S’il appartient à la tradition du travail social, l’accompagnement est une notion qui a été très largement appropriée par les acteurs des politiques de l’emploi, de façon plus générale par les « intervenants sociaux ». « L’accompagnement est ainsi devenu le mot le plus général pour désigner les pratiques d’un ensemble très large d’intervenants sociaux dans les secteurs les plus divers. » (1) Probablement pour deux raisons majeures. La première est que, dans la mesure où il considère la personne dans sa globalité, l’accompagnement humanise la mise à l’emploi. La seconde tient à la mutation du marché de l’emploi, à sa flexibilité, qui appelle une « sécurité sociale professionnelle », l’accompagnement représentant en quelque sorte la garantie de stabilité et de continuité dans l’instabilité et la discontinuité. On n’est guère éloigné de ce « point fixe » que Robert Musil recherchait en plantant un clou dans un jet d’eau (L’homme sans qualité). Point essentiel, l’accompagnement n’appartient pas qu’au champ du social mais est devenu – pour les jeunes et avec l’article 13 de la loi de cohésion sociale – un nouveau droit créance voulu par le législateur.
L’expression « accompagnement social » demeure cependant ambiguë car elle signifie pour beaucoup un accompagnement dans tous les champs de l’activité humaine, excepté celui du professionnel : habitat, mobilité, culture, santé, etc. Cependant, dès lors que l’accompagnement social soustrairait le champ professionnel, force serait de constater qu’il ne serait plus global.
Au regard du principe-pivot des missions locales, l’approche globale (ou « holistique »), c’est-à-dire l’indissociabilité et la non-hiérarchisation des domaines, la conception de l’accompagnement social correspondra ici à ce que l’on pourrait/devrait peut-être, sans doute, nommer plus précisément l’accompagnement socioprofessionnel.
Le champ de l’accompagnement socioprofessionnel porte sur la personne dans sa globalité, s’appuie sur le principe de ses ressources, vise à réduire ou à résoudre les difficultés de tous types qui font obstacle à l’intégration, cette dernière entendue comme finalité du processus d’insertion professionnelle sociale (2), et mobilise les professionnels qui interviennent en « prenant en compte » et non « en charge ».
La posture professionnelle se fonde en conséquence sur l’aide au développement de l’autonomie de la personne et n’est pas ou ne doit pas être une démarche hétéronome.
Sur le volet professionnel, l’accompagnement répond à « la nécessité de promouvoir une sécurisation des trajectoires passant par la prévention de la dégradation des compétences, l’amélioration des mobilités et le développement de l’employabilité. » (3) Finalisé par l’accès à l’emploi et le maintien dans celui-ci de la personne, souvent en étayage d’une logique d’alternance, « l’idéal » de l’accompagnement repose sur une synthèse, issue d’une négociation (dialectique) d’éléments dialogiques entre projet de vie et projet professionnel, ressources individuelles et potentialités du marché du travail, normes prescrites et pratiques effectives. Cette synthèse négociée est formalisée dans un contrat qui peut lui-même s’inscrire dans un dispositif énonçant un certain nombre de conditions (modalités) à remplir.
L’accompagnement ainsi institutionnalisé renvoie aux difficultés que rencontrent les demandeurs d’emploi pour accéder à l’emploi, pour intégrer un marché de l’emploi dont les codes semblent de plus en plus difficiles à décrypter. Son rôle paraîtrait d’autant plus nécessaire que d’importants changements dans les modes de recrutement et les organisations du travail sont attendus dans les années à venir (4). De fait, il introduit une nouvelle dimension dans le rapport au marché du travail : une sorte d’espace alternatif (pour les jeunes, de socialisation ?) dans lequel les opérateurs en charge de l’accompagnement compilent des procédures, des outils, des prestations et doivent faire preuve d’innovation (5), afin d’aider les demandeurs d’emploi à intégrer le marché du travail. Quant à ceux-ci, ils doivent trouver dans cet espace les moyens de créer des liens avec le marché de l’emploi et, en cela, prendre conscience de leurs capacités et potentialités, acquérir les codes du dialogue employeur – employé, au besoin définir un projet et/ou suivre une formation, etc., pour, à terme, être autonome dans le monde du travail. Ainsi les mesures d’accompagnement, qui sous-entendent un contrat – selon les cas – formel ou informel passé entre le demandeur d’emploi et l’opérateur, sont supposées inscrire les individus concernés dans une dynamique d’échange et de recherche. Un paradoxe se pose alors : ces mesures permettent-elles effectivement aux individus d’atteindre à une réelle autonomie ou induisent-elles au final un besoin plus fort d’accompagnement ?(6) Le risque de cette dernière hypothèse est d’autant plus fort que, dans nombre de cas et ceci étant accentué par la crise, les professionnels en principe mobilisés pour gérer du flux sont, faute de débouchés, contraints une gestion de stock. Ils sont, selon la métaphore de Robert Castel, comme le passeur qui au milieu de la rivière s’aperçoit qu’il n’y a plus de berge où débarquer ses passagers. La tentation peut être forte, ce moment, de se focaliser plutôt sur l’accompagnement que sur le résultat de celui-ci : un accompagnement ad vitam, ad libitum…
Que l’accompagnement soit global ne signifie pas qu’il est réalisé par un seul professionnel, le référent, qui apporterait toutes les réponses. Le référent est le « fil rouge » de l’accompagnement, son « marginal sécant » qui évolue dans et entre toutes les sphères de la socialisation, garant d’une continuité de l’action, d’une cohérence de celle-ci (le référent est, à l’échelle de la relation avec le demandeur d’emploi, ce que devrait être, à l’échelle d’un territoire, une maison de l’emploi : un guichet unique) et mobilisateur du réseau partenarial (ressources internes et externes des politiques de l’emploi et des politiques sociales) ainsi que du réseau d’entreprises et de structures spécialisées.
Selon les professionnels, les structures (moyens et management), les métiers, les institutions d’appartenance (dès lors que l’on raisonne en ne se limitant pas aux missions locales), les contextes ainsi que les exigences de société (financeurs, dispositifs réglementaires et juridico-administratifs), l’exercice de l’accompagnement prend des formes variées, plus ou moins univoques et formalisées. Toutefois l’accompagnement associe de façon quasi-systématique six éléments agencés avec et autour de l’usager :
le référent unique (interaction),
le projet (ambition),
le contrat (conditions),
l’entretien (réalisation),
l’apport instrumental (ateliers) et la relation à l’entreprise (dotation),
les ressources de l’environnement, le partenariat, le tutorat (démultiplication).
Chacun de ces éléments constitutifs de l’accompagnement est lui-même construit à partir de plusieurs variables : l’entretien, par exemple, s’appuie ou non sur un outil (logiciels Parcours…), se déroule à une fréquence déterminée ou indéterminée, rapprochée ou non (7), s’inscrit dans une logique de rendez-vous ou est immédiat en fonction de la demande de la file active…
Sur le volet socioprofessionnel, qu’il soit ou non « renforcé », mais subséquemment avec une graduation de l’intensité de l’offre de service, l’accompagnement s’exerce dans quatre sphères interdépendantes :
La sphère strictement professionnelle dont l’objectif est l’indépendance économique via l’accession à l’emploi (8). Mais cet objectif est lui-même insuffisant et il doit s’accompagner d’une capacité de la personne à gérer des discontinuités, sinon systématiques du moins prévisibles particulièrement pour des emplois de bas niveau de qualification. Le saut qualitatif du « vers » à « dans » l’emploi modifie substantiellement les pratiques d’accompagnement et les représentations des opérateurs de leurs métiers (deux « clients » au lieu d’un seul, le demandeur d’emploi et l’entreprise), contraignant théoriquement une partie de ces derniers à une acculturation au regard de leurs postures vis-à-vis des entreprises et de l’économie marchande. Des solutions organisationnelles, variables selon les structures, peuvent exiger cette acculturation ou, au contraire, l’éviter par exemple en opérant une division du travail (« chargés de relations entreprises », équipe emploi « dédiée »). Cependant – et cela constitue un point de vigilance – l’évolution « dans » l’emploi contraint à repositionner les intermédiaires de l’emploi dans une dimension qu’ils n’auraient jamais dû sous-estimer : l’efficacité de la politique de l’emploi est déterminée par son articulation avec les stratégies micro-économiques des entreprises et des territoires. A la sphère économique est rattaché l’homo oeconomicus, producteur et reproducteur.
La sphère de l’individuation, « micro », concernant les rapports de la personne à elle-même (santé physique et psychique) et à son environnement familial, l’équilibration de ces rapports intervenant de toute évidence sur la capacité d’exercer professionnellement (le « savoir-être »). A la sphère de l’individuation est rattaché le Sujet, par définition singulier et unique, et la visée est l’accomplissement (ou épanouissement).
La sphère de la sociabilité, « meso », où sont en jeu les relations de la personne avec son environnement proche : voisinage, quartier, groupes amicaux et associatifs, etc. La thématique est ici celle du lien social et de l’appartenance (à l’inverse de l’isolement) dont une partie est directement déterminée par l’activité professionnelle (l’entreprise étant un espace de construction, d’appartenance et de reconnaissance identitaires) et dont une partie détermine l’activité professionnelle (travailler en équipe). A la sphère de la sociabilité, est rattaché l’Acteur, par définition collectif, et la visée est le lien.
La sphère du sociétal, « macro », qui correspond aux relations de la personne à la société, celles-ci articulant deux axes : l’acquisition de normes (le « vivre ensemble ») et la citoyenneté (droits et devoirs). L’une et l’autre, de toute évidence, ont également à voir avec la capacité de s’insérer professionnellement. A la sphère du sociétal est rattaché le Citoyen et la visée est l’émancipation.
| Sphères | Dimensions | Idéauxtypes | Visées |
| Professionnel | micro/meso/macro | Homo oeconomicus | Indépendance économique |
| Individuation | micro | Sujet | Accomplissement |
| Sociabilité | meso | Acteur | Lien |
| Sociétal | macro | Citoyen | Emancipation |
Chacune de ces sphères, encore une fois interdépendantes, fait appel dans le cadre de l’accompagnement socioprofessionnel à un processus que l’on pourrait identifier comme un transfert de capitaux, l’hypothèse posée (diagnostic) étant que la personne en insertion accuse un déficit dans un ou plusieurs types de capitaux.
Capital économique, avec la mobilisation d’allocations, de secours, d’aides « interstitielles », de micro-crédit, etc…
Capital culturel, avec le recours à des formations, des validations de parcours.
Capital social, pour le volet professionnel via l’accès au réseau des opérateurs (entreprises, intervenants spécialisés…), l’utilisation des mesures multiples de la politique de l’emploi (prestations Pôle emploi, dispositifs spécifiques des collectivités territoriales…), voire même par l’innovation et la conception de nouveaux outils (par exemple l’association nationale des jeunes créateurs d’entreprise, la création de groupements d’employeurs, de groupements d’employeurs pour l’insertion et la qualification ou de structures d’insertion par l’activité économique…) ; pour le volet non professionnel, via l’accès aux ressources (acteurs, dispositifs, droits…) des domaines de la culture, de la santé, du logement, etc.
Capital symbolique par la remise en confiance de la personne (ateliers d’ « image de soi », projet individualisé et, de façon plus générale, les règles de l’entretien d’aide…).
L’accompagnement vers et dans l’emploi s’analyse en termes de processus, c’est-à-dire avec un début qui correspond à la prescription, à la demande et au diagnostic (10), avec un déroulement qui, s’inscrivant dans des représentations, mobilise des outils multiples directement (formations, mesures, tutorat…) ou indirectement (volet social, individuation, sociabilité…) en réponse à la problématique d’employabilité, avec enfin une conclusion posant la question de l’évaluation (11).
En conclusion, l’accompagnement dit « social » est en fait l’accompagnement socioprofessionnel pour les missions locales. Fondé sur le principe, à défaut d’être un concept, d’approche globale, il est un processus qui appelle, d’un point de vue évaluatif, au critère de « réalisation », sa finalité, l’intégration, appelant elle le critère de « résultat ».
A ces critères, on doit ajouter pour évaluer la qualité d’un accompagnement, ce de façon non limitée mais a minima exigible, les critères de…
Effectivité : c’est la question de la méthode (comment procède-t-on ?)
Décentration : c’est la question du centrage sur les besoins de l’usager, ses capacités, avant de répondre aux objectifs des programmes.
Conformité : c’est la question de la double cohérence, celle vis-à-vis de l’institution qui finance l’accompagnement, celle de la structure qui met en œuvre l’accompagnement. Entre ces deux perspectives, on le sait, existent des contradictions qui peuvent être des tensions.
(1) F. Mégevand, « L’accompagnement, nouveau paradigme de l’intervention publique », in (sous la dir.) R. Ballain, D. Glasman, R. Raymond, Entre protection et compassion. Des politiques publiques travaillées par la question sociale. 1980-2005, 2005, Grenoble, PUG.
(2) L’insertion professionnelle et sociale est un objectif opérationnel, l’intégration un objectif finalisé (P. Labbé, Les bricoleurs de l’indicible, 2003, Apogée).
(3) (sous la dir.) P. Auer, G. Besse, D. Méda, op. cit., p. 25.
(4) O. Chardon, M-C.Estrade, F. Toutlemonde, « Les métiers en 2015 : l’impact du départ des générations du baby-boom, Premières synthèses, DARES, n°50.1, décembre 2005.
(5) C. Baron, P. Nivolle, « L’inventivité au quotidien des missions locales et PAIO », Premières synthèses, DARES, n°34.1, août 2005. – M.-C. Bureau, C. Leymarie, « Innover dans le social : l’exemple des missions locales », Connaissances de l’emploi, CEE, n°12, février 2005. Rappelons que, pour les missions locales, l’innovation est posée non comme une possibilité ou un souhait mais bien comme une obligation (Charte de 1990).
(6) S. Mas, « Bilan de 5 ans de programme Trace : 320 000 jeunes en difficulté accompagnés vers l’emploi », Premières synthèses, DARES, n°51.1, décembre 2004. Cette question a été explicitement posée par M. Larcher lors de la journée « Dynamisons l’accès à l’emploi des jeunes » le 22 mars 2006 : « faut-il accompagner l’après-CIVIS ? »
(7) Notons, en ce qui concerne la fréquence des entretiens, qu’il faut éviter de raisonner à partir du postulat que plus la fréquence est élevée, mieux cela sera pour l’accompagnement. Comme l’écrit le rapport de la Cour des Comptes pour le PARE-PAP « le nombre d’entretiens à réaliser a pesé sur l’organisation du travail dans les agences locales et la qualité de l’entretien s’en est ressentie. » (L’évolution de l’assurance chômage : de l’indemnisation à l’aide au retour à l’emploi, Synthèse du rapport public thématique, mars 2006, p. 10).
(8) L’emploi est entendu aujourd’hui, de façon quasi-exclusive, comme l’emploi dans le secteur marchand. Cette conception est étriquée et devrait a minima s’élargir à l’emploi public et à l’emploi du tiers secteur (économie sociale).
(9) Par exemple, la méthode d’éducation active ADVP (activation au développement vocationnel et personnel) assez répandue dans les SIAE.
(10) Dès lors que l’on raisonne en termes de processus, on comprend l’importance de la qualité de l’amont, c’est-à-dire du diagnostic (réalisé par l’opérateur seul – avec quel outil ? – ou s’appuyant par exemple sur un bilan de compétences) puisque celui-ci détermine dans une large mesure le déroulement de l’accompagnement. Si le diagnostic est spontanément associé au demandeur d’emploi (ressources, qualification, freins à l’emploi…), il doit également être corrélé à la dimension de l’offre (connaissance des évolutions socio-économiques du territoire) et, comme tel, recouvre une connaissance outillée s’appuyant sur des diagnostics glissants (Plan d’action local du SPEL), sur des bases développées de type Argos, sur des système de veille partagé, sur des instances ad hoc (GIL, « groupe d’initiative locale », en Lorraine, etc.). « Il suffit sans doute {…} que les formations soient bien articulées avec à la fois les compétences de départ des chômeurs, les besoins des entreprises, les prévisions d’emploi… » (A. Lefebvre, D. Méda, Faut-il brûler le modèle social français ? 2006, Paris, Seuil, p. 124).
(11) Encore une fois, la dissociation entre les volets emploi et social est plus qu’incertaine. Ainsi, pour l’APE (Accompagnement personnalisé à l’emploi), le cahier des charges parle de « lien renforcé avec l’usager », expression qui n’est pas « sans évoquer les pratiques traditionnelles du suivi social et notamment celles des assistantes sociales de circonscription. », M.-C. Duru, La fonction accompagnement dans les actions de formation et d’insertion vers l’emploi, 1997, Comité de liaison pour la promotion des migrants et des publics en difficulté d’insertion, p. 52.
Publié par plabbe
De Régis : « Juste un petit mot sur la reconnaissance sans argent : c’est DOCINSERT, outil de veille unique pour le réseau (?) des Missions locales qui va prochainement s’interrompre… A titre personnel, je souhaite une mobilisation forte pour que cette initiative soit relancée et soutenue par l’ensemble des Missions locales. Après, reste à en définir les modalités. Cela ne m’appartient pas. Mais, que cela soit en termes d’efficience (multiplication des mêmes recherches) ou d’efficacité (communication interne au réseau pour diffuser une information peu ou mal connue), cet outil national a fait ses preuves. Alors ne mégotons pas sur les conditions financières de sa relance ! »
Revenant à DocInsert, bravo Antoine (prénom changé, comme on l’écrit dans les reportages pour préserver l’anonymat) ! Quant à une mobilisation du réseau que suggère Régis, je n’y crois guère car l’adage de Gramsci, « le pessimisme de la raison, l’optimisme de la volonté », peut tout autant s’énoncer dans l’ordre inverse.
Une suggestion toutefois, qui ne prendra qu’une minute à chacun :taper
Publié par plabbe
Pour les 40 millions annoncés comme supplémentaires, je ne mégote pas (même si je fume toujours)… Je dis simplement que le supplémentaire s’applique aux 60 à 80 000 CIVIS en plus dans les objectifs : c’est la même base de financement qu’en 2005 (2 000 référents pour un objectif annuel de 160 000 CIVIS). Ils ne vont donc en rien soulager l’activité actuelle. Aussi ma crainte est triple :
« L’argent n’a de sens que pour ceux qui y voient un outil de reconnaissance ; et puis pour tous les autres qui sont contraints à y reconnaître un sens. »
Publié par plabbe 

Un autre Marx, Karl cette fois, écrivait « Notion existante et agissante de la valeur, l’argent confond et échange toute chose ; il en est la confusion et la conversion générales. Il est le monde à l’envers, la confusion et la conversion de toutes les qualités naturelles et humaines. » (3) Il y a donc de la confusion dès lors qu’il est question d’argent, point n’est besoin d’être grand clerc pour le constater (voir les élites – 4), et il y a aussi de l’échange : l’argent, peut-on dire, est dans le rapport salarial l’expression, sinon exclusive du moins élémentaire, de la valeur accordée à la personne rémunérée. Or, dès lors que cette dernière n’est pas par hasard dans sa situation salariée, ni surtout n’y demeure, autrement dit dès lors qu’existe et est même revendiqué (pas en ces termes mais de façon incontestable) cet engagement « vocationnel », on comprend qu’il soit un objet direct de mobilisation ainsi qu’un objet symbolique et transitionnel pour parler d’autre chose. Ce qui ne manque pas. L’expression des conseillers, dans cette pétition aussi high tech qu’originale (félicitations !), permet de ne pas confondre ceux-ci avec ceux que Nietzsche désignait sous le terme de « dernier homme », un esclave heureux, repu des biens qu’il produit et consomme sans autre idéal que celui d’assurer son confort et sa tranquillité (5). Ce qui pourrait, dès lors qu’il n’y aurait que ces « 15 points » de revendication, rendre les choses confuses ou ambiguës, c’est que la place occupée par l’économie dans la société moderne tend à considérer comme économique au sens le plus étroit toute forme d’activité et d’échange. Mais tel n’est pas le cas.




Régis : « No comment… mais si : comment (mes antécédents me poussent toujours à manier le calcul de tête, pas la calculette car trop de fautes de frappe) : 40 millions, cela permettra l’embauche en moyenne de 2 conseillers par Mission locale pour 60 à 80 000 jeunes de plus dans CIVIS. Soit un conseiller pour 60 à 80 jeunes alors que les sorties du programme sont en vitesse très réduite = aucun moyen supplémentaire… sachant que les ML sont aussi attendues sur l’orientation, la lutte contre le décrochage, etc.
Sylvie de Noisy-le-Grand : Mac Gyver. « Christine Lagarde disait un jour qu’il était normal que les personnes soient rémunérées en fonction de la valeur qu’elles créent. Accompagner des jeunes à l’emploi a t-il si peu de valeur ? {…} A faire notre travail de fourmis, de Mac Gyver en jonglant avec les moyens du bord, en tricotant avec l’Education Nationale qui ne les retient pas toujours. A essayer d’avoir des idées face à des employeurs « qui ne veulent pas de cas sociaux » (texto !). A leur donner une PLACE, un peu d’estime d’eux… Drôle de paradoxe alors que notre travail est si peu reconnu !!! Alors 15 points, quand on voit tout ce qu’on voit et qu’on entend tout ce qu’on entend… »