Maximum vieillesse et bateau ivre.

Publié: avril 12, 2008 dans Illusionnisme

avril 2008 

 

Acte 1. Maximum vieillesse. C’est un petit article en page 10 du Monde du 24 avril, 

tout en bas à gauche. On y apprend l’existence à l’UIMM d’une « caisse de 

secours », l’EPIM, versant des compléments de retraite en liquide à ses dirigeants 

nécessiteux. Contrairement à la branche retraite de la sécurité sociale, cette caisse 

n’est pas vide mais riche de 600 millions d’euros. Ainsi Denis Gautier-Sauvagnac, le 

distributeur automatique de billets (DAB) des 19 millions d’euros en espèces, a 

reconnu  que, jusqu’en 2007, François Ceyrac avait perçu mensuellement 5000 

euros en liquide de complément de retraite. Sans ce secours, non déclaré donc non 

imposable, François Ceyrac, ancien président du CNPF (l’ancêtre du Medef) et 

aujourd’hui âgé de 95 ans,  ne serait probablement pas parvenu à joindre les deux 

bouts… même logé à titre gracieux dans une villa au Vésinet appartenant à l’UIMM. 

Il y est d’ailleurs toujours, preuve s’il en est de la fidélité constante du patronat à ses 

grands hommes méritants. 

 

Acte 2. Peanuts et Pactole sont dans un bateau. C’est l’ordinaire de l’étrange 

lucarne : une usine occupée, un plan social comme horizon, un espace de pneus 

enflammés pour protester et de braseros pour se réchauffer. Des cadres séquestrés. 

Du bout de gras négocié âprement : 2 000 € concédés par année d’ancienneté côté 

direction, 3 000 € réclamés côté ouvriers. Dénouement : la direction monte à 2 500 €, 

les cadres sont libérés, les prolétaires applaudissent. « On a gagné ! » 

Pour l’un, Pactole, l’âpreté au gain et le cynisme du propriétaire qui vient d’annoncer 

quelques centaines de millions d’euros de bénéfices nets. De toute évidence, 500 ou 

1 000 € de plus par tête n’affecteront pas les résultats. Il se bidonne, le Pactole.  

Pour les autres, Peanuts, allez, au bout de vingt ans, 50 000 €, le prix de la reddition  

soit dix mois de « secours » du vieillard nécessiteux. Enfin presque parce que là, il 

n’y a pas le logement gratis et c’est imposé. Ils ont donc gagné… pensez donc, 

lorsqu’on gagne un smic ou un smic et demi ! 

 

Acte 3. Le bleu des yeux de Parisot. De ces deux faits divers sans rapport entre 

eux autre qu’ici que déduire ? Côté EPIM, le bleu des yeux de Parisot ne suffit plus 

pour enrayer la dégringolade de l’exemplarité des élites entrepreneuriales : le 

dialogue social avec des délinquants en col blanc ? Côté Peanuts, l’évaporation au 

fond de la marmite du marché de l’identité ouvrière jusqu’à qu’il ne reste que son 

strict précipité instrumental, le salaire. Ce qui allait avec le travail – pas le job, pas 

l’emploi mais le métier, donc l’identité – n’a donc que le prix d’une valeur d’échange, 

vénale. 

 

« Perdre sa vie à la gagner », disait-il… L’exemplarité et l’identité sont solubles dans 

le marché, l’illusion y prolifère. Peanuts et Pactole sont en bateau. Sans gouvernail. 

Ivre. 

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