Missions locales, insertion et développement durable. 1/2

Publié: octobre 9, 2008 dans Insertion/missions locales

YAB.

J’avais oublié de le signaler… Splendide texte de Yann Arthus Bertrand (les beaux livres de photos paysagères qu’on offre à Noël) dans Le Monde du 24 septembre. Une page entière qui se conclut par « Il est trop tard pour être pessimiste », ce que je traduis comme exhortant déductivement à « l’optimisme de la volonté ». Aucun rapport avec l’insertion ? C’est à voir. On va le voir. Avant, les premières phrases de YAB.

Sixième grande extinction…

« Notre monde va mal. Le tableau s’assombrit chaque jour de catastrophes avérées ou imminentes. Ce flot de mauvaises nouvelles a quelque chose de sidérant et d’inquiétant : il ne suscite aucune réaction. Nous continuons de vivre en ne changeant rien. Cette acceptation placide de faits et de chiffres, voire d’une fin annoncée, est tout à fait fascinante. Nous nous contentons de constater les dégâts… et nous continuons comme avant. Nous savons mais nous ne voulons pas y croire. A tel point que lorsque des scientifiques nous annoncent rien de moins que la sixième grande extinction d’espèces vivantes, la nôtre comprise, la nouvelle nous touche moins que le résultat du match de la veille ou la météo du week-end… »

Aucun rapport avec l’insertion ? Parlons-en.

Penser globalement, agir localement…

A priori aucun rapport puisque, le cataclysme écologique se posant à une échelle mondiale, devrait donc être traité à celle-ci… au même titre que la crise financière appelle des centaines de milliards qui ne se trouveraient pas dans les poches des piou-piou. Si tel était le cas, ils ne seraient d’ailleurs plus des piou-piou. Erreur de perspective ! Ces milliards sont précisément dans leurs poches mais dispersés. Mais c’est bien cet argent, celui des citoyens, qui est et sera ponctionné pour renflouer les banques, Dexia aujourd’hui comme cela l’a été pour le Crédit Lyonnais hier. Autrement dit, si comme l’écrit le même jour et dans le même journal Dominique Strauss-Kahn à « Crise systémique, solution globale », l’attitude consistant à forer son trou individuel pour y plonger sa tête. outre qu’elle conduit par agrégation des irresponsabilités au pire à la catastrophe, au mieux à confier la gestion de ce qu’il faudrait faire à des élites essentiellement préoccupées par elles-mêmes et qui ont démontré par leur dogme du marché pur leur incapacité patente, est le plus sûr chemin vers l’abîme. Le « penser global » ne s’oppose pas à l’« agir local », tout au contraire :  il l’exige. Ne pas agir là où l’on est, postulant qu’une méta-entité (voire, une nouvelle fois, l’homéostasie de la main invisible) s’occupera de nos affaires, est un déni de citoyenneté et la pire des stratégies… pour tous comme pour soi-même. Dans La tête bien faite (1999, Seuil), Edgar Morin écrit « Une pensée capable de ne pas être enfermée dans le local et le particulier mais de concevoir les ensembles serait apte à favoriser le sens de la responsabilité et celui de la citoyenneté. » (p. 111) et, dans Éthique (2004, Seuil), « On ne peut pas réformer l’institution sans avoir au préalable réformé les esprits, mais on ne peut pas réformer les esprits si l’on n’a pas au préalable réformé les institutions. » (p. 174). Contradictoire ? Non : principe systémique « hologrammatique » selon lequel « Non seulement la partie est dans le tout, mais le tout est dans la partie. » (Edgar Morin, encore lui, dans Introduction à la pensée complexe, 1990, ESF éditeur, p. 100).

Des zozos réhabilités… ou récupérés.

Ce flot de catastrophes avérées ou imminentes ne susciterait aucune réaction, selon YAB… Ce n’est pas tout-à-fait exact mais répond, bien sûr, à une nécessité rhétorique d’interpellation critique, de saisissement ou captation du lecteur (comparable aux premières lignes du Rapport de Bertrand Schwartz : « … Ce qui les unit, {les jeunes} c’est leur exclusion de la société. Ce qui les unit, c’est leur désespérance devant l’absence de perspective. » … Fort heureusement, tous les jeunes n’étaient pas désespérés en 1981). En effet, aujourd’hui et de toutes parts, des réactions – certes tardives – s’expriment face au cataclysme écologique, les slogans des récentes élections municipales jusqu’au fond des Monts d’Arrée (centre du Finistère) en faisant foi. Une prise de conscience d’abord, qui peut d’ailleurs s’exprimer… par une mauvaise conscience, c’est-à-dire être conscient que la façon dont on agit n’est pas ou plus la bonne tout en continuant à décharger le caddie dans son coffre de 4×4. C(e)’(n’)est (qu’)un début.  Il y a pas si longtemps (mal)traités de « zozos » (Dumont) et dont les ex-fantaisistes alertes sont reprises sans la moindre pudeur par EDF-GDF et autres entreprises soudainement touchées par la grâce écologique, des acteurs aussi se mobilisent, de la biodiversité du champ devant chez soi aux forums mondiaux altermondialistes. Des collectivités s’engagent dans des « agendas 21 » (déclinaisons du Sommet de la Terre de Rio, en 1992). L’Europe n’est pas en reste, depuis le sommet de Göteborg en juin 2001 (« Développement durable en Europe pour un monde meilleur: stratégie de l’Union européenne en faveur du développement durable ») jusqu’en 2006 avec l’adoption d’une stratégie révisée en faveur du développement durable (SDD) et, en 2007, l’article 2 du Traité de Lisbonne (l’Union oeuvre « pour le développement durable de l’Europe… »). Etc. Bref, ça bouge… à défaut d’être efficace : il est vrai qu’en face, la « machine » aux intérêts à court terme à deux chiffres, dispose de moyens considérables… et séduisants (du latin sedire, « tromper »), quoique les évènements financiers actuels déchirent le voile.

Et nous là-dedans ?

Filles de l’Éducation populaire (mais elles n’ont pas revu leurs parents depuis un bout de temps), donc actrices (en théorie) du changement social, et avec un devoir d’innovation (cf. sur ce blog « Charte de 1990 »), les missions locales ne semblent pourtant guère occupées ni préoccupées par le développement durable, toutes mobilisées qu’elles sont sur Parcours 3. Ici et là, très marginalement, quelques avancées dont principalement sur la réduction du gaspillage (fluides, papier…). Ce n’est pas rien. Mais c’est insuffisant car s’y limiter peut être contre-productif, ce peu frôlant l’alibi. Il y a à faire plus en profondeur. Maintenant. Pour beaucoup, c’est une révolution culturelle. Pour les missions locales, ce ne devrait être qu’un recentrage sur les « fondamentaux », ce qui ne signifie cependant pas que cela soit gagné : réformer les esprits et les institutions. « Vaste programme ! » pour de Gaulle. « Utopie » pour Bertrand Schwartz… « mais quel beau rêve ! » (Moderniser sans exclure {1994} 1997, La Découverte, p. 247).

A suivre…

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s