La participation des jeunes en mission locale : regarder à côté. 2/2

Publié: octobre 5, 2008 dans Insertion/missions locales

Nous sommes en juillet 2002. Le comité d’usagers du CCAS d’Angers vient d’être installé.

2. Description (2/2)

Imaginer…

Signature de la charte et du règlement intérieur des membres du comité d’usagers à l’appel du maire.

En 2002, faire pousser les idées pour plus de solidarité : dans un brainstorming, émergence de 650 idées, classement des idées dans 8 grands axes de travail : améliorer l’information, améliorer les prestations, explorer les possibilités de travail pour tous, retrouver la fierté de vivre dans son quartier, une enfance et une jeunesse citoyennes demain, lutter contre l’isolement et renforcer les solidarités, aider à prendre soin de soi, favoriser l’engagement citoyen.

De septembre à décembre 2002, tamisage des idées : {…} 90 projets de développement social, 28 projets prioritaires, 8 chantiers à ouvrir après un vote démocratique.

Professionnaliser…

En 2003 et 2004, transformation de l’équipe de travail au sein de l’institution CCAS : création d’une équipe projet et formation des agents territoriaux à des pratiques de développement social et de conduite de projet de territoire, transformation du travail social (instauration d’une dynamique collective d’accueil, d’accompagnement et de contractualisation avec les bénéficiaires du RMI pour compléter une approche strictement individuelle).

Agir…

Mise en chantier des projets en 2003 et 2004 : étude de faisabilité de 8 chantiers du comité d’usagers pilotés par les travailleurs sociaux et les accueillants sociaux, accompagnés par un directeur de projet, des prêts, des actions collectives pour améliorer l’estime de soi, un journal des usagers du CCAS, de la formation à la prise de parole, l’écoute et la communication, l’auto-réhabilitation de son logement, un dialogue avec les jeunes du quartier, l’accès aux vacances, une maison des adolescents.

Évaluer…

En 2004, évaluation de la démarche participative : co-écriture d’un cahier des charges par collège, choix d’un tiers…

En 2005, renouvellement du comité d’usagers.

3. Moyens

Intelligence collective…

Pour que le comité d’usagers soit plus qu’une instance de dialogue, pour considérer la diversité des situations d’exclusion, pour reconnaître cette intelligence collective comme une ressource à l’élaboration de la décision, il est nécessaire de le doter des moyens qui l’inscrivent dans une démarche de développement social durable (1).

Moyens humains : un chef de projet qui aide à recueillir la richesse et la créativité des membres.

Moyens matériels : mise à disposition de matériel technique, outils bureautiques de communication, salle de réunion, organisation administrative, outils d’animation pour favoriser l’expression, modules de formation pour augmenter le niveau de compétence des membres du réseau, démarche d’évaluation en continu réalisée par un tiers. {…}

4. Bilan. Évaluation.

Plus la technique devient politique, plus la compétence démocratique progresse… (2)

Au-delà des projets réellement mis en œuvre {…}, développer des démarches participatives au sein des institutions change tout. Les processus à l’œuvre modifient tout et sont aussi importants que les résultats. (3) Le regard des usagers sur l’institution (et inversement) se modifient dans la bienveillance. Les pratiques d’accueil, d’écoute, de conseil et d’accompagnement des usagers sont remises en questions, les pratiques de management deviennent participatives et intégratives. Des réflexions nouvelles sur les métiers, les filières, les carrières naissent. La réactivité institutionnelle à l’œuvre modifie les prestations, les modes d’information du public, la prise en compte des difficultés et des ressources des usagers. Des savoir-faire nouveaux apparaissent, en ingénierie sociale notamment, en dynamique de groupe, en conduite de réunion, en conduite de projet et en médiation. Des coopérations nouvelles naissent, la transversalité devient incontournable. Les organisations se transforment : de séquentielles et linéaires, elles deviennent dynamiques et qualifiantes. (4)

La valeur de l’expertise d’usage…

Mettre en place un comité d’usagers du CCAS représente un double pari : d’une part faire en sorte que les participants décollent du quotidien pour envisager un futur dans lequel ils ont des choses à dire et à faire, briser la tentation du repli sur soi et jouer le jeu du collectif et de l’intérêt général d’autre part. Tous ont démontré que, malgré leurs problèmes lourds, ils cultivent un intérêt vivace pour leur ville, pour leur quartier, pour leur place dans ce territoire, que l’on peut être confronté à de graves difficultés et se préoccuper aussi des autres, se soucier des questions d’aménagement urbain, de diffusion de la culture, d’éducation, de sport, d’estime de soi… C’est aussi une formidable réponse à notre affirmation que les plus démunis ont tous leur place dans notre cité, pour faire reconnaître la valeur de leur expertise d’usage. {…} L’attention portée à la personne fragilisée n’est pas un fardeau, c’est un sens supplémentaire à donner à notre action…

 On peut résumer cette seconde partie de la démarche en six temps :

1. L’imagination : un grand remue-méninges.

2. Les projets : organiser, classer, hiérarchiser.

3. La professionnalisation : pouvoir accompagner et piloter le changement, singulièrement avec les nouvelles compétences appelées par l’approche collective.

4. Les réalisations : faisabilité et mise en œuvre co-décidées et co-construites.

5. L’évaluation : évidemment participative.

6. L’évolution : renouvellement du comité d’usagers.

Cela donne envie, non ?

 

 (1) Sur ce thème, très bien fait, pratique et à lire, Développement social participatif. Modes d’emploi, un fascicule de la Fédération des centres sociaux et socio-culturels de France, 2005, ADELS. On peut également lire, toujours publié par l’ADELS, Animer un projet participatif. Modes d’emploi.

(2) Simple inversion déductive de ce qu’écrit Edgar Morin : « Plus la politique devient technique, plus la compétence démocratique régresse. » (La tête bien faite, 1999, Seuil, p. 20)

(3) C’est un principe systémique de base : les conditions de réalisation des objectifs comptent tout autant que la réalisation de ces objectifs.

(4) On hésite parfois à relire ce que l’on a écrit il y a plusieurs années. Et l’on a souvent – malheureusement – raison. C’est le cas en ce qui concerne l’optimisme d’un article, « L’enlisement des pyramides » (Achats Publics n° 32, 1997, ministère de l’Éducation nationale, de la Recherche et de la technologie), où j’aspirais-espérais au terme des systèmes pyramidaux au bénéfices des systèmes réticulaires : « Nous parviendrons sous peu {là est l’erreur} à des systèmes coopératifs où les agents disposeront d’une marge importante de manœuvre : liberté, intelligence, initiative, rationalité limitée donc stratégie. L’information… sera en circulation parmi des agents individualisés et regroupés selon des projets : c’est-à-dire modifiée, enrichie à partir des qualités de chacun et des qualités des interactions. » Hélas.

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