Contrat d’autonomie : Robert Galley sauvera-t-il (encore) les missions locales ?

Publié: mai 21, 2008 dans Insertion/missions locales

La dernière réunion du Bureau du CNML avait à son ordre du jour  un point sur le renouvellement des contrats d’hébergement de Parcours 3 (la version 4 sera livrée le 9 juin), la convention pluriannuelle d’objectifs concernant les animations régionales, une présentation de dix propositions pour le logement et la signature d’un accord avec l’Institut de mécénat social et le CNML sur le développement d’actions communes en faveur de l’emploi. La réunion fût particulièrement vive, en particulier sur la « CPO animation régionale » où la DGEFP fût mise en cause avec son projet de circulaire transmis exclusivement à ses services et non au CNML (1). Rien ne pouvant demeurer longtemps secret, cette procédure strictement interne a choqué plusieurs membres tant sur la forme que sur le fond : «  Le non-respect des partenaires, quels qu’ils soient, est inquiétant. Cela voudrait dire que nous assistons à un total retour en arrière, une évolution complètement obscure de notre futur. Cela voudrait dire également un éclatement de l’existant. Sans être pessimiste, il est tout de même regrettable que le travail mené avec l’Etat et la région soit ignoré. » (ARML PACA).

Cependant l’actualité a forcé l’ordre du jour avec le contrat d’autonomie… Retenons des interventions celles de Pascale Gérard, conseillère régionale, et d’une figure tutélaire des missions locales, Robert Galley.

 Pascale Gérard : « Je sais que ce n’est pas à l’ordre du jour, toutefois c’est un sujet éminemment d’actualité, qui concerne le réseau des missions locales. Du point de vue de l’ARF, nous souhaitons dans cette instance dénoncer la façon dont se met en place le plan « Espoir Banlieues ». Un appel d’offres a été lancé pour le suivi des jeunes, qui pour nous est en contradiction avec les textes en vigueur. L’État ouvre aujourd’hui au marché privé tout un pan de la mission de service public du SPE, en l’occurrence celui qui était assuré par les missions locales. Outre le fait que cet appel d’offres a été lancé sans aucune concertation avec les régions, pour nous cela participe très clairement de la déconstruction du service public. Nous voulons dire notre opposition. Ce sont 250 M€ qui sont prévus pour arroser des opérateurs privés de placement dont le métier n’est pas le suivi ni le placement des jeunes, dont on sait que les coûts sont supérieurs à une gratuité, puisque c’est le travail du réseau des missions locales. Par ailleurs, les résultats n’ont pas été probants ; nous en avons une expérience avec les ASSEDIC. Je ne peux pas m’empêcher de dire que, derrière cet appel d’offres, derrière les propos tenus par la ministre et certains fonctionnaires, il y a cette désagréable ritournelle que nous entendons régulièrement, selon laquelle : si ces jeunes le voulaient, ils le pourraient. En gros : un peu de bonne volonté, on apprend à se lever le matin, et le tour est joué ! »

 

Françoise de Veyrinas : « Ce n’est ni tout l’un ni tout l’autre. »

Pascale Gérard : « Nous montons des politiques publiques en direction des jeunes depuis des années. Si cela fonctionnait ainsi, d’un coup de baguette magique, cela se saurait ! Nous sommes au cœur du métier des missions locales, avec cette nécessaire vision globale des jeunes et des problèmes qu’ils rencontrent (sociaux, de santé, etc.) Ce sont des missions locales pour l’insertion sociale et professionnelle des jeunes ; c’est l’intitulé complet du réseau. En tout état de cause, pour avoir lu très précisément cet appel d’offres, au niveau des régions, nous tenons à dire que nous ne reconnaîtrons pas ces opérateurs privés comme des prescripteurs. Il est bien précisé dans l’appel d’offres que ces opérateurs privés de placement pourront utiliser les dispositifs de droit commun, y compris les programmes régionaux de formation, donc a priori prescrire. Pour nous, cette mission de prescription est clairement une mission dévolue au service public de l’emploi et aux missions locales. C’est en contradiction totale avec la décentralisation et les compétences des régions. Pour nous, c’est non ! »

 Robert Galley : « On est dans un monde de fous, de cinglés ! Définir qu’en tant que service public de l’emploi les missions locales ont une mission, mais la confier à un appel d’offres en disant que les missions locales pourront y participer… Madame le président, avec toute l’affection que je vous porte, je pense que cette question est fondamentale pour l’avenir des missions locales. Je vais aller au bout de ma pensée. Une grande menace pèse sur nous tous, je l’ai déjà dit ici, dans cette assemblée. C’est qu’un jour, après la fusion ANPE/UNEDIC, nous nous trouvions placés dans une situation où le partenariat sera destiné à l’absorption et que nous disparaissions, que nous ne soyons qu’une branche de ce grand ensemble. A ce moment-là, on voit bien apparaître que le contrat d’autonomie pourrait être l’extérieur notre mission. »

 


[1] DGEFP-SD  ICS – MIJ « Projet de circulaire : les grandes lignes du conventionnement et le process d’élaboration des conventions » (avril 2008, 10 pages).

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commentaires
  1. David BEVIERE dit :

    Il a fallu attendre le 30 avril 2008 pour que quelques âmes sensibles s’émeuvent des risques qui pèsent sur le « modèle » original d’action publique que représentent les missions locales. Nous allons tout droit vers l’achèvement d’un processus auquel nombre des soi-disants représentants du réseau des ML ont amplement contribué : leur intégration au Service Public de l’Emploi en 2005, dans un des cercles concentriques de ce dernier qui les relèguent au rôle de supplétif ou de caution lorsque les jeunes des banlieues s’agitent de manière excessive, n’a satisfait que quelques directeurs en quête perpétuelle de notabilité mais a été une étape décisive de ce processus. Les accords-cadres successifs avec l’ANPE, que l’on a affublé du néologisme de « cotraitance » en forme de feuille de vigne masquant une relation de donneur d’ordre à sous-traitant, ont accrédité la thèse selon laquelle les ML ne sont finalement que des « ANPE jeunes », idée qui plaît tant aux esprits simples en mal de simplification et rationalisation. Le contrat d’autonomie ne fait qu’annoncer la mise en concurrence à laquelle le futur « mammouth de l’emploi » va procéder pour traiter ces jeunes demandeurs d’emploi si difficiles à caser. je suis impatient d’entendre comment les éminents représentants du réseau des ML (ou qui se revendiquent comme tels) vont se féliciter de cette nouvelle étape du « partenarait » entre les ML et l’ANPE !
    Merci à M. GALLEY pour sa lucidité toujours aussi aiguisée ! Sommes nous prêts à écouter encore un « vieux monsieur » (avec tout le respect et l’estime qu’on peut lui porter !) après avoir renoncé, pour beaucoup, à écouter les jeunes fonction éminente pour laquelle les ML ont été créées ? On peut en douter…

  2. Benoit Willot dit :

    L’article est passionnant, mais la dernière phrase de l’intervention de Robert Galley est, pour moi, obscure : « le contrat d’autonomie pourrait être l’extérieur notre mission. »

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