Demandeurs d’emploi : sous les statistiques, plage ou pavés…

Publié: mai 30, 2008 dans Politiques d'emploi

On n’échappe pas à l’annonce rituelle des chiffres du chômage. Suivant l’adage « Le regard fait l’objet », celle-ci est l’occasion soit de se réjouir, soit de relativiser en replaçant ce résultat selon une temporalité et/ou selon des catégories de demandeurs d’emploi fin de mois (DEFM) permettant des appréciations plus optimistes.

 Ainsi, en avril et en données CVS (corrigées des variations saisonnières), le nombre de DEFM inscrits en catégorie 1 (voir ci-dessous la nomenclature des 8 catégories) a diminué de 0,4% (-8 400, 1 896 600 DE). Sur un an et en France métropolitaine {sans doute la Réunion, la Martinique, etc. ne disposent pas d’internet, les services de l’État transmettant par bateau leurs statistiques…(1)}, le nombre de DEFM catégorie 1 a de la sorte décru de 5,7 %, indiquent les statistiques publiées jeudi 29 mai 2008. Parfait. D’ailleurs Mme Christine Lagarde, ministre de l’Économie, de l’Industrie et de l’Emploi, « prend note avec satisfaction de ce repli du nombre de chômeurs qui intervient dans un environnement économique international difficile, caractérisé par un prix du pétrole très élevé. » Elle « se réjouit en particulier de la forte baisse du nombre de chômeurs de longue durée en avril (-2,8%) qui confirme une tendance au repli observée depuis de nombreux mois. »

 Il faut cependant aller creuser sous les statistiques d’avril pour constater que le nombre de DEFM moins de 25 ans inscrits en catégorie 1 a augmenté de 1,3%, celui des 25-49 ans diminuant de 0,9% et celui des 50 ans et plus étant quasi-stagnant (- 0,2%).

Dès lors que l’on ne se limite pas à la catégorie 1 mais qu’on agrège la catégorie 6 (DEFM ayant exercé une activité occasionnelle ou réduite de plus de 78 heures dans le mois), l’évolution du chômage passe du versant plage – diminution de 0,4% – au versant pavés – augmentation de 0,3%.

Agrégeant les catégories 1, 2, 3, 7 et 8, le chômage augmente de 0,3% en avril mais a diminué de 5,7% en un an. Le nombre de DEFM âgés de 25 à 49 ans diminue de 0,9% et celui des 50 ans ou plus de 0,2% ( – 5,6% sur un an).

Le nombre de demandeurs d’emploi de catégorie 1 et 6 augmente de 0,3% en avril.

Toujours en avril, le nombre de chômeurs de longue durée (CLD) de catégorie 1, inscrits depuis au moins un an à l’ANPE, diminue de 2,8%. Parmi eux, le nombre de chômeurs inscrits depuis un à deux ans et celui des inscrits depuis deux à trois ans (CTLD) décroissent respectivement de 2,7% et de 3,8%.

Fin avril, 2 006 400 DEFM étaient inscrits en catégories 1, 2, 3 hors activité réduite. Leur nombre reste stable (+ 500) sur un mois. Sur un an, ce nombre a décru de 7,2%.

Le nombre de DEFM de catégories 1, 2, 3, 6, 7, 8 (y compris ceux qui ont exercé une activité réduite) augmente de 0,3% en avril. Sur un an, ce nombre a reculé de 5,7%.

Le nombre des inscriptions en catégorie 1 enregistrées à l’ANPE au cours des trois derniers mois a augmenté de 4,1% par rapport aux trois mois précédents. Les entrées faisant suite à un licenciement économique augmentent (+2%), de même que celles faisant suite à un licenciement pour un motif autre qu’économique (+5,2%). Les entrées consécutives à une fin de CDD, celles concluant une fin de mission d’intérim ainsi que le nombre de premières entrées sont en hausse (respectivement +2,8%, +12,2% et +12,6%).

Quant aux sorties de l’ANPE au cours des trois derniers mois, elles n’augmentent que de 0,7% par rapport aux trois mois précédents. Le ministère indique les sorties « pour reprises d’emploi déclarées » et pour « entrées en stage » mais ne précise pas qu’elles sont les sorties pour radiation. On remarque que les chiffres concernant les catégories 4 et 5 ne sont pas communiqués (stagiaires et contrats aidés), confirmant  la « théorie du glissement de catégories » qui, selon Fabienne Brutus, correspond à une volonté de « camoufler en masse les chômeurs » (2).

On peut lire sur le site du ministère (http://www.travail.gouv.fr/etudes-recherche-statistiques-dares/statistiques/chomage/mots-du-chomage/demandeurs-emploi.html) « Les statistiques sur le « marché du travail » privilégient les demandeurs d’emploi « de catégorie 1 », c’est-à-dire, ceux qui recherchent un emploi à temps plein, en contrat à durée indéterminée et qui n’ont pas travaillé plus de 78 heures au cours du mois- les demandeurs d’emploi peuvent en effet avoir une « activité réduite » tout en restant inscrits pour éviter un éloignement du marché du travail. » Ce qui fait écrire à Patrick Salmon « En définitive, le nombre mensuel de demandeurs d’emploi livré en pâture aux médias est un nombre bien épuré ! » (3). Il ne prend pas en compte la notion d’activité réduite : en 1995, l’ANPE s’est rapprochée du classement du Bureau international du travail (BIT) en reclassant les chômeurs « subjectifs », qui s’estiment sous ou mal-employés, en les extrayant de la catégorie 1 pour être rangés dans la catégorie 6. Pour les catégories 1, 2, 3, 6, 7 et 8, les demandeurs d’emploi sont tenus d’accomplir des « actes positifs de recherche d’emploi ». Le taux de chômage est désormais calculé trimestriellement par l’Insee en suivant les normes du BIT : « … seul concept permettant les comparaisons dans le temps et dans l’espace. Il représente la proportion de chômeurs dans la population active (personnes en emploi ou au chômage). Pour être considérée comme chômeur au sens du BIT, une personne doit satisfaire simultanément aux trois critères suivants : être sans travail (ce qui exclut d’avoir travaillé au moins 1 heure pendant une semaine de référence donnée) ; être disponible pour travailler, sur un emploi salarié ou non salarié ; être à la recherche d’un emploi (ce qui suppose des démarches effectives). »

Pour le collectif Les autres chiffres du chômage, qui regroupe entre autres Le réseau d’alerte sur les inégalités (http://www.inegalites.fr/index.php), le Mouvement national des chômeurs et précaires (MNCP, http://www.mncp.fr/index.html ), « la dérive des chiffres de l’ANPE reflète davantage une gestion de plus en plus agressive des listes de demandeurs d’emploi qu’une réelle diminution du chômage… » et « le changement de mode de calcul pour s’aligner sur Eurostat suffit à lui seul à faire baisser sur le papier le taux de chômage d’environ un point. »(4)

 

Nomenclature des catégories

Catégorie 1 : personnes sans emploi, immédiatement disponibles, recherchant un CDI à temps plein et à durée indéterminée, ayant éventuellement exercé une activité occasionnelle ou réduite d’au plus 78 heures dans le mois.

Catégorie 2 : personnes sans emploi, immédiatement disponibles, recherchant un CDI à temps partiel.

Catégorie 3 : personnes sans emploi, immédiatement disponibles, recherchant un CDD, contrat temporaire ou saisonnier.

Catégorie 4 : personnes sans emploi, non disponibles immédiatement, recherchant un CDD ou un CDI, à temps plein ou partiel (par exemple, un stagiaire).

Catégorie 5 : personnes pourvues d’un emploi, recherchant un autre emploi en CDD ou CDI, à temps plein ou partiel (par exemple, un emploi aidé).

Catégorie 6 : personnes sans emploi, immédiatement disponibles, recherchant un CDI à temps plein et ayant travaillé plus de 78 heures dans le mois précédent.

Catégorie 7 : personnes sans emploi, immédiatement disponibles, recherchant un CDI à temps partiel et ayant travaillé plus de 78 heures dans le mois précédent.

Catégorie 8 : personnes sans emploi, immédiatement disponibles, recherchant un CDD, contrat temporaire ou saisonnier et ayant travaillé plus de 78 heures dans le mois précédent.

 

 

 


(1) En fait, « les demandeurs d’emploi des départements d’outre-mer ne sont pas comptabilisés en catégorie 1. Il en est de même pour les chômeurs âgés : « bénéficiant » de la dispense de recherche d’emploi, ces chômeurs n’entrent pas dans la statistique mensuelle du chômage. » Patrick Salmon, Chômage, le fiasco des politiques, 2006, Balland, pp. 83-84. Selon l’INSEE de la Réunion (Tableau économique de la Réunion, édition 2006-2007), le taux de chômage réunionnais était de 31,9% en 2005… dont 56,0% pour les 15-24 ans. On recensait, au 31 décembre 2005, 16 805 jeunes DEFM (catégories 1, 2 et 3 exclusivement).

(2) Fabienne Brutus, Chômage, des secrets bien gardés, 2006, Jean-Claude Gawsewitch éditeur, p. 22.

(3) Patrick Salmon, op. cit., p. 83.

(4) « Chiffres du chômage : le vrai débat », Le Monde, 10 octobre 2007.

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commentaires
  1. memel45 dit :

    arrêtez de nous prendre pour des gogols et des beugnots
    j’entends parler de plus en plus de chomeurs radiés de l’ANPE qui vont aller grossir le rang des sans abris ( bientôt plus de place sous les ponts) et je viens de lire un tract de THYSSEN KRUPP SODEFIT ( suppression d’emploi de 448 emplois sur le site d’Amilly (45), 383 emplois sur le site de Vendôme(41) et 167 emplois sur le siege social). erratum de Bercy, tout va bien, hausse du chomage de 0,4 % au mois d’avril.

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