Archives de novembre, 2008

Rapportée ci-dessous, une contribution de Régis Barbier (directeur de la mission locale de Beaune, en Bourgogne)… tout-à-fait pertinente sur ses deux points. Je la livre et réagis…

La contribution de Régis Barbier…

« Mettons-nous d’emblée d’accord… car j’entends déjà au fond des bois de l’insertion le brame des directeurs – « des résultats quan-ti-ta-tifs, des entrées CIVIS, des sorties en emploi durable ! » et le chœur des conseillers – « lenédanleguidon ! »

Belle construction, nécessaire construction…

Mais je ne brame pas et je ne suis pas cycliste et mon dopage n’est pas le PPO…

Mon interrogation est simple : comment ce travail peut être organisé en réseau (les ML ne sont-elles pas un réseau ??? parmi un réseau : le RIJ…).

Pourquoi cette question ?

– pratique : une petite ou une moyenne ML ne peut déjà pas avoir 22 experts…

– politique : à l’heure d’une recentralisation des politiques de l’insertion et de l’emploi, voire une tentative au niveau de la formation, à l’heure d’un émiettement des responsabilités (secrétariat à l’emploi, HCSA, ministère du travail, ministère de la Santé, Ministre du logement et Secrétariat à la politique de la ville,…), comment optimiser cette fonction de veille et comment en faire un outil commun qui puisse appuyer des propositions, rappeler des vérités (on traverse aujourd’hui une période de nouvelle forme de communication qui s’appuie sur le bon sens – « le bon sens est la vérité la mieux partagée au monde » mais, si « bon sang ne saurait mentir », le bon sens est, comme le dit Bourdieu, « des évidences immédiates et souvent illusoires ») et capitaliser toutes les innovations qui sont menées…

Une veille partagée, optimisée… en plus cela rassurerait nos financeurs en quête d’efficience… »

Bon sens, sens commun…

Tout d’abord, j’ai en effet omis de traiter cette difficulté a priori rédhibitoire et pourtant connue puisque rencontrée sur les terrains : comment constituer vingt-deux expertises lorsque la mission locale ne dispose pas d’autant de professionnels susceptibles d’occuper cette responsabilité ? Régis interroge… et fournit la (bonne) réponse… qui, pour reprendre ses termes (et ceux de Pierre Bourdieu qui l’inspire – belle inspiration, certes), est d’ailleurs plutôt de « bon sens » que de « sens commun »… (1) Quelle réponse à ce déséquilibre « expertises – ressources » ? Mais bon dieu, mais c’est bien sûr : travailler en réseau ! L’exemple proposé, le système de veille partagée de Saint-Nazaire implique en l’occurrence quatre missions locales (Saint-Nazaire, Saint-Gildas des Bois, Retz et Guérande) travaillant en intelligence. Ainsi les expertises sectorielles sur l’emploi sont distribuées entre les quatre missions locales : un expert pour la filière construction navale (Saint-Nazaire), un expert pour les industries agroalimentaires (Saint-Gildas des Bois), un expert pour le tourisme (Guérande), une coordonnatrice de veille pour les quatre structures, etc. Ceci étant, l’anticipation sur l’objection est aisée : partager entre missions locales est loin d’être naturel… « locales », les missions sont souvent jalouses de leurs prérogatives territoriales, en fait des pré-carrés. Là également, des « marges de progrès » pour que le « sens commun » soit cette fois pris à la lettre : partager le même sens, donc travailler ensemble. C’est à la fois une question de volonté politique, de culture professionnelle et d’outillage (dont, comme à Saint-Nazaire, un système informatique ad hoc pour la veille partagée).

Tant à faire…

« Optimiser cette fonction de veille… faire un outil commun… » Bien sûr, de toute évidence, le « réseau » (à confirmer, oui) devrait se doter de son outil propre, national… tout en réservant deux choses à l’échelle de chaque mission locale ou, en fonction de la taille des structures, à celle de quelques missions locales : tout d’abord, une veille contextuée, c’est-à-dire territorialisée qu’un système national ne satisferait pas ; également un travail de veille pour tous – chaque professionnel doit disposer de temps pour la réflexion et la réflexivité – et pour les experts : l’annuaire des acteurs, les actualités locales et régionales, les dispositifs localisés, les filières présentes, tout cela ne trouvera pas de réponses par la centralisation.

Quant à la capitalisation des innovations, on peut à juste titre s’interroger puisque, aujourd’hui, elle n’est plus assurée (cf. feu la DIIJ…) sinon, selon les cas, par des animations régionales. J’avais imaginé que l’organisme de formation créé par la branche s’emparerait à bras-le-corps de tout cela et, dépassant le strict registre de la formation, comblerait le déficit de recherche et développement : évaluation (2), déontologie, veille, construction du corpus conceptuel et intégration de nouvelles problématiques (développement durable, responsabilité sociale de la mission locale, etc.), modélisation et diffusion des innovations, etc. Il y a tant et tant à faire. Il semble que mon imagination était naïveté. On se console : mieux vaut être naïf que cynique. Au moins pour les aigreurs.

(1) Plutôt que de « bon sens », je parlerais de « sens commun », divergeant sur ce point – et quelques autres, particulièrement bien exprimés par Jeannine Verdès-Leroux dans Le savant et la politique, 1998, Grasset – avec Pierre Bourdieu qui, il est vrai, dirigeait une collection… « Le sens commun ». Le bon sens est une expertise du sens pratique fondée sur l’expérience alors que le sens commun, lui, est effectivement illusoire, construit de stéréotypes, de préjugés. Le sens commun est le terreau des séductions temporelles qui se succèdent, l’une chassant l’autre, et qui font le lit du prophétisme intellectuel et politique… Attali me semblant l’idéaltype du vecteur de vérités révélées (cf. sur ce blog « Attalilang ou le désespoir de Jaurès », 12 février 2008)… même si sa biographie de Marx – Karl Marx ou l’esprit du monde, 2005, Fayard – se lit comme un roman. Point de divergence sémantique, mais là n’est pas l’essentiel.

(2) A ce propos, trois contributeurs se sont étonnés de ne pas trouver d’écho au rapport du Conseil économique, social et environnemental, 25 ans de politiques d’insertion des jeunes : quel bilan ? (8 octobre 2008, projet d’avis présenté par Catherine Dumont)… qui, il est vrai, ne m’a pas transporté d’enthousiasme. Par contre, le récent rapport du Conseil national de l’information statistique (CNIS), Emploi, chômage et précarité, signé de Jean-Baptiste de Foucauld, Marie Reynaud et Michel Cézard (septembre 2008, n° 108, téléchargeable : http://www.cnis.fr/ind_doc.htm ) est tout-à-fait remarquable. Il faut aller au-delà de sa technicité de prime abord, s’en emparer pour qu’il ne demeure pas « un savoir d’expert réservé aux seuls experts » (Bourdieu, encore… dans Questions de sociologie, 1984, Les éditions de minuit, p. 7). Probablement, un billet y sera consacré bientôt. Une mise en bouche ? C’est le dernier paragraphe du premier chapitre. Le CNIS, constatant qu’il reste beaucoup à faire pour une évaluation de la politique de l’emploi exonérée de « la fétichisation des chiffres du chômage », écrit et l’on peut sans difficulté le traduire/l’adapter aux missions locales : « Au total, il résulte de cette analyse que notre pays {le réseau des missions locales} ne tire pas la richesse de son système statistique et de la qualité de ses agents {acteurs} qui l’animent les bénéfices qu’il pourrait en retirer, tant pour la qualité du débat public que pour la mise en œuvre des politiques de l’emploi {d’insertion professionnelle et sociale}. » (p. 20).

Brame et chœur…

Mettons-nous d’emblée d’accord… car j’entends déjà au fond des bois de l’insertion le brame des directeurs – « des résultats quan-ti-ta-tifs, des entrées CIVIS, des sorties en emploi durable ! » et le chœur des conseillers – « lenédanleguidon ! ». Travailler en mission locale, plus généralement dans le social, combine des réalisations pratiques – permettre à un jeune d’intégrer une formation, l’aider à se déplacer, etc. – avec de la réflexion (réfléchir sur ce qui est fait) et de la réflexivité (réfléchir sur sa place dans le système des acteurs). Sans réflexion ni réflexivité, ne resterait qu’une action surdéterminée, hétéronome, et, inévitablement, une autre (com)plainte s’entendrait, celle de « l’instrumentalisation », meilleure garantie pour que l’efficacité ne soit pas au rendez-vous, pour que l’engagement qui dépasse et stimule la seule réalisation conventionnelle s’évapore. Le social, faut-il le répéter, a besoin d’acteurs animés (de animus : « âme ») et engagés, pas d’agents déterminés et arc-boutés sur le strict minimum conventionnel à force d’être cantonnés/rivés/scotchés/agrafés à leur système informatique et à l’horizon B.O. de leurs résultats. Le Conseil national de l’information statistique – qui n’est pas exactement une officine d’agit’prop – vient d’éditer un rapport, Emploi, chômage et précarité, dans lequel on peut lire « Enfin, cette fétichisation des chiffres peut altérer la conduite des politiques de l’emploi si elles s’attachent plus à leur effet sur l’indicateur, devenu une sorte de baromètre politique simplifié, qu’à la situation réelle des personnes et à leur insertion durable et efficace dans l’économie. » (1)

Yes, we can…

Oui, réflexion et réflexivité exigent du temps. Oui, ce temps est un investissement pour bien travailler. Oui, ce bien travailler doit s’inspirer de ce qu’écrivait Bertrand Schwartz en 1981 : « Ainsi considérons-nous comme grave et dangereux le risque qu’on encourrait à ne prendre en considération que les mesures touchant à la formation et à l’emploi parce qu’elles apparaîtraient suffisantes pour régler les problèmes les plus visibles. » (2) L’invisible, l’opaque, le différé… tout cela appelle du temps : sans temps, ce n’est que le visible, l’immédiat, l’écume des besoins… et il faudra à ce moment sérieusement argumenter pour expliquer comment une ambition d’insertion aussi peu avare du qualificatif de « durable » serait compatible avec un travail superficiel. Oui, ce temps doit être garanti. Non, ce temps ne peut pas être aléatoire, susceptible d’être pris entre deux rendez-vous, une saisie P3, un bilan d’action de formation, une « info-col » et la machine à café. Sauf à ce qu’inévitablement ce temps théoriquement indispensable ne soit pas pratiquement pris. Oui, des missions locales parviennent à garantir le temps de la réflexion et de la réflexivité et, pourtant, comme les autres, leurs directions rencontrent les services de l’État, de la Région, et les acronymes « CIVIS », « PPAE », ne leur sont pas étrangers. Par analogie historique, « Yes, we can », a-t-on envie de dire…

Temps de veille, en éveil, éveillé…

Bien sûr, réflexion et réflexivité ne sont pas réservées aux seuls experts… ne serait-ce que parce que l’insertion professionnelle et sociale est en elle-même un objet complexe. Ceci signifie que, condition première de la réflexion, la veille est garantie à tous et son temps est inscrit sur les plannings : dans plusieurs missions locales, a été ainsi actée non pas la possibilité mais l’obligation de veiller, généralement sur une base hebdomadaire de deux heures, cumulables deux semaines soit une demi-journée par quinzaine. Rappelons que la veille est une compétence exigible dès conseiller 1 : « Assurer une veille sur l’activité d’insertion » (4.7). Une compétence est une mise en action de connaissances qui, sauf exceptionnellement dans l’Évangile (Pentecôte), ne descendent pas sous la forme de langues de feu en fin d’agapes mais s’acquièrent… avec du temps. Ce temps de veille est aujourd’hui largement facilité par les TIC (technologies de l’information et de la communication) qui trient, diffusent de l’information ciblée, qu’il s’agisse des publications régulières (et gratuites) de la DARES (a minima Premières Informations Premières Synthèses), du Centre d’Études de l’Emploi (Connaissance de l’emploi), du Céreq (Bref) ou des blogs (DocinsertEmploi et Création, Informer autrement, Michel Abhervé…). Reste dans chaque structure à l’organiser (qui veille sur quoi ? quelles informations doivent-elles être communiquées à qui et par quel canal ?) et à l’outiller (fiches de lecture, résumé d’action, note d’alerte…). Cet ensemble constitue un « système de veille partagée », pérenne et nécessairement coordonné… un exemple, « A Saint-Nazaire, un système de veille partagée », pouvant être consulté dans l’ouvrage de Philippe Gagnebet, Les 16-25 ans et la vie active. Le rôle des missions locales (2006, Autrement).

Temps d’expertise : 2 + 2…

Ce qui vaut pour chacun en mission locale vaut a fortiori pour l’expert… d’autant plus que celui-ci est en responsabilité propre d’un domaine, que son expertise doit être communiquée en interne (équipe) et en externe (partenaires), qu’à la connaissance donc s’associe la responsabilité et la fiabilité de la transmission (3). L’expert produit une connaissance orientée vers l’action et dans l’expertise : « Trois éléments sont importants : la compétence (un savoir et/ou un savoir-faire légitime et une éventuelle spécialisation), l’émission d’un diagnostic et d’un avis, l’orientation pratique et réformatrice. » (4). Les deux bouts de la chaîne de cette connaissance utile – apprendre (actualiser, consolider) et transmettre – appellent également du temps et, encore une fois à l’expérience de situations en mission locale, aux deux heures hebdomadaires de veille communes pour tous s’ajoutent pour l’expert deux heures, soit globalement une demi-journée par semaine. Ce qui, au regard des enjeux de reconnaissance individuelle, de progression vers une intelligence collective partagée (et non distribuée par un seul) et de légitimation des structures, n’est finalement pas cher payé.

De la connaissance propre…

Le travail de l’expert recouvre trois fonctions : produire de la connaissance pratique, partager cette connaissance, représenter la mission locale dans les situations professionnelles partenariales.

Si l’on peut dire que le problème de l’intelligence artificielle est qu’elle est artificielle, donc qu’elle n’est pas intelligente (5), le modèle de l’interface d’un écran d’ordinateur peut cependant aider à comprendre le travail de l’expert. Celui-ci constitue sur son « bureau » six dossiers, c’est le volet « base de données » correspondant à la constitution d’une expertise propre, et en gère l’accès et la diffusion, c’est le volet « communication interne » correspondant à l’objectif d’intelligence partagée.

A chacun de ces six dossiers de l’expertise propre s’attache un critère principal (conformité,  etc.), leur qualité reposant sur l’exhaustivité (autant que faire se peut…), la fiabilité et l’actualisation.

 

Dossiers

Contenu

Critère

« Exigences de société et dispositifs »

Textes réglementaires (circulaires, lois…), de cadrage, mesures, dispositifs, programmes, aides… Conformité.

Conformité

« Acteurs »

Annuaire des intervenants et des ressources externes.

Partenariat

« Études & Rapports »

Documents d’analyse, ouvrages essentiels.

Objectivation

« Actualités »

Articles de presse (régionale, nationale, professionnelle) éclairant le domaine.

Contextualisation

« Populations »

Données quantitatives et qualitatives ayant trait aux jeunes dans le cadre du domaine concerné (par exemple, pour la mobilité, les données de P3 sur le permis, les moyens de locomotion…).

Décentration

« Bonnes pratiques »

Expérimentations, réalisations dans le réseau des ML et dans d’autres réseaux.

Innovation

A l’intelligence partagée.

On arrive au bout du compte à comprendre le rôle de l’expert, celui-ci étant l’acteur de la mission locale qui, dans un domaine spécifié, est centre de ressources pour toute la structure. Ce principe souffre toutefois une exception avec la fonction de représentation externe : à ce moment, l’expert n’est plus exclusivement celui qui est garant pour l’équipe de réponses pertinentes, fiables, mais il devient celui qui réalise (ce que l’on nomme habituellement « référent »). A la veille, première fonction, s’agrègent la communication ainsi que la réponse aux questions des collègues face à un besoin spécifique (deuxième fonction) et la représentation (troisième fonction). Un bon schéma vaut mieux qu’un long discours, dit-on… Mise en application :

Rôle

Idée-clef

Fonction

Réalisations

Centre de ressources

Veille. Information. Base de données.

Constituer l’expertise.

Exigences de société

Acteurs

Études & Rapports

Actualités

Populations

Bonnes pratiques

Centre de ressources

Intelligence partagée. Communication

Faciliter l’accès à l’information.

Répondre aux questions

Stimuler l’innovation.

Informer, synthétiser, vulgariser. Produire des documents de synthèses. Émettre des recommandations.

« Référent »

Légitimation

Représenter la structure.

Participer aux situations professionnelles partenariales.

De l’observation à l’innovation…

Les lecteurs, perspicaces et malins, auront bien sûr repéré le glissement de l’observation vers l’innovation… Et pour cause ! Observer pour observer est sans intérêt, l’expertise – en mission locale et ailleurs – correspondant à une connaissance pratique, mise en action : « … la catégorie d’expertise désigne la détention de connaissances spécialisées susceptibles d’autoriser sur un phénomène déterminé, un avis en vue d’un arbitrage dans une décision politique, juridique ou technique, permettant ainsi d’éclairer un problème et de dégager des directions pratiques de résolution. » (6). Innovation ? « … les partenaires se doivent d’innover » : c’est écrit, noir sur blanc, dans la Charte de 1990. Pas une option mais un devoir. La problématique humaine de l’insertion est suffisamment dense pour ne pas se contenter de la reproduction… Mais cela a déjà été dit (cf. « La Charte des missions locales de 1990. 3/4 », 29 septembre 2008). On ne reviendra donc pas dessus. Par contre, relier la normative expertise et l’indisciplinée innovation me semble une fructueuse dialogique… et, probablement, un bon antidote contre la routine, l’usure, le renoncement.

(1) Jean-Baptiste de Foucauld (président), Marie Reynaud, Michel Cézard (rapporteurs), Emploi, chômage et précarité, CNIS, septembre 2008, n°108.

(2) Bertrand Schwartz, L’insertion professionnelle et sociale des jeunes, Rapport au Premier Ministre, septembre 1981, La Documentation Française, p. 33.

(3) Disons que si la veille implique chacun, l’exigence est à ce niveau celle de la circulation de l’information alors que, pour l’expertise, à l’information s’ajoute la communication.

(4) Corinne Delmas, « Pour une définition non positiviste de l’expertise », mai 2001, Cahiers politiques, Expertise et engagement politique.

(5) Inspiration de Baudrillard – « La tristesse de l’intelligence artificielle est qu’elle est sans artifice, donc sans intelligence. » (Cool Memories 1980-1985, 1987, Galilée) – mais « l’artifice » ne me plaît pas.

(6) Christian Le Moënne, « Les sciences sociales au risque de l’expertise commerciale ? », 1994, Sciences de la Société n° 32, p. 5.

PS. Celles et ceux qui ont eu le courage de parcourir ces quatre contributions, auxquelles s’ajoute celle de Jean-Philippe Revel, peuvent s’ils le souhaitent les recevoir agrégées, un peu mises en forme… toujours à la même adresse courriel : labbe.geste@wanadoo.fr

 

Bibliographie générale (4 contributions)

« Les citations sont les béquilles de l’esprit », disait Voltaire. A la rescousse de ces quatre contributions, les béquilles ont été…

– Baudrillard J., Cool Memories 1980-1985, 1987, Galilée

– Callon M. « Éléments pour une sociologie de la traduction. La domestication des coquilles Saint-Jacques et des marins-pêcheurs dans la baie de Saint-Brieuc », 1986, L’année sociologique

– Chaty L., « La structuration de réseaux d’action publics pour l’insertion des jeunes, ou la domestication du jeune dans les quartiers », 2001, communication au colloque de la Société Française de l’Évaluation, Algoé Consultants

– Crozier M., Friedberg E., L’acteur et le système,1977, Seuil

– Delmas C., « Pour une définition non positiviste de l’expertise », mai 2001, Cahiers politiques, Expertise et engagement politique

– de Foucauld J.-B, Reynaud M., Cézard M. (rapporteurs), Emploi, chômage et précarité, CNIS, septembre 2008, n°108

– Foucault M., Dits et écrits, 1994, Gallimard, 1994, t. III.

– Gagnebet P., Les 16-25 ans et la vie active. Le rôle des missions locales, 2006, Autrement

– Hergé (Georges Remi), Objectif lune, {1953} 1981, Casterman

– Le Boterf G., De la compétence, 1994, Les éditions d’organisation

– Le Moënne C., « Les sciences sociales au risque de l’expertise commerciale ? », 1994, Sciences de la Société n° 32

– Mégevand F., « L’accompagnement, nouveau paradigme de l’intervention publique », (sous la direction de) Ballain R., Glasman D. et Raymond R., Entre protection et compassion. Des politiques publiques travaillées par la question sociale (1980-2005), 2005, Presses Universitaires de Grenoble

– Morin E., Éthique. La méthode 6, 2004, Seuil

– Schwartz B., L’insertion professionnelle et sociale des jeunes, Rapport au Premier Ministre, septembre 1981, La Documentation Française

– Serres M., « Des sciences qui nous rapprochent de la singularité. » in Benkirane R., La Complexité, vertiges et promesses, 2002, Le Pommier

– Weber M., Le savant et le politique, {1919} 1963, Union générale d’éditions, p. 113.

Une expertise pour tous… tous experts !

Troisième contribution à partir de la question « quelles sont les expertises d’une mission locale ? » et, immédiatement, éliminons-en une… pourtant omnicentrale et précisément parce qu’elle l’est, celle du (cœur de) métier de la mission locale : l’insertion professionnelle et sociale, comprise depuis l’accueil du jeune jusqu’à son départ ou son autonomie acquise. Moins que construite mais déclinée en « compétences » (entre autres par la convention collective nationale), cette expertise est pragmatique, partagée au quotidien, directement fondée sur le jeune et sa trajectoire. Elle s’appuie sur la problématisation déjà exposée ici, d’une dynamique indissociable entre trois niveaux…

– celui de la conception du processus d’insertion, l’articulation entre le professionnel et le social ;

– celui du processus lui-même, le volet de la formation et de l’emploi et le volet du social dans ses trois dimensions de l’individuation, de la sociabilité et du sociétal ;

– celui enfin des visées, l’accès à un état plus stabilisé d’indépendance économique et d’autonomie sociale ;

… le tout correspondant à une évolution de l’insertion – objectif opérationnel – vers l’intégration – objectif finalisé.

De la notion commune au concept stabilisé. Et communiqué…

Pour autant, si cette proposition de définition d’une notion, commune au moins depuis vingt-cinq ans, est acceptée et compréhensible par les acteurs des missions locales, force est de constater qu’elle ne dispose d’aucune légitimité propre, c’est-à-dire sanctionnée, validée, par le réseau. Du moins à ma connaissance… mais peut-être cela m’a-t-il échappé ? La littérature professionnelle n’est par contre pas avare de débats sur les conditions et les modalités de l’insertion. Ainsi, par exemple, l’accompagnement, notion sur laquelle chacun s’est jeté comme la vérole sur le bas-clergé… mais cette appétence révèle synchroniquement un déplacement voire une substitution de la finalité, l’insertion, vers et par la méthode permettant d’y parvenir : « Plus que l’aboutissement qui le justifie, c’est le parcours accompagné qui devient ainsi la norme et l’espace essentiel du travail d’intégration. » (1). A l’heure où certains parlent, à juste titre, d’une nécessaire « communicaction », ne serait-il pas judicieux que le réseau des missions locales arrête et communique sa doctrine… qui commencerait par dire ce qu’est l’insertion ? Si la déontologie est un des facteurs constitutifs et définitoires du métier, la doctrine en est un autre. Elle « soude » les acteurs du métier, répondant ainsi à une logique de cohérence interne, et elle clarifie sa mission centrale, répondant alors à une logique de cohérence externe.

Quatre catégories d’expertises…

A l’épreuve des terrains, quatre catégories d’expertises peuvent être distinguées : les points de passage obligé, les sectorielles, les conjoncturelles et les stratégiques. Les classer ainsi ne vise qu’une clarification : quelle que soit la catégorie, chaque expertise appelle les mêmes modalités de prise en charge… que nous verrons dans la quatrième contribution.

PPO…

Les expertises points de passage obligé (2) s’inscrivent dans le corpus commun des missions locales, de Nevers à Rennes, de Poitiers à Saint-Pierre de la Réunion (3). Les quatre thèmes de Parcours 3 agrégeant vingt-trois « actes de service » – « Logement », « Santé », « Citoyenneté » et « Loisirs, Sports, Culture » – se retrouvent dans cette catégorie d’expertises mais on peut également songer à la mobilité, à l’insertion par l’activité économique et à l’économie sociale, au développement local et à la politique de la ville, à l’Europe et à l’international, à l’illettrisme, au système de formation initiale et aux « décrocheurs »… Soit au total une dizaine d’expertises « PPO », certaines missions locales choisissant d’ajouter « Famille et Parentalité », d’autres « Ressources financières », ces dernières étant conçues comme un domaine propre quoiqu’on les retrouve de façon transversale : aides pour la mobilité, pour les loisirs, etc. Il est également possible d’agréger ou au contraire de dissocier certaines expertises : agréger, par exemple, « Mobilité » et « Europe & International » ou à l’inverse dissocier « Santé » en « Santé-Handicap » et « Santé psychique ». Toujours est-il que, dès lors que l’on se penche sur un seul de ces domaines, on ne peut que constater qu’il recouvre une somme importante de connaissances spécifiques, que la participation à une réunion partenariale ciblée sur un thème exclut un simple survol qui serait traduit en amateurisme… 

Sectorielles : un ciblage formation-emploi contextué…

Les expertises sectorielles répondent à deux critères, le couple formation-emploi et le contexte territorial. Les sources de financement des missions locales ne laissent planer aucun doute, la formation et l’emploi justifiant un effort particulier de professionnalisation. Ainsi trouve-t-on ou devrait-on trouver dans chaque mission locale des expertises constituées telles que « Apprentissage & Alternance », « PRDF », « Parrainage », « Création d’entreprise ». Mais cela ne suffit pas : on ne négocie pas un contrat de travail de la même façon, avec les mêmes arguments, selon que l’interlocuteur est un patron de la grande distribution ou un artisan plombier, un DRH d’hôpital ou un pépiniériste… De la sorte, si la diversification des choix professionnels demeure bien sûr un objectif et s’il ne faut pas se priver d’investiguer dans des « niches » d’emplois, le pragmatisme est de bon conseil : constatant que, sur le territoire de compétence de la mission locale, certaines filières sont dominantes, on applique la loi de Pareto (4) : 80% des emplois sont concentrés dans 20% des filières. Ainsi on arrête les deux ou trois filières dominantes du territoire et, pour chacune d’entre elles, est constituée une expertise.

Conjoncturelles : générales et spécifiques…

Les expertises conjoncturelles, issues de nouveaux besoins sociaux ou de dispositifs – rien n’est simple –  sont de deux types : « générales » parce qu’elles ont vocation, immédiatement ou à terme, à concerner toutes les missions locales et, comme telles, à intégrer les expertises points de passage obligé ; « spécifiques » parce qu’elles ne concernent que la mission locale. Exemple d’une expertise générale, le micro-crédit personnel qui mobilise actuellement 45 missions locales et qui trouvera sa place dans les dispositifs communs d’aides financières ; exemple d’une expertise spécifique, le suivi des adultes RMIstes pour une mission locale conventionnée par le Département. Si les expertises spécifiques ne posent pas de difficultés particulières, la mission locale les constituant sur la base d’une commande institutionnelle tout aussi particulière, les expertises générales appellent un effort puisque leur émergence laisse supposer que beaucoup reste à faire pour maîtriser puis transmettre : le travail, comme celui de la recherche-action conduite par l’ANDML, est grosso modo celui de la modélisation, du repérage des bonnes pratiques dispersées dans le réseau et ailleurs jusqu’à la construction et la diffusion d’un référentiel. C’est in fine la démarche d’innovation.

Trois expertises stratégiques…

Les expertises stratégiques répondent à des impératifs de politiques publiques structurantes européennes, des « axes », « piliers », « objectifs intégrés » en nov-langue bruxelloise, de la Politique nationale d’inclusion sociale – PNAI (5) – aux « lignes pour l’emploi » du Plan national d’action pour l’emploi – PNAE (6). Les « lignes directrices pour l’emploi » du PNAE 2005-2008 sont au nombre de huit, classées en trois thèmes : « Attirer et retenir un plus grand nombre de personnes sur le marché du travail et moderniser les systèmes de protection sociale »,  « Améliorer la capacité d’adaptation des travailleurs et des entreprises et accroître la flexibilité des marchés du travail » et  « Investir davantage dans le capital humain en améliorant l’éducation et les compétences ». Les huit lignes directrices :

« – Appliquer des politiques de l’emploi visant à atteindre le plein-emploi, à améliorer la qualité et la productivité du travail et à renforcer la cohésion sociale et territoriale.

– Favoriser une approche fondée sur le cycle de vie à l’égard du travail.

– Créer des marchés du travail qui favorisent l’insertion des demandeurs d’emploi et des personnes défavorisées.

– Améliorer la réponse aux besoins du marché du travail.

– Favoriser la flexibilité en la conciliant avec la sécurité de l’emploi et réduire la segmentation du marché du travail.

– Veiller à ce que l’évolution des salaires et des autres coûts du travail soit favorable à l’emploi.

– Accroître et améliorer les investissements dans le capital humain.

– Adapter les systèmes d’éducation et de formation aux nouveaux besoins en matière de compétences. »

De façon transversale et présente dans presque toutes ces lignes directrices (des politiques dites « intégrées »), trois problématiques sont repérables : la lutte contre les discriminations, pour l’égalité des chances et pour la diversité (7), l’égalité hommes-femmes (8) et la formation tout au long de la vie (puisque l’Europe se donne comme ambition, selon les termes de la « Stratégie de Lisbonne », une « économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde d’ici à 2010 »). Ce sont donc ces trois problématiques qui justifient que, dans chaque mission locale, on trouve un « monsieur ou madame… Discriminations, Égalité hommes-femmes et Formation professionnelle tout au long de la vie ».

En résumé…22, v’là les expertises !

 Conduit à plusieurs reprises avec des directions et des équipes de mission locale, ce travail de recension donne lieu à des aménagements à la marge, agrégations, distinctions ou spécifications. Cependant une constante : pour chacun de ces domaines, la mission locale d’une part est sollicitée, attendue, sans doute jugée, et, d’autre part, chaque domaine exige un haut niveau de connaissance et de technicité que la polyvalence ne permet pas de satisfaire. On doit donc maintenir, « professionnaliser » la polyvalence appelée par le cœur de métier et, synchroniquement, garantir l’effectivité de ces… 22 – à peu de choses près – expertises. CQFD.

PPO

Sectorielles

Conjoncturelles

Stratégiques

Logement

PRDF

Générale : micro-crédit personnel

Discriminations, Diversité

Santé

Parrainage

Spécifique : selon le contexte

Égalité hommes-femmes

Citoyenneté

Apprentissage, Alternance

FPTLV

Loisirs-Sports-Culture

Création entreprise

Mobilité

Filière n° 1

IAE, ES

Filière n° 2

Développement local, politique ville

Filière n° 3

SFI, décrocheurs

Illettrisme

Europe, international

 Acronymes… IAE : insertion par l’activité économique ; ES : économie sociale ; SFI : système de formation initiale ; FPTLV : formation professionnelle tout au long de la vie.

(1) Francie Mégevand, « L’accompagnement, nouveau paradigme de l’intervention publique », (sous la direction de) René Ballain, Dominique Glasman et Roland Raymond, Entre protection et compassion. Des politiques publiques travaillées par la question sociale (1980-2005), 2005, Presses Universitaires de Grenoble, p. 195.

(2) Jean-Philippe Revel, riche (par sa pertinence) contributeur sur ce blog, écrit dans son commentaire du 8 novembre « le PPO (« point de passage obligé » cher à Philippe Labbé) ». Il faudra un de ces jours que je détaille ce « PPO », acronyme dont je n’ai pas la paternité, celle-ci revenant à Michel Callon dans un article aussi célèbre parmi les initiés que son titre est intriguant, énigmatique, « Éléments pour une sociologie de la traduction. La domestication des coquilles Saint-Jacques et des marins-pêcheurs dans la baie de Saint-Brieuc » (L’année sociologique, 1986, pp. 169-207). En 2001, soit quinze années plus tard, un autre sociologue, Lionel Chaty (Algoé Consultants) s’était appuyé sur l’analyse de Callon dans une communication au colloque de la Société Française de l’Évaluation. Dès les premières lignes, on comprend son dessein : « La question qui sera au centre de ce texte est donc liée à la constitution de réseaux autour d’une tentative d’imposition d’une lecture légitime de l’action d’insertion des jeunes par une catégorie d’acteurs impliqués dans ce domaine d’action : les missions locales pour l’insertion des jeunes en difficulté. {…} cette catégorie tente d’imposer sa propre problématisation de l’insertion des jeunes, et de s’ériger en porte-parole de l’ensemble des acteurs impliqués de fait ou potentiellement à un titre ou à un autre dans l’œuvre d’insertion. » Ce texte et d’autres sont soigneusement rangés dans un classeur avec, inscrit sur la tranche, « ceux qui ne nous aiment pas » (IFRAP, Castra, Ebersold, etc.). Je m’apprête à ouvrir un second classeur.

(3) Bonjour Ibrahima, Philippe, David, Régis ! Et les autres.

(4) La loi de Pareto, du nom de l’économiste italien et dite « loi des 80/20 », énonçait que 80% des richesses étaient détenues par 20% des personnes. On extrapole donc…

(5) Pour connaître en détail les trois « objectifs politiques prioritaires » du PNAI 2008-2011 (dont « Intervenir pour l’insertion sociale et professionnelle des jeunes ») : http://www.cnle.gouv.fr/IMG/pdf/Recommandations_generales_concernant_l_elaboration_du_PNAI_2008_2011.pdf

(6) Le PNAE, annuel, découle de la « Stratégie de Lisbonne » (2000). Idem :ftp://portail.carif.org/ftpcarif/d_europe/cadre/lignesDirectricesEmploi05_08.pdf

 (7) Une norme AFNOR est aujourd’hui quasi-finalisée. Son poétique « indice de classement » NF-X50-784 ne devrait pas constituer un obstacle : la norme « Processus de gestion des Ressources Humaines et diversité » pourrait – devrait ? –  être saisie, appropriée par les missions locales. Voilà une certification intéressante !

(8) Un « Label Égalité », certification attribuée par l’AFNOR, existe. A ma connaissance, pas une mission locale ne s’y est intéressée. Voilà une (seconde) certification intéressante !

Travailleurs pauvres…

ARTE consacre, mardi 11 novembre 2008 à 21 heures, sa THEMA aux travailleurs pauvres.

Sous prétexte de combattre le chômage, l’Europe a généralisé les bas salaires, multipliant le nombre des « travailleurs pauvres ». Dans le même temps, les rémunérations des hauts dirigeants atteignent des niveaux astronomiques. Jusqu’où ce creusement des écarts sera-t-il supportable ?

A 21 heures :  « Pauvre malgré le job »

En langage économiquement correct, on parle de bas salaires, en langage syndical, d’exploitation. Le documentaire montre comment vivent les « bénéficiaires » de ces salaires de misère, en France et en Allemagne.

Travailleur pauvre : en France, la généralisation des bas salaires concerne un salarié sur dix. Une situation que nous envierait presque l’Allemagne, où la proportion des travailleurs pauvres est de un sur cinq salariés. Une situation d’autant plus scandaleuse que beaucoup ont une véritable formation professionnelle, voire des diplômes d’enseignement supérieur. Pour montrer la dureté de cette situation, les auteurs du documentaire ont rencontré des « travailleurs pauvres » dans divers secteurs en Allemagne et en France : entre autres, un vigile d’une société de sécurité qui gagne 4,20 € de l’heure et qui est contraint aux heures supplémentaires en permanence pour se nourrir, des employés d’un discounter textile que l’on cherche à tromper sur le montant du salaire minimum, un ouvrier agricole qui ne trouve que des emplois à temps partiel ou des petits boulots payés en chèque emploi service, une jeune femme qui doit accepter de faire des ménages au noir… Un constat édifiant sur le travail qui ne paie plus.

A 22 heures : « Le pouvoir, la morale et l’argent »

L’écart entre les salaires se creuse de façon de plus en plus criante. Qu’en pensent les étudiants d’une école de commerce de la région de Mayence qui prétend former les cadres de demain selon des principes éthiques ?

Tandis que les bas salaires se généralisent, la rémunération des dirigeants les plus en vue atteint des sommes qui paraissent souvent indécentes. En outre, l’attitude arrogante de certains d’entre eux, qui se rémunèrent grassement quels que soient les résultats obtenus, renforce le mécontentement et jette le discrédit sur l’ensemble des managers, jugés cupides et sans scrupules. Une telle image est-elle fondée ? L’auteur du documentaire a, entre autres, interrogé les étudiants d’une école de commerce de la région de Mayence qui se targue de former de futurs cadres conscients de leurs responsabilités sociales et respectueux de principes éthiques fondamentaux. Que pensent-ils du comportement des hauts dirigeants de l’économie allemande ?

Débat : les invités

Martin Hirsch, Haut-commissaire aux Solidarités actives contre la pauvreté

Robert Reichling, Association Fédérale du patronat allemand

Frank Bsirske, Secrétaire général du syndicat ver.di

Repêchage…

Pour celles et ceux qui ne peuvent pas déplacer des agapes prévues de longue date, qui n’ont plus de magnétoscope ou qui sont incapables de le programmer, une session de repêchage aura lieu vendredi 14 novembre 2008 à 11 heures 20

Deuxième contribution : nous cherchons à comprendre ce que l’expertise veut dire et, après L’acteur et le système de la sociologie des organisations, parlons aujourd’hui de l’expert… tout en souhaitant que cette proposition suscite des commentaires : ils seront intégrés comme articles… pas seulement comme commentaires exigeant d’aller « cliquer ».

Savoir et transmettre…

Selon l’encyclopédie Wikipedia (1), si « Le savant est réputé maîtriser la connaissance d’un domaine donné, et cette connaissance, sensée avoir une réalité en soi, peut généralement être formalisée et considérée comme objective… l’expert est par différence plutôt maître d’un savoir, qui intègre naturellement des éléments de connaissance, mais qui prend en compte une expérience et des savoirs transmis non formalisés. L’expert est ainsi porteur de son savoir et c’est à ce titre qu’il témoigne. Par opposition au spécialiste, il est attendu de l’expert qu’il s’exprime et qu’il prenne parti dans des débats ou des interrogations à sa portée. En plus d’une qualité de spécialiste, l’expert se définit donc comme l’homme apte à expliciter un jugement sur un sujet et à intervenir dans les débats qui le concernent. L’expert est ainsi plus qu’un savant et qu’un spécialiste puisqu’il conjugue une compétence ouverte et une aptitude à communiquer sur son sujet. »

Voilà l’idée-clef : l’expert, non seulement maîtrise son sujet, mais il est capable de le transmettre aux autres. Il n’est pas un professeur Tournesol (2), mais il combine à un actif de connaissances sur un thème donné – il n’y a pas d’expert en tout – une compétence pédagogique. C’est un communiquant ; il « rend visible » pour reprendre les termes de Michel Foucauld (3). Par définition et dans l’absolu, il n’est donc pas « l’affaire d’un seul », comme le craint Jean-Philippe. Mais je reviens plus bas sur ce point.

Centres de ressources et générateur de crédit…

Cette compétence pédagogique s’exerce dans deux directions, en interne et en externe :

En interne, l’expert est en quelque sorte « centre de ressources » pour la mission locale. Il est – selon une notion qu’il vaudrait mieux exclusivement réserver à la relation avec le jeune, comme d’ailleurs exprimée dans la loi de programmation pour la cohésion sociale (4) – « référent » d’un domaine. Cela ne signifie pas qu’il prend en charge toutes les réalisations de celui-ci mais cela veut dire qu’à l’échelle de la mission locale c’est lui qui garantit que les informations sont fiables, actualisées, accessibles. A propos de « référent »… On pourrait opposer à cette proposition – ne maintenir la notion de référent que lorsqu’il s’agit du conseiller en charge de l’accompagnement d’un jeune – les termes mêmes de la convention collective nationale qui écrit « être référent sur un domaine spécifique ». Mais l’utilisation indifférenciée de « référent » pour un jeune, pour une action collective ou pour un domaine, est source de confusion et de compréhension médiocre par les interlocuteurs, singulièrement du monde de l’entreprise. Se présenter par exemple comme « référent IAA » (industries agro-alimentaires) risque de laisser l’interlocuteur comme une poule devant un couteau… et le conseiller « référent » de faire buisson creux. Quant à la CCN, elle est faite pour évoluer. Jean-Philippe le confirme lorsqu’il écrit « Ingénierie, en tant que compétence, (métier ?) à repérer et à valoriser (voire intégrer dans la CCN ML/PAIO). »

En externe, l’expert est le professionnel qui représente la mission locale dans des réunions partenariales dont l’objet correspond à son domaine d’expertise. De centre de ressources pour l’équipe de la mission locale, il devient vis-à-vis des partenaires l’interlocuteur légitime… et légitimant de la structure. Car, posons-nous la question, combien de fois désigne-t-on au hasard des disponibilités un conseiller pour participer à une réunion où, faute de cette maîtrise, celui-ci ne fera qu’y assister ? Est-on assuré qu’à une réunion IAE le conseiller dépêché, parfois prévenu le matin pour l’après-midi, saura d’une part être contributeur et, d’autre part, suffisamment crédible face à d’autres professionnels disposant d’un atout : ils sont de l’IAE… ? La construction de réelles expertises participe d’une légitimation de la structure.

Ni sophiste, ni alouette…

Wikipedia poursuit : « L’expert qui s’exprimerait sur un sujet comme Maître sans en connaître l’état de l’art arrêté au jour de son intervention, et n’ayant pas connaissance de la filière concernée sur le terrain, ne serait en ce sens que théoricien et non un spécialiste, un sachant, un expert. » Ce qui introduit une seconde caractéristique… d’ailleurs déjà esquissée dans l’extrait précédent de Wikipedia avec l’expression « compétence ouverte » : les connaissances de l’expert ne sont pas figées mais actualisées… ce qui, inévitablement, conduit l’expert à une double fonction : comme indiqué la transmission mais également, en amont, la veille comme condition sine qua non de l’actualisation du domaine concerné. L’expert n’est pas un thésard monastique, arrimé à son bureau et le temps suspendu pour faire « l’état de l’art », son savoir est assez peu académique. Pour autant, cette intégration progressive de nouvelles informations n’en fait pas un sophiste des enseignements de la dernière heure, une alouette : maîtrisant son domaine, il l’irrigue et l’alluvionne. Il combine des savoirs théoriques (concepts, schémas, modélisation) et procéduraux (méthodes) avec des savoir-faire procéduraux (techniques), expérientiels (issus de l’action et de l’expérience pratique) et sociaux. (5)

Moteur de recherche et ingénieur de la complexité…

De ce qui précède, on pourrait s’attendre et craindre – comme Jean-Philippe – à ce qu’en mission locale l’expert soit isolé, dans la bulle ou sur le rocher de son domaine… mais ce serait oublier deux caractéristiques intrinsèques :

– La première, déjà citée, est celle de la transmission, l’expert engrangeant et diffusant après avoir trié, apuré, classé, hiérarchisé, traduit, vulgarisé même ; moteur de recherche, l’expert facilite l’accès à des connaissances opérationnelles, directement utiles pour le professionnel « de terrain » ; c’est un simplificateur de tâches. Parmi les qualités attendues de l’expert, Wikipedia cite « participer à des débats ouverts avec des décideurs et des non-experts ». La place de l’expert est ainsi celle d’un marginal-sécant, capable d’évoluer dans son domaine de spécialisation et dans d’autres environnements profanes… la tête dans les étoiles et les pieds dans la glaise.

– La seconde caractéristique correspond à une autre qualité attendue, « l’intégration de savoirs variés ». En d’autres termes, si le périmètre du domaine de l’expert est nécessairement bien défini et réduit (6), sa réflexion n’en fait pas un ingénieur monodisciplinaire. Tout au contraire, c’est un transdisciplinaire, un ingénieur de la complexité : avec les autres, experts et non-experts, il contribue à faire avancer la mission locale vers l’organisation apprenante : plus on divise le travail – la constitution d’expertises est une division du travail -, plus le travail en réseau doit être renforcé. Qui plus est et s’agissant d’insertion, le domaine de l’expertise n’est jamais indépendant. Tout au contraire, il est poreux : une expertise « mobilité » s’intéresse aux déplacements (transports, permis de conduire…), aux résistances psychologiques et culturelles, aux aides mobilisables, etc. Chaque domaine d’expertise recouvre une singularité mais, s’inscrivant dans un projet articulé sur l’approche globale, coagule avec toutes les dimensions de celle-ci.

Conjuguer polyvalence et expertise…

Pour l’alchimie qui transmute le singulier en pluriel, existe une solution simple : si l’approche globale appelle nécessairement la polyvalence et si, synchroniquement, force est de constater que chacun ne peut maîtriser toute la multidimensionnalité de l’insertion, la conclusion est que chaque professionnel de mission locale polyvalent devienne expert et travaille en réseau dans sa structure et avec l’environnement. Outre la qualité du travail bien fait – cette « culture du résultat » pour laquelle je plaide et que j’oppose à « l’obligation de résultat » -, l’expertise de chacun, soyons-en sûrs, sera source de reconnaissance – les professionnels en ont bien besoin – et de professionnalisation.

 Il nous reste à réfléchir sur les expertises – quelles sont-elles ? – et sur l’organisation de l’expertise. A suivre donc…

 

 (1) http://fr.wikipedia.org/wiki/Expert

(2) Tournesol, fort sympathique quoique capable de colères homériques dès lors qu’il est traité de « zouave » (cf. Hergé, Objectif lune, {1953} 1981, Casterman, p. 49), n’est toutefois qu’une plaisante caricature. S’agissant de savant, on ne peut faire l’économie de Max Weber qui, dans Le savant et le politique, disait du premier « Si nous sommes, en tant que savants, à la hauteur de nôtre tâche (ce qu’il faut évidemment présupposer ici), nous pouvons alors obliger l’individu à se rendre compte du sens ultime de ses propres actes, ou du moins l’y aider. » (10/18, p. 113). Le savant, dans la conception weberienne, ne s’oppose pas à l’expert car on imagine mal qu’un tel dessein se satisfasse d’une révélation : il peut donc difficilement faire l’économie de la pédagogie, révéler ne suffisant pas pour aider à se rendre compte…

(3) Michel Foucault parlait de l’« intellectuel spécifique », du « spécialiste » dont le rôle était moins de proposer des « solutions » que « de rendre visibles les mécanismes de pouvoir répressif qui sont exercés de manière dissimulée. » (Michel Foucault, Dits et écrits, 1994, Gallimard, 1994, t. III, p. 772).

(4) « Pour chaque bénéficiaire de niveau Vbis et VI, cet accompagnement est personnalisé, renforcé et assuré par un référent… » (article 13, souligné par nous).

(5) Lire Guy Le Boterf, De la compétence, 1994, Les éditions d’organisation, pp. 73-115.

(6) Au mot « expert », Dico Info propose même « Personne ayant un maximum de connaissances dans un domaine extrêmement réduit. » http://dictionnaire.phpmyvisites.net/definition-Expert-12260.htm

 

Expertise ou Ingénierie ?

Ci-dessous une contribution de Jean-Philippe Revel à la suite du premier article sur l’expertise. Des propositions intéressantes… même si je ne partage pas l’hypothèse posée, « L’expertise serait l’affaire d’un seul, l’ingénierie l’affaire de tous », comme je le développerai dans les prochains articles : la combinaison des expertises, non leur cumul, s’inscrit dans une perspective d’organisation apprenante. On en reparlera.

La contribution de Jean-Philippe Revel…

Je propose d’emblée sans attendre votre contribution n°4 de lancer la discussion.

Il me semble si que l’expertise risque d’être l’affaire de quelques-uns, voire d’un seul,

l’ingénierie, elle, est indissociable du projet et de sa réalisation. Elle l’encadre.

L’expertise serait l’affaire d’un seul, l’ingénierie l’affaire de tous.

En tout cas la branche s’est emparée de cette question, modestement sans doute, à travers l’appui technique de cadrage qui vient d’être lancé avec la DGEFP. Appui technique de cadrage qui dans l’un de ses objectifs, visera l’Ingénierie. Sous trois aspects :

– Ingénierie pour la branche professionnelle, cet appui technique de cadrage devant constituer un outillage permettant de formaliser une politique (Projet) de formation professionnelle pour les années à venir

– Ingénierie, en tant que compétence, (métier ?) à repérer et à valoriser (voire intégrer dans la CCN ML/PAIO)

– Ingénierie, enfin, en tant qu’outil permettant à la branche professionnelle de s’adapter aux changements constants de contexte auxquels elle est confrontée

Nous aurons certainement l’occasion d’en reparler …

Première contribution sur une notion qui commence à agiter le Landerneau des missions locales, l’expertise. Séductrice, tentatrice, l’expertise gonfle l’ego : certes, mieux vaut être expert que bon à tout, c’est-à-dire guère éloigné du bon à rien. Plusieurs contributions seront nécessaires et, à ce jour, rédigeant au gré de l’inspiration, leur estimation m’est approximative : imaginons-en quatre, quitte à ce que, la quatrième achevée, il faille en ajouter. Le chemin se fera en avançant. Bien sûr, comme toujours, vos contributions sont, plus que bienvenues, souhaitées, sollicitées.

Une expertise indéfinie…

La notion d’ « expertise » n’est pas banale dans le discours des et sur les missions locales. Absente de la convention collective nationale, elle n’est apparue que récemment, dans la circulaire DGEFP n° 2007-26 du 12 octobre 2007 relative au financement du réseau des missions locales et PAIO – c’est la circulaire pour la mise en œuvre de la convention pluriannuelle d’objectifs (CPO) – à la rubrique des « objectifs liés à l’offre de service n° 4 : expertise et observation active du territoire ». Cependant nulle part, la circulaire ne propose une définition de cette « expertise » et il n’est sans doute pas inutile de s’arrêter un peu pour construire celle-ci au bénéfice des missions locales : sur cette notion comme pour les axes 4 et 5 de la CPO, mieux les missions locales seront à même d’en construire puis d’en stabiliser les contenus, plus elles en bénéficieront.

Séquence émotion…

Mon point de départ est fondé sur le concept de « zone d’incertitude » développé par Michel Crozier et Erhard Friedberg dans le fameux ouvrage L’acteur et le système (1977, Seuil) que tout jeune étudiant en sociologie a dû acquérir… à défaut de lire. Le reprenant dans ma bibliothèque, je dois l’avouer, je l’ai ouvert avec émotion : page de garde marquée « 1985 », année où je l’ai découvert ; un livre aux pages écornées, surlignées, plusieurs détachées… Mais revenons à cette zone d’incertitude : « Aussi loin que l’on pousse l’analyse « rationnelle » de sa structure logique ou « naturelle », tout problème matériel comporte toujours une part appréciable d’incertitude, c’est-à-dire d’indétermination, quant aux modalités concrètes de sa solution. {…} Or l’incertitude en général ou les incertitudes spécifiques, comme nous le verrons, constituent la ressource fondamentale dans toute négociation. S’il y a incertitude, les acteurs capables de la contrôler l’utiliseront dans leurs tractations avec ceux qui en dépendent. Car ce qui est incertitude du point de vue des problèmes est pouvoir du côté des acteurs. » (p. 20). Reste que, si l’on décline cette théorie dans la situation de l’interaction entre les missions locales et l’État, via par exemple la CPO, on peut s’interroger sur le détenteur et le bénéficiaire du pouvoir face à l’indéfinition de l’expertise : les missions locales parce qu’elles y mettraient ce qu’elles veulent et, dans ce cas, on serait au mieux dans une incohérence à l’échelle du réseau puisque chaque mission locale traduirait l’expertise à sa façon, au pire dans de la dissimulation… ou les services de l’État qui pourraient, au cas par cas, faire varier leurs exigences ? On l’aura compris, face à l’incertitude, c’est-à-dire cette « expertise » indéfinie, ma proposition est que les missions locales s’en emparent et, un coup d’avance, « jouent et gagnent ».

L’expertise comme pouvoir…

Crozier et Friedberg développeront plus loin le concept de zone d’incertitude à partir de la thématique du pouvoir dans l’organisation. Pour le détenir, quatre « sources » sont possibles : maîtriser une compétence particulière ou « une spécialisation fonctionnelle » (p. 72) ; être capable d’évoluer dans plusieurs champs distincts, dans différents environnements (et voilà le célèbre  « marginal-sécant ») ;  disposer des informations et maîtriser les flux de communication ; enfin bien utiliser les règles de fonctionnement.

La première « grande source de pouvoir », cette « spécialisation fonctionnelle », est ce qui retient notre attention pour cette réflexion sur l’expertise : « L’expert est le seul qui dispose du savoir-faire, des connaissances, de l’expérience du contexte qui lui permettent de résoudre certains problèmes cruciaux pour l’organisation. » (p. 72). Et les auteurs de poursuivre : « L’expertise proprement dite est relativement limitée. Peu de personnes, dans une société complexe comme la nôtre, sont vraiment les seules capables de résoudre un problème dans un ensemble donné. » (p. 72).

Janus…

Deux idées découlent de cela : l’expertise s’exerce dans un domaine sérié, limité… on n’est pas expert en tout ; l’expertise intervient dans un ensemble plus général et complexe. On en déduira en ce qui concerne le travail d’insertion que, celui-ci étant multidimensionnel (« approche globale »), autant d’expertises seraient à constituer qu’il existe de facettes à l’insertion mais également que, le tout n’étant pas la simple agrégation de ses parties, plus on développe des expertises, plus on doit renforcer la transversalité, les interactions. Sauf à aboutir à une organisation d’experts aussi spécialisés qu’incommuniquants. L’expertise, comme la face de Janus, est un atout – elle constitue un pouvoir – et une difficulté – elle entraîne si l’on y prend garde vers une pensée disjonctive, cette « pensée de la complication » plusieurs fois opposée dans ce blog, Edgar Morin et d’autres aidant, à la « pensée de la complexité » dont nous avons besoin.

Prométhée…

Il me faut enfin, dans cette introduction, avertir du risque de la tentation prométhéenne de l’expertise car je viens d’écrire « autant d’expertises seraient à constituer qu’il existe de facettes à l’insertion », ce qui pourrait être interprété si l’on ne prêtait attention au conditionnel comme un objectif de recension méthodique, point par point, de ce que poursuivent et font les missions locales, puis de classement en catégories face auxquelles seraient constituées des expertises. Outre la déduction d’une inéluctable incommunicabilité, nous serions dans un raisonnement de la juxtaposition, non de la combinaison (1) et, surtout, déterministe. Or, il y a dans le social et dans l’humain des interstices, des espaces de terra incognita, et, si le travail d’insertion est « global », il n’est pas impérialiste : « Comprendre, ce n’est pas tout comprendre, c’est aussi reconnaître qu’il y a de l’incompréhensible. » (2) Exit Prométhée. Bienvenue à la modestie… qui ne s’oppose pas à l’ambition, toujours la même : légitimer le travail d’insertion en mission locale parce qu’on y croit mais que l’on sait aussi qu’il ne suffit pas d’être convaincu pour être convaincant.

 

(1) Selon Michel Serres, « … le mot complexité est mal choisi. C’est, je crois un faux concept philosophique. Le premier à l’avoir utilisé est Liebniz, mais il l’a remplacé par le mot combinatoire, ce qui était beaucoup plus intelligent… {…} Dans nombre d’usages plus récents, il ne signifie pas beaucoup plus que : fonction à plusieurs variables. » C’est discutable mais c’est Michel Serres dans « Des sciences qui nous rapprochent de la singularité » in Réda Benkirane, La Complexité, vertiges et promesses, 2002, Le Pommier, pp. 388-389.

(2) Edgar Morin, Éthique. La méthode 6, 2004, Seuil, p. 134.