Au fil de la journée…

Publié: mai 26, 2008 dans Au gré des lectures, Illusionnisme

Deux poids, deux mesures…

 Le CNML vient de lancer un appel d’offres pour l’expérimentation du référentiel d’évaluation des missions de service public des missions locales, qui avait donné lieu à une édition en 2004 (http://www.cnml.gouv.fr/accueil/demarche-d-evaluation-des-missions-de-service-public-des-missions-locales.html). Depuis, on ne parlait pas de ce référentiel, guère activé sinon au gré de telle ou telle direction qui s’en souvenait… Le réseau des missions locales a une capacité d’amnésie documentaire remarquable : qui se souvient et, encore plus, s’appuie sur les référentiels qualité que la DIIJ avait conçus juste avant sa – brutale – disparition ? Faire et défaire…

 

Cette expérimentation – enfin ! – répond à un courrier de Madame Christine Lagarde (http://www.cnml.gouv.fr/accueil/actualite-du-conseil/christine-lagarde-precise-les-missions-du-cnml.html), laquelle écrivait le 7 janvier 2008 à Madame Françoise de Veyrinas, présidente du CNML : « Dans le contexte de la réforme du conventionnement des structures, ces recommandations s’appuieront sur une démarche d’évaluation de l’action des Missions locales, tant en ce qui concerne leur performance que leur offre de services. » Évaluer les missions locales sur la base de leurs missions de service public, voilà une bonne chose… dès lors que ces missions sont actualisées – il s’en est passé des choses en quatre ans, depuis la CPO jusqu’à l’ « efficacité » et la « performance » qui seraient désormais considérées comme de nouvelles valeurs émergentes selon le Livre blanc sur l’avenir de la fonction publique (avril 2008, http://www.ensemblefonctionpublique.org/livreblanc.htm ) ! Toutefois observons que les « OPP » (opérateurs privés de placement), inévitablement sélectionnés sur la base d’un « appel d’offres public » où les engagements précédaient la publication du cahier des charges (cf. sur ce blog : « Contrat d’autonomie : la relativité du temps »),  rempliront dans le cadre du Plan Avenir Banlieues et du « contrat d’autonomie », en lieu et place des missions locales, une mission de service public, l’accompagnement des jeunes rencontrant des difficultés d’insertion, sans pour autant être évalués à l’aulne des mêmes critères. Et l’on comparera sans sourciller, dans un ou deux ans, l’activité des uns et celle des autres sur des bases non-identiques. C’est ce que l’on n’appelle pas l’égalité de traitement (précisément un des critères définitoires de la mission de service public) ou, en langage populaire, « des choux et des navets ».

 

« Supprimer les 35 heures obligatoires »

 « On est unanime sur la volonté de supprimer les 35 heures obligatoires pour tout le monde », a déclaré Frédéric Lefebvre (porte-parole de l’UMP, né à Neuilly… décidément, quelle couveuse !), lors du point de presse hebdomadaire de l’UMP et dans la lignée du discours de Nicolas Sarkosy sur la politique de l’emploi, à Melun le 16 mai (1) « C’est vrai que la référence légale aux 35 heures n’est aujourd’hui plus qu’un symbole, et  « Patrick Devedjian a souhaité à juste raison revenir sur ce symbole » rapporte une dépêche AFP du 26 mai 2008. Oui, ce même Devedjian dont on connaît la fibre sociale et les engagements de jeunesse à Occident, rapportés dans Wikipedia : « Le 12 janvier 1967, une petite équipe d’Occident attaqua les comités Viêt Nam sur le campus de l’université de Rouen, la « rixe » politique entraîna l’interpellation rapide d’une vingtaine de membres du groupuscule, dont Gérard Longuet, Alain Madelin et Patrick Devedjian. Cette affaire alimenta la tendance paranoïaque des militants d’Occident, prêts à se soupçonner mutuellement de trahison. Patrick Devedjian figurait en tête de liste des « balances » possibles. Convoqué sous le prétexte d’une réunion, le jeune militant fut soumis à un interrogatoire musclé et à la baignoire. Complètement nu, il enjamba la fenêtre et se laissa pendre dans le vide avant d’être embarqué par une ronde de police. » (http://fr.wikipedia.org/wiki/Occident_%28mouvement_politique%29). Aux informations de France Culture, ce jour, un Frédéric Lefebvre doucereux, quasi-humaniste, insistait sur le qualificatif « obligatoires » : il faut laisser les Français travailler plus s’ils le souhaitent. Encore une fois, la rhétorique du sens commun et de l’évidence : qui serait contre la liberté individuelle ? Mais, à la réflexion, on se dit que cette « liberté » repose au bout du compte sur la disparition du droit – qui s’applique à tous – au profit de la négociation, par branche, par entreprise pour arriver à la personne et, bien sûr, « … les individus qui ont à affronter les transformations actuelles sont différemment configurés face aux règles du jeu social – beaucoup moins en raison de différences de nature que de différences dans les ressources dont ils disposent pour mener le jeu ou être menés par lui. » (2) Ce à quoi ajoute Robert Castel dans un autre ouvrage « C’est plus généralement la perpétuation d’un état d’insécurité sociale permanente qui affecte la plupart des catégories populaires. J’allais dire « qui infecte ». L’insécurité sociale n’entretient pas seulement la pauvreté. Elle agit comme un principe de démoralisation, de dissociation sociale à la manière d’un virus qui imprègne la vie quotidienne, dissout les liens sociaux et mine les structures psychiques des individus. Elle induit une « corrosion du caractère »… (3) Réduire le droit du travail pour tous à la négociation la plus microscopique possible, le sujet en situation de « subordination » face à l’employeur, c’est dissocier, infecter, encourager le chacun pour soi. Il sera toujours temps, le moment opportun, de colmater les brèches par une grande loi-cadre… par exemple de cohésion sociale.

 Le projet en débat

 Nicolas Leblanc, rédacteur en chef de – excellente revue – Territoires, m’informe par courriel « Je viens de mettre en ligne sur le blog de Territoires une très rapide synthèse du débat que Matthieu Warin a eu l’excellente idée de lancer sur la notion de projet dans les pages de notre revue, et de vos réponses respectives {Philippe Labbé « Réaction sur la dictature du projet », Territoires n° 488, mai 008, sur ce blog : « Deux ou trois choses au sujet de la dictature du projet », 13 mai 2008). J’espère que je n’ai pas, par ce biais trahi vos pensées. Vous pouvez donc continuer et élargir le débat (et inviter des connaissances à faire de même) par le biais des commentaires de cet article que vous trouverez au bout du lien suivant : http://revueterritoires.wordpress.com/2008/05/26/la-bataille-du-projet/. » Matthieu Warrin, ce jour, répond toujours par courriel  « Je viens de lire en souriant, tiquant, gloupsant, fronçant (…) nos échanges sur le projet. Sans doute me faudra-t-il quelque temps pour « contre attaquer » : les arguments argumentés de nos deux contradicteurs vont me donner du fil à retordre (d’autant qu’il me semble, comme l’indique Philippe Labbé, que nous avons des fondements communs). J’en appelle donc à celles et ceux qui se sont reconnus dans ma critique d’une méthode qui (j’insiste…) bousille notre capacité à inventer. » Si, donc, vous avez quelque analyse et opinion sur le projet, apportez votre pierre à l’édifice… 

 Un président de l’Unédic virginal…

 Docinsert, plusieurs fois recommandé ici, signale un article paru sur le site Le Post (http://docinsert.over-blog.com/article-19904822.html) qui concerne Geoffroy Roux de Bézieux, PDG de Virgin Mobile France et nouveau président de l’Unédic depuis le 14 mai. Extrait :  « Sans être mauvaise langue, je ne sais pas si ce PDG est vraiment au fait des problèmes des chômeurs. Car, Geoffroy Roux de Bézieux, nous dit l’hebdomadaire Marianne, se vante de gagner 300 000 euros par an. Et en plus, vendredi, le président de l’UNEDIC a reconnu sur RMC que son entreprise, Virgin Mobile France, n’employait aucun salarié de plus de 55 ans. » Exactement ce qu’il faut de congruence et d’authenticité pour mettre en œuvre, au titre du futur « opérateur unique » France Emploi, le plan seniors…

Ce monde est extraordinaire.

 

 


« Donc le premier travail qu’on a fait, c’est de permettre aux gens de travailler plus. C’est quand même une affaire extraordinaire ces 35 heures ! Il n’y a plus d’augmentation de salaire, il n’y a plus de discussion de salaire, donc socialement c’est une catastrophe, et économiquement, il n’y a pas un pays dans le monde qui nous a imités. Il y a bien quelque chose qui se passe. C’est le seul avantage des 35 heures, il n’y a pas besoin de déposer de brevet pour le protéger, personne ne vient vous chercher cette idée. » Pour l’intégralité du discours, avec en plus la vidéo, http://www.elysee.fr/elyseetheque/

 (2) Robert Castel, Claudine Haroche, Propriété privée, propriété sociale, propriété de soi, 2001, Fayard, p. 123.

(3) Robert Castel, L’insécurité sociale, 2003, Seuil  La République des Idées, p. 29.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s