Cadre mâle et diplômé (à Porto Vecchio).

Publié: septembre 7, 2008 dans Au gré des lectures, Politiques d'emploi

Suite de la contribution « Jeune, isolé, en ville… et pauvre » avec, aujourd’hui, le second numéro d’ INSEE Première, « Une photographie du marché du travail en 2007 » signé par  François Chevalier, Isabelle Macario-Rat et Anne Mansuy (n° 1206, août 2008).

Le bonheur n’est pas dans le pré…

Et, tout d’abord, les chiffres bruts : 25,6 millions de personnes occupent un emploi ; 2,2 millions sont au chômage ; 90% des actifs occupés sont salariés et, pour les temps complets, travaillent en moyenne 38 heures par semaine, donc déjà plus que les 35 heures légales… jusqu’à 44 heures pour les cadres et près de 59 heures pour les agriculteurs. La vie au grand air… A avoir en tête face aux discours récurrents selon lesquels les Français se prélasseraient. On peut donc comprendre que 3,4% des inactifs de 50-55 ans et 0,8% des 60-65 ans ne souhaitent pas travailler… quitte à désespérer Attali qui, dans son volumineux Rapport de la Commission pour la libération de la croissance française (à défaut d’être celle des Français), édicte une « Décision fondamentale » (sic, la n° 12) : « Laisser à tout salarié le libre choix de poursuivre une activité sans aucune limite d’âge (une fois acquise la durée minimale de cotisation) en bénéficiant, à compter de 65 ans, d’une augmentation proportionnelle de sa retraite et en supprimant tous les obstacles aux cumuls emploi-retraite, et tous les dispositifs de préretraite. »

Huit salariés sur dix travaillent dans le tertiaire avec, en tête, les secteurs « éducation–santé-social », « commerce-réparation », « administration », enfin « services aux entreprises ». Si La fin des paysans (Henri Mendras, 1967) est statistiquement un fait – 875 000 agriculteurs – l’industrie (secteur « secondaire ») recense encore presque quatre millions d’actifs : L’adieu au prolétariat (André Gorz, 1990) est quantitativement progressif même si qualitativement les cols bleus ont blanchi.

Déficit de testostérones et yo-yo…

Une personne sur six travaille à temps partiel… et 82% de ces emplois sont occupés par des femmes. On en formulera deux hypothèses : 1) les femmes seraient – culturellement, génétiquement – moins courageuses que les hommes ; 2) les femmes seraient plus victimes de discriminations que leurs homologues masculins. Selon vous : déficit de testostérones ou inégalité des chances ? (une seule réponse)

Les « FPE » – formes particulières d’emploi (intérimaires, CDD, stagiaires, contrats aidés) – représentent 12% de l’emploi salarié, les jeunes étant les premiers concernés par l’emploi à temps partiel. On le sait, parmi ces FPE, les contrats aidés sont à nouveau appelés à la rescousse après avoir été mis à mal : Michel Abhervé, dans son article « Le yo-yo continue » (http://alternatives-economiques.fr/blogs/abherve/2008/09/03/le-yoyo-continue/#more-20 ), fait décidemment preuve de peu de mansuétude pour nos décideurs qui, après tout, ont le droit de s’égayer au stop and go… Aux professionnels, sur les terrains, de s’adapter : flexi-bi-li-té ! (1)

Cadre mâle et diplômé…

En première lecture, l’INSEE ne semble pas échapper aux stéréotypes avec ce titre « Plus de chômage chez les femmes, les ouvrières et les non-diplômés » qui, pour un lectorat ne serait-ce que moyennement averti, ne constitue pas un scoop : mieux vaut être un cadre mâle et diplômé avec une villa à Porto Vecchio et un ami bien placé, version emploi de « jeune, beau, riche, intelligent et en bonne santé », que l’inverse en ZUS avec Robert et Mohammed. En première lecture cependant car, même si on le sait, cette persistance des inégalités (sinon accentuation dès lors que l’on s’intéresse aux écarts entre les revenus qui croissent) est un fait têtu qui doit orienter équitablement une politique d’emploi, plus largement d’insertion.

Travailler chez soi…

Dans la catégorie des « horaires atypiques », on notera que « en moyenne en 2007, une personne en emploi sur cinq travaille habituellement ou occasionnellement à son domicile. » C’est évidemment le cas pour beaucoup d’agriculteurs, de cadres ou d’assistantes maternelles mais cela ne s’y limite pas : le porosité des sphères familiale et professionnelle constitue une évolution non seulement économique mais sociologique… qui s’observe d’ailleurs dans l’offre immobilière, le bureau se substituant à la chambre d’ami.  « Le fait de travailler le week-end est assez répandu : en moyenne sur l’année, plus d’une personne sur deux travaille le samedi et une sur trois le dimanche. » « Perdre sa vie à la gagner » ? (2)

 

(1) Une « instruction complémentaire » de la DGEFP, datée du 20 août 2008 et succédant à celle datée du 11 juillet, porte à 158 000 le nombre de contrats d’avenir et de contrats d’accompagnement dans l’emploi mobilisables entre le 1er juillet 2008 et le 31 décembre 2008. Selon l’AEF, « les deux instructions ne devraient pas être publiées au bulletin officiel du ministère, le sujet étant qualifié de « sensible ». Cette augmentation des contrats aidés est justifiée par « l’évolution de la conjoncture économique {qui} laisse penser que le chômage pourrait durablement repartir à la hausse. Déjà, sur trois mois, entre mai et juillet derniers, les services statistiques du ministère font état de 11 700 demandeurs d’emploi supplémentaires (catégorie 1). »

(2) K. Marx.

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