Qu’est-ce qui fait courir les intérimaires ? 2/3

Publié: septembre 19, 2008 dans Au gré des lectures

Le côté cour de l’intérim…

L’article de Dominique Glaymann dans Partage commence par un état des lieux d’ « un essor qui étonne » puisque à peu près tous les inconvénients de l’intérim sont rappelés : « La vie en intérim est remplie d’un ensemble de problèmes financiers, matériels et psychologiques… Les intérimaires sont fortement exposés aux différentes formes de pauvreté… En majorité, ils travaillent moins longtemps qu’ils ne le souhaitent… Beaucoup de jeunes occupant des postes inférieurs à ce que justifieraient leur formation et leurs diplômes paient un triple prix pour leur réputation d’inexpérience : un déficit de revenu, un faible intérêt en contenu du travail et une perte d’opportunité en terme d’expérimentation et d’apprentissage… Beaucoup d’intérimaires semblent recrutés sur des postes délibérément sous-qualifiés {qui} dégradent la réputation professionnelle et font peser des risques de sous-qualification lors des embauches ultérieures… La précarité dégrade en outre l’image sociale et l’identité professionnelle des intérimaires… » Etc. A ces constats d’ailleurs sinon connus du moins publiés, mais aussi souvent occultés par un principe de pragmatisme (comment s’en passer ?), voire contredits sur le thème de l’intérim-tremplin (c’est-à-dire la reprise du discours publicitaire), l’auteur ajoute et rappelle quelques vérités de bon sens dont : « … leur supériorité {des ETT} vis-à-vis de l’ANPE s’explique avant tout par le fait qu’elles n’inscrivent dans leur fichier que les salariés qu’elles pensent pouvoir missionner (après les avoir testés), alors que les agences locales de l’emploi doivent trouver une solution à tous les demandeurs d’emploi. » Pourtant les unes et les autres sont incluses dans le service public de l’emploi… A l’ANPE l’égalité de traitement et l’équité, aux ETT la sélection… ce qui n’est pas sans interroger sur l’originalité des seconds dans le SPE et, subséquemment, sur la conception – on en conviendra étrange – de ce qu’est (ou était) la mission de service public.

Le côté jardin de l’intérim…

Face à tous ces inconvénients, force est de constater qu’il doit bien exister des avantages puisque l’intérim peut être considéré, si l’on recense le nombre de contrats signés et selon les termes de Catherine Faure-Guichard, comme « le premier employeur privé de France » (1). Cela compte quand même. Cette auteure distinguait un intérim de profession, un intérim de transition et un intérim d’insertion, ce dernier intéressant plus particulièrement les intervenants sociaux puisque, « s’inscrivant en début de cycle de vie, généralement dès la sortie du système scolaire, {il} peut se prolonger plusieurs années. Il concerne donc des personnes entre vingt et trente-cinq ans. »  Au terme des quarante pages de l’ouvrage consacrées à cette forme d’intérim, le jugement sur l’utilité de l’intérim d’insertion est cependant mitigé, objectivant moins des valeurs ajoutées directes pour les jeunes intérimaires que recouvrant « des trajectoires heurtées et incertaines » et révélant des modalités actuelles d’entrée dans la vie active : « Dès lors, l’éclatement des formes d’emploi, le développement du travail intérimaire, s’ils fragilisent incontestablement l’insertion, soutiennent aussi des formules nouvelles d’insertion qui combinent nécessité de s’intégrer et moratoires d’apprentissage particulièrement pour les jeunes hommes. Et c’est bien cet enchevêtrement complexe qu’illustre la catégorie d’intérim d’insertion. » (p. 68). Dans sa conclusion, Catherine Faure-Guichard parle d’ « un marché du travail des jeunes » : « Par leur position sur le marché du travail, à l’intersection de l’offre et de la demande de travail, par leur situation de « sas » entre le système éducatif et les entreprises, les entreprises de travail temporaire participent à l’organisation des filières de mobilité par lesquelles un certain nombre de jeunes, surtout ceux sortis du système scolaire avec un niveau de formation inférieur ou équivalent au baccalauréat, transitent, à moins qu’ils ne s’installent durablement sur ce compartiment du marché du travail. »  (p. 184). On s’interroge sur la dénomination d’intérim « d’insertion »… sauf à y ajouter « aléatoire ».

 

A suivre…

 PS. Je reviens sur la place des ETT dans le service public (en introduction de la contribution précédente). Il va de soi que le problème du chômage ne peut être exclusivement l’affaire des services publics et que le secteur privé ainsi que celui de l’économie sociale doivent y être impliqués. « L’impératif national » de l’insertion des jeunes est bien national, donc concerne toutes les entités quel que soit leur statut. Cependant le « service public de l’emploi » (SPE) renvoie à une conception de l’action publique encadrée par des valeurs et des normes qui lui sont propres – intérêt général, continuité, égalité d’accès et de traitement, etc. – et que ne partagent pas les entreprises du secteur marchand (intérêt privé, profit, productivité, etc.). Que celles-ci soient prestataires de services pour les services publics et qu’à ce titre elles soient contraintes d’appliquer ces principes, comme on respecte un cahier des charges, est évident. Qu’elles « participent » – verbe ambigu qui ouvre bien des portes – au SPE est autre chose. Les acteurs du SPE ne peuvent être que les services publics (État, collectivités) ainsi que les entités jouissant d’une délégation de mission de service public : depuis le Protocole 2000, cosigné par les pouvoirs publics, les missions locales ont explicitement une mission de service public… ce qui n’empêche d’ailleurs pas que, dans bien des départements et régions, le fait du prince leur refuse de participer au SPE (« D » ou « R »).

(1) Catherine Faure-Guichard, L’emploi intérimaire. Trajectoires et identités, 2000, Presses Universitaires de Rennes. 

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