Archives de septembre, 2008

Suite de notre travail sur le premier des textes fondamentaux, Rapport Schwartz excepté, avec le concept d’approche globale : « Une intervention globale au service du jeune. Les partenaires prennent en compte les dimensions économique, sociale, culturelle et institutionnelle de la situation des jeunes… » (point 5) et « Avec les jeunes, les partenaires élaborent des réponses adaptées à leur situation en matière d’accès à l’emploi, de formation, mais aussi de santé, logement, culture, sport, loisirs… Ils valorisent la reconnaissance des droits et devoirs des jeunes et l’exercice effectif de leur citoyenneté… » (point 7). On a vu précédemment qu’un volet de l’approche globale était celui de l’offre (« L’équipe technique, pluridisciplinaire et inter-institutionnelle de la mission locale… » point 8). Voyons à présent le volet de la demande.

Approche… évidemment globale.

Deux choses sont étonnantes avec l’approche globale : le fait que régulièrement les institutions semblent la découvrir comme une révélation de la façon dont on doit traiter de l’insertion ; le fait que, si elle est sans conteste le concept-clé des missions locales, elle l’est également pour d’autres réseaux d’intervenants sociaux… ce qui contraint à poser l’hypothèse d’une généalogie partagée bien avant 1981, naissance de l’insertion si l’on considère que celle-ci est datée avec l’édition du Rapport Schwartz.

Pentecôte…

L’approche globale, en effet, est assez régulièrement convoquée comme les langues de feu à la Pentecôte descendant sur les apôtres qui sortent de leurs agapes avec le don des langues – mieux qu’Assimil – et, polyglottes, vont pouvoir parcourir le monde pour l’évangéliser. Le dernier exemple en date est fourni par un contributeur au texte de Michel Abhervé (cf. article précédent « Un ancien DIIJ face au RIJ ») qui écrit qu’au Grenelle de l’insertion, «  … il a été découvert la notion d’accompagnement global (27 ans après le rapport de Bertrand Schwartz et sa mise en oeuvre par les Missions locales)… » Ces « découvertes » émaillent les textes d’analyse et d’orientation, on peut s’en convaincre en lisant par exemple le – par ailleurs remarquable mais très volumineux (plus de 400 pages…) – rapport de l’IGAS, L’intervention sociale de proximité (La Documentation Française, 2006) qui plaide « Pour une intervention globale centrée sur les personnes ». L’histoire repasse les plats.

Généalogie… propre.

Propre, l’approche globale est sans doute ce qui constitue l’originalité du Rapport Schwartz : Pierre Mauroy, Premier ministre, lui commande le 10 juin 1981 une « mission d’étude pour la réalisation d’une meilleure insertion des jeunes de seize à vingt-et-un an dans la vie professionnelle »… et, obstiné, Bertrand Schwartz s’évertue tout au long de son rapport à systématiquement associer les qualificatifs de « professionnel » et de « social ». Il dira plus tard que sa difficulté essentielle fût de « convaincre la Gauche que professionnel et social ne pouvaient être séparés » (1). Un des cinq principes explicités pour répondre à l’ambition du Rapport est « Rechercher cohérence et globalité » et l’on pourrait aujourd’hui, dans bien des missions locales, s’arrêter un instant – entre deux saisies et trois requêtes sur P3 – pour réfléchir sur cette phrase extraite du Rapport : « Ainsi considérons-nous comme grave et dangereux le risque qu’on encourrait à ne prendre en considération que les mesures touchant à la formation et à l’emploi parce qu’elles apparaîtraient suffisantes pour régler les problèmes les plus visibles. » Tout est dit. Hélas.

Généalogie… partagée.

Partagée, l’approche globale est un principe issu de l’éducation populaire qui, sans pouvoir en faire ici l’histoire (de Condorcet en 1789 à Mounier jusqu’à la seconde guerre mondiale, de Léo Lagrange en 1936 à l’altermondialisme aujourd’hui), fonde son action sur l’indissociabilité entre Sujet (individuel) et Acteur (collectif), entre accomplissement personnel et émancipation collective, entre citoyennetés civique et politique, entre théorie et pratique, etc. Emmanuel Mounier, fondateur de la revue Esprit et concepteur du « personnalisme » définit ainsi cette philosophie : « Nous appelons « personnalisme » toute doctrine, toute civilisation affirmant le primat de la personne humaine sur les nécessités matérielles et sur les appareils collectifs qui soutiennent son développement. » (2). Ce faisant, il réfute le capitalisme (« nécessités matérielles ») et le marxisme (« appareils collectifs ») et s’inscrit dans ce que l’on a appelé la « 3ème voie » dont le dénominateur commun est l’humain… par définition insécable, indissociable. Sauf pour les coupeurs de tête.

Des alliés…

De cette matrice commune, de ce paradigme de l’éducation populaire, naîtront et se développeront de nombreux réseaux tels que les centres sociaux (même si ceux-ci, à l’origine, seront marqués par l’empreinte religieuse – 3), les foyers de jeunes travailleurs, etc. La Charte fédérale des centres sociaux et socio-culturels de France (Angers, 2000) énonce ainsi à la suite de ses valeurs « se plaçant dans le mouvement de l’éducation populaire » que « La vision des Centres sociaux et socio-culturels ne fractionne pas la vie humaine en autant de segments qu’il y a d’administrations ou de prestataires de service : elle identifie ce qui fait la globalité de l’existence individuelle et des situations collectives. » La Charte de l’UFJT du 2 février 1996 (désormais UNHAJ : Union nationale pour l’habitat des jeunes) énonce de son côté : « Participant à la politique de la jeunesse, fidèles à notre vocation d’éducation populaire et de promotion sociale, nous adoptons une approche globale et individualisée de chaque jeune… » Sachant que l’essentiel est bien dans les valeurs et les principes, voilà des alliés potentiels en ces temps de gros temps pour le social.

Retour sur les missions locales…

L’approche globale, en ce qui concerne l’objectif opérationnel de toute mission locale qu’est l’insertion professionnelle et sociale (l’objectif finalisé étant l’intégration), recouvre donc l’indissociabilité entre les dimensions du professionnel et du social. Indissociabilité signifie qu’il n’y a pas une dimension qui subordonnerait l’autre, c’est-à-dire – dérive la plus commune – que le social serait au service du professionnel. Pas plus d’ailleurs que l’inverse. Il faut distinguer ce qui est du registre des visées et des pratiques. Tout professionnel sait par expérience que le parcours d’insertion est toujours singulier et que, pour un jeune, il faudra préalablement régler des difficultés d’ordre social avant d’engager une démarche professionnelle alors que, pour un autre jeune, l’accès direct à l’emploi permettra de résoudre des problèmes sociaux (« effet levier »). Voilà pour la pratique. Pour la visée, les deux piliers de l’intégration sont l’indépendance financière, garantie par l’exercice d’un emploi, et l’autonomie sociale recouvrant un équilibre à la mesure de la personne entre les sphères interagissantes de l’individuation (santé, stabilité psychologique, relations avec les proches, la famille…), de la sociabilité (amis, voisinage, associations) et du sociétal (institutions, droits et devoirs…). A chacune de ces sphères correspond un concept principal : accomplissement pour l’individuation, lien pour la sociabilité et citoyenneté pour sociétal. La simplicité ne s’oppose pas à la complexité mais à la complication. Cette configuration d’interactions « indépendance économique et autonomie sociale » ainsi que « individuation – sociabilité – sociétal » est simple et complexe. C’est le raisonnement compliqué qui est un biais parce qu’il sépare ce qui est unit : avec la force (désespérante, parfois) des fausses évidences du sens commun, il est simpliste.

Problématique arboricole…

Cette conception de l’insertion et de l’intégration, si elle se fonde sur le bon sens et l’expérience, n’en est pas moins mise à mal par les logiques sectorielles des institutions, chacune ne voulant raisonner (et financer) que sur la seule base de sa compétence : pour l’État l’emploi, pour la Région la formation, pour le Département le social… Ainsi s’observe un glissement, une dérive, déclinaison concrète d’une pensée disjonctive alors qu’il faudrait une pensée complexe… En termes de stratégie, il semble évident que la valeur ajoutée du travail de mission locale réside dans cette capacité à intervenir globalement. A l’inverse, mises en concurrence dans le seul champ de l’insertion professionnelle et sur la base d’évaluations simplistes (purement quantitatives, un « emploi durable de six mois ou plus » dans un marché du travail précarisé), il est possible ou probable que des missions locales seraient en difficulté. L’approche globale est donc à la fois un concept identitaire et stratégique. Y renoncer reviendrait tout simplement à scier la branche sur laquelle on repose. S’y référer est s’enraciner, ce qui est la meilleure façon de bourgeonner. C’est in fine une problématique arboricole.

 

 (1) Par exemple, à voir et à écouter Bertrand Schwartz, coffret multimédia Université de Genève & Télévision suisse, 2007, et Missions locales. 1982-2005, DVD ministère de l’Emploi, de la cohésion sociale et du logement, CNML et Dexia, 2005.

(2) Emmanuel Mounier, Le Personnalisme, {1949} 2005, PUF.

(3) La fondatrice des centres sociaux (qui ne portaient pas encore ce nom) est en France mère Mercédès Le Fer de la Motte (sic) qui créa en 1897 L’œuvre sociale de Popincourt… sur le modèle des settlements en Angleterre… animés par des pasteurs. C’est tout dire. Qu’on se rassure, la sécularisation des centres sociaux a fait son chemin depuis.

Pierre-Jean Andrieu, ancien délégué interministériel à l’insertion des jeunes (DIIJ), réagit à l’annonce de la création du Réseau insertion Jeunes. Avec son accord et celui de l’ANDML, à qui il a fait parvenir cette opinion, nous publions cette réaction très intéressante… comme vous pourrez le constater.

Bonjour,

Je viens de prendre connaissance avec beaucoup d’intérêt de l’appel du Réseau Insertion Jeunes et vous livre une première réaction « à chaud ». La fédération de vos quatre associations et le poids qu’elles représentent du fait de l’importance considérable du nombre de jeunes qu’elles accompagnent chaque année constituent à l’évidence un élément « novateur » dans la construction d’une représentation « nouvelle » de la question jeune dans notre pays.
Dans un contexte marqué par la sortie du contrat d’autonomie et l’appel d’offre auquel a donné lieu ce nouveau dispositif, je comprends que vous ayez assorti le rappel de la situation difficile, et parfois dramatique, d’une fraction importante de la jeunesse de ce que l’article des ASH présente, de manière un peu insistante et bien sûr discutable, comme un plaidoyer « pro domo ».
Il serait sans doute intéressant d’envisager d’élargir par la suite la focale. La question de l’insertion est du fait même des transformations du système productif, et de la manière dont ces transformations sont régulées, une question « pérenne », pour ne pas dire « structurelle ». Doit-on pour autant, du point de vue des politiques publiques, ne la traiter que comme une question en soi ? Ne serait-il pas utile d’essayer, comme le propose le rapport du Commissariat au Plan
Jeunesse, le devoir d’avenir
{dont Pierre-Jean fût une plume inspirée, ndlr}, d’inscrire les dispositifs d’insertion professionnelle dans une reforme plus structurelle de l’articulation entre le système éducatif et le système productif, autour d’un droit à l’éducation formation tout au long de la vie, qui concerne l’ensemble des citoyens, l’ensemble des jeunes, et dont les dispositifs d’insertion sont une déclinaison particulière… à valeur d’un véritable « droit individuel », déclinaison du droit général, ce qui permet de mettre fin à l’instabilité des dispositifs.
Une approche de ce type peut permettre de fédérer, autour de la question jeune, beaucoup plus largement. Elle n’est peut-être pas dans l’air du temps, encore que… le temps d’un retour du renforcement des régulations collectives n’est peut être pas si lointain compte tenu de l’ampleur des défis de tous ordres.
{de tous désordres aussi, ndlr}.

Décidemment je n’arrive pas à me faire à l’idée que la société n’aurait d’autre proposition pour organiser le vivre ensemble que l’unique injonction: vous êtes responsables/soyez responsables… On va accompagner chacun des individus que vous êtes… Décidemment, tout cela m’a l’air d’un plaidoyer pro domo (je pense à tous ceux avec qui j’ai travaillé à la DIJ et au CGP).
A votre disposition.
Amicalement.
Pierre-Jean Andrieu.

Et aussi, toujours sur le RIJ…

Sur son blog (1), Michel Abhervé vient d’écrire un article pertinent sur la discrimination à l’encontre des jeunes qui sont exclus du RSA… celui-ci étant pourtant considéré, selon les termes de son promoteur Martin Hirsh, comme une « rénovation complète de la politique d’insertion ». Rénovation pour le moins limitée, en ce qui concerne l’éligibilité, aux critères d’âge du RMI… qui date de 1988 ! Une contribution d’un lecteur, concernant les missions locales et le RIJ, pose à mon sens de bonnes questions dont celle-ci.

{la situation actuelle d’exclusion des jeunes du RSA tient à} « un manque de communication – je suis au regret de le dire – des « réseaux » qui ont en charge l’accompagnement des jeunes : certes ils ont été peu invités lors du Grenelle, certes il a été découvert la notion d’accompagnement global (27 ans après le rapport de Bertrand Schwartz et sa mise en oeuvre par les Missions locales), certes il existe un droit à l’accompagnement des jeunes, certes il y a des résultats… Mais ce que tout le monde souligne (pour n’en citer qu’un, L’insertion des jeunes sans diplôme, un devoir national, rapport n° 9 du CERC) n’a pas fait depuis 27 ans l’objet d’une analyse globale qui tienne compte à la fois des changements que notre société a connus et va connaître, de ce qui a été réalisé et de ce qui pourrait l’être, des attentes des jeunes…
Un réseau pour l’insertion des jeunes vient d’être créé… Espérons qu’il puisse rapidement poser les termes du débat… et que ce blog pourra être – entre autres – un lieu d’échanges… »

(1) http://alternatives-economiques.fr/blogs/abherve/2008/09/22/quel-revenu-pour-les-jeunes-particularite-ou-discrimination/#comments

Une charte devance un protocole.

Commençons par la Charte de 1990… pas seulement pour une raison chronologique, les Protocoles lui succédant, mais parce que cette charte… est une charte et non un protocole. Selon Wikipédia, « Une charte est l’ensemble de règles et principes fondamentaux d’une institution officielle » et elle est un acte juridique. Selon la même source, un protocole est un « ensemble des règles régissant l’étiquette, les préséances, dans les circonstances et cérémonies. » Pour simplifier, disons qu’une charte est un document qui fait foi et loi alors qu’un protocole fournit des indications sur le comment faire, quitte à s’appuyer sur des valeurs… ce qui en l’occurrence est le cas puisque les Protocoles 2000 et 2005 se réfèrent explicitement dans leurs prologues à la Charte de 1990. Une charte appartient au registre des valeurs et des principes, un protocole à celui des normes et des modalités. La première fonde l’action, le second l’organise. S’agissant de « préséance », pour reprendre de Wikipédia, la charte précède donc le protocole. Cette charte des missions locales énonce dans son titre sa belle ambition : « Construire ensemble une place pour tous les jeunes »

Légitimation du CNML…

Nous sommes le 12 décembre 1990. Le Conseil national des missions locales (CNML) est nouveau-né, tout juste un an. IL est présidé par Michel Berson, président de la mission locale Val d’Yerres – Val de Seine dans l’Essonne. Côté Délégation interministérielle à l’insertion des jeunes, le délégué est Pierre-Jean Andrieu et, au gouvernement, Michel Rocard fait la rude épreuve de Matignon sous Mitterrand, Jean-Pierre Soisson étant ministre du Travail. La charte sera le premier acte officiel du CNML, une façon d’exister et d’affirmer que, malgré la multiplication des missions locales et PAIO – on en recense alors 200 -, ce réseau n’est pas que dispersion mais dispose, avec et malgré des présidences politiquement distribuées sur tout le spectre politique (1), d’une cohérence, d’une unité et donc d’une légitimité nationales. Quelle meilleure stratégie dans la quête de légitimité que de s’appuyer sur le père (quasi-mythe – 2) fondateur… Bertrand Schwartz ? Ce sera fait dès les premières lignes de la charte qui se place sous l’aura du géniteur : « Cette mobilisation au plus près des jeunes est engagée depuis 1982, à la suite du rapport de Bertrand SCHWARTZ {en majuscules dans le texte original}, avec la création des Missions Locales. » Le persévère, aurait dit Lacan.

Quatre principes, cinq idées fortes…

L’architecture de la charte s’appuie sur quatre « principes » : « une volonté de travailler ensemble sur un territoire ; une intervention globale au service des jeunes ; un espace d’initiative et d’innovation ; une démarche pour construire des politiques locales d’insertion et de développement. » De ces quatre principes, qui vont être déclinés en onze points, on retiendra cinq idées fortes articulées sur les notions de partenariat, territoire, approche globale, innovation et développement.

Le partenariat.

Le partenariat correspond à l’autre versant de l’approche globale : d’un côté, le jeune sujet indissociable (que nous verrons dans la prochaine contribution) ; en face, les partenaires dont la multiplicité et la diversité correspondent en écho à la multidimensionnalité des besoins du jeune. La Charte de 1990, pour parler de la mission locale, recourt à l’expression « les partenaires » : « les partenaires s’engagent… les partenaires réunis… » etc. On retrouve là l’idée centrale de Bertrand Schwartz (qui d’ailleurs explique ses réserves sur l’évolution des missions locales), une mission locale, moins qu’une structure, est un réseau d’acteurs travaillant ensemble, ceci étant fondé sur deux hypothèses et une conviction :

– Première hypothèse, la synergie… ou le tout supérieur à la somme des parties : « les partenaires s’engagent, forts de leurs compétences spécifiques, à travailler ensemble pour renforcer leur action commune… » (point 3).

– Seconde hypothèse, l’essaimage… ou chaque acteur-partenaire, lorsqu’il revient dans sa structure ou son administration d’origine, importe en quelque sorte l’expérience du décloisonnement pour faire évoluer sa structure : {suite de la phrase citée supra} « … et faire évoluer l’action de chacun » (point 3).

– Une conviction, l’institutionnalisation serait un frein à l’innovation… ce qui est contestable, institutionnalisation n’étant pas synonyme de bureaucratisation mais de mandat accordé par les pouvoirs publics au titre de l’intérêt général (3) : « Ils {les partenaires} ne créent pas une administration parallèle… » (point 3)

Le territoire.

De toute évidence, le territoire ne pouvait qu’être présent parce qu’il s’agit de missions… « locales » et parce que, en 1990, on en est encore au début prometteur sinon enthousiasmant du mouvement et des théories du développement local (4). Ce territoire est tout d’abord physique, « le bassin d’emploi » généralement ou « le bassin d’habitat dans les grandes agglomérations » ou encore « le pays en zone rurale » (point 4). C’est également une unité de convergence des actions pour les institutions : l’État décentralisé, les collectivités territoriales, les acteurs économiques, sociaux et associatifs (points 1 et 2). C’est un espace – lieu habité par les hommes – à partir duquel se conçoit l’ambition d’une mission locale qui, contrairement à ce que l’on pourrait croire aujourd’hui, n’est pas d’inscrire des jeunes dans des programmes… mais qui est d’œuvrer « pour que tous les jeunes participent au développement économique et social » (point 1). Le jeune comme ressource, pas comme problème.

A suivre…

 (1) Jacques Chirac, prenant à contre-pied le républicain scrogneugneu Philippe Seguin (version à droite d’un Chevènement à gauche) qui voyait d’un mauvais œil l’insertion des jeunes, « impératif national », échapper au pouvoir régalien, le 28 juillet 1987 à Troyes, chez Robert Galley (président de sa mission locale, compagnon de la Libération… et trésorier du RPR), avait encensé les missions locales, rappelant « le devoir d’aide et de soutien de la collectivité face aux jeunes en difficulté. » (Le Monde, 30 juillet 2007). Ce faisant Jacques Chirac, Premier ministre de l’alternance, a incité des communes autres que celles de gauche à créer leurs missions locales. Les dessous de cette onction chiraquienne inattendue mériteraient sans doute un peu plus qu’il n’est possible de l’écrire aujourd’hui.

(2) Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer avec une vision anthropocentrée, Bertrand Schwartz a eu une vie avant les missions locales. Ne serait-ce que, parce qu’à leur création, il avait soixante-deux ans… de vie bien remplie. On peut lire – presque comme un roman mais c’est encore mieux – l’ouvrage de Louise L. Lambrichs, L’invention sociale. A l’écoute de Bertrand Schwartz, 2006, éditions Philippe Rey.

(3) « Il faut distinguer l’institutionnalisation de la bureaucratisation. L’institutionnalisation est légitime. Elle représente la parole, la volonté des pouvoirs publics. Que les pouvoirs publics aient des tendances à la bureaucratisation, c’est indéniable. Mais il ne faut pas généraliser. Etre institutionnalisé, c’est une bonne chose, car cela donne une légitimité. Et le travail social a besoin de légitimité. » Philippe Labbé, « Missions locales : l’institutionnalisation aux dépens de l’innovation ? », 21 janvier 2005, ASH n° 2391.

(4) L’essor des théories du développement local peut être datée au début des années 80 – après la période 60-70 marquée par une volonté planificatrice – et correspond à la volonté de prendre les affaires en mains ici et maintenant face à la crise économique, au sentiment que la machine s’emballe « sans pilote dans l’avion ». Le slogan de la CFDT, « Vivre et travailler au pays », illustre cette prise de conscience. Il faudra cependant attendre la loi d’orientation et d’aménagement du territoire du 4 février 1995 pour que soit consacré le pays. Puis ce sera la loi d’orientation pour l’aménagement et le développement durable des territoires (LOADDT, dite « loi Voynet ») du 25 juin 1999 qui dispose en son article premier que « La politique nationale d’aménagement et de développement durable du territoire concourt à l’unité de la nation, aux solidarités entre citoyens et à l’intégration des populations nationale. » et qui définit de « nouveaux territoires d’action » visant à réorganiser une partie des politiques régionales d’aménagement et de développement du territoire. Les pays font partie de ces nouveaux territoires d’action.

Paramétrage dans l’administration ?

Publié: septembre 25, 2008 dans 1

Un ami, Jérôme, m’adresse ce courriel :  » A propos de ton blog, et dans l’idée de participation des « internautes » (collègues), serait-il possible de faire apparaître en colonne de droite les derniers commentaires postés (un paramétrage dans l’administration) ? Cela permet  d’accéder directement et plus facilement à la discussion en cours, fonction de tes articles. Et d’un point de vue pratique, cela évite tout simplement d’avoir à parcourir tous les (nombreux) articles pour vérifier si de nouveaux commentaires sont ou non présents. Facilitant d’autant la participation. Par avance, merci (pour eux). »

Il a raison… mais sa raison se heurte à mes limites « techniques » : je ne sais trop comment procéder (« paramétrage dans l’administration »… bigre !) après m’être empêtré dans de multiples onglets anglo-saxons, pestant… mais me vengeant en calomniant clavier et écran avec cette pensée dédaigneuse : « Le problème de l’intelligence artificielle est qu’elle est artificielle, donc pas intelligente ». Ce qui console sans pour autant résoudre. Pour le confort de chacun mais surtout pour favoriser l’interactivité et l’intelligence collective, j’ai donc lancé un SOS sur un forum ad hoc et j’attends qu’une âme charitable, un Saint-Martin internaute qui navigue par là, accepte de me secourir. Dans l’attente, je suis cependant parvenu à raccourcir le nombre d’articles : désormais cinq par page au lieu de dix, ce qui – si je calcule bien – devrait diviser par deux le long parcours des articles. Ceci étant, on ne peut que recommander au terme de chaque contribution de regarder s’il y a une contribution – c’est indiqué – et « clic »… d’aller lire la pierre à l’édifice.

La proposition de contributions à l’étude des acteurs sur les textes fondamentaux – Charte de 1990, Protocoles – semble être bien reçue. Le métier est donc sur l’ouvrage.

A suivre donc…

Vendredi 26 septembre : le Saint-Martin internaute est passé. Désormais les dix dernières contributions apparaissent à droite de l’écran. Autant de pierres à l’édifice.

Ce jour, introduction au début d’une série de contributions et à la poursuite de la rubrique « corpus ». Version début, ce sont les trois textes fondamentaux du réseau des missions locales : la Charte de 1990 et les Protocoles 2000 et 2005. Version poursuite, c’est toujours l’objectif de stabiliser les notions-clés du réseau des missions locales de telle façon à proposer des concepts robustes, transmissibles, plus qu’univoques : « unificateurs ». Cette proposition repose sur un constat, une hypothèse, un principe et un aléa.

Un constat…

On a beau dire, on a beau faire… force est d’acter que ces documents – au total une « malheureuse » (parce que facile à lire) dizaine de pages – sont peu connus, sinon le simple fait qu’ils existent, et constituent encore moins un référentiel, ce que l’on pourrait appeler « une philosophie de l’action », expression heureuse qui relie principes et pratiques, qui réinsuffle de la professionnalité (sens de l’action, engagement) dans le professionnalisme (compétences cognitives, techniques et comportementales). Certes, on trouvera des missions locales pour lesquelles ces textes demeurent vivants, par exemple dans le cadre de vrais (c’est-à-dire conçus de façon participative, écrits et révisés annuellement) projets associatifs de structure (PAS)… mais l’expérience – de plusieurs années – des formations « Culture Commune » sur tout le territoire national me fait dire que l’exception à soutenir, à encourager, ne doit pas éviter de constater que la majorité des missions locales n’incorpore pas cette logique de mise en perspective, d’arrimage entre logos et praxis. Combien de missions locales affichent-elles, dans le hall d’accueil et – la répétition étant la base de la pédagogie – à côté de la machine à café, la Charte de 1990 ? Combien – encore moins – de missions locales ont-elles pris le temps avec un groupe de jeunes de déconstruire puis reconstruire cette charte pour qu’elle s’exprime dans un vocabulaire compréhensible, accessible, appropriable, par les jeunes usagers ? Ne mettant pas en place les conditions d’un contrat social éclairé et d’une citoyenneté active, il est toujours temps, ensuite, de regretter le consumérisme des jeunes…

Une hypothèse…

Ces trois documents sont pour partie d’actualité, pour partie non pas obsolètes mais à actualiser, à contextualiser. Dans la réédition du Rapport Schwartz en 2007 (1), Bertrand Schwartz a tenu à baptiser son prologue « Pour un nouveau Rapport ». Les sept contributions de l’ANDML, troisième et dernière partie de l’ouvrage, sont inscrites sous le chapô « Manifeste pour un contrat social avec la jeunesse ». Depuis, il y a eu les évènements du contrat d’autonomie – largement commenté sur ce blog – et de la récente création du Réseau Insertion Jeunes (RIJ), initiative saluée. L’un comme l’autre ont appelé à la rescousse les « fondamentaux ». Logique. Comme dans un bateau, lorsque les pratiques dérivent, les acteurs doivent retrouver un amer : en navigation maritime, un amer est un point fixe et identifiable, une balise, un phare, qui sert de repère. Voilà l’hypothèse de ce travail : proposer à ce réseau de 12 000 professionnels et de 500 conseils d’administration (2) une connaissance critique de ses textes. Par la suite, à chaque communauté professionnelle, dans chaque structure, de se l’approprier : question de responsabilité… ou d’ordinaire prévention vis-à-vis de la complainte la plus partagée répondant au nom d’ « instrumentalisation ».

Un principe…

« Éduquer, ce n’est pas remplir un vase, c’est allumer un feu », écrivait Montaigne (que l’on peut donc considérer comme un inspirateur des nouvelles pédagogies). Découvrir, redécouvrir ou approfondir ces textes ne peut être la seule affaire d’un piou-piou (même celte) mais appelle une intelligence collective. Le blog est un outil possible de cette intelligence… dès lors que chacun s’y inscrit selon le précepte du fonctionnement en réseau, « contribution/rétribution » (j’y contribue, j’en bénéficie) ou « réciprocité » (équilibre entre ce que je donne et ce que je reçois) : « Au niveau des intervenants sociaux, le fonctionnement en réseau développe des souplesses, élargit les marges d’initiative et d’autonomie, redistribue le pouvoir et procure le sentiment d’une meilleure maîtrise sur l’acte professionnel et son impact. » (3) Chacun comprendra qu’au-delà des constats – aussi justes que récurrents – de difficultés sur les terrains (pression administrative, temporalités bousculées, primauté du quantitatif, épée de Damoclès des subventions conditionnées par les résultats… toutes choses largement exprimées lors de la dynamique de recherche-action « Schwartz-Synami »), l’intérêt essentiel d’une telle réflexion repose sur le principe (systémique) selon lequel les conditions d’atteinte des objectifs comptent tout autant que l’atteinte de ces objectifs. Autrement dit, sur les contributions des uns-unes et des autres, le passage du lecteur ou spectateur (derrière son écran) à l’acteur (dans la production de connaissances partagées)… ce que l’on appelle une « situation ». A vérifier in vivo.

Un aléa…

« L’histoire des missions locales : un long fleuve pas si tranquille », écrivait justement Michel Abhervé dans notre ouvrage L’insertion professionnelle et sociale des jeunes… ou l’intelligence collective des missions locales (2006, Apogée). L’histoire n’est pas que passé mais se construit chaque jour… et force est de constater que l’actualité n’est pas pingre pour alimenter les débats au sein du réseau. Il faut donc s’attendre à ce que cette réflexion sur les fondamentaux soit non pas interrompue mais parfois suspendue le temps de contributions aussi diverses que nécessaires… soit pour saisir les opportunités, soit encore pour enrayer (autant que faire se peut) une dérive, soit enfin simplement pour informer. Mais, n’est-ce pas, l’aléa est une chance à saisir, pas à combattre, comme l’écrit Edgar Morin.

 Alors, chiche ? On s’y lance ?

 

(1) Bertrand Schwartz, Rapport sur l’insertion professionnelle et sociale des jeunes. 1981 : naissance de l’insertion. Suivi de Bien sous tout Rapport (Philippe Labbé) et Manifeste pour un contrat social avec la jeunesse (ANDML), 2007, éditions Apogée.

(2) A ce propos, louable initiative de l’animation régionale des missions locales et PAIO de Champagne-Ardenne dans son programme de formation 2009 : une formation « Culture Commune » pour les administrateurs.

(3) Philippe Dumoulin, Travailler en réseau, 2003, Dunod.

Ce n’est plus un scoop mais, enfin, si dans certaines contrées reculées l’information n’est pas parvenue ou si lenédanleguidon n’a pas permis de l’apprendre… Bertrand Martinot a été nommé délégué général à l’emploi et à la formation professionnelle, par un décret du jeudi 18 septembre (publié au J.O. du lendemain).

Il remplace à ce poste Jean Gaeremynck, qui l’occupait depuis mars 2005 et cumulait les fonctions de DGEFP et de délégué interministériel au développement de la VAE depuis février 2006. Il devrait retourner à son corps d’origine, le Conseil d’Etat.

Administrateur civil hors classe âgé de 40 ans, Bertrand Martinot est un ancien élève de l’ENA et diplômé de l’IEP Paris. Standard. Il est l’auteur de L’Euro, une monnaie sans politique, paru chez L’Harmattan en 2003 dont Denis Clerc – rédacteur en chef d’Alternatives économiques – a dit « Ne passons pas à côté de ce livre qui, sous un titre presque anodin, se révèle être une des réflexions les plus pertinentes dont on dispose aujourd’hui sur les questions économiques auxquelles l’Europe est confrontée. » On va donc le lire. En 2004, il a intégré les cabinets de Nicolas Sarkozy et Dominique Bussereau au Ministère des Finances. En juillet 2005, il est nommé auprès de Thierry Breton et François Copé comme conseiller technique chargé de la politique de l’emploi, de la synthèse des comptes sociaux, de la protection sociale, du travail, des régimes sociaux et de retraite. En avril 2006, il devient chef du service des politiques de l’Emploi et de la Formation Professionnelle à la Délégation Générale à l’Emploi et à la Formation Professionnelle (DGEFP) du ministère de l’Emploi, de la Cohésion Sociale et du Logement. Puis a été nommé Conseiller social auprès du président de la République, Nicolas Sarkozy, à l’arrivée de celui-ci. (1). Exactement l’opposé du descenseur social.

Côté pile, un homme du président. Côté face, un imprimatur de Denis Clerc, un patronyme plus prononçable que le précédent… A suivre.

 (1) Pour connaître la composition du cabinet de Nicolas Sarkosy, avec conseillers, conseillers techniques, « conseiller diplomatique et Sherpa » (sic), « conseiller spécial » (Henri Guaino), etc. rendez-vous sur http://www.elysee.fr/actualites/ On trouvera sur Agoravox, « le media citoyen », un article « Fonction publique : faites ce que je dis… » sur les cabinets pléthoriques de l’Élysée et de Matignon (http://www.agoravox.fr/print_article.php3?id_article=40609&format=print ). Ce n’est pas là qu’on supprime les fonctionnaires…

 

Sous le titre « Sénatoriales. Qui sont les trois élus costarmoricains ? » (c’est-à-dire des Côtes d’Armor), Le Télégramme de Brest et de l’Ouest du 23 septembre 2008, nous révèle que, parmi ces heureux vainqueurs des urnes (tous à gauche : deux PS et un PC), une – Jacqueline Chevé – est ancienne directrice de mission locale.

« Jacqueline Chevé (PS), âgée de 47 ans, mariée, deux enfants, est née à Merdrignac. Elle est titulaire d’un IUT carrières sociales et d’un Defa (diplôme d’État de formation d’animateur). De 1982 à 1997, elle a été directrice de la Mission locale de Loudéac-Pontivy, puis assistante parlementaire du député Didier Chouat de 1997 à 2002. De 2002 à 2004, elle a été responsable d’une circonscription d’action sociale à Dinan et depuis 2004, elle est directrice d’un foyer-logements à Lamballe. Sur le plan politique, Jacqueline Chevé est militante socialiste depuis 1997, mais « sympathisante depuis belle lurette ». Conseillère municipale dans l’opposition à Loudéac, elle est également élue du groupe majoritaire au conseil régional de Bretagne. »

Deux enseignements : être directeur de mission locale mène à tout, l’essentiel est de ne pas (trop longtemps) le rester ; voilà une oreille attentive et une interlocutrice avisée pour le réseau. En ces temps, cela ne peut pas faire de mal.