Katharina von Bülow est-elle efficiente ?

Publié: décembre 30, 2007 dans Au gré des lectures


Question posée le lendemain de Noël dans Le Monde par Katharina von Bülow : « Si chaque citoyen décidait d’aider obstinément un SDF à reconstruire sa vie, que se passerait-il ? » Trop facile : « Balayons ces atermoiements, au rancart les pleurnicheries sentimentales ! Aujourd’hui , c’est le résultat qui compte… » comme le rappelle (ironiquement), François Hannoyer dans le dernier numéro de Territoires, « le mensuel de la démocratie locale ». Et, pour compter ce résultat, on peut faire confiance à notre Président qui a engagé une « Révision générale des politiques publiques » dont nous ressentirons à court terme (juste après les élections municipales) les effets. En attendant, sachons comme beaucoup passer sans état d’âme de la mitterandadôlatrie à la sarkosy-attitude et, ainsi, mouliner au crible de l’évaluation le bel effort de Katharina von Bülow.

Appuyons-nous sur les cinq critères points de passage obligé d’évaluation, cela nous évitera la subjectivité, les dérives de l’humanisme et du droitdelhommisme. Un peu de sérieux, que diable !

– Premier critère, l’efficacité : atteint-on les objectifs fixés ? On peut en douter car, certes, Bernard S. « a un toit sur la tête et peut commencer à refaire sa vie » mais on est loin de l’obligation de résultat : il « peut commencer », la belle affaire !

– Deuxième critère, l’effectivité : Katharina von Bülow a-t-elle procédé de la bonne façon ? Aucune ambiguïté là-dessus, la démarche transpire d’amateurisme et l’erratique, le projet est déclenché sans diagnostic sérieux (« Sur un coup de tête, je lui jure que je le sortirai de là… »), les allers-et-retours au commissariat de police démontrent une méconnaissance patente des ressources institutionnelles.

– Troisième critère, l’efficience : les résultats sont-ils proportionnés aux efforts consentis ? « Neuf mois de combat l’ont changé », nous dit cette âme charitable. Soyons sérieux : peut-on raisonnablement penser que, s’il fallait consacrer neuf mois à chaque surnuméraire, on parviendrait à résoudre le problème de l’exclusion ? Non, non : l’économie générale est clairement déficitaire ! Le budget de la Nation ne peut se le permettre.

– Quatrième critère, la conformité : l’action est-elle conforme à ce que l’on attend de tout citoyen ? Absolument pas : il existe des dispositifs multiples en charge de l’exclusion et ce n’est pas au quidam, qui plus dont le patronyme n’est pas français (n.b. carte de séjour à vérifier), à s’y substituer. La solidarité est une affaire trop sérieuse pour l’éthique de conviction. Et, d’ailleurs, tout est en place (RMI, CMU…) : Bernard S. est très probablement un déviant par sa faute. (n.b. serait-il possible de transmettre les coordonnées de ce réfractaire pour le surveiller et le punir ?)

– Cinquième critère, la décentration : l’action répond-t-elle à un besoin objectivé ? Sans hésitation, non. Katharina von Bülow « l’entraîne à l’antenne de police », preuve s’il en est d’une non-adhésion du bénéficiaire à l’offre de service.

 

Ce simple exercice – cinq critères, cinq questions simples – révèle que l’humanité ordinaire du quotidien et de l’interaction avec un autre sujet en souffrance, n’est pas raisonnable. Elle n’est plus de mise. Il y a deux-trois mois je me suis surpris, lors d’une formation que j’animais dans une Chambre régionale d’économie sociale, à expliquer à une directrice d’un service de soins palliatifs comment démontrer l’utilité de son activité. Je l’avoue avec culpabilité, j’ai eu une nano-seconde de doute en me posant cette question : « Dans quelle société vivons-nous pour être contraint de justifier qu’aider les gens à mourir sans trop souffrir est utile socialement ? » Heureusement, je me suis ressaisi : rien ne doit échapper à l’évaluation puisque, comme nous l’enseignait Descartes il y a cinq siècles, il faut « ne recevoir jamais aucune chose pour vraie que je ne la connusse évidemment » (1er principe du Discours de la méthode). Les résultats sont sans appel : Katharina von Bülow ne passe pas l’épreuve de l’évaluation et, avec elle, nombre de piou-pious qui n’ont toujours pas compris que la comptabilité n’avait que faire de l’humanité et qu’il ne fallait pas confondre cette dernière avec l’émotion qu’on peut se permettre le temps d’une lecture de lettre d’un résistant fusillé. L’ère est au compassionnel, plus à l’humanisme. Qu’on se le dise ! 

Philippe Labbé, 30 décembre 2007

 

 

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