L’éducation populaire pour l’écolonomie.

Publié: octobre 15, 2008 dans Au gré des lectures

Cocotier…

Le récent article de Gérard Mermet, « Profitons de la crise pour refonder la société » (Le Monde, 14 octobre), dégage de l’expérience brève mais dense de la crise trois hypothèses, la dernière, exprimée dans le titre, étant la plus souhaitable à défaut d’être la plus probable. Si l’on imagine aisément que la première, stratégie de l’autruche, conduirait inéluctablement à la catastrophe, les effets de la deuxième, réformiste, aménageraient à la marge un système qui a réussi a minima à faire consensus sur l’idée qu’il marchait la tête en bas : peut-on raisonnablement penser que, lorsqu’il s’agit d’avancer sur ses deux pieds, des recommandations pour tenir l’équilibre d’une chandelle soient les plus opportunes ? La stratégie réformiste est pourtant bien celle qui, de toute évidence, sera empruntée : encadrement des parachutes dorés et autres primes. A juste titre, Mermet souligne l’importance symbolique de l’exemplarité, « condition première de la paix sociale, de l’adaptation par la réforme et l’innovation ». Reste que la vertu qu’appelle l’exemplarité n’est pas la chose la mieux partagée et que la conjugaison de l’individualisme avec le goût du pouvoir s’acquitte rarement des privilèges et gratifications dont bénéficient ceux qui stationnent au sommet de la pyramide de Pareto, celle d’une – faible – circulation des élites. Il est vrai que, lorsque le climat est rude au ras du bitume, le souffle des alizés est bien agréable au sommet du cocotier. Voir le cumul des mandats.

Écolonomie…

Le sociologue « spécialiste de la consommation » préconise et appelle donc de ses vœux une transformation radicale de notre rapport au monde des objets, mutation que d’ores et déjà on perçoit et qui serait déterminée par une économie – au sens d’économe – et une écologie. De cette « éconologie » ou « écolonomie » – les sociologues raffolent des néologismes qui sont autant de tentatives de s’inscrire intuitu personae dans le mouvement des idées – il y a peu à vrai dire à redire… hormis qu’elle s’inscrit dans une acculturation (ne) concernant (que) les pays de la seconde ère du capitalisme, dont sont déductivement absents les autres pays « émergents » qui s’en soucient comme d’une guigne, et qu’elle est sériée aux classes pour qui la fréquentation des hard discount est une tactique avantageuse plus qu’une nécessité existentielle.

Moins de psychotropes…

Certes, certes… bien des expérimentations pourraient être citées sur les bancs de la défense, des promoteurs des « circuits courts » aux ingénieux « alterconsommateurs », toutes inspirées par l’ingénieux slogan « Penser global, agir local ». Reste que, entre la lenteur du métabolisme institutionnel, les forces de l’inertie et de la reproduction et le sauve-qui-peut individualiste, il n’est pas certain que cette génération, puis l’autre qui lui succèdera, etc. voient l’innovation des pratiques du quotidien d’exceptions devenir la règle. Enfin, patients, on pourra se consoler en songeant que l’optimisme de la volonté est une posture plus agréable que le pessimisme de la raison… et déjà plus économe en termes de consommation de psychotropes.

Française des Jeux et RGPP…

Voilà donc, à notre porte et nous en franchissons le seuil, « la crise ». Doux rêveurs, celles et ceux qui depuis des années alertaient voient aujourd’hui leurs avertissements – de Cassandre, bien entendu – prendre réalité. Bien évidemment, les plus pauvres seront les premiers à pâtir de cette crise : pas Serge Tchuruk qui, cumulant à lui seul plusieurs dizaines de milliers de licenciements, a été remercié pour mauvais résultats d’Alcatel-Lucent avec une prime en millions d’euros. Exemple parmi tant d’autres du cynisme des « manipulateurs de symboles » ou autres traders–saigneurs de l’économie qui doivent bien rire sur leurs plages privées, dans leurs villas-forteresses gardées par ces nouveaux emplois de services aux particuliers annoncés par Claude Seibel dans son rapport du Commissariat Général du Plan, L’avenir des métiers (La documentation Française, 2002) : « … importants viviers d’emplois pour la plupart peu qualifiés {…} dans les services aux particuliers où près de 800 000 nouveaux emplois vont être créés… » (p. 46). Vigiles… ou les « emplois de la néo-domesticité », selon le regretté André Gorz. Tout cela est dit, redit, développé à l’envi… mais probablement peu connu puisque, si cela était su, la France serait à feu et à sang. Heureusement il y a Gala, Voici et Closer que l’on devrait subventionner au titre du maintien de la paix sociale. Sans oublier Grolo, Morpion et Tac-au-Tac. De toute évidence, la Française des Jeux, qui ne connaît pas la crise, devrait être intégrée dans le ministère de la cohésion sociale. Du grain à moudre pour la RGPP (révision générale des politiques publiques).

Educ’ pop’…

Il faudrait donc, selon Mermet probablement inspiré par Edgar Morin, « une utopie réaliste fondatrice d’un nouveau modèle de civilisation ». « Vaste programme », aurait soupiré le Général. Mais où va-t-on trouver ce qui par définition est nulle part – utopie : aucun lieu – et quelles sont les conditions de l’émergence d’un salubre sursaut… d’autant plus que, face à cette crise, le discours libéral fait preuve d’une plasticité – pour ne pas dire d’un opportunisme ou d’une indécence – remarquable ? Chapeau, l’artiste ! Au postulat rabâché « Moins d’État, mieux d’État » succède sans coup férir, comme si de rien n’était, la réhabilitation de l’État… presque de l’État-Providence, en tout cas l’État-Protecteur. Le temps de socialiser les pertes, rassurons-nous… Ce nulle part de l’utopie est à rechercher – c’est mon hypothèse fondée sur la fréquentation quotidienne des piou-piou qui sont en front-line face à la misère du monde (travailleurs et intervenants sociaux, élus de proximité, bénévoles associatifs…) – dans une économie maltraitée, ignorée, secondarisée, l’économie sociale et solidaire. Je ne crois ni en la vérité-foudre, ni en la vérité-ciel, pour reprendre la terminologie foulcaldienne. Je crois par contre au labourage des mouvements d’éducation populaire. Les solutions de l’émulsion de l’innovation sociale, « juste, belle et bonne », sont à portée de mains, invisibles parce que réelles et permanentes, ce qui constitue un sérieux handicap dans une société du spectacle et de l’obsolescence.

Au final, Mermet a raison. Restait juste à trouver les acteurs. Cela ne résout pas tout mais cela fait avancer le schmilblick.

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