Marchandirmisation. Ce n’est qu’un début.

Publié: octobre 9, 2008 dans Agit'Prop, Au gré des lectures

La machine en route…

Sous la plume de Marc Caillau dans midilibre.com de mercredi 8 octobre 2008, un article qui n’étonnera plus personne (1) : après le contrat d’autonomie pour les missions locales, la mise en concurrence pour la CIMADE (2), le RMI est lui aussi objet d’un appel d’offres pour des « opérateurs privés ». Pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Si « Le RMI n’est pas un marché » pour certains (rêveurs, inefficaces, etc.), d’autres ne partagent pas cette opinion. Le mouvement est bien de fond, surfant sur la vague néo-libérale décomplexée du démantèlement de la mission de service public, avec les doux yeux de Chimène pour le marché. Les récentes déconvenues de celui-ci ne suffisent donc pas… « Il est plus facile de détruire un atome qu’un préjugé » disait avec raison Albert Einstein… Que dire d’un ensemble de préjugés fondés sur un postulat escamotant l’intérêt général au bénéfice des intérêts privés ? Reproduction in extenso de l’article. Si cela pouvait au moins faire comprendre que la défense professionnelle ne peut faire l’économie de regarder ce qui se passe ailleurs – sauf à voir chaque secteur se laisser grignoter et appeler à l’aide pour lui seul lorsqu’il est trop tard – et d’élargir le refus à une posture et une action citoyennes. La grenouille sera-t-elle capable du coup de pied salvateur (cf. « Fable batracienne » sur ce blog) ?

« RMI : Un appel d’offres qui secoue le secteur associatif

« Le RMI n’est pas un marché ! » L’émoi est vif au sein des associations de l’insertion sociale et professionnelle du département. Et ce à cause d’une décision du conseil général du Gard qui bouleverse tout ce secteur. Jusqu’à présent, le premier accueil des demandeurs du RMI et l’accompagnement des allocataires faisaient l’objet de conventions renouvelées chaque année entre le Département et le milieu associatif, ainsi que certains Centres communaux d’action sociale (CCAS). Pour 2009, nouvelle donne : le premier accueil et l’accompagnement sont désormais considérés comme des marchés publics (pesant près de 4,7 M€, soit 22 % des fonds dépensés pour les 18 000 allocataires). Conséquence : le conseil général va procéder par appel d’offres pour l’attribution de ces deux marchés, dorénavant répartis en lots. Exactement comme des travaux routiers, par exemple. Et le changement est brusque : les candidatures doivent être déposées avant le 17 octobre.

La chambre de métiers résonne encore de la bronca qui attendait, mercredi dernier, les deux élus en charge des dossiers sociaux, Patrice Prat et Laurent Pons, venus présenter ces mesures. La salle de conférences était loin d’être clairsemée : près de 300 salariés et bénévoles de la trentaine d’associations concernées étaient présents. Les deux conseillers généraux ont été bombardés de critiques. Sur le fond, d’abord : « Comment peut-on proposer de nous mettre en concurrence, nous qui sommes d’abord des partenaires de la politique départementale d’insertion (PDI), travaillant en commun, solidaires des personnes exclues afin de les aider à résoudre leurs problèmes sociaux et professionnels ? », dénoncent les associations. Mais surtout, cette nouvelle procédure aurait, selon elles, de graves conséquences : « Certains vont devoir baisser les salaires ou licencier, ou même purement et simplement cesser leurs activités. » A Uzès, l’association Phare, qui emploie douze salariés, menace déjà de mettre la clé sous la porte. Aussi le secteur associatif demande-t-il au conseil général de retirer ces appels d’offres et de mettre en place « une réelle concertation afin de trouver des solutions plus équitables ». D’autant que pour compliquer les choses, le Revenu de solidarité active (RSA) doit se substituer à la mi-2009 aux minima sociaux.

Président de la commission développement économique et solidaire, Patrice Prat se dit lui-même « foncièrement hostile à toute idée de marchandisation de l’insertion », et reconnaît que « ces inquiétudes sont justifiées ». Mais il affirme que le conseil général est « contraint et forcé car une directive européenne nous oblige à requalifier l’accueil et l’accompagnement des Rmistes ». Patrice Prat se veut néanmoins rassurant : « Nous avons donné des instructions pour accompagner le tissu associatif dans ce nouveau dispositif. Et la porte est toujours ouverte de notre côté. »

La porte ouverte… pour la prendre ?

(1) http://www.midilibre.com/articles/2008/10/08/20081008-BAGNOLS-Un-appel-d-39-offres-qui-secoue-le-secteur-associatif.php5 

(2) La Cimade, association protestante était la seule habilitée depuis 1985 à intervenir auprès des étrangers expulsables à l’intérieur des centres de rétention administrative (CRA). La convention triennale qui l’associe aux pouvoirs publics parvenant à terme à la fin de l’année, un décret et un appel d’offres publiés ont précisé les nouvelles règles à partir de janvier : les 22 centres de rétention dans lesquels ont été placés 35 000 étrangers en 2007 seront répartis en huit « lots » géographiques. Toute « personne morale » ayant pour objet l’aide aux étrangers peut se porter candidate. La Cimade dénonce un « processus de démantèlement » qui « émiette par la concurrence cette mission ». Tout cela au terme d’une convention triennale. Cela n’évoque rien de possible ? Ou probable ?

 

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