Recherche-action Synami-Schwartz : une troisième voie ? 1/2

Publié: mai 20, 2008 dans 1, Insertion/missions locales

Le Synami vient de rendre publique la synthèse de la recherche-action conduite avec Bertrand Schwartz, Écouter pour agir (http://pste.scup.fr/article.php3?id_article=433). Cinq grands constats sont posés :

«  1. Une insertion sociale et professionnelle de plus en plus difficile pour les jeunes des missions locales

2. L’écoute globale, une pratique fondamentale et un chantier permanent.

3. Les jeunes eux-mêmes, grands absents des politiques d’insertion.

4. Les objectifs des divers dispositifs ne permettent pas d’accompagner les jeunes pour qu’ils soient eux-mêmes acteurs de leur insertion.

5. Les missions locales deviennent des prestataires de services parmi d’autres au détriment des partenariats. »

Constatant que « les principes fondamentaux {sont} en péril » ( « écoute globale… », « capacité à construire avec les jeunes des actions {…} en disposant de mesures qu’on peut adapter », le « partenariat {qui} n’est pas une fin en soi » pour lequel on ne dispose plus de temps, hormis dans le domaine de l’emploi où les missions locales deviennent d’ordinaires « prestataires de services… », des « ANPE jeunes »), la synthèse se conclut par trois objectifs : « Faire entendre ce que vivent les jeunes des missions locales », « Développer des partenariats productifs » et « Accompagner la phase d’intégration des jeunes dans les entreprises ». Pour y parvenir, le Synami propose d’ « expérimenter une nouvelle approche territoriale de l’insertion des jeunes » : « Que les « accueillants » des différentes institutions laissent longuement les jeunes – ceux avec lesquels ils sont en contact, mais aussi les autres, ceux que l’on n’écoute jamais – dire ce qu’est leur situation et ce qu’ils font… Que cette « écoute globale » donne lieu, avec les jeunes, à une analyse collective des problématiques locales… Que l’accompagnement soit ensuite construit en utilisant avec souplesse les outils existants et en en créant de nouveaux en lien avec les initiatives locales. Cela suppose simplement (!) que les financeurs (locaux, nationaux, régionaux) acceptent de mettre les moyens d’intervention qu’ils détiennent dans une enveloppe globale et donnent la possibilité aux opérateurs locaux, travaillant en partenariat, d’adapter les différentes mesures dont ils sont porteurs. » En substance, il s’agit donc de revenir aux fondamentaux, dont l’écoute et l’innovation par l’expérimentation, sur la base d’une coordination des financeurs (on parle de « conférence des financeurs » dans l’hypothèse de CPO élargie à d’autres institutions que l’État) et d’un contrat de confiance (temps, globalité) incluant une évaluation dont les critères ne sont pas précisés mais dont on se doute qu’ils ne seront pas réduits au minimum de l’accès à « l’emploi durable ».

 

Le constat du Synami révèle un malaise important qui, on peut en être assuré à défaut d’être rassuré, est loin de n’être que l’apanage du secteur de l’insertion. François Dubet, dans Le Déclin de l’institution (2002, Le Seuil) posait le même diagnostic pour les travailleurs sociaux, les soignants et les enseignants et, si l’on veut s’extraire du social, on trouvera une copieuse littérature de Christophe Dejours (Souffrance en France. La banalisation de l’injustice sociale, 1998, Le Seuil) à Philippe Askénasy (Les désordres du travail, 2004, La République des idées-Seuil). Sans même lire ces ouvrages, feuilleter son quotidien suffit pour constater que le malaise n’est plus celui, chronique, des enseignants et qu’il n’épargne personne hormis, sans doute, les traders – Keriel excepté – et autres golden boys, ceux que Robert Reich appelait dans L’Économie mondialisée les « manipulateurs de symboles » (1993, Dunod). C’est-à-dire ceux qui disposent de tous les capitaux pour réussir (capital économique, social, culturel, symbolique et de mobilité). Exactement les capitaux qui manquent à ceux qui frappent aux portes des structures de l’insertion. Bref, cela ne va pas bien dans le monde et, au regard du nombre de mèches allumées, la seule question est « laquelle finira par parvenir au baril et quand ? » : de l’essence à la pompe aux services publics, des inégalités croissantes aux scandales financiers, de l’injonction des seniors au travail obligatoire à la jeunesse maltraitée… On pourra toujours dire « discours de Cassandre », néanmoins les conditions d’une conflictualité sociale sont réunies dès lors qu’on prend la peine d’écouter les « gens de peu » et les autres. Bref, ailleurs que sous les ors de la République où se cogitent des réformes dont la qualité principale, à l’écoute de leurs promoteurs, est le nombre : « cinquante-cinq en un an ! », entend-t-on sur les plateaux de télévision. Bigre…

 

Mais revenons à notre sujet. Si ces constats du Synami appellent, plus que l’adhésion, la mobilisation, ils ouvrent également un espace de débats, précisions, suggestions. D’autant plus que, les calendriers n’étant pas synchrones (la recherche-action était achevée avant la loi de février 2008, alors qu’on parlait peu de la réforme de l’État, particulièrement de la « RGPP » (Révision générale des politiques publiques), bien de ces nouvelles directives posent des questions majeures pour l’avenir du réseau : relations avec les maisons de l’emploi et avec l’opérateur unique France Emploi, opportunités ou menaces dans l’hypothèse d’une poursuite de la diminution du chômage (déjà certains présidents de mission locale envisagent de réduire la voile)… Toutes choses non-développées, juste évoquées : « A l’heure où se réorganise le service public de l’emploi, où se renégocient les modalités de la formation professionnelle, où se créent de nouveaux outils nationaux pour l’insertion… le risque est grand d’oublier que les situations que connaissent les jeunes sont de plus en plus diversifiées et complexes car elles sont de plus en plus dépendantes de l’évolution de leur environnement immédiat. C’est pourquoi l’approche territoriale et globale est essentielle pour assurer un réel accompagnement d’insertion. »

 Autant il est nécessaire, intellectuellement et éthiquement, de limiter les constats à ce qui a été exprimé, autant les propositions auraient pu s’en extraire et, actualisées, apporter des réponses aux évènements survenus entre la fin de la recherche-action et aujourd’hui dont les effets sur les missions locales risquent fort d’être déterminants. L’expérimentation sur la base du territoire et de l’approche globale n’est en effet guère plus que, vingt-cinq ans après, la mise en œuvre du projet initial de Bertrand Schwartz : des missions – donc expérimentales – locales – donc territoriales – prenant globalement en compte les jeunes, chaque jeune. Alors oui, Bertrand Schwartz avait raison. Alors oui, ses principes et ses valeurs, plus largement ceux de l’éducation populaire et permanente, sont toujours valides. Reste que ces principes et ces valeurs ne peuvent s’exonérer, dans leur confrontation au terrain, des contraintes politiques et sociétales… sauf à faire évoluer les missions locales dans un no man’s land institutionnel aussi enchanté que virtuel… gage assuré d’un désenchantement. Somme toute, il reste très probablement à trouver la « troisième voie », dont – sauf erreur – Bertrand Schwartz n’était guère éloigné, une voie autre que la reproduction exacte du projet originel et que, bien entendu, une reddition en rase campagne devant l’idéologie de l’efficience, de l’obligation de résultat et du quantitatif exclusif.


Le Livre Blanc sur l’avenir de la Fonction Publique (qui vient d’être remis le 17 avril 2008 par Jean-Ludovic Silicani au ministre du Budget, des Comptes publics et de la Fonction publique, Eric Woerth, et au secrétaire d’Etat chargé de la fonction publique, André Santini) propose un toilettage des valeurs de la fonction publique avec, à côté des valeurs « traditionnelles » (l’égalité, la continuité et l’adaptabilité, (http://www.ladocumentationfrancaise.fr/rapports-publics/084000231/index.shtml ) d’autres qui seraient « émergentes {et} parfois empruntées à l’entreprise, comme la performance et l’efficacité… »  Reste à savoir si la performance et l’efficacité peuvent être considérées comme des valeurs… car on peut lire dans Le déclin de l’institution : « Dans tous les cas, cette professionnalisation {à l’école, à l’hôpital ou dans le travail social} opère un déplacement de la légitimité, car la légitimité en valeur, celle qui repose sur le caractère « sacré » de l’institution, cède le pas devant une légitimité rationnelle, fondée sur l’efficacité du travail accompli et sur des compétences estampillées par des procédures légales. {…} Il en résulte un transfert des arguments de légitimation ; ils passent d’un registre vocationnel et individuel à un registre technique et collectif. » (p. 62).

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