A quoi servent les professionnels de l’insertion ?

Publié: juin 20, 2008 dans Insertion/missions locales

A quoi servent les professionnels de l’insertion ? est le titre d’un ouvrage qui vient d’être édité dans la collection « Le travail du social » chez L’Harmattan et dont l’auteur, Philippe Brégeon, est sociologue à l’université de Poitiers. Selon ses termes, « Cet ouvrage concerne l’intervention sociale professionnelle en charge de dispositifs d’insertion. » Dont acte et appétence. Sont ciblés trois réseaux : les Centres d’Hébergement et de Réinsertion Sociale (CHRS), les Missions Locales, les Structures d’Insertion par l’Activité Economique (SIAE).

« L’ambition est d’identifier les représentations du métier par les intervenants sociaux eux-mêmes, de mettre à jour leurs pratiques et leur organisation par rapport aux activités connexes. Ces réseaux disposent d’institutions représentatives auprès des pouvoirs publics, ils communiquent régulièrement sur leurs activités, ils ont mis en œuvre des processus de formation et de professionnalisation spécifiques. Si les centres d’hébergement et de réinsertion sociale se sont développés avec l’aide sociale, le réseau des missions locales semble un pur produit de l’insertion. Il a joué un rôle particulièrement actif pour imposer la catégorie au sein de l’intervention sociale. Un des objectifs des pouvoirs publics était de renouveler les pratiques et les représentations des professions sociales par rapport au modèle du médico-social, considéré comme insuffisamment ouvert au contexte économique et aux autres mondes sociaux. Le corpus du rapport de Bertrand Schwartz en 1981 correspondait à une perspective particulièrement large et multidimensionnelle de l’action auprès des jeunes. Ainsi, au-delà du professionnel, le plaidoyer pour l’approche globale entendait relier l’ensemble des aspects sociaux et personnels de l’existence des jeunes, jusqu’à l’idéal citoyen. L’ouvrage retrace la construction institutionnelle du réseau, dans une perspective sociologique, depuis plus de vingt cinq ans. L’idée de seconde chance pour les jeunes sortis précocement du système scolaire apparaît centrale durant les années 1980. Depuis, leur intégration  dans le service pour l’emploi, les missions locales apparaissent de plus en plus suspendues aux politiques publiques. Quels regards portent les  intervenants sociaux au sein des missions locales sur la construction de leurs activités au regard de ce cheminement ? Comment se représentent-ils la collaboration auprès des jeunes ? Quelles sont leurs marges de manœuvre dans la mise en pratique des dispositifs d’insertion ? Peut-on considérer l’activité en mission locale comme étant en rupture avec les pratiques précédentes de l’aide sociale ? »

Bref, si tout cela ne vous met pas en appétit, tel n’est pas mon cas. « Mettre à jour les pratiques… Suspendues aux politiques publiques, etc. » m’intriguent et m’évoquent le « Vaste programme ! » du grand Charles… dont la commémoration de 68 est aussi un peu la (dé)fête. En tout cas, je vais le lire séance tenante pour obtenir une réponse à la question du titre. Quant à « la rupture avec les pratiques de l’aide sociale », j’ai d’ores et déjà une réponse : prendre en compte, pas en charge. Mais je sais que d’autres ne partagent pas cette opinion, par exemple Michel Autès pour qui « les idéaux du marché se substituent peu à peu à ceux du service social depuis toujours centré sur la personne, dans des secteurs entiers du social. Il y a a un autre social à l’intérieur du social, un social qui se veut gestionnaire, moderne, éloigné de la culture surannée des référentiels de l’aide et de l’assistance. Le social est désormais scindé. Seule sa partie gestionnaire est valorisée. Son côté préventif et promotionnel est oublié. {…} La notion d’insertion est ainsi une catégorie bonne à tout faire pour des temps incertains et qui se présentent comme une bifurcation du social. C’est pourquoi on peut décrire cette bifurcation comme, d’un côté, un repli du social sur des logiques marchandes, c’est-à-dire, au fond, le retour à des logiques humanitaires: c’est la dissolution du social dans la politique libérale… » (1)

Je vérifie si j’ai bon et je vous le dis.

 

(1) Michel Autès, Les paradoxes du travail social, 1999, Dunod, p. 207 et p. 217. « D’où je parle » est une question parfois exigible et pourtant contradictoire dans son dessein de vérification, entre légitimité du propos et garantie de rupture épistémologique. Ainsi, concernant cette dialectique du travail social et de l’intervention sociale, avant ces vingt-cinq années à écouter, regarder et accompagner sociologiquement les piou-piou des missions locales, de l’IAE, de l’économie sociale, j’avais un autre métier : éducateur spécialisé. C’est-à-dire inscrit dans ce travail social « toujours centré sur la personne ». Douze années avec, successivement, l’internat en foyer départemental de l’enfance, l’AEMO et la prévention spécialisée. Est-ce plus de raison pour autant ? Peut-être pas. Du moins cela permet-il de comparer.

Publicités
commentaires
  1. Jean Philippe REVEL (CGT ML/PAIO) dit :

    Je suis ravi de constater que le naturel revient au galop …
    Des lignes qui donnent envie de lire d’autres lignes …c’est du social ou du libéral ?
    jp revel

  2. anne dit :

    De plus en plus, ces lieux deviennet aussi un établissement qui redonne de la dignité aux hommes. Des CHRS comme celui la http://blog.degoussencourt.fr/2011/04/23/groupe-de-soutien-a-la-parentalite-revivre-chrs/ font du bien aux autres

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s