La crise dans Le Monde : diachronie. 2/3

Publié: octobre 31, 2008 dans Au gré des lectures

17 octobre. Susan George, « Des nouvelles règles pour sortir d’un système toxique » : « Se lançant dans le jeu de la patate chaude, les banques croyaient se dégager de tout risque. Elles ont si bien manœuvré qu’à présent nul ne sait qui doit quoi à qui, combien valent les tranches pourries de saucissons-dettes, ni combien la banque voisine a réellement en caisse. {…} Il est temps de se servir du pouvoir politique pour sortir de ce système toxique et saisir l’occasion que cette crise nous offre. {…} Souvenons-nous du New Deal du président Franklin Roosevelt et de la conversion de l’économie américaine à une économie de guerre dans les années 1930-1940. C’est d’un effort de cette envergure dont nous avons besoin. {…} Il nous faut faire revivre une période comme celle de la seconde guerre mondiale – la guerre en moins. » Susan George, politologue, est présidente d’honneur d’Attac France.

17 octobre. Dominique Méda et Vincent Peillon : « Défis pour le socialisme du XXIè siècle » : « … gageons que dès la crise passée, toutes les forces qui ont conduit au dérapage que nous connaissons se recomposeront pour continuer d’affirmer, équations et démonstrations à l’appui, que de l’avidité sans limites et de la consommation ostentatoire des uns vient le progrès de tous, que les règles constituent un obstacle à l’obtention de la plus grande production possible, que « la société » ne signifie rien et qu’on ne rencontre que des individus poursuivant leurs fins et visant à maximiser leur utilité, c’est-à-dire à consommer toujours plus. {…}  Les arguments fondés sur les besoins – nous devons absolument produire, et produire toujours plus, et aussi toujours plus consommer pour faire repartir la machine économique, parce que les besoins humains sont infinis – se nourrissent de cette équivoque entre les vrais besoins, la vraie utilité, qui améliore vraiment la condition de tous les hommes, et la futilité, le gaspillage. {…} En substituant le désir individuel subjectif au besoin – qui peut, lui, être objectif, collectif, et dont on peut discuter – l’économie a en même temps rendu impossible la construction d’un bien commun. {…} Poser la question du système, c’est poser la question des valeurs et des concepts par lesquels nous nous représentons notre vie collective. Nous devons, à nouveaux frais, nous poser, ensemble, la question de savoir ce que sont les ingrédients d’une société qui dure et d’un progrès de la civilisation en termes de justice et de liberté. » Vincent Peillon, philosophe, est député européen. Également philosophe et plusieurs fois citée sur ce blog, Dominique Méda est entre autres ouvrages l’auteure de Le travail, une valeur en voie de disparition ? (1995, Flammarion) et de Qu’est-ce que la richesse ? (1999, Alto-Aubier). Dominique Méda a été chargée de l’animation de la recherche à la DARES et, désormais, travaille au Centre d’Études de l’Emploi.

Ce même jour dans Le Monde, Ségolène Royal voit dans la crise « une occasion historique de définir le modèle social que nous voulons » et se félicite « des nationalisations qui constituaient un gros mot il y a seulement quelques semaines. »

17 octobre. Olivier Besancenot : « Avec la crise, un chapitre des possibles est en train de s’ouvrir » : « On privatise La Poste et on renfloue Dexia. {…} Mais surtout, ce déblocage subit d’aides aux banques ne règlera rien : le plus gros des difficultés économiques reste devant nous… {…} On peut être sûr qu’on va assister à une récession majeure. {…} Il faut faire irruption dans l’économie privée pour satisfaire les besoins de la majorité de la population et ôter à une minorité d’individus le pouvoir qu’elle a sur l’économie. » Facteur à Neuilly, Olivier Besancenot gagne 1058 euros nets par mois pour un temps partiel à 70% et vit à Paris dans un appartement de 55 m2 du XVIIIè arrondissement.  (Denis Pingaud, L’effet Besancenot,  2008). Ah oui, il est porte-parole de la LCR.

18 octobre. Dany-Robert Dufour, « Mutation du psychisme en vue » : « … ceux qui étaient, hier encore, les plus ardents défenseurs du libéralisme financier dérégulé ne cessent de faire acte de contrition et de promettre l’entrée dans un cycle vertueux. Mieux vaut tard que jamais, certes. {…} La terre n’en peut plus, elle ne cesse d’émettre des symptômes d’épuisement : réduction de la diversité des espèces, risque accru de pandémies, épuisement des ressources naturelles, pollutions irréversibles diverses, inexorable réchauffement climatique aux conséquences encore incalculables, surpopulation. {…} Les hommes ne peuvent plus s’en remettre à un supposé mécanisme invisible, qui ferait les choses pour eux et mieux qu’eux. Il ne faut pas « laisser faire ». Il faut au contraire que les hommes interviennent. Il faut qu’ils régulent leurs activités par eux-mêmes, sinon la régulation se fera au profit de certains intérêts privés plus forts que d’autres, métamorphosant la cité en une jungle, cependant que ses habitants seront tenus de se transformer en joueurs pervers. » Dany-Robert Dufour est philosophe. Son dernier livre, Le Divin Marché, la révolution culturelle libérale (2007, Denöel), est bien.

18 octobre. Philippe Douste-Blazy, « Sauver les banques ou les pauvres ? » : « Un parallèle simpliste mais percutant : 2 000 milliards de dollars réunis en quelques jours pour sauver quelques banques ; à peine 100 milliards par an d’aide publique au développement, quand 150 suffiraient à garantir la santé et la subsistance à un milliard d’humains. {…} Le réchauffement social de la planète ne nous épargnera pas. » Philippe Douste-Blazy, né en 1953 (comme moi) à Lourdes (mais Bernadette Soubirous n’y est pour rien), a été ministre des gouvernements Raffarin puis Villepin. Il est à présent Secrétaire général adjoint des Nations Unies.

18 octobre. Alain Badiou, « De quel réel cette crise est-elle le spectacle ? » : « … le capitalisme n’est qu’un banditisme, irrationnel dans son essence et dévastateur dans son devenir. Il a toujours fait payer quelques courtes décennies de prospérité sauvagement inégalitaires par des crises où disparaissent des quantités astronomiques de valeurs, des expéditions punitives sanglantes dans toutes les zones jugées par lui stratégiques ou menaçantes, et des guerres mondiales où il se refaisait une santé. {…} Rien n’est plus important que de retrouver la passion des idées, et d’opposer au monde tel qu’il est une hypothèse générale, la certitude anticipée d’un tout autre cours des choses. Au spectacle malfaisant du capitalisme, nous opposons le réel des peuples, de l’existence de tous dans le mouvement propre des idées. Le motif d’une émancipation de l’humanité n’a rien perdu de sa puissance. »  Ex-leader maoïste, Alain Badiou est philosophe. On ne lui reprochera pas la langue de bois, ni de faire dans la nuance.

18 octobre. Christophe Ramaux, « Non, l’État social n’est pas dépassé » : « Le marché est autosuffisant pour faire des bulles, il ne l’a jamais été pour sortir d’un krach. {…} Nous ne vivons pas dans des économies de marché mais dans des économies avec du marché et de l’intervention publique. Et plus exactement avec du marché, du capital de l’intervention publique et de l’économie sociale. {…} Les libéraux sont défaits. Mais gare aux sociaux-libéraux. Ceux-là plaident pour l’intervention publique, mais au service du marché. Les aides publiques à l’emploi, par exemple, pour faire baisser le coût du travail. Aussi et surtout, la socialisation des pertes bancaires afin de mieux privatiser les bénéfices de demain. » Économiste, Christophe Ramaux est signataire de « L’appel des économistes pour sortir de la pensée unique » et, dans les deux ouvrages de ce collectif parus chez Syros et Alternatives Économiques (Pour un nouveau plein emploi, 1997 ; Le bel avenir du contrat de travail, 2000), il a publié deux articles, « La pleine activité contre le chômage : les chemins de l’enfer peuvent être pavés de bonnes intentions » et Stabilité de l’emploi : pour qui sonne le glas ? »

 

A suivre…

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