La Charte de 1990. 4/4

Publié: septembre 30, 2008 dans Insertion/missions locales

ATTENTION ! CELLES ET CEUX QUI SOUHAITERAIENT DISPOSER DES 4 CONTRIBUTIONS CORRESPONDANT A LA CHARTE DE 1990 PEUVENT M’ADRESSER UN COURRIEL A labbe.geste@wanadoo.fr. CES CONTRIBUTIONS SONT AGRÉGÉES, MISES EN PAGE, EN UN MOT HARMONISÉES POUR EN FACILITER LA LECTURE ET, SURTOUT, LA CRITIQUE ET L’OPÉRATIONNALITÉ.

 

Cinquième idée forte, le développement aux multiples facettes.

Plusieurs perspectives, ici quatre, pour comprendre le développement dans la Charte de 1990..

 Le jeune comme ressource…

« Les acteurs locaux, conscients de la nécessité de faire converger leurs actions, créent ensemble une « Mission Locale » pour que tous les jeunes participent au développement économique et social. » (point 1 de la Charte de 1990). Tout d’abord, posture déjà évoquée, les jeunes ne doivent pas être les réceptacles d’une offre d’insertion qui viserait à les inclure bon gré mal gré, eux patatoïdes, dans une société, elle parallélépipédique, mais ils sont parties prenantes de cette société et doivent être considérés comme contributeurs de son développement… et même plus au regard de la culture de l’éducation populaire : acteurs du changement social. Bertrand Schwartz deux fois à treize ans d’intervalle : 1981, «  Se priver des capacités d’ouverture, de disponibilité, de créativité des jeunes limite considérablement le changement social. » (1) ; 1994, « Ah, ce regard ! Ce regard des parents sur leurs enfants, des professeurs sur leurs élèves, des chefs d’entreprise sur leurs ouvriers ! Changez vos regards ce soir ! Sauf ceux qui ont déjà un bon regard. » (2).

Ceci implique de partir du jeune, non des programmes… présupposé évident mais, sans doute sur ce point, observe-t-on une dérive majeure… Car, aujourd’hui, sommes-nous assurés que les dispositifs et mesures sont en quelque sorte en libre-accès dans le supermarché des politiques publiques et que le savoir-faire des professionnels correspond à faire leurs courses dans les rayonnages pour soutenir, révéler les potentialités… ou ne serait-on point dans une situation où ce sont les jeunes qui sont déplacés pour satisfaire (= remplir) les programmes, pour in fine en valider la pertinence ? Évalue-t-on les parcours ou les programmes ? Quel est celui qui est au service de l’autre : le programme pour le jeune ou le jeune pour le programme ?

Développement local…

Le développement, quitte à flirter avec la tautologie, c’est également le développement local, justifié par l’intérêt des principaux acteurs qui ont créé la mission locale, les élus municipaux (désormais le plus souvent intercommunaux) : « L’initiative de cette démarche appartient aux collectivités territoriales : les communes au premier chef, avec l’appui souhaitable du département et de la région. » (point 2). Appréhender une mission locale comme outil du développement local, à vrai dire, ne va pas de soi : on la regarde plutôt comme un service pour les jeunes… et tout concourt à cela, singulièrement le vocabulaire (« prestations »…). D’ailleurs, quelques années plus tard, le Protocole 2005 précisera que « L’action des missions locales et PAIO s’inscrira dans les préconisations des schémas régionaux de développement économique (SRDE) »… ce qui – expérience vécue –  laisse dubitatif plus d’un directeur du développement économique de Conseil Régional. Autant sur le thème de la participation les missions locales gagneraient à s’inspirer de l’actif constitué par les foyers de jeunes travailleurs, autant sur celui du développement local les centres sociaux ont développé un savoir et un savoir-faire incontestables avec le concept de « développement social local ». On ne peut qu’inviter à consulter ces réseaux proches… et, ce qui ne gâche rien, issus de la même matrice qu’est l’éducation populaire (3). En attendant, probablement le travail à entreprendre correspond-t-il à une conviction interne – se situer comme force de proposition pour le développement local, puis à une valorisation de ce qui est entrepris tant en termes de contributions au développement économique (réponse aux besoins des entreprises, soutien aux initiatives de l’économie sociale et solidaire, promotion de synergies locales, participation à la création d’entreprise TPE…) qu’en termes d’aide au pilotage des politiques jeunesses en particulier par la fonction d’Observatoire territorial des jeunesses. Ce qui, comme à la télévision, correspond à une transition pour une troisième perspective… avant laquelle, juste sous forme d’hypothèse, nous pourrions rechercher les raisons explicatives des difficultés à s’affirmer comme outils du développement local. Raisons qui sont peut-être les mêmes que celles concernant la participation des jeunes au sein des missions locales. L’hypothèse, fort bien développée mais sujette à fâcherie, m’est inspirée par une contribution d’Olivier Chavanon, « Politiques publiques et psychologisation des problèmes sociaux » (4). Ce seul titre permet de comprendre ce qui est en cause et peut-être en jeu… Quant à la problématique, elle n’est pas non plus étrangère : « En la matière, la psychologisation des rapports au travail a pour effet de masquer dans le débat public les formes nouvelles d’oppression salariales en privilégiant une approche strictement individuelle des problèmes ou des difficultés. » (p. 276). Plutôt que d’enchaîner comme des bêtes de somme qui ne voient jamais le bout du chemin entretien individuel sur entretien individuel dans le bureau-alcôve à la fois sécurisant et oppressant, ne serait-il pas possible d’imaginer que le parcours d’insertion emprunte des chemins collectifs où chaque Sujet apprend – tout autant et peut-être plus que dans le face-à-face – l’altérité avec d’autres Sujets, l’un et les autres devenant Acteurs ? Altérité… condition nécessaire du développement puisque celui-ci, collectif, nécessite la reconnaissance mutuelle, préalable au contrat.

Observatoire…

« A partir d’un diagnostic permanent de la situation des jeunes, d’une connaissance approfondie du tissu économique et social et des innovations qu’ils développent ensemble… »  (point 10). Cela peut sembler incroyable… mais il y avait donc une vie avant la CPO qui a formalisé dans son « axe 1 » la fonction de repérage et, dans son « axe 4 », celle d’observation. Dans un environnement complexe et en évolution très rapide, dans un champ – la jeunesse – lui-même mouvant, le développement local ne peut faire l’économie d’un système de veille, qui lui-même nourrit un laboratoire d’idées et de solutions sociales (cf. innovation) de telle façon à proposer une architecture partant d’expertises constituées (internes et externes) – où en sont-elles ? dispose-t-on d’un référentiel partagé qui identifie ces expertises, au moins celles points de passage obligé, exigibles dans chaque mission locale pour garantir l’égalité de traitement ? –  réalisant le travail d’observation, se poursuivant par la réflexion et débouchant sur le développement. Où en est-on aujourd’hui de la contribution des missions locales aux politiques jeunesses territorialisées ?… est une question à laquelle il faudra bien répondre si l’on aspire à ce que charte et autres « fondamentaux » soient incorporés, signifient autre chose que des déclarations que les pratiques, têtues comme des faits, peinent à reconnaître comme effectives.

Pivot de la politique locale d’insertion…

« La Mission Locale, parce qu’elle est le lieu d’une pratique partenariale active, est l’un des pôles privilégiés d’animation des réseaux locaux d’insertion et un outil du développement local. » (point 11). Si l’on ne reviendra pas sur le droit à l’accompagnement (loi de programmation de cohésion sociale), ni sur sa mise en œuvre confiée par le législateur aux missions locales, on pourrait cependant et à juste titre s’interroger sur la légitimité, autre que formelle, du pilotage des « politiques locales d’insertion et de développement ». Car, si l’insertion fait son miel du partenariat, notion douce pour ne pas dire psychoaffective réconciliatrice (quitte à fréquemment être ectoplasmique), l’insertion est également un « champ » au sens le plus bourdieusien : un espace de conflits, de rapports de force, d’intérêts divergents et contradictoires… « La structure du champ est un état du rapport de force entre les agents ou les institutions engagés dans la lutte ou, si l’on préfère, de la distribution du capital spécifique qui, accumulé au cours des luttes antérieures, oriente les stratégies ultérieures. » (5). Et là… ce n’est pas gagné ! Tant avec les « partenaires », aussi malmenés donc défensifs qui peuvent soupçonner les missions locales de volonté hégémonique, qu’en interne avec des voix discordantes comme on a pu le constater lors du contrat d’autonomie. Si donc existe, sans interprétation possible, une légitimité des missions locales pour garantir l’accompagnement des jeunes en insertion, ce sur la base de l’approche globale, il reste à imaginer les modalités collégiales de ce pilotage que l’on ne peut concevoir à l’échelle des territoires qu’avec l’arbitrage des élus. L’expérimentation des maisons de l’emploi – qui ne sont cependant que « de l’emploi », parfois en sus « de la formation » – fournit sinon un modèle du moins une orientation. Reste à se mettre d’accord sur les places respectives. Mais on pourrait aussi déplacer la perspective et partir des jeunes plutôt que des structures : maison des jeunesses et de l’insertion ? Tant qu’à faire, organisée décisionnairement avec les jeunes ? « Il faut, au fond, proposer des projets invraisemblables. » Qui dit cela ? Gagné ! Bertrand Schwartz (6). C’est plutôt bien de conclure avec lui sur les fondamentaux, non ?

(1) Bertrand Schwartz, 1981, L’insertion professionnelle…, op. cit.

(2) Bertrand Schwartz, « La formation : une invitation permanente », Parcours n° 9/10, 1994, Les Cahiers du GREP Midi-Pyrénées, p. 19.

(3) Pour les FJT, l’Union nationale pour l’habitat des jeunes www.ufjt.org/  pour les centres sociaux, la Fédération des centres sociaux de France, http://centressociaux.wordpress.com/  

(4) (sous la direction de) René Ballain, Dominique Glasman et Roland Raymond, Entre protection et compassion. Des politiques publiques travaillées par la question sociale (1980-2005), 2005, Presses Universitaires de Grenoble.

(5) Alain Accardo, Pierre Corcuff, La sociologie de Bourdieu, 1986, Le Mascaret, p. 73.

(6) Bertrand Schwartz, 1994, op. cit., p. 12.

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commentaires
  1. Docinsert dit :

    « (…) le développement local ne peut faire l’économie d’un système de veille, qui lui-même nourrit un laboratoire d’idées et de solutions sociales (cf. innovation) de telle façon à proposer une architecture partant d’expertises constituées (internes et externes) – où en sont-elles ? dispose-t-on d’un référentiel partagé qui identifie ces expertises, au moins celles points de passage obligé, exigibles dans chaque mission locale pour garantir l’égalité de traitement ? ». Indépendamment de la question du « où en sont-elles ? » en matière de veille, il me semble tout aussi important d’insister sur un point capital, – à mon sens en tous cas – : à savoir que tout système de veille, ou tentative de mise en oeuvre d’un système de veille qui ne bénéficie pas de l’appui de la (sa) direction, est un système voué d’emblé à l’échec.
    « Cette première étude sur l’intelligence économique a mis en évidence plusieurs idées forces pour que ce concept s’insère parfaitement dans l’entreprise :
    (…)
    • l’engagement et le soutien de la direction générale ;
    • la sensibilisation de l’ensemble des salariés ;
    (…) »
    Source : « Intelligence économique et stratégique : Les systèmes d’information au coeur de la démarche », Cigref 2003. p. 22

    Qu’il s’agisse d’une entreprise ou d’une mission locale, il me semble évident que ce constat s’applique aux deux.

  2. rbeaune dit :

    Système de veille… Les Missions locales ont Parcours 3, mais cet outil de veille n’a prévu qu’une branche positive… On sait qu’un jeune est positionné sur une formation ou un emploi, on sait q’il y accède, mais on se sait pas, s’il n’y accède pas, pourquoi… Ce serait pourtant important en terme d’observatoire, d’animation locale, de relations avec les financeurs et les branches professionnelles, d’identifier les pratiques des organismes de formation et des entreprises…

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