Expertises en mission locale : partager, mutualiser… 4 bis.

Publié: novembre 13, 2008 dans 1, Corpus

Rapportée ci-dessous, une contribution de Régis Barbier (directeur de la mission locale de Beaune, en Bourgogne)… tout-à-fait pertinente sur ses deux points. Je la livre et réagis…

La contribution de Régis Barbier…

« Mettons-nous d’emblée d’accord… car j’entends déjà au fond des bois de l’insertion le brame des directeurs – « des résultats quan-ti-ta-tifs, des entrées CIVIS, des sorties en emploi durable ! » et le chœur des conseillers – « lenédanleguidon ! »

Belle construction, nécessaire construction…

Mais je ne brame pas et je ne suis pas cycliste et mon dopage n’est pas le PPO…

Mon interrogation est simple : comment ce travail peut être organisé en réseau (les ML ne sont-elles pas un réseau ??? parmi un réseau : le RIJ…).

Pourquoi cette question ?

– pratique : une petite ou une moyenne ML ne peut déjà pas avoir 22 experts…

– politique : à l’heure d’une recentralisation des politiques de l’insertion et de l’emploi, voire une tentative au niveau de la formation, à l’heure d’un émiettement des responsabilités (secrétariat à l’emploi, HCSA, ministère du travail, ministère de la Santé, Ministre du logement et Secrétariat à la politique de la ville,…), comment optimiser cette fonction de veille et comment en faire un outil commun qui puisse appuyer des propositions, rappeler des vérités (on traverse aujourd’hui une période de nouvelle forme de communication qui s’appuie sur le bon sens – « le bon sens est la vérité la mieux partagée au monde » mais, si « bon sang ne saurait mentir », le bon sens est, comme le dit Bourdieu, « des évidences immédiates et souvent illusoires ») et capitaliser toutes les innovations qui sont menées…

Une veille partagée, optimisée… en plus cela rassurerait nos financeurs en quête d’efficience… »

Bon sens, sens commun…

Tout d’abord, j’ai en effet omis de traiter cette difficulté a priori rédhibitoire et pourtant connue puisque rencontrée sur les terrains : comment constituer vingt-deux expertises lorsque la mission locale ne dispose pas d’autant de professionnels susceptibles d’occuper cette responsabilité ? Régis interroge… et fournit la (bonne) réponse… qui, pour reprendre ses termes (et ceux de Pierre Bourdieu qui l’inspire – belle inspiration, certes), est d’ailleurs plutôt de « bon sens » que de « sens commun »… (1) Quelle réponse à ce déséquilibre « expertises – ressources » ? Mais bon dieu, mais c’est bien sûr : travailler en réseau ! L’exemple proposé, le système de veille partagée de Saint-Nazaire implique en l’occurrence quatre missions locales (Saint-Nazaire, Saint-Gildas des Bois, Retz et Guérande) travaillant en intelligence. Ainsi les expertises sectorielles sur l’emploi sont distribuées entre les quatre missions locales : un expert pour la filière construction navale (Saint-Nazaire), un expert pour les industries agroalimentaires (Saint-Gildas des Bois), un expert pour le tourisme (Guérande), une coordonnatrice de veille pour les quatre structures, etc. Ceci étant, l’anticipation sur l’objection est aisée : partager entre missions locales est loin d’être naturel… « locales », les missions sont souvent jalouses de leurs prérogatives territoriales, en fait des pré-carrés. Là également, des « marges de progrès » pour que le « sens commun » soit cette fois pris à la lettre : partager le même sens, donc travailler ensemble. C’est à la fois une question de volonté politique, de culture professionnelle et d’outillage (dont, comme à Saint-Nazaire, un système informatique ad hoc pour la veille partagée).

Tant à faire…

« Optimiser cette fonction de veille… faire un outil commun… » Bien sûr, de toute évidence, le « réseau » (à confirmer, oui) devrait se doter de son outil propre, national… tout en réservant deux choses à l’échelle de chaque mission locale ou, en fonction de la taille des structures, à celle de quelques missions locales : tout d’abord, une veille contextuée, c’est-à-dire territorialisée qu’un système national ne satisferait pas ; également un travail de veille pour tous – chaque professionnel doit disposer de temps pour la réflexion et la réflexivité – et pour les experts : l’annuaire des acteurs, les actualités locales et régionales, les dispositifs localisés, les filières présentes, tout cela ne trouvera pas de réponses par la centralisation.

Quant à la capitalisation des innovations, on peut à juste titre s’interroger puisque, aujourd’hui, elle n’est plus assurée (cf. feu la DIIJ…) sinon, selon les cas, par des animations régionales. J’avais imaginé que l’organisme de formation créé par la branche s’emparerait à bras-le-corps de tout cela et, dépassant le strict registre de la formation, comblerait le déficit de recherche et développement : évaluation (2), déontologie, veille, construction du corpus conceptuel et intégration de nouvelles problématiques (développement durable, responsabilité sociale de la mission locale, etc.), modélisation et diffusion des innovations, etc. Il y a tant et tant à faire. Il semble que mon imagination était naïveté. On se console : mieux vaut être naïf que cynique. Au moins pour les aigreurs.

(1) Plutôt que de « bon sens », je parlerais de « sens commun », divergeant sur ce point – et quelques autres, particulièrement bien exprimés par Jeannine Verdès-Leroux dans Le savant et la politique, 1998, Grasset – avec Pierre Bourdieu qui, il est vrai, dirigeait une collection… « Le sens commun ». Le bon sens est une expertise du sens pratique fondée sur l’expérience alors que le sens commun, lui, est effectivement illusoire, construit de stéréotypes, de préjugés. Le sens commun est le terreau des séductions temporelles qui se succèdent, l’une chassant l’autre, et qui font le lit du prophétisme intellectuel et politique… Attali me semblant l’idéaltype du vecteur de vérités révélées (cf. sur ce blog « Attalilang ou le désespoir de Jaurès », 12 février 2008)… même si sa biographie de Marx – Karl Marx ou l’esprit du monde, 2005, Fayard – se lit comme un roman. Point de divergence sémantique, mais là n’est pas l’essentiel.

(2) A ce propos, trois contributeurs se sont étonnés de ne pas trouver d’écho au rapport du Conseil économique, social et environnemental, 25 ans de politiques d’insertion des jeunes : quel bilan ? (8 octobre 2008, projet d’avis présenté par Catherine Dumont)… qui, il est vrai, ne m’a pas transporté d’enthousiasme. Par contre, le récent rapport du Conseil national de l’information statistique (CNIS), Emploi, chômage et précarité, signé de Jean-Baptiste de Foucauld, Marie Reynaud et Michel Cézard (septembre 2008, n° 108, téléchargeable : http://www.cnis.fr/ind_doc.htm ) est tout-à-fait remarquable. Il faut aller au-delà de sa technicité de prime abord, s’en emparer pour qu’il ne demeure pas « un savoir d’expert réservé aux seuls experts » (Bourdieu, encore… dans Questions de sociologie, 1984, Les éditions de minuit, p. 7). Probablement, un billet y sera consacré bientôt. Une mise en bouche ? C’est le dernier paragraphe du premier chapitre. Le CNIS, constatant qu’il reste beaucoup à faire pour une évaluation de la politique de l’emploi exonérée de « la fétichisation des chiffres du chômage », écrit et l’on peut sans difficulté le traduire/l’adapter aux missions locales : « Au total, il résulte de cette analyse que notre pays {le réseau des missions locales} ne tire pas la richesse de son système statistique et de la qualité de ses agents {acteurs} qui l’animent les bénéfices qu’il pourrait en retirer, tant pour la qualité du débat public que pour la mise en œuvre des politiques de l’emploi {d’insertion professionnelle et sociale}. » (p. 20).

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commentaires
  1. Jean Philippe REVEL (syndiqué CGT ML/PAIO) dit :

    ce 4bis m’inspire 4 remarques :

    1) Travailler en réseau :

    cela fait de nombreuses années …bientôt 27, que les ML/PAIO aiment à se présenter comme un réseau, sans pourtant à mon sens, fonctionner comme un véritable réseau. Si des expériences locales, voire départementales existent (l’exemple de St Nazaire est à ce titre pertinent) nous pensons qu’elles sont hélas trop rares. Pire, la logique concurrentielle que les CPO nous paraissent induire est de fait introduite (encouragée ?) par l’Etat. En effet à partir du moment où à enveloppe constante des hausses sont envisageables en fonction des résultats, alors non seulement des baisses seront à prévoir sur d’autres structures du territoire, mais la performance se teintera de compétition. Autrement dit, un réseau est -il compatible avec la CPO ? mais également, l’Etat souhaite-t-il vraiment un réseau des ML/PAIO ?

    2) Naïveté et Branche professionnelle

    je tiens ici à rectifier un point important : Il n’y a pas d’organisme de formation créé par la Branche Professionnelle. L’UNML (Syndicat Patronal des ML/PAIO) a cédé son activité de formation à une association Astradalis dont les dirigeants étaient membres de l’UNML au moment de sa création . le 4 septembre 2008 (JO du 13/09/2008)et dont le siège est à la même adresse que l’UNML à Toulouse.

    Il ne nous est pas apparu pour l’instant que quelques velléités de cette association / organisme de formation (N° déclaration d’activité en cours) concernaient les dimensions que vous appelez de vos voeux : Déontologie, Veillle ,corpus conceptuel etc…j’en suis le premier navré …

    3) Le projet d’avis du CESE

    En effet on peut s’étonner de ne pas retrouver sur votre blog un avis sur ce rapport. Pour ma part (en tant que syndicaliste j’ai non seulement été entendu par la rapporteure, mais j’ai également donné mon avis sur ce rapport). sans entrer dans les détails, il me semble que cet avis portant sur 25 années de politiques d’insertion en direction des jeunes omet de manière volontaire le rôle des ML/PAIO qui auraient mérité au moins un chapitre de ce rapport. Selon mois ce rapport est clairement mauvais, surtout si on le compare avec celui du CERC et l’avis précédent du CESE de Fode Sylla. A mes yeux les préconisations sont un simple copier/coller de constats très superficiels.
    Autre exemple ,puisqu’on parle de l’Ex -DIIJ, dans la partie consacrée à l’interministérialité justement rien n’est dit de l’existence de la DIIJ dans cette période 25 années, un comble !
    Nous passons sur les oublis de ceratins de dispositifs portés par les ML/PAIO lors de l’historique qui en fait …
    A quoi bon parler de cet avis …

    4) Petite Polémique autour du RIJ

    Déclarée au JO du 21 juin 2008, une association (fédération) s’est emparée de ce vocable Réseau Insertion jeunes qui jusqu’à présent était utilisé par les acteurs du réseau notamment quand il voulait parler justement de l’ensemble des ML/PAIO. cette association regroupe (mariage de la carpe et du lapin ?) l’UNML, l’ANDML (association des directeurs de ML/PAIO), l’UNCLAAJ et l’AFIJ.

    Comment ce réseau insertion jeune pourra-t-il raisonnablement fonctionner sachant que l’un de ses membres s’est porté candidat ( et a été retenu sur plusieurs département) au marché que constitue le contrat d’autonomie ?

    Un des membres de ce réseau vient donc directement sur le marché concurrentiel des ML/PAIO en se positionnant sur le CAJ mis en place par le gouvernement , quel beau mariage que celui-là ?

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