Archives de octobre, 2008

Chronique en attendant.

Publié: octobre 21, 2008 dans Agit'Prop

Indiscipliné.

Le quotidien, autant plein de charmes que d’exigences, me rattrape et me contraint à écrire pour l’un et pour l’autre, entre le micro crédit personnel pour l’ANDML, le référentiel des missions de service public des missions locales pour le CNML, des projets associatifs de structure pour des missions locales ici et là, bien sûr aussi dans cette région de l’hémisphère sud au nom si consensuel, la Réunion… Et puis il est plus qu’important, nécessaire, d’aller sur les terrains des piou-piou. Les écouter et tenter l’émulsion. Bref, tout cela demande du temps, denrée rare de nos jours cadencés au culte de la nanoseconde et enchaînés à ce qu’Umberto Ecco appelait « la laisse électronique » : le téléphone portable. Du coup, mes écrits s’espacent. Il me reste, je le sais, à terminer le Protocole 2000, à écrire sur celui de 2005, à conclure sur les missions locales et le développement durable. Ni vitesse, ni précipitation, juste de la maturation. Celle-ci, outre ces productions annoncées, risque fort de déboucher d’ici peu sur un projet un peu plus ambitieux que ce blog pour vous proposer un espace de communication plus vaste, interdisciplinaire et très certainement indiscipliné (tant mieux), sur les politiques publiques transversales : insertion bien sûr mais également politique de la ville, économie sociale et solidaire, développement local, etc. C’est un projet. Cela se construit. Je vous tiens au courant.

Jarry.

En attendant, il suffit de lire, même distraitement, son journal avec une préoccupation centrale : qu’il ne vous tombe pas des mains de stupéfaction ! L’actualité est si riche qu’il n’est pas besoin de se glisser dans un théâtre montparnassien pour assister à la nième représentation d’Ubu Roi. Jarry, détrôné, est bien en-dessous de la réalité. Dépassé. Largué même. Exemple aujourd’hui. 10,5 milliards d’euros sont prêtés par l’État aux banques. Celles-là même dont on nous assurait il y a quelques jours qu’elles étaient en excellente forme parce que ne participant pas au monopoly mondial. D’où une première question : pourquoi administrer une potion à un bougre pétant la santé ? Mais, dit-on, il s’agit de prêter avec intérêts. Ce qui est sensé nous rassurer en évacuant le syndrome du Tonneau des Danaïdes. L’État va donc boursicoter… il faut dire que l’expérience récente l’y invite.

Pédaler moins vite…

Simple logique déductive. Qui prête ? L’État ? Avec quel argent ? Celui des citoyens ? Pour qui ? Pour les banques ? Pour quoi ? Pour que celles-ci prêtent aux entreprises et aux particuliers. De toute évidence et sauf à ce qu’elles se découvrent une fibre humaniste peut-être inspirée par feu Sœur Emmanuelle, les banques prêteront à un  taux d’intérêt supérieur à celui qui leur aura été accordé pour ces 10,5 milliards. En d’autres termes – suivez bien, c’est du billard à quelques bandes – nous donnons (gratias pro deo et au titre de l’intérêt général) de l’argent à l’État pour qu’il le prête aux banques (aux intérêts privés), qui vont nous le prêter (sous réserve de garanties et hypothèques multiples) en ajoutant au capital à rembourser leurs intérêts pour l’État, leurs frais de fonctionnement (il faut bien rémunérer ces charmants traders qui s’amusent) et leurs bénéfices nets. C’est d’une logique imparable et transparente, tout autant que cette règle selon laquelle que « Plus tu pédales moins vite, moins t’avances plus doucement. Et l’inverse. ». Une vraie cohérence. Tout autant que la moralisation des règles financières sans doute déjà réfléchies en croisière sur le yacht d’un milliardaire breton. Après une soirée au Fouquet’s.

Les surréalistes, décidément, ont du plomb dans l’aile. Ils ont trouvé leur maître. Il faut avoir l’honnêteté de le reconnaître.

Troisième partie de l’analyse du Protocole 2000, un des trois textes fondamentaux des missions locales. Aujourd’hui, « La démarche et la complémentarité avec les autres réseaux » et « Le territoire ».

« La démarche et la complémentarité avec les autres réseaux »

Travailler en réseau… Après l’accompagnement personnalisé des parcours d’insertion, voici la deuxième thématique du protocole. En toute logique puisque à l’ambition d’approche globale répond la capacité de mobiliser dans tous les domaines qui constituent la socialisation les ressources nécessaires qui, bien évidemment, ne peuvent toutes exister en interne dans la mission locale. Le protocole indique donc que les missions locales « doivent être en capacité de travailler au quotidien avec les services et les institutions qui, sur leur territoire, ont en charge les questions d’emploi, de formation, de santé, de logement, de transports, de loisirs. » Mais, très étonnamment, il poursuit par « Leur action et leurs partenariats doivent s’inscrire dans les priorités des plans régionaux de développement de la formation professionnelle concernant plus particulièrement les jeunes en difficulté. » Autant on peut comprendre que l’action des missions locales concernant la formation doit être cohérente avec les PRDFJ, autant les réalisations dans d’autres domaines (citoyenneté, loisirs, santé, etc.), sauf à ce que ces derniers soient finalisés par la formation, n’ont pas à être en conformité avec la stratégie régionale. Que dit la direction de la formation professionnelle et de l’apprentissage d’un Conseil Régional ? Le plus souvent, rien.

Le vent en poupe pour la formation…

On sent bien qu’entre la Charte de 1990 et ce protocole, la loi quinquennale de 1993 est intervenue et que désormais un troisième larron institutionnel s’est immiscé dans le couple État-commune… sans que pour autant ce ménage à trois soit synonyme de pièce de boulevard. Ce sera plutôt parfois cornélien. En d’autres termes, le Protocole 2000 intervient bien pour faire une place à la Région… qui s’exprime dans cet objectif « de permettre à chaque jeune de bénéficier d’un parcours cohérent de formation et d’insertion ». Jusqu’alors le parcours – que l’on espère a minima « cohérent » – était « d’insertion professionnelle et sociale », empruntant selon les cas et besoins la voie de la formation ; désormais il devient « de formation et d’insertion », mélangeant en chemin moyen et objectif… car on ne se forme pas pour se former mais pour s’insérer… Il est vrai que 2000 est aussi l’année de la « Stratégie de Lisbonne » : le Conseil européen de Lisbonne, les 23 et 24 mars 2000, a défini l’objectif de faire de l’économie de l’Union européenne « l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde d’ici à 2010, capable d’une croissance économique durable accompagnée d’une amélioration quantitative et qualitative de l’emploi et d’une plus grande cohésion sociale », ceci nécessitant une stratégie globale visant à « préparer la transition vers une société et une économie fondées sur la connaissance, au moyen de politiques répondant mieux aux besoins de la société de l’information et de la recherche et développement, ainsi que par l’accélération des réformes structurelles pour renforcer la compétitivité et l’innovation et par l’achèvement du marché intérieur. » Bref, entre la compétence de la formation professionnelle des jeunes confiée à la Région et l’ambition d’une économie de la connaissance, la formation a le vent en poupe.

Discriminations…

Soyons justes, le protocole ajoute à ce tropisme de la formation que l’objectif est également de faire « reculer les pratiques discriminatoires » et de veiller « à l’égalité des chances entre hommes et femmes ». Les discriminations deviennent un thème important des politiques publiques et l’égalité entre hommes et femmes (et inversement) est non seulement un des quatre axes du PNAE (Plan national d’action pour l’emploi – 1) mais une politique dite « intégrée » (mainstreaming), c’est-à-dire présente dans les trois autres axes. De plus, l’année du protocole sera également celle de la loi du 6 juin 2000 sur la parité où se combinent discrimination positive et égalité entre hommes et femmes…

Listing…

Toujours sur le thème du travail en réseau, le protocole identifie une série de partenaires, des acteurs de l’Éducation nationale à l’ANPE, des CRIJ à la PJJ, des organismes consulaires aux branches professionnelles, sans oublier les CODAC (commissions départementales d’accès à la citoyenneté) créées en janvier 1999 pour être les relais départementaux vers lesquels doivent être orientées les personnes s’estimant victimes de discriminations (circulaire du 2 mai 2000 relative à l’accès à la citoyenneté et la lutte contre les discriminations, création du 114 – 2).

« Le territoire »

Synthétique, la troisième thématique du protocole ne consacre que quelques lignes pour inviter « les communes, les régions, les départements et les structures intercommunales à se concerter avec l’Etat pour faire évoluer, s’il y a lieu, les zones de compétence des structures et leur organisation. » Au regard en particulier de l’intercommunalité (communauté de communes ou d’agglomération, pays), le bassin d’emploi ne devient plus le périmètre pertinent. S’ajoute à cette reconfiguration le fait que l’État souhaite faire évoluer en missions locales les vaillantes mais microscopiques PAIO… avec donc une redéfinition des périmètres géographiques – ce n’est pas le plus important – et de la gouvernance – c’est central. Il s’agit de garantir « une offre de service de proximité d’égale qualité »… ceci rejoignant cela, la mission de service public.

 

A suivre…

(1) Le premier PNAE date de 1998. Les quatre axes sont « la capacité d’insertion professionnelle » (chômeurs de longue durée, formation tout au long de la vie, difficultés de recrutement…), « l’esprit d’entreprise », « l’adaptabilité » et « l’égalité des chances » où il s’agit d’ « Intégrer l’égalité des chances entre les hommes et les femmes dans l’ensemble des politiques ».

(2) La circulaire du 20 septembre 2004, a renommé les CODAC COPEC (« Commissions pour la promotion de l’égalité des chances et la citoyenneté ») et a élargi leur champ d’intervention à tous les critères de discrimination (origine, genre, orientation sexuelle, handicap, etc.).

A la suite de la deuxième contribution sur le Protocole 2000, Jean-Philippe Revel (CGT CPNEF) a adressé un premier puis un second commentaires que je reproduis in extenso. Il sont disponibles en cliquant à droite sur l’icône correspondante mais c’est plus lisible ainsi et je souhaitais dans la foulée y ajouter un point…

(lundi 13 octobre) J-P. Revel : « Lors de son intervention à l’Assemblée Générale de l’UNML (Syndicat employeur de la Branche ML/PAIO) le 6 octobre dernier,  la CGT a appelé de ses voeux une mobilisation large autour d’un projet que nous qualifions de politique qui prendrait la forme d’un « Manifeste pour l’insertion des jeunes ». La charte de 1990 devrait en être un des éléments fondateurs. Revenir aux fondamentaux devient de plus en plus URGENT pour le réseau des ML/PAIO, et ce, dans un contexte où la LOLF et ses contraintes ont  tendance à prendre le pas sur les valeurs induite par cette charte … Quand il est question de former à tout va les directions des ML/PAIO à l’intégration de cette logique LOLF, on oublie de former  l’ensemble des salariés et des Directions sur ce qui a constitué ses valeurs fondatrices … Nous attendons que des intentions on aboutisse enfin aux actes ! »

(mardi 14 octobre) PL : Effectivement, « revenir aux fondamentaux » est essentiel. Pour plusieurs raisons dont trois rapidement rappelées.

Première raison, conjoncturelle : avec les nouveaux conseils d’administration, il n’est pas inutile de garantir aux élus, qui pour une large partie ne maîtrisent qu’approximativement l’histoire, la philosophie et les missions des missions locales, une connaissance de la structure dont ils vont être les pilotes politiques. S’il y a une chose que l’on attend des élus c’est prioritairement d’être porteurs du projet associatif de structure. Ca, c’est politique et c’est aussi éviter des ambiguïtés avec des fonctions purement techniques. Dans chaque mission locale ou à une autre échelle (comme c’est le cas pour la région Champagne-Ardenne), une telle proposition devrait être faite, sorte de déclinaison adaptée de « Culture Commune ». Rater cette opportunité, c’est mettre en place les conditions d’une prophétie autoréalisatrice selon laquelle « les élus ne s’intéressent pas à la mission locale. » Il serait toujours temps de gémir après…

Deuxième raison, identitaire : la tendance actuelle est à ce que le référentiel des missions locales soit de plus en plus déterminé de façon hétéronome, de l’extérieur. Ce qui n’est pas exactement synonyme de démocratie associative. Tel est le cas avec la CPO… même si Jean-Philippe et moi-même ne partageons pas exactement la même opinion sur celle-ci : il me semble en effet que la CPO offre des possibilités d’innovation et de mise en cohérence avec les fondamentaux, singulièrement à partir de ses axes 4 et 5. Encore faut-il que les missions locales en soient conscientes et se glissent dans ces interstices. Toujours est-il que les « fondamentaux » (Charte et Protocoles) sont des textes cosignés : État et collectivités territoriales bien sûr, mais également le réseau via le CNML. L’autonomie associative est là. L’identité des missions locales aussi. Donc leur avenir.

Troisième raison, projectale : l’histoire fermente le projet. Et si une directrice de mission locale, presque la plus australe du monde, m’écrivait dans un courriel il y a quelques jours « L’avenir c’est du passé en préparation », reconnaissons aussi que le passé c’est de la préparation de l’avenir. Ceci signifie que, si les fondamentaux ne sont bien sûr pas les Tables de la Loi, ils doivent être le socle à partir duquel demain sera redéfini, adapté, le « référentiel » des missions locales. Il ne s’agit donc pas de nostalgie mais de sens. On en a besoin, n’est-ce pas ?

(mercredi 15 octobre) J-P. Revel : « Une petite précision de ma part …

1) Bien évidemment c’est en tant que syndiqué CGT du réseau ML/PAIO que je m’exprime. En aucune manière mes commentaires sont à prendre comme des déclaration de ma Fédération, ni du collectif CGT MLPAIO auquel j’appartiens. Même si je ne doute pas que mes camarades partagent mes avis. C’est la raison pour laquelle je précise « syndiqué CGT MLPAIO » plutôt que « représentant CGT ML/PAIO », les deux mentions sont vraies, mais c’est en tant que syndiqué que j’écris et participe aux échanges.

2) CGT CPNEF : cela mérite des éclaircissements pour les béotiens du paritarisme, du dialogue social, de la démocratie, bref du syndicalisme.

La CPNEF ML/PAIO est la commission Paritaire Nationale Emploi/Formation de la branche ML/PAIO, c’est à dire la commission qui réunit les représentants des organisations syndicales de salariés et ceux de l’UNML (syndicats employeurs du Réseau ML/PAIO).

Je préside cette commission jusqu’au 31 décembre 2008 (après 2 ans de mandat). 

3) Enfin s’agissant des axes 4 et 5 de la CPO; si l’on peut volontiers considérer qu’ils pourraient constituer une des voies d’entrées pour une « Renaissance » ou « un Manifeste » fondés sur la charte de 1990, la précipitation avec laquelle les Directions se focalisent sur les axes 1,2,3 que je qualifie de comptables, ne laisse rien augurer de bon, ni d’intelligent pour le réseau, ni pour les jeunes. »

 

A suivre…

Cocotier…

Le récent article de Gérard Mermet, « Profitons de la crise pour refonder la société » (Le Monde, 14 octobre), dégage de l’expérience brève mais dense de la crise trois hypothèses, la dernière, exprimée dans le titre, étant la plus souhaitable à défaut d’être la plus probable. Si l’on imagine aisément que la première, stratégie de l’autruche, conduirait inéluctablement à la catastrophe, les effets de la deuxième, réformiste, aménageraient à la marge un système qui a réussi a minima à faire consensus sur l’idée qu’il marchait la tête en bas : peut-on raisonnablement penser que, lorsqu’il s’agit d’avancer sur ses deux pieds, des recommandations pour tenir l’équilibre d’une chandelle soient les plus opportunes ? La stratégie réformiste est pourtant bien celle qui, de toute évidence, sera empruntée : encadrement des parachutes dorés et autres primes. A juste titre, Mermet souligne l’importance symbolique de l’exemplarité, « condition première de la paix sociale, de l’adaptation par la réforme et l’innovation ». Reste que la vertu qu’appelle l’exemplarité n’est pas la chose la mieux partagée et que la conjugaison de l’individualisme avec le goût du pouvoir s’acquitte rarement des privilèges et gratifications dont bénéficient ceux qui stationnent au sommet de la pyramide de Pareto, celle d’une – faible – circulation des élites. Il est vrai que, lorsque le climat est rude au ras du bitume, le souffle des alizés est bien agréable au sommet du cocotier. Voir le cumul des mandats.

Écolonomie…

Le sociologue « spécialiste de la consommation » préconise et appelle donc de ses vœux une transformation radicale de notre rapport au monde des objets, mutation que d’ores et déjà on perçoit et qui serait déterminée par une économie – au sens d’économe – et une écologie. De cette « éconologie » ou « écolonomie » – les sociologues raffolent des néologismes qui sont autant de tentatives de s’inscrire intuitu personae dans le mouvement des idées – il y a peu à vrai dire à redire… hormis qu’elle s’inscrit dans une acculturation (ne) concernant (que) les pays de la seconde ère du capitalisme, dont sont déductivement absents les autres pays « émergents » qui s’en soucient comme d’une guigne, et qu’elle est sériée aux classes pour qui la fréquentation des hard discount est une tactique avantageuse plus qu’une nécessité existentielle.

Moins de psychotropes…

Certes, certes… bien des expérimentations pourraient être citées sur les bancs de la défense, des promoteurs des « circuits courts » aux ingénieux « alterconsommateurs », toutes inspirées par l’ingénieux slogan « Penser global, agir local ». Reste que, entre la lenteur du métabolisme institutionnel, les forces de l’inertie et de la reproduction et le sauve-qui-peut individualiste, il n’est pas certain que cette génération, puis l’autre qui lui succèdera, etc. voient l’innovation des pratiques du quotidien d’exceptions devenir la règle. Enfin, patients, on pourra se consoler en songeant que l’optimisme de la volonté est une posture plus agréable que le pessimisme de la raison… et déjà plus économe en termes de consommation de psychotropes.

Française des Jeux et RGPP…

Voilà donc, à notre porte et nous en franchissons le seuil, « la crise ». Doux rêveurs, celles et ceux qui depuis des années alertaient voient aujourd’hui leurs avertissements – de Cassandre, bien entendu – prendre réalité. Bien évidemment, les plus pauvres seront les premiers à pâtir de cette crise : pas Serge Tchuruk qui, cumulant à lui seul plusieurs dizaines de milliers de licenciements, a été remercié pour mauvais résultats d’Alcatel-Lucent avec une prime en millions d’euros. Exemple parmi tant d’autres du cynisme des « manipulateurs de symboles » ou autres traders–saigneurs de l’économie qui doivent bien rire sur leurs plages privées, dans leurs villas-forteresses gardées par ces nouveaux emplois de services aux particuliers annoncés par Claude Seibel dans son rapport du Commissariat Général du Plan, L’avenir des métiers (La documentation Française, 2002) : « … importants viviers d’emplois pour la plupart peu qualifiés {…} dans les services aux particuliers où près de 800 000 nouveaux emplois vont être créés… » (p. 46). Vigiles… ou les « emplois de la néo-domesticité », selon le regretté André Gorz. Tout cela est dit, redit, développé à l’envi… mais probablement peu connu puisque, si cela était su, la France serait à feu et à sang. Heureusement il y a Gala, Voici et Closer que l’on devrait subventionner au titre du maintien de la paix sociale. Sans oublier Grolo, Morpion et Tac-au-Tac. De toute évidence, la Française des Jeux, qui ne connaît pas la crise, devrait être intégrée dans le ministère de la cohésion sociale. Du grain à moudre pour la RGPP (révision générale des politiques publiques).

Educ’ pop’…

Il faudrait donc, selon Mermet probablement inspiré par Edgar Morin, « une utopie réaliste fondatrice d’un nouveau modèle de civilisation ». « Vaste programme », aurait soupiré le Général. Mais où va-t-on trouver ce qui par définition est nulle part – utopie : aucun lieu – et quelles sont les conditions de l’émergence d’un salubre sursaut… d’autant plus que, face à cette crise, le discours libéral fait preuve d’une plasticité – pour ne pas dire d’un opportunisme ou d’une indécence – remarquable ? Chapeau, l’artiste ! Au postulat rabâché « Moins d’État, mieux d’État » succède sans coup férir, comme si de rien n’était, la réhabilitation de l’État… presque de l’État-Providence, en tout cas l’État-Protecteur. Le temps de socialiser les pertes, rassurons-nous… Ce nulle part de l’utopie est à rechercher – c’est mon hypothèse fondée sur la fréquentation quotidienne des piou-piou qui sont en front-line face à la misère du monde (travailleurs et intervenants sociaux, élus de proximité, bénévoles associatifs…) – dans une économie maltraitée, ignorée, secondarisée, l’économie sociale et solidaire. Je ne crois ni en la vérité-foudre, ni en la vérité-ciel, pour reprendre la terminologie foulcaldienne. Je crois par contre au labourage des mouvements d’éducation populaire. Les solutions de l’émulsion de l’innovation sociale, « juste, belle et bonne », sont à portée de mains, invisibles parce que réelles et permanentes, ce qui constitue un sérieux handicap dans une société du spectacle et de l’obsolescence.

Au final, Mermet a raison. Restait juste à trouver les acteurs. Cela ne résout pas tout mais cela fait avancer le schmilblick.

Bolcheviks…

Poursuite du travail sur les « fondamentaux » des missions locales : après la Charte de 1990, une deuxième contribution sur le Protocole 2000, la première étant sur ce blog et datée du 1er octobre. Certes, cela a pris du temps… mais reconnaissons que l’actualité a été riche d’évènements jusqu’à une quasi-inversion du paradigme économique, un quotidien américain le résumant par ce titre « Les Bolcheviks à Wall Street », nous devant nous faire à l’idée de prêter de l’argent aux banques, etc.  Entre la stupéfaction, l’hilarité, l’abattement et la révolte, la panoplie des réactions possibles est en tout cas riche.

Une mission de service public…

Passé l’encadré qui réaffirme la continuité des principes de la Charte de 1990, le protocole aborde la question de la mission qui explicitement – c’est la première fois – est définie comme « une mission de service public pour l’insertion professionnelle et sociale des jeunes partagée entre l’Etat, les régions et les autres collectivités territoriales. » On ne détaillera pas ici ce que recouvre la mission de service public sinon pour rappeler qu’elle est fondée sur le principe de l’intérêt général et qu’elle répond à plusieurs critères tels que l’égalité d’accès et de traitement, l’équité, la continuité, l’adaptabilité, la transparence, la laïcité, la neutralité… Il semble évident qu’en cette période de turbulences avec une logique de mise en concurrence du service public et des opérateurs privés (pour une « saine émulation », paraît-il) chacun de ces critères devrait non seulement déjà être connu des professionnels des missions locales mais décliné concrètement au regard de l’activité spécifique d’insertion : l’égalité d’accès appelle la proximité (antennes, permanences, etc.), l’égalité de traitement appelle la montée collective des compétences (une dynamique d’ « organisation apprenante »), etc. Des critères connus des professionnels… mais aussi sinon prioritairement, évidemment, des élus des conseils d’administration dont le premier rôle est d’être les porteurs du projet associatif de structure, c’est-à-dire de sa dimension politique.

Les missions locales « ont une double fonction » et « Construire et accompagner des parcours d’insertion des jeunes » et « Développer le partenariat local au service des jeunes en difficulté d’insertion. » L’une développée, l’autre succincte.

Construire et accompagner des parcours d’insertion des jeunes

Au risque de la redondance voire d’une lourdeur, le principe de l’approche globale est réaffirmé par deux fois dans la même phrase puisque les missions locales « ont pour objet d’aider les jeunes à résoudre l’ensemble des problèmes » (pas exclusivement les problèmes d’emploi et de formation) « que pose leur insertion professionnelle et sociale » (pas exclusivement leur insertion professionnelle). La répétition, dit-on, serait la base de la pédagogie… mais la pertinence de l’adage trouve dans les faits têtus ses limites puisque les logiques institutionnelles sectorielles, parfaitement adaptées dans un monde cartésien et de la complication (diviser le tout…), buttent sur les interactions de l’indissociabilité des mondes du sujet et sur la complexité. Hélas. Là encore il y a une révolution paradigmatique à faire (et réussir).

AIOA…

Une approche globale qui assure quatre « fonctions »… presque identiques à celles explicitées dans le point 6 de la Charte de 1990, le aussi fameux que dissonant acronyme « AIOA », accueil – information – orientation – accompagnement. Presque ? Eh oui, il manque l’évaluation… qui méritera à elle seule un paragraphe, « Les systèmes d’information et d’évaluation ». On y reviendra. Quant aux quatre fonctions, elles marquent ou plus exactement scandent chronologiquement le parcours-type d’un jeune, depuis son arrivée dans la mission locale avec l’accueil jusqu’à la progression du projet d’insertion avec l’accompagnement. Un accompagnement d’une part « personnalisé », d’autre part « de ceux qui rencontrent des difficultés importantes ». Difficultés importantes… c’est le recentrage expliqué précédemment au regard du contexte socioéconomique favorable des années 2000. Quant à l’accompagnement, il est confirmé comme la notion-phare de l’intervention sociale, articulée avec le projet et le parcours. Il était « individualisé » dans le programme TRACE mais sans doute « personnalisé » évoque-t-il plus d’humanité alors qu’ « individualisé » n’est guère éloigné d’atomisé… et d’individualisme. Poids des mots, risques des analogies.

Trois ans plus tard, en 2003, le Rapport Seillier, Pour un contrat d’accompagnement généralisé (1), posera l’accompagnement comme l’ « expression privilégiée de la cohésion sociale », rien de moins, dans la mesure où il « donne à notre société une solide trame d’humanité » et préconise d’en intégrer la logique dans l’ensemble des dispositifs, seule garantie pour assurer la réussite de l’insertion. Cette irruption puis imposition de l’accompagnement dans le champ de l’insertion ne sont pas sans poser une question de fond puisque, au bout du compte, on peut s’interroger sur ce qui devient prioritaire, la finalité ou la méthode : « Le caractère incertain de l’objectif à atteindre a pour conséquence d’opérer un déplacement de la finalité visée vers le chemin permettant éventuellement d’y parvenir. Plus que l’aboutissement qui le justifie, c’est le parcours accompagné qui devient ainsi la norme et l’espace essentiel du travail d’intégration. » (2) Qu’observe-t-on dans beaucoup de missions locales aujourd’hui ? Une réflexion sur le chemin inversement proportionnelle à celle sur la finalité, aussi importante pour l’accompagnement (harmonisation des pratiques, périmètre, etc.) que déficitaire – résumée informatiquement à l’accès à l’emploi  – pour l’aboutissement. Cela rappelle étrangement le proverbe chinois, « Le sage montre la lune, l’imbécile regarde le doigt. »

Extension du domaine de la responsabilité…

Parlant de lune, c’est-à-dire de finalité, celle-ci est « l’autonomie professionnelle et sociale », expression à laquelle on devrait préférer, selon moi, celle d’ « intégration » en la spécifiant par ses deux volets d’indépendance économique et d’autonomie sociale. On y parvient en faisant « appel à la responsabilisation et à la participation des jeunes », responsabilisation qui s’exprime dans la logique contractuelle des dispositifs (mais avec le risque d’une extension du domaine de la responsabilité vers celui de la culpabilité), participation plus aléatoire comme on a pu le voir dans les précédents articles sur ce thème : seul le sujet individuel est sollicité, l’acteur collectif n’a pas (encore) culturellement conquis sa place en mission locale. Et pourtant, comment concevoir l’épanouissement individuel sans l’émancipation collective ? Encore un effort, les piou-piou !

Adapter ou appliquer ?

Enfin les missions locales « contribuent ainsi à la mise en œuvre des politiques d’insertion initiées par l’Etat, les régions et les autres collectivités territoriales :  programmes de lutte contre les exclusions, programmes régionaux de formation professionnelle continue et d’apprentissage, programmes de développement de l’emploi et politique de la ville. » Ici l’écart avec la Charte de 1990 est patent : dans celle-ci, les missions locales devaient innover, mettaient en cohérence des politiques, élaboraient et mettaient « en œuvre progressivement une politique locale d’insertion professionnelle et sociale »… bref, elles étaient autonomes ; dans le Protocole 2000, les missions locales « contribuent à la mise en oeuvre », cette contribution étant ambiguë : en les modifiant ou en les appliquant ? L’avenir démontrera que l’application est la (bonne ?) réponse. Dans la perspective des institutions, bien sûr.

Les jeunes des quartiers de la politique de la ville constituent bien une priorité puisqu’ils sont à nouveau cités dans la seconde « fonction », « Développer le partenariat local au service des jeunes en difficulté d’insertion. » Seconde fonction très courte qui n’apporte rien de nouveau : bis repetitas placent ? La dimension d’observation territoriale de la Charte de 1990 – « connaissance approfondie du tissu économique et social… » – n’est plus d’actualité et il n’y est plus question que d’apporter « leur concours à l’évolution de l’offre de services pour l’insertion professionnelle et sociale à partir de leur travail d’analyse de la demande et des besoins des jeunes… »

 

A suivre…

 

(1) Rapport au ministre des Affaires sociales, du Travail et de la Solidarité, 2003.

(2) Francis Mégévand, « L’accompagnement, nouveau paradigme de l’intervention publique », 2005, Entre protection et compassion. Des politiques publiques travaillées par la question sociale (1980-2005), Presses Universitaires de Grenoble, pp. 194-195.

 

La machine en route…

Sous la plume de Marc Caillau dans midilibre.com de mercredi 8 octobre 2008, un article qui n’étonnera plus personne (1) : après le contrat d’autonomie pour les missions locales, la mise en concurrence pour la CIMADE (2), le RMI est lui aussi objet d’un appel d’offres pour des « opérateurs privés ». Pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Si « Le RMI n’est pas un marché » pour certains (rêveurs, inefficaces, etc.), d’autres ne partagent pas cette opinion. Le mouvement est bien de fond, surfant sur la vague néo-libérale décomplexée du démantèlement de la mission de service public, avec les doux yeux de Chimène pour le marché. Les récentes déconvenues de celui-ci ne suffisent donc pas… « Il est plus facile de détruire un atome qu’un préjugé » disait avec raison Albert Einstein… Que dire d’un ensemble de préjugés fondés sur un postulat escamotant l’intérêt général au bénéfice des intérêts privés ? Reproduction in extenso de l’article. Si cela pouvait au moins faire comprendre que la défense professionnelle ne peut faire l’économie de regarder ce qui se passe ailleurs – sauf à voir chaque secteur se laisser grignoter et appeler à l’aide pour lui seul lorsqu’il est trop tard – et d’élargir le refus à une posture et une action citoyennes. La grenouille sera-t-elle capable du coup de pied salvateur (cf. « Fable batracienne » sur ce blog) ?

« RMI : Un appel d’offres qui secoue le secteur associatif

« Le RMI n’est pas un marché ! » L’émoi est vif au sein des associations de l’insertion sociale et professionnelle du département. Et ce à cause d’une décision du conseil général du Gard qui bouleverse tout ce secteur. Jusqu’à présent, le premier accueil des demandeurs du RMI et l’accompagnement des allocataires faisaient l’objet de conventions renouvelées chaque année entre le Département et le milieu associatif, ainsi que certains Centres communaux d’action sociale (CCAS). Pour 2009, nouvelle donne : le premier accueil et l’accompagnement sont désormais considérés comme des marchés publics (pesant près de 4,7 M€, soit 22 % des fonds dépensés pour les 18 000 allocataires). Conséquence : le conseil général va procéder par appel d’offres pour l’attribution de ces deux marchés, dorénavant répartis en lots. Exactement comme des travaux routiers, par exemple. Et le changement est brusque : les candidatures doivent être déposées avant le 17 octobre.

La chambre de métiers résonne encore de la bronca qui attendait, mercredi dernier, les deux élus en charge des dossiers sociaux, Patrice Prat et Laurent Pons, venus présenter ces mesures. La salle de conférences était loin d’être clairsemée : près de 300 salariés et bénévoles de la trentaine d’associations concernées étaient présents. Les deux conseillers généraux ont été bombardés de critiques. Sur le fond, d’abord : « Comment peut-on proposer de nous mettre en concurrence, nous qui sommes d’abord des partenaires de la politique départementale d’insertion (PDI), travaillant en commun, solidaires des personnes exclues afin de les aider à résoudre leurs problèmes sociaux et professionnels ? », dénoncent les associations. Mais surtout, cette nouvelle procédure aurait, selon elles, de graves conséquences : « Certains vont devoir baisser les salaires ou licencier, ou même purement et simplement cesser leurs activités. » A Uzès, l’association Phare, qui emploie douze salariés, menace déjà de mettre la clé sous la porte. Aussi le secteur associatif demande-t-il au conseil général de retirer ces appels d’offres et de mettre en place « une réelle concertation afin de trouver des solutions plus équitables ». D’autant que pour compliquer les choses, le Revenu de solidarité active (RSA) doit se substituer à la mi-2009 aux minima sociaux.

Président de la commission développement économique et solidaire, Patrice Prat se dit lui-même « foncièrement hostile à toute idée de marchandisation de l’insertion », et reconnaît que « ces inquiétudes sont justifiées ». Mais il affirme que le conseil général est « contraint et forcé car une directive européenne nous oblige à requalifier l’accueil et l’accompagnement des Rmistes ». Patrice Prat se veut néanmoins rassurant : « Nous avons donné des instructions pour accompagner le tissu associatif dans ce nouveau dispositif. Et la porte est toujours ouverte de notre côté. »

La porte ouverte… pour la prendre ?

(1) http://www.midilibre.com/articles/2008/10/08/20081008-BAGNOLS-Un-appel-d-39-offres-qui-secoue-le-secteur-associatif.php5 

(2) La Cimade, association protestante était la seule habilitée depuis 1985 à intervenir auprès des étrangers expulsables à l’intérieur des centres de rétention administrative (CRA). La convention triennale qui l’associe aux pouvoirs publics parvenant à terme à la fin de l’année, un décret et un appel d’offres publiés ont précisé les nouvelles règles à partir de janvier : les 22 centres de rétention dans lesquels ont été placés 35 000 étrangers en 2007 seront répartis en huit « lots » géographiques. Toute « personne morale » ayant pour objet l’aide aux étrangers peut se porter candidate. La Cimade dénonce un « processus de démantèlement » qui « émiette par la concurrence cette mission ». Tout cela au terme d’une convention triennale. Cela n’évoque rien de possible ? Ou probable ?

 

YAB.

J’avais oublié de le signaler… Splendide texte de Yann Arthus Bertrand (les beaux livres de photos paysagères qu’on offre à Noël) dans Le Monde du 24 septembre. Une page entière qui se conclut par « Il est trop tard pour être pessimiste », ce que je traduis comme exhortant déductivement à « l’optimisme de la volonté ». Aucun rapport avec l’insertion ? C’est à voir. On va le voir. Avant, les premières phrases de YAB.

Sixième grande extinction…

« Notre monde va mal. Le tableau s’assombrit chaque jour de catastrophes avérées ou imminentes. Ce flot de mauvaises nouvelles a quelque chose de sidérant et d’inquiétant : il ne suscite aucune réaction. Nous continuons de vivre en ne changeant rien. Cette acceptation placide de faits et de chiffres, voire d’une fin annoncée, est tout à fait fascinante. Nous nous contentons de constater les dégâts… et nous continuons comme avant. Nous savons mais nous ne voulons pas y croire. A tel point que lorsque des scientifiques nous annoncent rien de moins que la sixième grande extinction d’espèces vivantes, la nôtre comprise, la nouvelle nous touche moins que le résultat du match de la veille ou la météo du week-end… »

Aucun rapport avec l’insertion ? Parlons-en.

Penser globalement, agir localement…

A priori aucun rapport puisque, le cataclysme écologique se posant à une échelle mondiale, devrait donc être traité à celle-ci… au même titre que la crise financière appelle des centaines de milliards qui ne se trouveraient pas dans les poches des piou-piou. Si tel était le cas, ils ne seraient d’ailleurs plus des piou-piou. Erreur de perspective ! Ces milliards sont précisément dans leurs poches mais dispersés. Mais c’est bien cet argent, celui des citoyens, qui est et sera ponctionné pour renflouer les banques, Dexia aujourd’hui comme cela l’a été pour le Crédit Lyonnais hier. Autrement dit, si comme l’écrit le même jour et dans le même journal Dominique Strauss-Kahn à « Crise systémique, solution globale », l’attitude consistant à forer son trou individuel pour y plonger sa tête. outre qu’elle conduit par agrégation des irresponsabilités au pire à la catastrophe, au mieux à confier la gestion de ce qu’il faudrait faire à des élites essentiellement préoccupées par elles-mêmes et qui ont démontré par leur dogme du marché pur leur incapacité patente, est le plus sûr chemin vers l’abîme. Le « penser global » ne s’oppose pas à l’« agir local », tout au contraire :  il l’exige. Ne pas agir là où l’on est, postulant qu’une méta-entité (voire, une nouvelle fois, l’homéostasie de la main invisible) s’occupera de nos affaires, est un déni de citoyenneté et la pire des stratégies… pour tous comme pour soi-même. Dans La tête bien faite (1999, Seuil), Edgar Morin écrit « Une pensée capable de ne pas être enfermée dans le local et le particulier mais de concevoir les ensembles serait apte à favoriser le sens de la responsabilité et celui de la citoyenneté. » (p. 111) et, dans Éthique (2004, Seuil), « On ne peut pas réformer l’institution sans avoir au préalable réformé les esprits, mais on ne peut pas réformer les esprits si l’on n’a pas au préalable réformé les institutions. » (p. 174). Contradictoire ? Non : principe systémique « hologrammatique » selon lequel « Non seulement la partie est dans le tout, mais le tout est dans la partie. » (Edgar Morin, encore lui, dans Introduction à la pensée complexe, 1990, ESF éditeur, p. 100).

Des zozos réhabilités… ou récupérés.

Ce flot de catastrophes avérées ou imminentes ne susciterait aucune réaction, selon YAB… Ce n’est pas tout-à-fait exact mais répond, bien sûr, à une nécessité rhétorique d’interpellation critique, de saisissement ou captation du lecteur (comparable aux premières lignes du Rapport de Bertrand Schwartz : « … Ce qui les unit, {les jeunes} c’est leur exclusion de la société. Ce qui les unit, c’est leur désespérance devant l’absence de perspective. » … Fort heureusement, tous les jeunes n’étaient pas désespérés en 1981). En effet, aujourd’hui et de toutes parts, des réactions – certes tardives – s’expriment face au cataclysme écologique, les slogans des récentes élections municipales jusqu’au fond des Monts d’Arrée (centre du Finistère) en faisant foi. Une prise de conscience d’abord, qui peut d’ailleurs s’exprimer… par une mauvaise conscience, c’est-à-dire être conscient que la façon dont on agit n’est pas ou plus la bonne tout en continuant à décharger le caddie dans son coffre de 4×4. C(e)’(n’)est (qu’)un début.  Il y a pas si longtemps (mal)traités de « zozos » (Dumont) et dont les ex-fantaisistes alertes sont reprises sans la moindre pudeur par EDF-GDF et autres entreprises soudainement touchées par la grâce écologique, des acteurs aussi se mobilisent, de la biodiversité du champ devant chez soi aux forums mondiaux altermondialistes. Des collectivités s’engagent dans des « agendas 21 » (déclinaisons du Sommet de la Terre de Rio, en 1992). L’Europe n’est pas en reste, depuis le sommet de Göteborg en juin 2001 (« Développement durable en Europe pour un monde meilleur: stratégie de l’Union européenne en faveur du développement durable ») jusqu’en 2006 avec l’adoption d’une stratégie révisée en faveur du développement durable (SDD) et, en 2007, l’article 2 du Traité de Lisbonne (l’Union oeuvre « pour le développement durable de l’Europe… »). Etc. Bref, ça bouge… à défaut d’être efficace : il est vrai qu’en face, la « machine » aux intérêts à court terme à deux chiffres, dispose de moyens considérables… et séduisants (du latin sedire, « tromper »), quoique les évènements financiers actuels déchirent le voile.

Et nous là-dedans ?

Filles de l’Éducation populaire (mais elles n’ont pas revu leurs parents depuis un bout de temps), donc actrices (en théorie) du changement social, et avec un devoir d’innovation (cf. sur ce blog « Charte de 1990 »), les missions locales ne semblent pourtant guère occupées ni préoccupées par le développement durable, toutes mobilisées qu’elles sont sur Parcours 3. Ici et là, très marginalement, quelques avancées dont principalement sur la réduction du gaspillage (fluides, papier…). Ce n’est pas rien. Mais c’est insuffisant car s’y limiter peut être contre-productif, ce peu frôlant l’alibi. Il y a à faire plus en profondeur. Maintenant. Pour beaucoup, c’est une révolution culturelle. Pour les missions locales, ce ne devrait être qu’un recentrage sur les « fondamentaux », ce qui ne signifie cependant pas que cela soit gagné : réformer les esprits et les institutions. « Vaste programme ! » pour de Gaulle. « Utopie » pour Bertrand Schwartz… « mais quel beau rêve ! » (Moderniser sans exclure {1994} 1997, La Découverte, p. 247).

A suivre…