Invitation à l’intelligence collective

Publié: novembre 16, 2008 dans Corpus, Insertion/missions locales

Changer les règles du jeu…

Vous êtes entre 300 et 400 lecteurs réguliers, quotidiens, de ce blog. Quelques-uns d’entre vous, également régulièrement, sont contributeurs. C’est à la fois bien et insuffisant pour un réseau qui recense presque 12 000 professionnels et 500 conseils d’administration, et pour une problématique, l’insertion des jeunes, qui ne commence ni s’arrête aux portes des missions locales. Dans la complexité, dit-on, les conditions d’atteinte des objectifs comptent tout autant que cette atteinte. Pour produire ensemble, pour faire que le tout soit supérieur à la somme des parties, bref pour s’appuyer sur une intelligence partagée et collective, il faut donc changer les règles du jeu. Tentons-le.

Évaluer les trajectoires de jeunes…

La prochaine série d’articles devait commencer par ces phrases : « Attelons-nous à présent à une vaste, centrale et majeure question qui travaille le secteur de l’insertion, « Qu’est-ce qu’évaluer ? » Premier point, bien des choses peuvent être évaluées : « les missions de service public » comme s’y emploie actuellement – dans la continuité du référentiel paru en 2004 – le CNML ; l’efficacité de la mission locale et, préoccupation récurrente sinon obsessionnelle des pouvoirs publics, son efficience comparativement à d’autres structures ou opérateurs (cf. le contrat d’autonomie)… Nous parlerons dans les contributions qui vont suivre, ignorant à ce stade combien seront nécessaires, de l’évaluation des parcours des jeunes, c’est-à-dire de la mesure permettant d’apprécier si et comment les jeunes parviennent à s’intégrer. » « Devait » commencer… ce qui signifie que cette série d’articles ne commencera – peut-être – pas par ces lignes. Pourquoi ? Parce que nous allons tenter de procéder différemment en proposant sur ce blog, non pas une cogitation individuelle enrichie de quelques commentaires, mais une réflexion collective.

Comment faire ?

Nous allons constituer un groupe qui va travailler en back-office, réfléchir puis produire et communiquer sa réflexion. Ce groupe formé sur la base du volontariat échangera par courriel, une « liste de diffusion » dit-on, partant d’une première contribution que je proposerai et qui sera complétée, amendée, peaufinée par chacun. Les modalités de cette production critique et collective pourront varier selon les uns et les autres : certains apporteront leur pierre à l’édifice sur la base d’une réflexion strictement personnelle, d’autres pourront mettre en débat la problématique dans leurs équipes. Peu importe à vrai dire, l’essentiel étant que la démarche soit collective – une émulsion – et qu’elle aboutisse à une proposition cohérente, homogène… qui n’exclut en rien des divergences, la proposition finale pouvant parfaitement présenter plusieurs options.

Ballon d’essai…

Voilà en substance les nouvelles règles d’un jeu dont chacun comprendra l’axiome – ce tout supérieur… – et qui, me semble-t-il, doivent s’appliquer à cette catégorie baptisée « corpus », c’est-à-dire concernant des thèmes « universels » (à la dimension de l’insertion), permanents, transversaux. Il ne faut pas être naïf, deux obstacles étant immédiatement prévisibles :

– A l’échelle individuelle, la difficulté de passer de la position de lecteur-spectateur à celle de contributeur-acteur. Dans les années 70, certains disaient que ce passage est permis par la création d’une « situation »… et s’étaient précisément baptisés d’une déclinaison sémantique de cette dernière. Il faut donc, sur la base d’une responsabilité individuelle, s’engager.

– A l’échelle collective, l’absence d’une légitimité officielle de ce groupe. C’est un travail de réseau, sur la base du volontariat, de la libre adhésion, où les uns et les autres s’associent sans garantie que leur discours collectif soit repris, approprié, décliné, remodelé par les canaux dûment estampillés. Reste que rien ne s’oppose à ce que des réseaux « officiels » ou non (1) soient en tant que tels contributeurs. Reste également que, si l’on reprend les « sources du pouvoir » telles qu’elles ont été rappelées dans l’introduction sur l’expertise, la « spécialisation fonctionnelle » en est une. A défaut d’assurance et selon la formule de Pascal, « il faut parier ». Le même ajoutait : « Si vous gagnez, vous gagnez tout ; si vous perdez, vous ne perdez rien. »

On essaye ?

En synthèse… 1) On part du thème de l’évaluation, la pertinence de ce choix ne méritant guère, me semble-t-il, qu’on s’y attarde sinon pour rappeler qu’il s’agit de l’évaluation des trajectoires de jeunes, de l’objectif finalisé de toute mission locale : l’intégration… et que, grosso modo depuis un quart de siècle, le hiatus persiste entre une évaluation cohérente avec le principe de l’approche globale et une évaluation institutionnelle sectorielle. 2) Chaque lecteur volontaire m’adresse un courriel, toujours à labbe.geste@wanadoo.fr , pour officialiser son engagement qui peut être strictement individuel, identifié ou anonyme (à préciser dans le courriel), ou au titre d’un réseau préexistant. 3) Je proposerai une méthode simple d’enregistrement des modifications, chaque nouvelle contribution étant adressée à tous les acteurs de ce groupe de travail. 4) Pour « lancer la machine », j’attends que la liste de diffusion soit close, disons deux semaines, et j’adresse un premier écrit via celle-ci. 5) On décide collectivement du moment où la gestation privée devient accouchement public, où la proposition du groupe est publiée sur le blog… proposition qui doit être cohérente mais qui peut refléter des divergences d’analyse, un peu sur le modèle des « avis » succédant à un texte fédérateur (en évitant cependant le syndrome des « motions » du (mas)sacre de Reims…).

Cette démarche, que les sciences cognitives nommeraient d’« intelligence partagée » (et non « distribuée ») et qui s’inscrit dans une logique d’expertise collective, exige plus de temps que la publication d’articles n’exprimant qu’un point de vue individuel. Elle n’exclut donc pas qu’entre-temps, entre gestation et accouchement, d’autres articles soient édités dans des catégories autres – « au fil des lectures », « actualité », « agit’prop »… – et suscitent des (toujours bienvenus) commentaires. Rappelons que l’invitation à publier des contributions a été faite plusieurs fois : les plus beaux cris s’expriment dans le désespoir du silence.

 

(1) Réseaux « officiels », on comprend (ANDML, RIJ…). Non-officiels, ce peut être des groupes de discussion, d’autres blogs.

 

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commentaires
  1. rbeaune dit :

    Je ne peux qu’adhérer à cette démarche que j’essaie d’appuyer par quelques commentaires… Le seul fait d’échanger est source d’enrichissement…personnel et collectif… Par contre, je ne partage pas l’idée que l’on puisse s’anonymiser… Il faut s’assumer ou se taire… et ne pas se plaindre…
    Ma deuxième (je ne sais pas encore s’il y en aura une troisième) remarque est l’objectif : pour faire simple, un beau travail intellectuel (soyons modeste) lu par 300 ou 400 personnes ou une construction qui est adressée à des réseaux officiels, à des responsables politiques, syndicaux (patronaux et salariés), à des personnes qualifiées, pour recueillir leurs commentaires et enrichir les débats…
    Ma troisième (je ne voulais pas l’oublier) est que dans les discussions sur le RSA à l’assemblée nationale, il a été arrêté l’idée d’un travail des députés sur la problématique de l’insertion des jeunes avec un rapport en juin 2010 (me semble-t-il)… Si, collectivement, nous ne voulons pas qu’il soit -à l’image du Grenelle de l’insertion- confisqué et « complètement » orienté, il faut d’ores et déjà produire les fondations de ce débat… Il me paraît évident que chacun, dans sa sphère d’influence, doit oeuvrer pour que la véritable réécriture du rapport de B Schwartz se déroule dans les meilleures conditions en s’appuyant sur une véritable évaluation des politiques menées…
    Alors oui à cette oeuvre collective…qui ne veut pas dire consensuelle…

  2. Jean Philippe REVEL (syndiqué CGT ML/PAIO) dit :

    j’essaye …

  3. pioupiou44 dit :

    Très bonne initiative à laquelle j’aimerais participer avec mes petits moyens. Mais je souhaite que d’autres pioupious (nombreux) s’y joignent.

  4. Olivier LACROIX dit :

    Je vous rejoins…

  5. Suite à un puissant lobbying affectif et une corruption fluide et charnelle (trois dodos et deux pattes cochons), j’y adhère et je m’y risque avec cependant le syndrome du pioupiou tropical.

  6. Suite à un puissant lobbying affectif et une corruption fluide et charnelle (trois dodos et deux pattes cochons), j’y adhère et je m’y risque avec cependant le syndrome du pioupiou tropical.

  7. Vincent PLOVIER dit :

    Pour te rassurer sur le peu de lecteurs et encore moins de contributeurs!
    Je reste philosophe, et dans le même état d’esprit que lors du constat de 74% d’abstention aux prud’homales! Les causes sont multiples: ignorance, inconscience, mépris, peur… sans doute un peu de tout!
    Je lis toujours ce blog avec autant d’intérêt. Je le communique à mes collègues et aux étudiants de la 1ére à la 3ème année de licence d’intervention sociale … C’est peu mais c’est déjà cela, que chacun en fasse autant et le nombre ne pourra que croître.
    Le débat est sans doute ailleurs, mais pour autant je m’étonne, sauf une mauvaise lecture de ma part (ça m’arrive de fatiguer) que personne ne parle ici de la précarité progressive des salariés qui tentent de s’occuper des personnes précarisées! Pour exemple, 25 suppressions de postes à la ML de Nantes dont 19 licenciements! Pas simple d’exercer sa mission pour les jeunes dans ce contexte!
    A moins que les collectivités locales se mobilisent!

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