, pour réussir leur missions, c’est avant tout  :

♦ Un engagement croissant des pouvoirs publics, y compris financièrement, à l’inverse de la stagnation/régression que nous vivons en ce moment.

♦ La fin d’une course absurde aux résultats immédiats, qui dégrade nos conditions de travail et la qualité de nos actions en direction des jeunes

♦ L’arrêt de la logique d’opérateur privé sur une part de nos missions. Le Contrat d’Autonomie Jeunes, et ses budgets, doit être donnée aux ML

♦ La réaffirmation du rôle central des ML dans les politiques d’insertion jeune, particulièrement lorsque le Pole Emploi se construit et que des Maisons de l’Emploi surgissent sur les territoires.

♦ Enfin, et c’est le plus important, il faut définir une politique ambitieuse pour l’insertion des jeunes, adaptée aux territoires, en s’appuyant sur les acteurs, pas en les marginalisant.

Avec la crise, il y a urgence ! »

(1) Pourquoi dans cet ordre l’insertion sociale puis professionnelle ? Le rapport de Bertrand Schwartz c’est L’insertion professionnelle et sociale des jeunes. Deux qualificatifs, « professionnelle » et « sociale ». L’un précède l’autre. Nécessairement. Les missions locales sont suffisamment accusées de délaisser le professionnel pour privilégier le social (certains, mal intentionnés, en mal de reconnaissance universitaire conquise à bas coût par une hypo – petite – thèse, parlant d’ « handicapologie ») pour éviter des bâtons pour se faire battre : « insertion professionnelle et sociale » n’est que la reprise d’un ordre historique ; « insertion sociale et professionnelle » devient une hiérarchisation au bénéfice du social. Il vaut mieux, me semble-t-il, maintenir l’indissociabilité des deux dimensions « sous couvert » du rapport originel. Mais ceci n’est que détail.

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commentaires
  1. Docinsert dit :

    Pour alimenter le débat : dernière publication du Ministère du Travail…
    « 2008-51.1 – L’activité des missions locales et PAIO en 2007 – Les jeunes suivis accèdent davantage à l’emploi et moins souvent à la formation  » (mis en ligne le 15/12/2008)
    http://www.travail-solidarite.gouv.fr/etudes-recherche-statistiques-dares/etudes-recherche/publications-dares/premieres-informations-premieres-syntheses/2008-51.1-activite-missions-locales-paio-2007-jeunes-suivis-accedent-davantage-emploi-moins-souvent-formation.html

    Extrait : « Encadré 4 : PLUS DE SIX JEUNES SORTANTS DU SYSTÈME SCOLAIRE « PEU OU PAS DIPLÔMÉS » SUR DIX RECOURENT AUX SERVICES DU RÉSEAU DES MISSIONS LOCALES DANS L’ANNÉE QUI SUIT LEUR SORTIE

    (… ) Au sein d’une génération de sortants du système scolaire, les jeunes « peu ou pas diplômés », c’est-à-dire de niveau VI, V bis ou V, recourent souvent et rapidement aux services des missions locales. Ainsi, 61 % des jeunes sortis du système scolaire entre septembre 2005 et août 2006 sans avoir dépassé un CAP ou un BEP (niveau V et moins) ont eu un premier entretien individuel dans une mission locale ou une PAIO dans l’année qui a suivi la fin de leurs études. Dans la génération sortie du système scolaire entre septembre 2004 et août 2005, ils n’étaient que 55 %. »

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