La participation des jeunes en mission locale : regarder à côté. 1/2

Publié: octobre 3, 2008 dans Insertion/missions locales

Rien que des bonnes raisons…

Les comités d’usagers dans les missions locales, on le sait, n’en sont qu’à leurs balbutiements, alors même que le thème de la participation des jeunes comme celui de leur responsabilisation sont au cœur de leur philosophie et inscrits dans leurs textes fondamentaux. Glissement progressif vers la logique programmatique, sans doute. Conséquence d’un sacrifice quotidien de l’essentiel à l’urgence aussi. Mais cela évolue et, aujourd’hui, plusieurs missions locales se lancent sur le chemin que certaines d’entre elles ont emprunté depuis des années. 

A maintes reprises et quitte à lasser, ici bien sûr mais également dans mes ouvrages (tous, je crois), dans beaucoup d’articles (1), j’ai plaidé pour que cette participation ne soit pas qu’un beau principe mais effective : questions de cohérence interne ; de connaissance des besoins des jeunes ; d’équilibre entre la visée de l’accomplissement individuel (le Sujet) et celle de l’émancipation collective (l’Acteur) ; feed-back sur l’offre de services ne serait-ce que pour répondre au critère définitoire de la mission de service public, l’adaptabilité… Sans doute aussi avec la perspective que ce grand réseau des missions locales, insuffisamment conscient de son poids, sans doute même plus en amont insuffisamment « réseau », dispose un jour de son référentiel qualité… une qualité « intelligente » (2), construite de façon autonome, non synonyme de procédurière même si elle disposera de procédures. Le point de départ de la qualité est l’usager, pas la structure (en entreprise, on parle dans cet ordre de « relation client-fournisseur »), et appelle les conditions d’une dialectique permanente, elle-même condition du changement et de la mise à distance d’une posture de simple prestataire.

Bonne pratique…

Un autre thème concourrant à la légitimation des missions locales, la veille (ou l’observation), qui implique en amont de réelles expertises et en aval du laboratoire d’innovations sociales, nous apprend que, ne serait-ce qu’au titre d’une économie générale, il faut regarder ce qui est fait… dans le réseau et ailleurs. Aussi, s’agissant de comités d’usagers, cette contribution sera moins analytique que d’autres, se contentant de rapporter une expérience… ailleurs : dans un CCAS. On y lira du sens (professionnalité), de la méthode (professionnalisme) et, surtout, on prendra conscience, si ce n’est déjà fait, qu’un comité d’usagers n’est pas une tâche de plus mais qu’il est un facteur à la fois de reconnaissance effective des usagers – une façon de ne pas les considérer comme des consommateurs de service, ce qui serait la « meilleure » attitude pour qu’ils le deviennent… et qu’on s’en plaigne (processus de « prophétie autoréalisatrice ») – et de transformation du travail des professionnels. Il s’agit donc dans ce récit d’un mariage réussi entre trois notions, la participation, le changement et l’innovation, toutes trois épicentrales dans le paradigme des missions locales comme on a pu le voir avec la Charte de 1990. Ça se passe à Angers et ce récit est raconté dans « La banque d’expériences de l’action sociale locale » de l’UNCASS (Union nationale des centres communaux d’action sociale). La douceur angevine s’accompagne aussi de la détermination des acteurs angevins.

Il restera à chacune et à chacun, s’il le souhaite et d’où il est, à imaginer les conditions d’adaptation de cette expérience – ce n’est plus une expérimentation – avec des jeunes, avec ses moyens. Cela ne semble pas hors de portée. Long, le texte du CCAS est presque intégralement repris ici (les titres interlignes en italiques sont ajoutés de ma plume). Il paraîtra donc en deux contributions. Aujourd’hui, le contexte et une première partie de la description de l’action. A la suite, la seconde partie, les moyens et le bilan.

1. Contexte

Crise de la représentation…

Angers, avec ses 156 000 habitants, est, comme toutes les villes, un espace complexe où se mêlent performance économique et exclusion d’une partie de ses membres, intérêt général et tendance au repli sur soi. Dans ce contexte, les élus et les institutions sont suspectés au mieux d’être coupés des réalités quotidiennes, au pire de ne pas agir. Cette crise de la représentation révèle une crise profonde des rapports entre élus et citoyens. Pour assurer l’avenir d’Angers et de sa population, la municipalité a choisi d’agir de façon solidaire, dynamique et entreprenante. Ainsi, la dimension participative respire au cœur de son projet politique, pour que « Vivre ensemble à Angers » prenne tout son sens, un sens durable.

Une culture du dialogue et du projet…

Répondre aux problèmes d’aujourd’hui nécessite de mutualiser de multiples compétences et, notamment, celles des habitants. Le simple fait de vivre dans leur quartier leur confère une expertise du quotidien dans tous les domaines de la vie de la cité. Cette compétence est une vraie richesse, dont on ne peut plus faire l’économie, pour renouveler les pratiques, faire naître de nouvelles coopérations et mieux décider. L’enjeu est fort, car associer les habitants aide à réhabiliter l’action publique. Cette démarche exigeante impose aux élus plus d’écoute et d’attention, aux institutions plus de proximité et de réactivité. Une culture du dialogue et du projet améliore la réponse publique de façon indéniable.

2. Description (1/2)

Partenaires de l’élaboration de la politique sociale…

Fruit de dix-huit mois de consultation et de concertation, le comité d’usagers du CCAS d’Angers rassemble 97 membres (63 usagers, 20 représentants d’associations, 8 agents municipaux et 6 élus). {…} Il donne la parole à ceux qui ont recours aux services du CCAS. De simples demandeurs, ils deviennent des partenaires de l’élaboration de la politique sociale qui les concerne au quotidien. Ainsi, la Ville reconnaît la compétence des usagers à diagnostiquer les besoins sociaux, les associe à l’élaboration des réponses solidaires, favorise, en interpellant les pratiques, la poursuite de la modernisation du CCAS et l’amélioration des prestations, qualifie les usagers comme citoyens, responsables pour renforcer la cohésion entre les Angevins.

De l’assistance au développement, de survivre à vivre…

Il s’agit donc de permettre aux personnes à faibles revenus de témoigner de leur expérience d’usagers des services du CCAS ; passer de l’assistance pour survivre au développement pour vivre ; mettre les plus fragiles au cœur de la cité et non à la marge.

Gestation…

En 1997, mise en place d’une commission extra-municipale avec des associations de chômeurs (3) et création de trois nouvelles prestations : un guide des demandeurs d’emploi, une assurance complémentaire à demi-tarif et une carte partenaire pour accéder à des services municipaux culturels et de loisirs à des tarifs préférentiels (4).

De 1998 à 2000, instauration des conditions du dialogue par la modernisation de l’outil d’accueil social : rénovation des locaux, instauration d’une polyvalence d’accueil, {…} diminution des temps d’attente et augmentation des temps d’écoute, division des temps de décision (par 10 pour certaines prestations). (5)

En 2001, co-écriture de la démarche dans une charte et un règlement intérieur du futur comité d’usagers : définition des compétences du comité d’usagers, détermination des conditions de représentativité (6), conception du fonctionnement de l’instance de dialogue, définition des moyens d’information et de mobilisation des usagers dans les quartiers. Le comité d’usagers est une instance de concertation au service de la solidarité composée d’une assemblée plénière de 48 membres titulaires (30 usagers, 6 associations, 6 fonctionnaires et 6 élus).

En février et mars 2002, invitation à participer pour « Agir là où je vis » : mise en scène et production d’un spectacle-débat dans les quartiers d’Angers pour mobiliser les acteurs, 9 spectacles-débats, 50 000 billets spectacles distribués, rencontre de 135 acteurs institutionnels et associatifs pour relayer l’invitation à participer auprès des personnes isolées et utilisatrices des institutions sociales, 600 spectateurs mobilisés au moment des 9 spectacles et engagement de 94 personnes dont 60 usagers.

Installation du comité d’usagers en juillet 2002…

On peut résumer cette première partie de la démarche en sept temps:

1. Des convictions et des valeurs : l’usager-citoyen.

2. Un engagement politique : un constat d’inadéquation, la crise de la représentation.

3. Un objectif finalisé : une politique sociale co-élaborée.

4. Des premiers gages de changement : de nouvelles prestations.

5. Une action prioritaire : déjà bien accueillir.

6. Des règles co-construites : une charte et un règlement intérieur.

7. Une communication et une situation : un spectacle-débat.

 A suivre…

 (1) Philippe Labbé, « Missions locales et comités d’usagers : encore un effort ! », Lien social, 14 juillet 2005, n° 761.

(2) Philippe Labbé, « De la qualité intelligente », Les Bricoleurs de l’indicible, 2005, tome 2, Apogée.

(3) On se souviendra des mouvements de chômeurs, particulièrement actifs depuis la « Marche sur Paris » de 1994 et dans les années 1996-2000.

(3) Voici des services que beaucoup de missions locales proposent et, bien souvent, en ont été à l’origine.

(4) Toutes choses qui révèlent l’importance de l’accueil qui, pour le Grenelle de l’insertion, devrait même aller jusqu’à « un droit inconditionnel à l’accueil » (Agence nouvelle des solidarités actives, L’accueil des publics et la définition du projet d’insertion, 2008, Grenelle de l’insertion, « Les contributions » n°5)

(5) Il n’est pas certain que, en tout cas dans le cadre d’un comité d’usagers de mission locale, la question de la représentativité soit pertinente : demande-t-on à la démocratie participative d’être représentative ? 

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commentaires
  1. JL dit :

    Et pour compléter votre article, précisons que le CCAS publie trimestriellement un journal réalisé par des membres de ce comité d’usagers ;
    « Trimestriel « Eclats de Vie » est le journal du Comité d’usagers du centre communal d’action sociale de la Ville d’Angers. Il est réalisé en étroite collaboration avec le groupe « journal » du comité qui rassemble une quinzaine de participants. Les sujets sont déterminés par les membres du groupe. Chaque numéro comporte de rubriques Initiative, Dossier, Infos-pratiques, Portrait et Sortir. Retrouvez tous les numéros parus ci-dessous :
    http://www.angers.fr/decouvrir-angers/en-magazine/pour-s-informer/eclats-de-vie/« 

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