L’insertion n’est pas une marchandise : des mots et des choses…

Publié: juin 11, 2008 dans Agit'Prop, Insertion/missions locales

Bercy…

Hier, du côté de Bercy à Paris, Assemblée Générale de l’ANDML. Hormis quelques départs et corrélativement quelques entrées, pas de modification substantielle de la composition du conseil d’administration. N’ayant pas eu le temps de noter les noms des administrateurs par région (sinon – ethnocentrisme celte – la Bretagne : Joseph Legrand, directeur de Fougères, et Philippe Jourdan, directeur de Rennes), je les communiquerai dès que possible.

Un mouvement…

Débat en fin de journée. Bertrand Schwartz présent promeut la recherche-action avec le SYNAMI et demande qu’une mobilisation – « un mouvement » – puisse être lancé rapidement  s’appuyant sur un élu d’envergure, porte-parole pour ce qui devrait être une prise de position nationale politique sur l’insertion. On rejoint le « Nouveau contrat social avec la jeunesse », thématique de l’ANDML exposée dans la réédition l’année dernière du « Rapport Schwartz ». Michel Abhervé remplaçait Raymond Lepinay, retenu dans son département. L’UNML ne s’associera pas à la signature de la pétition L’insertion n’est pas une marchandise mais s’engage par contre avec les partenaires sociaux dans la publication d’un manifeste… sachant que celui-ci sera inévitablement – compte-tenu du large spectre politique des élus des missions locales siégeant à l’UNML – plus pondéré que l’exigerait une réponse à une offensive idéologique.

Communiqué? Manifeste? Pétition?

De son côté, l’ANDML devrait publier d’ici peu un communiqué, également plus ou moins « manifeste ». Il n’est toutefois pas envisagé – à ce jour – que celui-ci se présente sous la forme d’une pétition. Ce qui serait une erreur : une pétition permettrait une mobilisation de tous les acteurs des missions locales (11 000 salariés, 500 conseils d’administration) et de leurs partenaires (voir, sur ce blog, l’article concernant le déconventionnement des organismes de formation). Pourquoi s’en priver ? En fait on peut décrypter, me semble-t-il, une hésitation à combiner au principe de démocratie représentative, sur la base d’instances constituées comme l’ANDML, le principe de démocratie participative. Les deux, pourtant, peuvent s’associer harmonieusement et efficacement… et, bénéfice collatéral, permettent une cohérence : comment expliquer la vogue de la notion de « gouvernance », qui implique la prise en compte de toutes les parties prenantes (dont les piou-piou qui ont les manches retroussées sur le terrain), si l’on s’en tient aux circuits institutionnalisés ? (1) Ceci étant, le passage d’un communiqué-manifeste à un manifeste-pétition n’est peut-être pas enterré : l’heure n’est en effet pas à une seule information (descendante) mais à une large mobilisation et, dans ce cas, on ne voit pas très bien pourquoi se priver des forces vives du réseau et de ses partenaires… sauf  à mettre en place les conditions d’un impact pondéré. Mais, peut-être, n’ai-je pas tout compris…

La voie du consensus n’exclut pas le rapport de forces…

Hier soir, le sentiment général perceptible était celui que de nombreux évènements se produisaient que l’on pouvait traduire en termes de menaces pour le réseau des missions locales : Plan Espoir Banlieues, probabilité de forte instrumentalisation dès  le 1er janvier 2009 par l’opérateur unique France Emploi (« ANPEDIC » pour ANPE-UNEDIC, dans la bouche d’un orateur bas-normand de l’ANDML, la formule est heureuse), peu de considération – c’est un euphémisme – pour les missions locales dans le cadre du Grenelle de l’insertion…  Bertrand Schwartz lui-même posa publiquement la question « Comment convaincre ? » Ce à quoi j’ai répondu que ce n’était pas un problème de conviction : s’agit-il encore de convaincre dès lors que l’on est confronté à une offensive idéologique qui, en tout état de cause, s’asseoit sur les faits (plus d’un million de jeunes reçus, un actif de vingt-cinq années d’expérience dans l’insertion des jeunes…) ? S’il y a oeuvre de conviction à faire, celle-ci concerne en interne le réseau. Quant à ceux qui mettent en cause frontalement les missions locales(2)… il suffit de savoir que la société n’est pas une grande bergerie et que, en soi, le rapport de forces n’est pas quelque chose de mauvais. Il est même constitutif de l’identité : un jeune, dans son rapport à l’adulte, se construit par adhésion et par opposition. Le rapport de forces est d’ailleurs très souvent une première phase qui permet aux négociateurs de mieux progresser dans la recherche de solutions sinon totalement consensuelles du moins plus équilibrées.

Donc, à suivre…

 


(1) « Gouvernance », voilà un autre mot qui, outre qu’il semble n’engager à rien mais doit probablement générer un confort intellectuel, circule aisément dans le réseau… comme d’autres mots tels que « opérateur », « prestations », « offre de service », etc. Ces mots font partie de ce qu’Éric Hazan appelle la « LQR », c’est-à-dire Lingua Quintae Respublicae (langue de la Cinquième République), titre de son ouvrage paru en 2006 chez Raisons d’Agir. On peut s’interroger sur l’appropriation (trop) aisée de ces mots par le réseau… qui ne devrait pas s’étonner et geindre de ce qui mécaniquement en découle : passer d’une logique de métier à une logique de services (offres ou prestations), être un opérateur… autant d’expressions qui font le lit de l’instrumentalisation.

(2) Précisons que l’on peut être fier de ses réalisations sans pour autant s’autogratuler et s’autosatisfaire. Autrement dit, revendiquer la pertinence du concept d’approche globale, démontrer que le travail réalisé en mission locale répond à des besoins et génère de vraies valeurs ajoutées, bien supérieures à celles médiocrement mesurées par l’indicateur « accès à l’emploi durable »… tout cela ne s’oppose pas à l’effort permanent de professionnalisation. Il y a une obligation éthique et déontologique, dans le champ de l’insertion, à ne pas se satisfaire du minimum conventionnel. Mais reconnaître aussi la qualité de son travail c’est constituer et entretenir un capital symbolique, une estime de soi nécessaire. A contrario, croit-on que, si l’on nourrissait une mésestime de soi, si on intériorisait une disqualification, on serait en mesure de donner tout ce qu’il y a à donner dans le travail d’insertion et de socialisation ?

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