Réorientation professionnelle et formation : cela sert-il ?

Publié: juin 1, 2008 dans 1

Le Céreq vient d’éditer – mai 2008 – les « Actes des XVes journées d’étude sur les données longitudinales dans l’analyse du marché du travail » : Derrière les diplômes et certifications, les parcours de formation et leurs effets sur les parcours d’emploi. Trente-huit communications composent ce rapport, ventilées en cinq thèmes : thème 1 L’entreprise, poursuite de formation (thème subdivisé en « Accéder à des métiers, des secteurs » et « Les acquis de l’expérience » ; thème 2 : Nouvelles formes des marchés professionnels (« Professionnalisation/Spécialisation de l’enseignement supérieur » et « Carrières d’amateurs/Carrières de professionnels ») ; thème 3 : Derrière le diplôme, le parcours (« Des parcours atypiques » et « Diversité des parcours de formation ») ; thème 4 : Parcours d’études, parcours professionnels (« Des expériences étrangères », « Trajectoires et salaires » et « Filières de formation et insertion professionnelle ») ; thème 5 : Évaluation des politiques publiques.

Une des communications de cet ouvrage – copieux : 483 pages… et téléchargeable : http://www.cereq.fr/pdf/relief24.pdf  -, celle d’Agnès Legay et Nathalie Marchal (Céreq), « La réorientation professionnelle et le retour en formation : quel impact sur le devenir professionnel des jeunes adultes ? », apporte de nombreuses informations sur les parcours de jeunes, à partir d’une enquête auprès de la Génération 1998 sept ans après leur sortie de formation initiale, soit en 2005. Cette étude s’est intéressée aux jeunes qui se sont réorientées professionnellement, avec ou sans formation, et répond à la question « La réorientation, avec ou sans formation, améliore-t-elle la situation professionnelle ? »… ce qui est loin d’être inutile plutôt que de s’en tenir au postulat, largement alimenté par l’axiome « mobilité = avantage », selon lequel réorientation et formation post-initiale seraient dans tous les cas tout bénéfice.

La communication compare dans un premier temps les caractéristiques et trajectoires des réorientés et de ceux qui ne le sont pas puis analyse, dans un deuxième temps, l’effet de la formation pour les réorientés.

 Les principaux enseignements…

 La réorientation est une prise de risque. 40% des réorientés ont connu une promotion, contre 30% pour l’ensemble de la génération, mais 12% ont connu une régression contre 8% pour l’ensemble de la génération. Les femmes connaissent un peu plus que les hommes une régression.

L’évolution salariale est corrélée au niveau de diplôme. Pour tous les jeunes, réorientés ou non, l’évolution positive du salaire est d’autant plus fréquente que le diplôme est élevé. Parmi les jeunes réorientés, on observe que les gagnants sont les niveaux « bac pro et techno », « bac + 2 » et « 2nd cycle » mais, à l’inverses, les perdants sont les « sans diplôme » et les « 3ème cycle » (ces derniers, sans doute, gagnant assez rapidement un salaire qui n’évolue ensuite que lentement).

 Le rôle de la formation dans la réorientation.

40% des réorientés se sont formés à cette occasion. D’un point de vue général, les personnes formées pour se réorienter ont vu leur niveau d’emploi progresser nettement plus souvent que celles qui ne l’ont pas fait avec, en particulier, plus de promotions. Cependant infra, parmi les réorientés qui se sont formés, trois sous-groupes peuvent être distingués avec des effets distincts de la formation sur leur promotion :

– Ceux qui se sont formés en mentionnant l’intérêt pour un nouveau métier sont dans la moyenne de l’évolution des promotions.

– Ceux qui, par la formation, visaient de meilleures conditions de travail voient leur bénéfice en termes de niveau d’emploi s’accentuer nettement.

– Ceux enfin qui disent s’être réorientés et formés faute d’emploi « parviennent à réduire leur handicap » de départ mais « ne tirent que peu avantage de la formation en termes de promotion ».

Sans que cela soit explicité dans cette communication, on voit que la notion de projet (pour découvrir un nouveau métier ou pour améliorer sa situation) est déterminante : se former parce que l’on y est contraint, selon une seule perspective instrumentale, ne suffit pas.

 Le bénéfice de la formation est d’autant plus élevé que le niveau de départ est faible : ce sont les « sans diplôme » puis les « CAP-BEP » qui gagnent le plus à se former, enfin les titulaires d’un baccalauréat général ou pas. Une exception cependant, « les titulaires d’un bac + 2 qui sont perdants lorsqu’ils se forment pour leur réorientation » : les auteures avancent l’hypothèse des titulaires d’un DEUG, « généralistes, probablement les plus en difficulté sur le marché du travail. Cette formation leur permettrait certes l’accès à un nouveau métier, mais à un niveau d’emploi qui resterait en moyenne inférieur à celui des titulaires d’un diplôme professionnel de niveau III. »

Des variations suivant le sexe… Les femmes gagnent nettement à se former à l’occasion de leur réorientation alors que, étonnant, « les hommes qui se forment sont légèrement perdants par rapport à ceux qui ne le font pas ! » Il faut observer que, « pour leur réorientation, les femmes s’engagent dans des formations en moyenne plus longues et plus souvent hors emploi que les hommes. »

 Rattrapage partiel… mais sans incidence salariale pour les moins diplômés.

Enfin l’étude révèle que, si réorientation et formation permettent d’apprécier une « sensibilité » avec l’évolution du niveau d’emploi, à l’inverse s’observe une « insensibilité » avec le niveau de salaire : « Les évolutions du niveau d’emploi et du salaire seraient-elles peu connectées à ce stade du début de la vie active ? » interrogent les auteures… Joli euphémisme pour constater que, si des efforts sont faits pour se réorienter et se former, ceux-ci mettent du temps à trouver leur réponse en monnaie sonnante et trébuchante… Ce constat répond qui plus est à une logique de « discrimination – oui – négative » puisque « Les sans-diplôme et aussi, quoique de façon moins nette, les titulaires de CAP et BEP, ne tirent pas plus avantage – ou guère plus – que la moyenne (tous diplômes confondus) de leur réorientation en termes de niveau d’emploi. Par rapport à la moyenne, ils sont même plutôt perdants pour l’évolution de leur salaire… » Et, en ce qui concerne la formation à l’occasion d’une réorientation,  celle-ci « apporte un avantage significatif – une sorte de rattrapage au moins partiel – en termes de niveau d’emploi à ceux qui sont faiblement diplômés à l’issue d’une formation initiale. Toutefois à l’horizon temporel étudié, ce rattrapage ne se répercute pas sur le salaire. »

 On n’en a pas fini avec les classes laborieuses et impécunieuses.

 

 

 

 

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