Le trop ennemi du mieux ?

Publié: juin 19, 2008 dans 1

Moins bien que Jack Malone…

Il me semblait qu’il y avait beaucoup à dire, à écrire, concernant les missions locales en particulier, l’insertion en général. D’où l’idée de ce blog. Un instrument – redoutable pour l’ego puisque, si l’on écrit pour être lu, ne pas l’être est aisément traduit psychoaffectivement (on ne m’aime pas ou pas assez…) – existe pour tout administrateur de blog, un compteur statistique qui lui permet de connaître chaque jour la fréquentation de son site ainsi que le nombre de lecteurs, les articles consultés, etc. Force est de constater que la fréquentation de ce blog correspondait en moyenne quotidienne à 200-300 personnes. Honnête. Pas l’audience de FBI portés disparus certes, mais honnête pour des écrits parfois perçus comme un peu ardus… plus en tout cas que les dialogues de Jack Malone. Perspicace, l’ami Michel Abhervé m’avait averti : « trop long et trop fréquent ». Sans doute n’avait-il pas tort puisque, depuis une semaine, un net infléchissement s’observe : grosso modo, 150 visites quotidiennement.

 Montaigne, le feu pas le vase…

Par ailleurs les contributions de lecteurs (les « commentaires », le feed-back) sont marginales, une vingtaine tout au plus. L’intelligence collective, partagée et non distribuée, n’est donc pas au rendez-vous et, bien entendu, si un blog produit de l’information et si celle-ci s’inscrit dans une logique d’éducation (au sens de l’éducation populaire), c’est la seconde proposition de Montaigne qui est motivante, pas la première : « Éduquer, ce n’est pas remplir un vase, c’est allumer un feu. » A ceci s’ajoute que, puisque désormais « on ne peut pas ne pas communiquer », selon l’expression de l’école de Palo Alto, chacun ou presque communique et que les blogs prolifèrent… et, s’il y a de l’ivraie, il y a aussi du bon grain. Et c’est heureux.

Bref, la combinaison d’un infléchissement de la fréquentation, d’un avertissement amical… et aussi de l’effort personnel (très) important qu’exige la production quotidienne d’un article, tout cela m’invite à espacer mes contributions. Peut-être faut-il en effet moins écrire, sans doute produit-on avec un article par jour un effet de saturation. Le trop serait l’ennemi du mieux.

 Intelligence collective…

Ce qui ne signifie pas tarir. Parce que, à vrai dire, il me semble – cette fois au présent – toujours qu’il y a beaucoup à dire. Changeons donc de rythme, une ou deux fois par semaine et apprécions dans quelque temps si cela convient mieux. A cette hypothèse de travail, j’ajoute cette histoire d’intelligence collective : comment faire pour que les lecteurs soient contributeurs, ce que les situationnistes des années 60 définissaient comme une « situation », le passage d’une position de spectateur à celle d’acteur ? Je n’ai pas la réponse. D’autant moins que, directeur de la collection « Les panseurs sociaux » aux éditions Apogée, j’éprouve les pires difficultés pour obtenir des écrits professionnels et de professionnels sur l’insertion en vue d’édition. Paradoxe puisque, alors que tout le monde communique, l’écriture n’est probablement pas, à l’inverse du bon sens pour Descartes, « la chose du monde la mieux partagée ». Consolation, il en est d’ailleurs de même de l’autre côté de l’écriture. Savez-vous quel est le tirage moyen d’un ouvrage aux Presses Universitaires de France ? 800… c’est dire !

 Du temps pour réfléchir et labourer…

Cependant « une lumière dans la nuit », pour reprendre des mots de Gérard Manset (Lumières, 1984) : en l’espace d’un mois, deux manuscrits de qualité m’ont été remis, l’un d’une ex-directrice de mission locale francilienne qui parlera des jeunes en insertion et du travail d’insertion, l’autre d’un jeune universitaire réunionnais dans lequel il sera question du rapport au travail des jeunes réunionnais. Ils paraîtront l’un et l’autre d’ici la fin de l’année. Peut-être faut-il, simplement, du temps. Et, pendant ce temps, labourer. Et réfléchir. Par exemple sur cette citation de Feuerbach, extraite de L’Essence du christianisme (1841) que l’on trouve à la première page d’un ouvrage bien évidemment « à liquider avec l’héritage de 68 », La société du spectacle (Guy Debord, 1971, Champ Libre) : « Et sans doute notre temps… préfère l’image à la chose, la copie à l’original, la représentation à la réalité, l’apparence à l’être… Ce qui est sacré pour lui, ce n’est que l’illusion, mais ce qui est profane, c’est la vérité. Mieux, le sacré grandit à ses yeux à mesure que décroît la vérité et que l’illusion croît, si bien que le comble de l’illusion est aussi pour lui le comble du sacré. »

 

Publicités
commentaires
  1. Jean Philippe REVEL (CGT ML/PAIO) dit :

    Ce constat est plutôt atterrant …
    Plus on écrit moins on est lu …

    Le fameux « Nulla die sine linea  » serait donc moribond …

    Pour ma part je pense qu’il faut persister et ne pas céder à une certaine facilité …
    jean philippe Revel

  2. Benoit Willot dit :

    150 visiteurs chaque jour, ce n’est pas rien. Sans compter les nombreux feuilleteurs grâce aux flux RSS. Merci encore pour ces contributions précieuses.

  3. Docinsert dit :

    Entièrement d’accord avec le commentaire de Mr Revel. De plus, sachant qu’en moyenne (d’après les statistiques) un blog est visité quotidiennement par environ 20 à 30 personnes, le chiffre de 150 paraît encore très appréciable, rassurez-vous ! (concernant Docinsert, récemment ouvert, nous avons désormais, en ce qui nous concerne, la visite d’une quarantaine d’internautes par jour, après des pics les premiers temps à 50 voire 60…). Tout cela pour dire qu’indépendamment des statistiques qui ne sont après tout que des chiffres, il serait fort dommage et dommageable sans doute, de nous priver de vos excellentes synthèses et analyses dont nous avons bien besoin par les temps qui courent. Quant à la « marginalité » des commentaires, je sais d’expérience (administrateur moi-même d’un blog relatif à l’insertion des jeunes…) qu’il n’est effectivement pas aisé d’obtenir de la part de nos collègues qu’ils réagissent au gré des productions (et ce même avec un « mode d’emploi » les incitant à le faire !). En tout état de cause, je pense en définitive qu’il serait bien dommage de se priver d’un tel espace de dialogue (votre blog), espace de communication, de partage de point de vue sur le travail d’insertion au quotidien, alors qu’il me semble avoir lu quelque part (sur le blog de la recherche-action des ML-PAIO peut-être ?…) qu’un des points faibles souvent mis en avant par les « agents » eux-mêmes est justement un manque flagrant de communication entre eux ! Le fameux « nédansleguidon » mériterait pourtant parfois d’être redressé. Ne serait-ce que pour éviter à la longue d’aller droit dans un mur ! En espérant que mon commentaire n’aura pas été ni trop long ni trop ardu…

  4. Matthieu TRAISSAC dit :

    En qualité de professionnel du « nédansleguidon », je ne peux que vous affirmer mon intérêt tout particulier pour votre blog et vos articles. En effet, leur lecture en début de journée m’oblige à me poser de façon plus précise toutes les questions qui sous-tendent ma pratique quotidienne et l’environnement professionnel et ses enjeux dans lequel je navigue trop souvent à vue.
    D’autant plus, en ce moment où la volonté gouvernementale d’instrumentaliser le réseau des ML se fait plus forte et plus formelle (A quand un réel « contrat d’autonomie » et les moyens qui vont avec pour le réseau des ML ?).

    Ce n’est pas sans abonder dans le sens d’un fort questionnement des acteurs dont je fais parti, face aux doutes voire aux craintes quant à la place future laissée à notre faculté présente d’être auteur et d’acteur sur cette thématique de l’insertion et la nécessaire innovation positive et constructive qu’un tel champs d’action exige.

    En conclusion, « on » devrait rendre obligatoire la lecture de votre blog tous les matins avant le premier entretien avec un jeune ; une véritable action de santé publique (à vous faire rembourser par la sécu !) tant la lecture de ce blog apporte un bénéfice immédiat sur la santé mentale du « bricoleur » que je suis, du simple fait que j’ai l’impression d’être enfin compris dans la complexité de l’approche globale de mon travail.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s