Chronique en attendant.

Publié: octobre 21, 2008 dans Agit'Prop

Indiscipliné.

Le quotidien, autant plein de charmes que d’exigences, me rattrape et me contraint à écrire pour l’un et pour l’autre, entre le micro crédit personnel pour l’ANDML, le référentiel des missions de service public des missions locales pour le CNML, des projets associatifs de structure pour des missions locales ici et là, bien sûr aussi dans cette région de l’hémisphère sud au nom si consensuel, la Réunion… Et puis il est plus qu’important, nécessaire, d’aller sur les terrains des piou-piou. Les écouter et tenter l’émulsion. Bref, tout cela demande du temps, denrée rare de nos jours cadencés au culte de la nanoseconde et enchaînés à ce qu’Umberto Ecco appelait « la laisse électronique » : le téléphone portable. Du coup, mes écrits s’espacent. Il me reste, je le sais, à terminer le Protocole 2000, à écrire sur celui de 2005, à conclure sur les missions locales et le développement durable. Ni vitesse, ni précipitation, juste de la maturation. Celle-ci, outre ces productions annoncées, risque fort de déboucher d’ici peu sur un projet un peu plus ambitieux que ce blog pour vous proposer un espace de communication plus vaste, interdisciplinaire et très certainement indiscipliné (tant mieux), sur les politiques publiques transversales : insertion bien sûr mais également politique de la ville, économie sociale et solidaire, développement local, etc. C’est un projet. Cela se construit. Je vous tiens au courant.

Jarry.

En attendant, il suffit de lire, même distraitement, son journal avec une préoccupation centrale : qu’il ne vous tombe pas des mains de stupéfaction ! L’actualité est si riche qu’il n’est pas besoin de se glisser dans un théâtre montparnassien pour assister à la nième représentation d’Ubu Roi. Jarry, détrôné, est bien en-dessous de la réalité. Dépassé. Largué même. Exemple aujourd’hui. 10,5 milliards d’euros sont prêtés par l’État aux banques. Celles-là même dont on nous assurait il y a quelques jours qu’elles étaient en excellente forme parce que ne participant pas au monopoly mondial. D’où une première question : pourquoi administrer une potion à un bougre pétant la santé ? Mais, dit-on, il s’agit de prêter avec intérêts. Ce qui est sensé nous rassurer en évacuant le syndrome du Tonneau des Danaïdes. L’État va donc boursicoter… il faut dire que l’expérience récente l’y invite.

Pédaler moins vite…

Simple logique déductive. Qui prête ? L’État ? Avec quel argent ? Celui des citoyens ? Pour qui ? Pour les banques ? Pour quoi ? Pour que celles-ci prêtent aux entreprises et aux particuliers. De toute évidence et sauf à ce qu’elles se découvrent une fibre humaniste peut-être inspirée par feu Sœur Emmanuelle, les banques prêteront à un  taux d’intérêt supérieur à celui qui leur aura été accordé pour ces 10,5 milliards. En d’autres termes – suivez bien, c’est du billard à quelques bandes – nous donnons (gratias pro deo et au titre de l’intérêt général) de l’argent à l’État pour qu’il le prête aux banques (aux intérêts privés), qui vont nous le prêter (sous réserve de garanties et hypothèques multiples) en ajoutant au capital à rembourser leurs intérêts pour l’État, leurs frais de fonctionnement (il faut bien rémunérer ces charmants traders qui s’amusent) et leurs bénéfices nets. C’est d’une logique imparable et transparente, tout autant que cette règle selon laquelle que « Plus tu pédales moins vite, moins t’avances plus doucement. Et l’inverse. ». Une vraie cohérence. Tout autant que la moralisation des règles financières sans doute déjà réfléchies en croisière sur le yacht d’un milliardaire breton. Après une soirée au Fouquet’s.

Les surréalistes, décidément, ont du plomb dans l’aile. Ils ont trouvé leur maître. Il faut avoir l’honnêteté de le reconnaître.

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commentaires
  1. pioupiou44 dit :

    En tant que pioupiou, il est intéressant pour moi de lire vos écrits pour prendre de la hauteur sur certaines situations (la nôtre : Nezdansleguidon).
    Je partage également votre avis : les surréalistes étaient largement en dessous de ce qui se passe aujourd’hui.
    Peut-être faut-il lancer un nouveau courant : les sur-surréalistes ou les sous-surréalistes.
    Je retourne de ce pas à mes dossiers de pioupiou et surtout à l’accueil de tous ces jeunes qui déboulent en nombre dans notre mission locale.

  2. rbeaune dit :

    Sur la situation des banques (connaissant bien le secteur et les pratiques -je ne dirai pas mon ancien job tant il est décrié aujourd’hui et à juste titre, quoique sociologiquement il serait intéressant de mesurer les évolutions dans le recrutement qui ont amené des surdoués en maths à construire des modèles largement similaires qui font que si un mur se dresse tout le monde se le prend…), je dirais qu’il faudrait aujourd’hui s’inquiéter des sociétés d’assurances car quand il y a de la colle toxique elles en prennent une large part et pour les retraites par capitalisation, des surprises de tres mauvais goût sont à craindre…
    Pour continuer sur UBU et l’insertion actrice du développement durable, que penser du recyclage via les jeunes des fonds secrets de l’UIMM ??? Vivement qu’ils s’attaquent aux niches et paradis fiscaux… Les problèmes de financement auront complètement disparu et ce dans une période de crise très forte… Quel miracle…
    Par contre « acheter » les jeunes pour 10 millions d’euros, c’est pas cher payé… Les deux dirigeants d’Alcatel ont perçu plus pour laisser une société en décrépitude…
    toujours pour se repérer, les subventions de l’Etat pour les missions locales (160 millions) c’est un peu moins que le revenu des 40 PDG des sociétés du CAC… Les caisses sont vides, enfin pas toutes…

  3. rbeaune dit :

    « vous proposer un espace de communication plus vaste, interdisciplinaire et très certainement indiscipliné (tant mieux), sur les politiques publiques transversales : insertion bien sûr mais également politique de la ville, économie sociale et solidaire, développement local, etc. C’est un projet. Cela se construit. Je vous tiens au courant. »

    Très bonne initiative qui doit permettre de sortir des sentiers battus (à tous les sens du terme)… Dans un monde qui se cherche, Oscar Wilde apparaît d’actualité : « aucune carte du monde n’est digne d’un regard si le pays de l’utopie n’y figure pas ».

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