Au sujet de la préface par Robert Castel de L’insertion malgré tout…

Publié: mai 29, 2008 dans Au gré des lectures, Insertion/missions locales, Politiques d'emploi

Le professeur de psychologie sociale et président de Transfer (méthode IOD) Denis Castra, auteur en 2003 de L’insertion professionnelle des publics précaires, sévère procès pour motif d’ « handicapologie » du travail d’insertion, vient de publier un second ouvrage, cette fois avec Francis Valls, L’insertion malgré tout. Francis Valls est également psychosociologue, administrateur de Transfer et « l’un des pères et concepteurs d’IOD ». Le premier ouvrage était préfacé par François Dubet qui y avait vu un livre qui « donne un peu le vertige… fondamentalement politique… », en particulier à partir de la critique de la « norme d’internalité {qui} est beaucoup plus qu’une manie de psychologues et de travailleurs sociaux… » En son temps, j’avais réagi à cet ouvrage dans les pages de la revue Partage . Cette fois c’est Robert Castel qui préface L’insertion malgré tout. Je vais au front à nouveau… me limitant à la préface. A vous d’apporter vos pierres à l’édifice – adhésion, réfutation, laudation, protestation… – les commentaires étant non seulement possibles mais souhaités.

 

Cher Monsieur Castel.

 C’est le lot de la célébrité, vous ne me connaissez pas mais, moi, je vous connais : depuis Les métamorphoses de la question sociale(1), je crois qu’aucun de vos ouvrages ne m’a échappé – vous m’en avez dédicacé un – et chaque lecture a été une aide précieuse pour penser le social. Nous avons failli nous rencontrer il y a peu de temps si vous n’aviez été grippé, alors que vous deviez co-animer une conférence avec Alain Renaut à Rennes. Je vous avoue que, des deux conférenciers, vous aviez ma préférence… sans doute la mémoire rancunière de La pensée 68 (2) n’y étant pas étrangère… Bref, pour moi, Robert Castel est quelqu’un qui, bien sûr, «  mérite le déplacement » et qui fait partie des quelques grands auteurs nécessaires pour comprendre ce social si complexe !

 Succédant à François Dubet pour L’insertion professionnelle des publics précaires (3), vous venez de préfacer un nouvel ouvrage de Denis Castra associé cette fois à Francis Valls, L’insertion malgré tout(4), qui présente et promeut la méthode « IOD », intervention sur l’offre et la demande, particulièrement mise en œuvre dans des plans locaux d’insertion par l’activité économique (PLIE) et, dans une nettement moindre mesure, dans des missions locales. A celles-ci, j’ai consacré quelques ouvrages jusqu’à la réédition commentée avec l’ANDML du « Rapport Schwartz » l’année dernière. Cependant, bien plus que ces écrits, les missions locales se sont progressivement imposées comme matière quasi-exclusive de mon travail de sociologue : pour y passer l’essentiel de mon temps professionnel depuis des années, je les connais, je crois, assez bien. C’est donc à partir de cette connaissance impliquée, dont certes on pourra dire qu’elle ne garantit pas une distance épistémologique, que je souhaite revenir sur deux ou trois points des sept pages de votre préface. A vrai dire, je me contenterai de la première partie de cette dernière, excluant votre présentation d’IOD et en restant d’une part à la problématique de l’insertion professionnelle et/ou sociale, d’autre part à celle des notions de projet et de norme d’internalité.

 

Parlons un peu d’insertion…

 Oui, Monsieur Castel, vous avez raison de dénoncer un jeu de chaises musicales. Cependant soyons aussi objectifs, ce jeu ne s’applique « que » pour une partie des personnes en insertion, sans aucun doute toujours trop d’autant plus qu’inévitablement celles-ci sont toujours les moins dotées : capital social, culturel, économique… « La file d’attente », dit-on. Que les moins dotés piétinent est évidemment un problème grave mettant en cause les principes de justice puisque, comme l’écrit Simon Wulh, « … une politique générale d’insertion ne peut donner lieu à une appréciation positive, quel que soit par ailleurs le degré d’accomplissement des autres objectifs, si elle n’enclenche pas de progrès décisifs au plan de l’intégration des moins qualifiés. »(5)

Nous serons, je pense, d’accord sur le fait que la centralité du travail dans la constitution et le maintien identitaires est indéniable et que le fait de ne pas travailler produit par capillarité des effets destructeurs sur les personnalités, une spirale entropique, qui augmentent les seules difficultés professionnelles (qualification) et justifient l’indissociabilité des insertions professionnelle et sociale.

Je viens d’écrire que la centralité du travail est indéniable mais, en réalité, vous savez que celle-ci est plus complexe que cela et qu’elle ne peut être expédiée par des formules telles que « … quoiqu’en disent quelques philosophies à la mode sur sa fin ou son déclin » (Castra, Valls, p. 27) faisant référence à – certainement –  Rifkin, Méda et – peut-être – Gorz.

Elle obéit tout d’abord à l’adage « Suis-moi je te fuis, fuis-moi je te suis » : le travail est d’autant plus important qu’on en est privé et, inversement, d’autant moins qu’on est actif occupé(6). D’autre part et singulièrement pour des jeunes qui rencontrent d’importantes difficultés d’insertion, le travail peut être secondarisé : prévoyant ces difficultés, ils font en quelque sorte de nécessité vertu et parfois investissent dans d’autres modalités de construction identitaire (7). D’autres jeunes éloignent psychiquement toute représentation du travail, à tel point que l’idée même de travail en devient pour eux irréelle. Mais cette centralité du travail est et n’est aussi qu’une construction sociale, elle n’est pas un donné naturel et l’on peut s’interroger sur la signification, en fait l’intention idéologique, qui sous-tend le fait que « Jamais l’idéologie du travail-valeur n’a été affichée, proclamée, ressassée aussi effrontément et jamais la domination du capital de l’entreprise sur les conditions et le prix du travail n’a été aussi indiscutée. »(8). Votre plaidoyer pour une hiérarchisation de l’insertion au bénéfice de son volet professionnel et subséquemment aux dépens de son volet social alimente cette idéologie car « L’éloge des vertus et de l’éthique du travail dans un contexte de chômage croissant et de précarisation de l’emploi s’inscrit dans une stratégie de domination : il faut inciter les travailleurs à se disputer les emplois trop rares, à les accepter à n’importe quelles conditions, à les considérer comme intrinsèquement désirables, et empêcher que travailleurs et chômeurs s’unissent pour exiger un autre partage du travail et de la richesse socialement produite. »(9)

 Vous le savez bien : la première cause des difficultés d’insertion professionnelle est la sélectivité du marché du travail, autrement dit elle est dans les mains des employeurs. Certes, de façon volontariste, on peut chercher à modifier leurs représentations et leurs pratiques et y parvenir, par exemple pour la moitié des 25 000 personnes prises en charge par la méthode IOD (soit 12 à 13 000 personnes), mais de là à penser que cela fonctionnera pour tous ceux et celles qui en d’autres années plus glorieuses auraient trouvé sans encombre leur place est une autre affaire : optimisme de la volonté… (10). 50% de réussite, c’est-à-dire d’accès à l’emploi, c’est un score honorable. Celui des missions locales est de 40% mais cette fois pour un million deux cent mille jeunes accueillis chaque année dont seuls 26% sont titulaires au moins du baccalauréat(11). A signaler également, les conseillers de mission locale ont « en suivi » jusqu’à 200 jeunes chacun… Je viens d’achever une étude à partir de 35 000 jeunes passés par les missions locales de Bretagne (12) et, dès lors que l’on identifie leurs situations depuis leur sortie et jusqu’à deux années, 56,7% sont en emploi, 14,4% en formation, 23,3% au chômage alors qu’ils étaient 66% à l’entrée en mission locale. Reste à déterminer ce qui, dans cette insertion (relativement) stable – qui sait de quoi demain sera fait ? – revient à la part propre du dispositif, à celle de l’aléatoire et à celle d’une évolution transformant lentement mais tendanciellement une partie des contrats précaires en contrats stables. L’évaluation n’est pas une mince affaire tant dans ses critères officiels  – « emploi durable » dans le précariat ?(13) – que dans sa recherche de causalité puisque, au bout du compte, il faudrait pouvoir répondre à la question « Que se serait-il passé si ce dispositif n’avait pas été là ? »… Ce n’est d’ailleurs pas autre chose que vous écrivez dans Les métamorphoses de la question sociale : « Il serait tout à fait mal venu de critiquer d’une manière unilatérale ces politiques {d’insertion}. Elles ont à coup sûr évité bien des explosions et bien des drames, même si cette action n’est pas facilement « évaluable ». » (p. 690).

 Cependant, Monsieur Castel, là où je vous suis encore moins, c’est dans certaines conclusions que vous déduisez de votre conception de l’insertion. Si ses déterminants historiques sont de toute évidence économiques – la fin de l’État Providence, le post-fordisme, l’enterrement des Trente Glorieuses – mais aussi idéologiques – et si vous avez raison de souligner la concomitance entre la montée en charge des politiques d’insertion, le triomphe de l’entreprise et l’abandon des idéaux démocratiques – les effets du chômage sont loin de n’être que cantonnés à la sphère professionnelle, comme d’ailleurs l’implique l’importance du travail qui ne se limite pas à sa seule dimension instrumentale mais englobe les dimensions sociale et symbolique. Perte d’emploi, perte de soi écrit avec raison Danièle Linhart (14), ce à quoi je pourrais ajouter que ce n’est pas qu’une question de perte d’emploi, qui implique d’en avoir eu un, mais également et en particulier pour les jeunes d’inaccessibilité, d’un emploi-horizon. Ainsi, lorsque l’éloignement à l’emploi perdure, arrive un moment où tout ce qui constitue l’identité du sujet se combine inextricablement (« rétroaction amplificatrice ») et que combler une perte d’emploi n’est absolument pas la garantie de restaurer l’identité. Un ami directeur d’ANPE aimait à répéter que « la première cause du chômage est le chômage », c’est-à-dire que plus on est au chômage, plus il est difficile de s’en échapper. Peut-on croire, à partir de là, qu’il suffirait de fournir un emploi pour que la métamorphose s’opère, c’est-à-dire que tout ce qui a été cassé soit remis d’aplomb ? Non, Monsieur Castel, « ça ne fonctionne pas comme cela ». Malheureusement d’ailleurs.

 L’idée-clé et fondatrice de Bertrand Schwartz, que j’ai le bonheur de connaître un peu et que vous citez, est celle de l’indissociabilité de ces dimensions, ceci s’inscrivant comme vous le savez dans une généalogie intellectuelle et politique où l’on trouve l’éducation populaire, l’éducation permanente, le solidarisme, la « 3ème voie » social-démocrate, etc.

 Le rapport fondateur de Bertrand Schwartz est pourtant clair, explicite, parfois même redondant : ce n’est pas l’insertion professionnelle ou sociale mais c’est l’insertion professionnelle et sociale (15)… et le fait que « professionnelle » précède « sociale » n’a aucune signification d’ordre d’importance, encore moins de subordination, contrairement à ce qui est glissé par Denis Castra et Francis Valls lorsque, citant le titre de ce même rapport, ils ajoutent entre parenthèses « et non l’inverse » (L’insertion malgré tout, p. 13). Il faudrait que l’on m’explique comment procéder, dès lors qu’il y a deux adjectifs et qu’ils ont l’un et l’autre non seulement la même importance mais qu’ils constituent associés le cœur de la problématique, pour les placer sans que cela soit pas traduit en termes de hiérarchisation ! « L’insertion professionnelle correspond à ce qu’on a appelé jusqu’ici l’intégration » écrivez-vous dans Les métamorphoses de la question sociale (p. 697). J’ai proposé un autre raisonnement : l’insertion (professionnelle et sociale) n’est pas une finalité mais un processus qui vise une finalité, l’intégration, celle-ci reposant sur l’autonomie sociale et sur l’indépendance économique. Au premier pilier, l’autonomie sociale (16), correspond le processus de l’insertion sociale alors qu’au second pilier, l’indépendance économique, s’accole l’insertion professionnelle. Bien entendu, cette proposition est contestable puisqu’elle sous-entend que la finalité qu’est l’intégration est moins un processus qu’un état, c’est-à-dire une situation stabilisée. Or nous savons que désormais l’avenir est plus fait de discontinuité que de stabilité… Cependant, particulièrement en ce qui concerne les jeunes, l’évolution temporelle tendancielle va, sinon vers la stabilité, du moins vers moins d’instabilité. Bref, l’intégration n’est pas synonyme d’insertion professionnelle mais d’insertion professionnelle et sociale aboutie ou, du moins, consolidée. Ce qui implique que l’accompagnement de celles et ceux qui éprouvent des difficultés d’intégration soit professionnel et social. Et peu importe l’ordre puisque les professionnels sont renvoyés au fait que, pour l’un, l’accès à un emploi permettra de résoudre les problèmes sociaux alors que, pour l’autre, il faudra régler ceux-ci pour accéder à l’emploi. « Les faits têtus », Monsieur Castel, comme l’exprimait un géant…

Le projet

 Et revoilà pour la nième fois la critique du projet, toujours avec le même argument – le diktat du projet – selon lequel « responsabiliser un demandeur d’emploi en lui faisant construire un projet, dont la finalité est d’ailleurs toujours aléatoire, c’est risquer de le condamner à l’échec et de le culpabiliser au lieu de l’aider… » (p. 7). Même si je me suis déjà maintes et maintes fois expliqué sur ce point jusqu’à ces derniers jours et dans la revue Territoires de mai, il me faut revenir en trois points – et pas plus, il faut que je m’économise – sur cette critique.

– Le projet, une façon de naviguer dans l’incertitude… Ce n’est pas un programme, c’est plastique et c’est le projet de la personne.

– Le vrai diktat n’est pas celui du projet mais de la vacuité du projet

– C’est vraiment très peu considérer les intervenants sociaux que de croire qu’ils appliqueraient sans réflexion une injonction de projet à leurs usagers. Il est vrai que, selon un des deux auteurs que vous préfacez, Denis Castra, ces intervenants incultes « en quête de nouveaux modèles, concepts (si ce n’est de nouvelles recettes) se sont appropriés une notion qu’ils ont bien sûr dissociée de ses origines (d’ailleurs multiples : du siècle des lumières à Sartre et Heidegger)… » (17)

 

La norme d’internalité

 Enfin la « norme d’internalité », c’est-à-dire et pour aller (très) vite, le processus par lequel des populations intériorisent sous la pression inductive, démocratique, libérale (et non par une autorité brutale) des intervenants sociaux le fait que les responsabilités de leur situation sont à rechercher en eux-mêmes (interne : leurs faiblesses, leurs méconnaissances, leur employabilité médiocre, etc) et non à l’extérieur (externe, comme par exemple dans la sélectivité du marché, l’oppression, etc.). Nicole Dubois explique cela parfaitement dans La norme d’internalité et le libéralisme (1994, Presses Universitaires de Grenoble). Denis Castra, le même que vous dédicacez, avait poursuivi sur le thème de cette norme d’internalité et écrivait en 2003 « La plupart des acteurs de ce système {d’insertion} – à part les intéressés eux-mêmes, nuance importante – doutent de l’employabilité des bénéficiaires des dispositifs, insistent sur les manques et handicaps qui les caractérisent, s’engagent dans des pratiques fortement individualisées évoquant la relation thérapeutique. Ces représentations et pratiques risquent de construire et de pérenniser des carrières d’exclus de l’emploi. » (p. 140) et « Ces représentations invalidantes, en forme d’handicapologie, semblent donc faire l’objet d’un consensus assez large dans la sphère de l’insertion, voire au-delà. La question reste posée de savoir si ce consensus n’est pas lui-même excluant, non en ce qu’il initie l’exclusion professionnelle mais en ce qu’il la naturalise par attribution interne. » (p. 130). Avec une directrice, Anne fayolle, et un président, Gino Mousseau, de missions locales (Rennes et Thouarcé), nous avions répondu à Denis Castra dans la revue Partage.

Et voilà que, dans votre préface, vous reprenez cette thèse : « … la centration du travail d’insertion sur l’individu précarisé, sa trajectoire personnelle, les aléas de son existence, ses manques et ses déficiences, risque de réduire les pratiques sociales visant le retour à l’emploi à des stratégies psychologiques et psychologisantes. Elles seront alors commandées par la « norme d’internalité » qui consiste à chercher dans la structure interne de l’individu à la fois les raisons qui rendent compte de sa situation et les remèdes qui pourraient lui permettre de s’en sortir. » (p. 7). Non, Monsieur Castel, ce que vous redoutez – avec raison si tel était le cas – ne correspond pas à la réalité du travail d’insertion des missions locales, plus largement du secteur de l’insertion. Si ce le fût, ce qui resterait à démontrer et qui en tout état de cause ne l’aurait été que partiellement, le travail des conseillers-ères ne l’est plus : il combine professionnel et social parce qu’il part de la perspective des jeunes et qu’il ne procède pas d’une pensée disjonctive ; il conjugue le travail de socialisation « sur autrui », pour reprendre les mots de François Dubet, et le travail sur l’environnement, entreprises évidemment incluses. Pas une mission locale, aujourd’hui et sans même évoquer l’alternance présente dans l’histoire des missions locales depuis leur création, ne fait l’économie de multiples stratégies en direction du monde économique, du tutorat, de « chargés de relations entreprise » lorsque ce n’est pas de « pôle emploi ». Quant au « travail sur autrui », il faudrait m’expliquer comment on peut le faire sans écouter et sans prendre en compte, non en charge, la « trajectoire personnelle, les aléas de l’existence »… sauf à appliquer un programme, le même pour tous, c’est-à-dire à vouloir faire entrer des individus par définition singuliers, patatoïdes et à multiples facettes dans un moule rigide et parallélépipédique. 

 Vos intentions, Monsieur Castel, ne sont certainement pas en cause ici. J’en suis convaincu depuis que j’avais lu sous votre plume, toujours dans Les métamorphoses de la question sociale, l’expression d’une sympathie : « C’est l’honneur (mais aussi peut-être le remords) d’une démocratie que de ne pas se résigner à l’abandon complet d’un nombre croissant de ses membres dont le seul crime est d’être « inemployables ». Mais ces tentatives ont quelque chose de pathétique. » (p. 699). Cette conviction s’était renforcée, trois années plus tard en 1998, lorsque, prenant le contre-pied de Michel Autès, vous écriviez « Il est donc sommaire d’opposer comme le jour et la nuit de nouvelles professions du social et les représentants archaïques de l’ancien travail social, d’autant que la relation de service n’est pas condamnée à répéter ce qu’elle était et que des innovations technologiques peuvent s’opérer dans ce cadre dans une logique de contractualisation et de construction de projets. » (si, si : vous avez bien écrit « projets » !) (18). Et vous poursuiviez « Les intervenants sociaux n’ont donc pas à entrer dans le jeu de vouloir éponger toute la misère du jeu social, pas plus qu’ils n’ont à culpabiliser de n’y point parvenir. » Rassurez-vous, ces intervenants n’ont pas, si tenté qu’ils l’aient eu un jour, cette ambition, conscients qu’ils sont de la faiblesse des moyens qui leur sont accordés. De la sorte, plutôt que d’opposer celles et ceux qui désormais seraient des « représentants archaïques » (les conseillers de mission locale un peu psychostroumpfs) et de vaillants professionnels éclairés grâce à IOD, observons ce qui est réalisé aujourd’hui dans les missions locales, revenons-en aux pratiques. Il ne s’agit donc pas de vos intentions mais, plus simplement, d’une actualisation des connaissances.

 

 


(1) Robert Castel, Les métamorphoses de la question sociale, 1995, Librairie Arthème Fayard.

(2) Alain Renaut, Luc Ferry, La pensée 68, 1988, Gallimard.

(3) Denis Castra, L’insertion professionnelle des publics précaires, PUF, 2003.

(4) Octares éditions, 2008

(6) Bien entendu avec des variations qu’il ne m’est pas possible de rappeler ici : investissements différents selon le sexe, la catégorie socioprofessionnelle, la classe d’âge, l’entreprise, l’autonomie dans le travail, etc. Lire Christian Baudelot et Michel Gollac, Travailler pour être heureux ? 2003, Fayard, Paris.

(7) Cf par exemple certains travaux de Laurence Roulleau-Berger.

(8} André Gorz, Misères du présent, Richesse du possible, 1997, Galilée, Paris, p. 98.

(9) André Gorz « Richesse sans valeur, valeur sans richesse », Cadernos IHV Ideias, n° 31, Sao Paulo, Unisinos, 2005 (réédité in André Gorz, Écologica, éditions Galilée, Paris, 2008, pp. 143-144).

(10) Précédé, vous le savez, d’un pessimisme de la raison que vous exprimez en rappelant que l’appel à la conscience citoyenne des chefs d’entreprise est « une invite qui ne peut faire de peine à personne, mais {dont} on peut douter de son efficacité lorsque les mêmes chefs d’entreprise sont par ailleurs autorisés, si ce n’est invités, à faire des gains de productivité par tous les moyens, y compris au détriment de l’emploi. » (Les métamorphoses de la question sociale, p. 690).

(11) DARES, Bilan d’activité 2006 des missions locales et PAIO, 2007.

(12) Philippe Labbé, Évaluation des valeurs ajoutées économiques de l’offre sociale des parcours d’insertion de jeunes en mission locale, Association régionale des missions locales de Bretagne, DRTEFP, 2008, cabinet Geste Grand Ouest.

(13) L’incongruité de l’évaluation à partir du seul critère d’accès à l’emploi durable devient de plus en plus patente au regard du fonctionnement du marché du travail… mais n’est pas un thème nouveau : Didier Gélot et Bernard Simonin posait déjà cette question en 1996 dans 40 ans de politique de l’emploi (DARES, ministère du travail et des affaires sociales, p. 317).

(14) Danièle Linhart (avec Barbara Rist et Estelle Durand), Perte d’emploi, perte de soi, 2003, éditions Érès, Ramonville Saint-Agne.

(15) Il n’y a donc pas « une ambiguïté fondamentale » entre ces deux insertions comme vous l’écrivez dans Les métamorphoses de la question sociale (p. 696).

(16) Elle-même composée de trois sphères poreuses, l’individuation, la sociabilité et le sociétal, renvoyant aux distances micro, méso et macro de la relation de la personne à son environnement.

(17) Denis Castra, 2003, op. cit., p. 83.

(18} Robert Castel, « Du travail social à la gestion sociale du non-travail », mars-avril 1998, revue Esprit n° 241, A quoi sert le travail social ? p. 43 et p. 45.

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