Un jour, le 29 mai, dans Le Monde

Publié: mai 30, 2008 dans Au gré des lectures

Lecture du Monde daté du 29 mai 2008…

 

Blocage psychologique…

On évitera Fourniret mais on s’étonnera en page 3 de « la vision à la fois fascinante et répugnante » , déconseillant « d’y amener ses jeunes enfants qui pourraient légitimement cauchemarder », du journaliste Emmanuel Roux au sujet de l’exposition à Lyon « Our body, à corps ouvert » qui présente des écorchés, vrais cadavres conservés par un procédé dit d’ « imprégnation polymérique », où chacun peut s’imaginer en deçà de son enveloppe corporelle. « Répugnante » ? Quand on aime, une personne ou l’humain, ce qu’il y a derrière, dessous, fait partie de cet amour. Enfin, c’est ce que je pense…

 Dans votre assiette bientôt…

Page 7, les « poulets chlorés » importés des USA seront bientôt sur les étals et nos tables. Ainsi le souhaite la Commission européenne qui doit proposer une levée de l’interdiction qui existait depuis 1997. Pour information, les poulets américains sont traités pour débarrasser les carcasses d’agents infectieux, avec du dioxyde de chlore ( ?), du chlorure de sodium acidifié ( ?), du phosphate trisodique ( ?) et/ou des acides peroxydés ( ?). Merci Bruxelles. Bon appétit.

 Flexisécurité problématique…

Page 7 encore, « A Flamanville, les travaux de l’EPR sont suspendus après des anomalies » dans le ferraillage de l’îlot de support du réacteur, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) fustigeant « un manque de rigueur inacceptable sur le chantier ». Sérieusement admonestée, EDF « doit renforcer la culture de sûreté ». Dans les années 80, pour promouvoir leurs centrales nucléaires, les ingénieurs d’EDF affirmaient superbement face aux piou-piou « nucléaire non merci » : « risque zéro », « sécurité maximale »… Hélas, les problèmes ne sont pas que techniques mais concernent également la surveillance, les entreprises sous-traitantes employant des salariés non formés, dont la moitié est en CDD. Ce qui fait dire à la CGT « Il est paradoxal qu’un chantier dit de haute importance ne dispose pas de moyens de surveillance adéquats. Ces agents de sécurité ne sont pas chargés de garder un supermarché, ils ont besoin d’être formés et équipés pour remplir leur mission. » Sécurité et flexibilité seraient donc contradictoires ?

 Une logique implacable… 

« 35 heures : l’affront fait aux syndicats » page 8. Le gouvernement enterre les 35 heures, le président du Cercle des DRH (directeurs des ressources humaines et non directeurs humains des ressources) considérant qu’ « il s’agit d’un assouplissement important et attendu par les entreprises… ». Zut, Laurence Parisot ne semble pas tout-à-fait d’accord puisqu’elle regrette que le gouvernement légifère sans tenir compte de l’accord conclu entre les partenaires sociaux. Thibault et Chérèque sont en colère. Mme Lagarde, cette fois aux informations de 13 h sur France Culture, décroche la palme d’or dans la catégorie « logique implacable » : à la question du journaliste « Tout le monde est contre ce projet de loi, y compris le MEDEF », la ministre répond sans sourciller « C’est un bon début pour la négociation » (sic).

 Une femme contre la parité…

Page 10, bonne nouvelle, un amendement inscrivant le principe de la parité professionnelle dans la Constitution a été adopté mardi 27 mai à l’Assemblée nationale. Rachida Dati a été désavouée : elle avait insisté pour qu’il soit retiré. Probablement en tant que femme.

 Un PS iatrogénétique…

Page 10, encore, on respire puisque « Le PS faire taire ses dissensions avant le vote sur les institutions » et on compatit puisque Jean-Paul Huchon estime « On dirait que je suis devenu l’ennemi public numéro un ». Rue Solférino, on devrait lire Némésis médicale d’Ivan Illich. On y trouve le concept de iatrogénèse : secréter sa propre maladie et être contraint de mobiliser l’essentiel de ses ressources pour la combattre. Cela ne concerne donc que ceux qui y sont… en attendant à Reims un prochain congrès « Rennes 2 » ? (1)

 Radiations, travailleurs pauvres et effets pervers…

Page 10 toujours, « La clôture du Grenelle de l’insertion » avec trois témoignages.

– Un allocataire du RMI, animateur de l’association Chômeurs et Précaires à Paris : « … A l’ANPE, il y a une forte pression pour nous radier. A quatre reprises, après une convocation à laquelle je m’étais rendu, j’ai reçu une lettre déclenchant la procédure de radiation pour absence à l’entretien ! Chaque fois, j’ai renvoyé une lettre de contestation avec accusé de réception. On ne m’a jamais répondu. » Puisqu’on vous dit que le nombre de demandeurs d’emploi baisse…

– Un responsable de chantier d’insertion, Entr’Aide à Tours : « … notre secteur a ses limites. Ainsi, nous fabriquons des travailleurs pauvres. » Et bien oui. Voir sur ce blog l’article concernant le Rapport de l’Observatoire de la pauvreté et de l’exclusion (13 mai).

– Une coordinatrice de chantier d’insertion, Fripes, à Conflans-Sainte-Honorine : « Nos financeurs nous imposent des objectifs. Jusqu’ici, nous devions avoir 20% de sorties positives : CDI, CDD ou formation qualifiante. Désormais, ce sera 35%. Ce type d’évaluation ne prend pas en compte tout ce que nous faisons et ne se voit pas, pour remotiver, recréer du lien. Cela recèle aussi un danger : nous contraindre à recruter des salariés très proches de l’emploi classique et laisser de côté les autres. » Et bien oui, l’effet pervers… Voir sur ce blog « L’économie sociale produit-elle de la valeur ajoutée 1/3 » (27 mai) : « … autant l’obligation de résultat met en place les conditions d’un détournement des règles comme cela a pu être observé dans des structures d’insertion : théoriquement mobilisées au titre de l’équité pour des publics dits « prioritaires » mais soumises pour le renouvellement de leurs subventions à une obligation de résultat, avec des taux de sorties en « emploi durable », ces structures sont évidemment tentées d’agir en amont dans le recrutement de leurs publics en accentuant la sélectivité aux dépens des moins employables. » On est donc d’accord.

 Des limites à la gouvernance…

Page 14, dopés par l’affaire du breton Keriel, les actionnaires de la Société Générale sont venus nombreux à l’Assemblée générale – « L’atmosphère est électrique… » – et réclament la démission du PDG. Peine perdue, « toutes les résolutions ont été adoptées ». La gouvernance, tant promue, a quand même des limites.

 De l’exemplarité des élites…

Une page entière, la 17, « Portrait » de Patricia Barbizet, bras droit de François Pinault. Qu’on se rassure, ici pas de problèmes de radiation par l’ANPE ou de risque de basculer comme travailleur pauvre : la rémunération de cette fringante quinquagénaire, « reste secrète, est réputée très élevée » ; elle est « propriétaire de l’appartement qu’occupait Roger Martin du Gard dans un hôtel particulier de Saint-Germain, où elle organise régulièrement des dîners parisiens. » Elle avait créé en 1992 Artémis, « structure patrimoniale de l’empire (de François Pinault) », avait été condamnée pour « enrichissement indu » (affaire Executive Live), ce qui ne l’empêche pas Le Monde de la présenter comme « Une artiste de la finance ».  Ceci étant, pour lot de consolation, il n’y a pas que chez nous : p. 6, on apprend que Ehoud Olmert, premier ministre israélien, a reçu environ 500 000 dollars généreusement remis dans des enveloppes (comme à l’UIMM) par l’homme d’affaires américain Morris Talansky. De l’exemplarité des élites.

 Travailler moins pour apprendre plus

Page 20, « Un Munich pédagogique » est annoncé par Antoine Prost, historien de l’éducation : « Une catastrophe est en marche… La suppression de deux heures de classe dans l’enseignement primaire et la semaine de quatre heures… Le forfait s’accomplit dans l’indifférence générale. » L’universitaire ne mâche pas ses mots : « Ceux qui se prétendent démocrates et défenseurs du service public et ne dénoncent pas aujourd’hui cette entreprise sont des menteurs », « Il ne faut pas se payer de mots », « Je dénie à quiconque ne proteste pas aujourd’hui de toutes ses forces contre cette mesure le droit d’ouvrir demain la bouche pour déplorer cet échec majeur », etc. En France, il y a 140 jours de classe contre 210 au Japon, 200 en Italie et au Danemark, 190 en Grande-Bretagne, etc. Pour Antoine Prost, les comparaisons internationales qui nous placent en mauvaise place (10 à 15% des élèves entrés en 6ème sont incapables de suivre) exigeraient plus de temps de travail réparti sur six jours : « J’attends qu’on m’explique comment des programmes plus copieux contribuent au resserrement sur les fondamentaux et comment on apprend plus et mieux en travaillant moins. » Monsieur Darcos s’y emploiera, peut-être sans grand enthousiasme puisque cette mesure lui aurait été imposée par « un président qui n’a décidemment pas besoin de réfléchir pour décider. »

 Silence ETT…

Ah oui, contrairement aux messages quotidiens durant des semaines, pas de publicité des ETT ce jour dans Le Monde. Les entreprises de travail temporaire, qui vantaient leur savoir-faire dans l’insertion des jeunes et leur conscience citoyenne heurtée par les résultats de celle-ci en France comparativement à d’autres pays, pensent avoir convaincu. Il est vrai, pure coïncidence, que l’appel d’offres Plan Espoir Banlieues est clos…

(1) «Quand on regarde les forces en présence et les soutiens de l’un et de l’autre, on craint chaque jour un peu plus un nouveau congrès de Rennes et on ne peut être que dépité», soupire le premier secrétaire de la fédération du Nord, Gilles Pargneaux. » (http://www.mediapart.fr/

 

 

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commentaires
  1. Mr TANG dit :

    Merci Mr Labbé, pour ces réflexions au fil du quotidien.
    Cela fait ressortir que le projet politique du gouvernement semble être « faire des économies ». Peu importe sur quoi elles portent et donc peu leur importent les conséquences semble-t-il.
    Peut-être parce qu’ils font partie des personnes qui mettront leurs enfants dans le privé et que ceux-ci ne souffriront pas du chômage ou de la précarité… pensent-ils?

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