La plateforme du RIJ… 1/2

Publié: septembre 13, 2008 dans Insertion/missions locales

Constats sur les publics, constats sur les pratiques…

A l’occasion de sa présentation, le RIJ a publié un document, « Constats partagés des membres du Réseau insertion jeunes sur l’insertion des jeunes en 2008 ». Ce document de cinq pages est construit en trois parties : « Constats sur nos publics », « Constats sur nos pratiques » et une « Présentation du Réseau insertion jeunes » qui nomme les membres constitutifs du RIJ et explique les motifs de la création du nouveau réseau, « faire connaître largement les caractéristiques, les besoins, les évolutions de cette population jeune, en se fondant sur la connaissance approfondie des publics par ces membres » et « contribuer à l’élaboration et la mise en place de politiques d’insertion professionnelle et sociale des jeunes. »

Des neuf « Constats sur nos publics », on retiendra l’idée centrale d’une spécificité jeunes, fondée sur le fait qu’il s’agit de personnes primo-demandeurs d’emploi avec une absence d’expérience et un processus qui lie insertion professionnelle et autonomie sociale ainsi que sur la fragilité particulière des jeunes sur le marché de l’emploi (discontinuité des parcours, accentuation des discriminations, pauvreté…). Cette spécificité jeunes justifie un appareillage propre qui ne trouvera pas une réponse satisfaisante dans un traitement de masse, indifférencié, par exemple avec l’opérateur unique : « Le manque de confiance et d’espérance sociale fait que de nombreux jeunes ne voient pas l’intérêt de s’inscrire à l’ANPE ou aux Assedic. »

Moduler l’offre…

Ces neuf points constituent – c’est l’exercice obligé d’une communication nécessairement synthétique – une base à partir de laquelle bien des choses ont été dites et pourraient être développées. Seul le constat n° 7 devrait être aménagé dans sa formulation car si, effectivement, « l’accompagnement de chaque jeune doit être adapté : le sur-mesure est nécessaire pour répondre à la diversité des problématiques d’insertion » et si certains peuvent se satisfaire « d’un coup de pouce » alors que d’autres justifient « un accompagnement intensif », on peine à comprendre la systématisation de « ce sur-mesure {qui} nécessite un accompagnement renforcé ». Ce qui semble important est effectivement de plaider pour une plasticité de l’offre, du coup de pouce à l’accompagnement intensif ou renforcé, une logique de graduation… qui d’ailleurs reste à préciser et à outiller dans les faits : les conseillers, outre leur savoir-faire empirique, disposent-ils des outils leur permettant cette modulation de l’intervention ? Certaines missions locales s’y sont employées avec succès à partir d’un travail de réflexion sur l’accompagnement, par exemple la mission locale de Cornouailles (Quimper), mais cet exemple est loin d’être, comme le bon sens, « la chose la mieux partagée »..

Le sociétal est soluble dans l’individualisation…

D’autre part et toujours au sujet de cet accompagnement, si l’individualisation est un point de passage obligé justifié par la singularité de chaque jeune, on sait qu’un risque est inhérent dans cette posture : le risque « thérapeutique » avec à l’appui tout un vocabulaire d’origine médicale (diagnostic…) qui in fine renvoie sur le chômeur la responsabilité de sa situation de chômage (1). La subtilité, ici, est que l’idéologie dominante, néo-libérale, s’y meut comme un poisson dans l’eau : renvoyer systématiquement une problématique sociétale à une échelle individuelle, avec l’évidence de forts louables motifs (s’adapter à la spécificité de chacun), est une manière d’évacuer ou tout au moins reléguer la dimension politique. Laurence Parisot, réduisant le dialogue social à l’échelle de chaque unité économique, l’entreprise, puis à celle de chaque salarié (2), a parfaitement compris qu’individualiser les réponses à un problème sociétal était une excellente stratégie… Bien sûr, les acteurs du RIJ n’en sont pas là, ne serait-ce que parce qu’en fondant ce réseau ils démontrent leurs convictions d’appréhender collectivement la problématique de l’insertion, mais ce qui constitue une plateforme devrait articuler les approches individuelle et collective, sociale et sociétale, singulièrement en associant systématiquement le jeune-sujet, par définition individuel, et le jeune-acteur, tout aussi par définition collectif. Là encore, on retrouve le principe d’indissociabilité ou de globalité cher aux missions locales et, plus en amont, à l’éducation populaire. Bertrand Schwartz, dans les premières pages de Moderniser sans exclure (La Découverte, 1997), écrivait : « Mon propos sera donc également politique. Parce que traiter de la formation, de l’insertion, de l’emploi, de l’organisation du travail, et préconiser des actions en la matière, n’est ni anodin ni neutre. Toute innovation sociale est politique. » Il avait raison (3). Si le projet politique est patent dans la création du RIJ qui veut peser sur les politiques d’insertion et être un interlocuteur des pouvoirs publics, cette dimension politique doit être également présente dans la façon d’appréhender la relation avec le et les jeunes.

La participation…

Mais comment réintroduire de l’acteur dans du sujet ? Et bien déjà en avançant concrètement sur le thème de la participation des jeunes à la vie de la structure (4), non exclusivement à la co-construction de son parcours d’insertion. Organiser, soutenir, favoriser l’expression des jeunes dans la structure et sur elle, outre une fonction de veille sur la connaissance de leurs besoins, répond à deux objectifs : un objectif de cohérence interne entre les pratiques et les ambitions, dont particulièrement celle de la citoyenneté active ; un objectif de feed-back sur l’offre de services qui constitue une garantie d’adaptabilité ou mutabilité… un des critères définitoires de la mission de service public.

A suivre par le second volet, « Constats sur nos pratiques »

(1) On peut lire Olivier Chavanon, « Politiques publiques et psychologisation des problèmes sociaux », in R. Ballain, D. Glasman, R. Raymon, Entre protection et compassion. Des politiques publiques travaillées par la question sociale (1980-2005), 2005, Presses Universitaires de Grenoble, pp. 261-279.

(2) A ce rythme, le boson de Higgs (particule élémentaire que l’accélérateur géant du CERN va tenter de révéler en l’extrayant de la seule hypothèse théorique) deviendra bientôt l’unité pertinente du dialogue social…

(3) Thucydide, philosophe grec contemporain d’Aristote (420 av. J.C.), écrivait : « Nous sommes en effet les seuls à penser qu’un homme ne se mêlant pas de politique mérite de passer non pour un citoyen paisible mais pour un citoyen inutile. »

(4) Thème qui progresse depuis quelque temps, fort heureusement. Les programmes régionaux de formation, par contre, ne semblent guère s’y intéresser…

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s