Jeune, isolé, en ville… et pauvre.

Publié: août 26, 2008 dans Au gré des lectures

Les conditions d’un métier…

Bref du Céreq, Connaissance de l’emploi du Centre d’études de l’emploi, Premières Informations, Premières Synthèses de la DARES et INSEE Première de – évidemment – l’INSEE sont les publications (accessibles en ligne et gratuites  – 1 ) qui constituent le socle documentaire point de passage obligé de tout conseiller en insertion… dès lors que l’on convient que la polyvalence de ce dernier n’exclut pas la nécessité d’une expertise, et dès lors que l’on est bien d’accord sur la défense et la promotion d’un métier qui ne se résume pas à un simple emploi.

Geneviève Latreille, dans La naissance des métiers en France. 1950-1975. Étude psychosociale (Presses universitaires de Lyon, 1980) estimait que les métiers pouvaient apparaître à partir de trois conditions : l’existence d’une formation commune et spécifique (par exemple, la formation CIP), la reconnaissance du métier par autrui (par exemple, via une convention collective) et le regroupement des personnes concernées (par exemple, une branche professionnelle). A ces trois critères, j’en ajoute trois autres :

– une technicité, c’est-à-dire des façons de faire qui sont communes, donc transférables et capitalisables, permettant ainsi une évolution collective des pratiques ;

– une déontologie qui fournit le cadre pour penser les relations aux autres (clients, usagers mais également collègues, hiérarchie) et qui permet de clarifier l’éthique de responsabilité. Cette déontologie n’est pas que les Tables de la Loi mais s’exprime dans des instances propres de régulation telles qu’une commission nationale de médiation, un « ordre »(médecins, avocats…) ;

– un appareillage conceptuel qui permet de comprendre, analyser et donc agir en s’extrayant du sens commun. Cet appareillage conceptuel est d’autant plus important dans les métiers du social que l’aide et l’accompagnement par un professionnel ne peuvent être synonymes de sociabilité (même si la sociabilité n’est pas absente de la relation d’aide) mais s’appuient sur un travail réflexif (sur et avec le sujet, sur le problème) et de réflexivité (sur soi-même et avec les autres dans le système des acteurs).

Ces trois critères supplémentaires peuvent être traduits en termes d’architecture du processus de professionnalisation : la technicité recouvre le professionnalisme (les compétences mises en œuvre) ; à la déontologie correspond la professionnalité, c’est-à-dire ce qui fournit le sens de l’action ; l’appareillage conceptuel constitue la profession qui structure, homogénéise et délimite le champ de l’exercice. « Par l’action et par la parole, un métier se différencie des autres métiers. Il se conserve, se maintient et s’accomplit en tant que groupe social ; dans ce double mouvement conservatoire et d’accomplissement il utilise la matière, la travaille aux fins de l’œuvre. » (Michèle Descolonges, Qu’est-ce qu’un métier ? PUF, 1996, p. 202).

Niveaux de vie…

Revenons à nos moutons : l’INSEE  a édité cet été deux numéros d’ INSEE Première, en juillet sur « Les niveaux de vie en 2006 », en août sur « Le marché du travail en 2007 ». Et procédons chronologiquement. Aujourd’hui, les niveaux de vie dans le numéro 1203 de juillet 2008 (4 pages), signé par Luc Goutard et Jérôme Pujol. Et précisons immédiatement que l’étude portant sur l’année 2006, au train où vont les choses, en particulier compte-tenu du décalage entre le coût de la vie (inflation) et la progression (très-très pondérée) des revenus salariaux, des actualisations seront nécessaires et risquent fort de ne pas être au bénéfice des gens de peu.

En France, 1 personne sur 7 est pauvre…

7,8 millions de personnes étaient pauvres en 2006, représentant 13,2 % de la population. Leur niveau de vie (revenu disponible du ménage divisé par le nombre d’unités de consommation au sein de ce ménage) était inférieur à 880 euros par mois (regardez le prix d’un loyer). Ces 13,2 % sont calculés sur la base des 60% du salaire médian (ceux qui touchent 60% ou moins du salaire répartissant la population en deux groupes équivalents quantitativement : 50 % de la population française touchent 1 470 € ou moins par mois , 60 % équivaut à 882 euros exactement). Bien sûr, la notion de pauvreté est à considérer dans le contexte socioéconomique et culturel du pays de référence, comme l’écrit l’Observatoire des inégalités (« La pauvreté à travers les conditions de vie », 28 mai 2008) : « Mais la pauvreté est relative au niveau de vie d’ensemble de la société. Les catégories sociales défavorisées vivent loin de la norme de la société de consommation française de ce début de XXIe siècle. Dans l’un des pays les plus riches au monde, 32,3 % des ménages ne peuvent se payer une semaine de vacances une fois par an, 32,6 % n’ont pas les moyens de remplacer des meubles, 10 % de recevoir des amis ou de la famille. » (2) Bref, pas exactement les conditions optimales de l’épanouissement.

Entre le premier décile (10% de la population) qui gagne le moins et le dernier décile qui gagne le plus, le rapport est de 3,4 soit 10% de la population ont un niveau de vie inférieur à 810 euros mensuels et 10% ont un niveau de vie supérieur à 2 765 euros. Sur une longue série, 1996-2006, le revenu des plus pauvres a progressé de 22,1%, celui des plus riches de 24,4%… sachant que en valeurs absolues, pour les premiers, cela correspond annuellement à 1 760 euros alors que, pour les seconds, c’est 6 510 euros. Soit 4 750 euros de plus pour ceux-ci… de quoi s’offrir un pied-à-terre l’été à Porto Vecchio ou à Bonifaccio. Pour les autres, le quartier.

Jeunes, familles monoparentales et urbains…

– Les plus affectés par la pauvreté sont les jeunes de moins de 25 ans : « S’ils vivent seuls, ces jeunes forment des ménages à faibles revenus en raison des difficultés d’insertion sur le marché du travail ou de salaires moins élevés perçus en début de carrière ; s’ils vivent chez leurs parents, ils réduisent le niveau de vie du ménage car ils b’apportent que peu (voire pas) de revenus tout en représentant 0,3 ou 0,5 unité de consommation selon leur âge. » Pour plus de précisions et pour une analyse plus développée, on peut consulter (déjà cités sur ce blog) La France prépare mal l’avenir de sa jeunesse (Académie des sciences morales et politiques, Seuil, 2007) et l’aussi synthétique (huit pages) qu’excellente contribution de Louis Chauvel, « Fracture générationnelle : une jeunesse sans destin » dans l’ouvrage La nouvelle critique sociale (Seuil-Le Monde, 2006) : « Les jeunes impécunieux d’aujourd’hui seront les vieux pauvres du milieu du XXIè siècle puisque, par effet de scarification, les générations mal parties arrivent généralement mal. » (p. 61).

– Deuxième catégorie, les familles monoparentales : « En 2006, 30,3% des personnes vivant au sein d’une famille monoparentale sont confrontées à la pauvreté, soit une proportion 2,3 fois plus élevée que dans l’ensemble de la population. » Sachant que les familles monoparentales sont dans 85% des cas constituées d’une mère et de ses enfants… on voit au titre de l’équité – faire plus pour ceux et celles qui ont moins – pour qui il faut être vigilant.

– Troisième catégorie, les urbains. Contrairement à une idée reçue, la pauvreté affecte moins les zones rurales qu’urbaines : dans les premières, la part de personnes pauvres est de 12% alors qu’en ville (hors agglomération parisienne qui s’en sort mieux : 10,5%) cette proportion atteint 15,4%.

Morale : il vaut mieux être adulte ou âgé, vivre en famille « ordinaire » (?) et à la campagne que jeune, isolé et en ville. Riche, beau, intelligent et en bonne santé…

(1) Bref (mensuel) : http://www.cereq.fr/bref.htm; Connaissance de l’emploi (mensuel) : http://www.cee-recherche.fr/fr/c_pub2.htm; Premières Informations, Premières Synthèses : http://www.travail-solidarite.gouv.fr/etudes-recherche-statistiques-dares/; INSEE Première (hebdomadaire) : http://www.insee.fr/fr/publications-et-services/collection.asp?id=1

(2) http://www.inegalites.fr/spip.php?article509&id_mot=76

 

 

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