La plateforme du RIJ… 2/2

Publié: septembre 14, 2008 dans Insertion/missions locales

Deuxième volet de la plateforme du RIJ, « Constats sur nos pratiques », en cinq points correspondant à trois idées fortes.

Le partenariat plutôt que la concurrence…

Les associations nationales pour l’insertion des jeunes « travaillent étroitement ensemble » et « ont leur histoire, leur expertise et leur spécificité qui sont porteuses de la pertinence et de l’adaptation de leur approche des questions d’insertion des jeunes. » Cet actif historique, construit à l’épreuve des terrains mais aussi guidé par des valeurs, une conception commune, constitue une garantie d’innovation et d’expérimentation… dont le moins que l’on puisse dire est que certaines modalités de la commande publique ne semblent pas faire grand cas. Ainsi « La mobilisation des équipes existantes et la coordination de leurs interventions sont une priorité avant la mobilisation d’autres acteurs. »  Raisonnement logique et légitime, aux antipodes d’un autre raisonnement qui postule la concurrence plutôt que le partenariat, le soupçon plutôt que la confiance. Imaginons une entreprise dont la règle managériale serait le soupçon : elle ne parviendrait qu’à générer des stratégies d’évitement, de conflit ou d’abandon. L’école des relations humaines, dans les années 1930 (Mayo, Maslow…), avait découvert que la motivation était un facteur essentiel de productivité. Si l’on n’adhère pas aux valeurs des intervenants sociaux, qu’au moins en termes de stricte économie on encourage l’expression de cet actif constitué plutôt que l’aventure – qui n’est pas synonyme d’innovation – tout azimut des « OPP » (opérateurs privés de placement). Cet encouragement doit se concrétiser dans un financement pluriannuel négocié (« conventions pluriannuelles d’objectifs … les parcours des jeunes ne s’arrêtent pas au 31 décembre…»), traduction économique du « principe de continuité du service au public ».

Une mission de service public…

Précisément, la mission de service public est le deuxième thème de ce volet de la plateforme. En amont de ce choix entre confiance et concurrence, il y a une conception bien plus idéologique que simplement pragmatique… même si cette idéologie ne dit pas son nom et fait du pragmatisme son argument majeur et de l’efficacité son critère exclusif. Il s’agit donc bien d’une conception du social et de la mission de service public. Or, « Les associations nationales pour l’insertion des jeunes sont des entreprises de l’économie sociale qui interviennent dans une logique non-marchande d’intérêt général et de mission de service public. »  A l’appui de cette affirmation, fondée (Protocole 2000, loi de cohésion sociale), les associations opposent « les acteurs associatifs ouverts à tous les publics qui ont besoin de leurs services » aux « entreprises marchandes qui effectuent une commande sur une population prescrite dans un délai précis, et dont les montants des prestations prévoient nécessairement des bénéfices. » Cette partition est juste, renvoyant à deux autres critères définitoires de la mission de service public, l’égalité de traitement et l’équité : ouverts à tous les publics et faire plus pour ceux qui sont le plus en difficulté. Il semble évident que, lorsque le critère est celui de la rentabilité, d’ailleurs légitime dans le système marchand, l’égalité de traitement et l’équité ne sont plus garanties : « population prescrite » et conditions de réalisation excluant des temps trop longs d’intervention… puisque la durée est une variable d’érosion du profit. Plus le placement sera rapide, plus le profit le sera également et inversement, ce qui incite à ne résoudre qu’en surface les difficultés d’insertion… meilleure « garantie » pour que ces dernières, un temps occultées, réapparaissent. De la sorte, si logiques d’intérêt général et de profit s’opposent ou, en tout cas, appartiennent à des systèmes distincts, le critère de rentabilité ne clignote qu’en apparence au bénéfice du secteur marchand. Les Québécois, d’ailleurs, ne regimbent pas à user de l’expression de « rentabilité sociale ». Ce qui renvoie à l’évaluation.

L’éternelle évaluation…

« Constats sur nos pratiques » se conclut pertinemment par la problématique de l’évaluation : « Les actions en faveur de l’insertion professionnelle ne peuvent être soumises au seul indicateur de l’accès à l’emploi durable (CDI, CDD ou CTT de plus de 6 mois…) car ce seul objectif à pour conséquence de ne s’intéresser qu’aux jeunes les plus proches de l’emploi au détriment de ceux qui en sont le plus éloignés.  Il faut reconnaître la réalité de la complexité des parcours des jeunes et la situation actuelle du marché de l’emploi. Il faut donc ajouter d’autres objectifs et indicateurs. »  On ne peut que souscrire… tout en ajoutant deux points qui, compte-tenu du caractère nécessairement synthétique d’un tel manifeste, ne pouvaient être inclus.

– L’évaluation multidimensionnelle n’est pas seulement justifiée par le risque d’une sélection des plus employables découlant mécaniquement d’un critère exclusif d’accès à l’emploi : elle est systémique parce que l’insertion est multidimensionnelle, professionnelle et sociale. Autrement formulé et sauf à ne poursuivre que l’homo oeconomicus, l’objectif finalisé de l’insertion (elle, objectif opérationnel), qui est l’intégration reposant sur les deux piliers de l’indépendance économique et de l’autonomie sociale, est nécessairement évaluable sur la base d’indicateurs… professionnels et sociaux. Il est vrai qu’à force de le dire et face à cette évidence, l’épuisement nous guette.

– Il n’y a pas d’évaluation sans référentiel. La question en amont, avant les indicateurs, est donc celle des critères : à partir de quelle appréciation de ce que doit être l’insertion évalue-t-on celle-ci ? La boucle est bouclée car de deux choses l’une : ou le référentiel est strictement économique et, dans ce cas, le critère d’efficience suffirait (proportionnalité entre l’investissement consenti et le résultat obtenu) ; ou le référentiel est celui de la mission de service public et, dans cet autre cas, à côté de l’efficacité (atteinte des résultats), de l’effectivité (manière de faire) et aussi de l’efficience (bonne utilisation des fonds publics), on doit mobiliser la continuité, l’égalité d’accès et de traitement, l’équité, la transparence, la mutabilité, la neutralité, etc. Dans le premier cas, on est dans le contrôle ; dans le second, c’est réellement d’évaluation dont il s’agit. Dans le premier cas, le raisonnement est unidimensionnel et causal ; dans le second, il est multidimensionnel et complexe. On voit où est la voie de la facilité… qui est aussi celle d’un biais fondamental, « épistémologique ». Reste à savoir qui s’emparera du chantier de l’évaluation systémique. Que les acteurs des réseaux associatifs concernés en fassent leur priorité est conséquemment une question de légitimité et, plus encore, de cohérence.

 

 

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