Missions locales : que faire ?

septembre 2, 2008

2008. Les missions locales contractualisent avec l’État. Ce sont les « CPO », conventions pluriannuelles d’objectifs. Un trimestre plus tard, France-Emploi à l’horizon (fusion ANPE-Unédic), il est dit que les conditions de conventionnement devront être révisées. Août 2008, un article du Point laisse imaginer que, sauf intervention de Guéant (le fils du père, secrétaire général de l’Élysée), une épée de Damoclès va décapiter les missions locales, Nicolas Sarkozy n’ayant pas pour celles-ci les yeux embués de Chimène : remake de 1986, Galley et Chirac, avec, dans le rôle du premier, le fils Guéant (président de la mission locale de Ploërmel, pas de Troyes) et, dans celui du second, le président susnommé ? Une fois de plus, l’histoire repasse le plat de l’hypothèque qui pèse sur le financement des missions locales. Hypothèque qui serait justifiée si la situation des jeunes s’améliorait mais, précisément, c’est l’inverse qui se produit.

La tentation prophétique…

Qui peut aujourd’hui prédire l’avenir à court terme (2010, troisième et dernière année de la CPO) des missions locales ? Recontractualisation quasi-automatique avec cependant des variations selon les résultats ? Interruption, version « article 11 » de la loi de décentralisation de 2004 ? Mise en concurrence systématique, le contrat d’autonomie ayant servi de ballon d’essai ? Épuisement progressif par une instrumentalisation réduisant les missions locales à la stricte et seule mise en œuvre de dispositifs nationaux ? Bien malin ou prophète qui peut le dire ! Pour une raison ordinaire : il est plus que probable que, si la logique dominante est aussi claire que peu favorable à la philosophie des missions locales, force est de constater que la stratégie est contrainte, pour ne pas dire secouée, par la force des évènements (de l’embellie économique à la récession en l’espace de quelques semaines) aux coups-à-coups tactiques.

De la sorte et selon les interlocuteurs, les réponses à la question de l’avenir des missions locales vous plongent dans le pessimisme ou vous laissent un peu d’optimisme car serait-il envisageable de déshabiller les territoires des piou-piou du front-line, de laisser des centaines de milliers de jeunes à la porte de la cité sans risquer le pire ? Et puis, on le sait, une force des missions locales est celle du pluralisme de leurs élus, socle républicain.

Lénine…

Constat est donc fait qu’on sait peu, certitude de l’incertitude… ce qui, prime de consolation, ouvre les portes de l’imagination. Reste donc après les supputations « la » question historique (cf. Lénine) : « Que faire ? » Deux stratégies s’imposent : celle de la distinction, celle de la cohésion.

Stratégie de distinction…

La première repose sur la capacité des missions locales de démontrer objectivement, c’est-à-dire en étant convaincantes et pas seulement convaincues, les valeurs ajoutées de leur production… puisque l’éthique de responsabilité (de Jeunesse, le devoir d’avenir à La France prépare mal l’avenir de sa jeunesse) ne suffit assurément pas pour emporter l’adhésion. De cette stratégie de distinction, il découle d’abord une cohérence interne – sans laquelle le message de la mission locale serait une imposture, un illusionnisme – conquise par l’affirmation identitaire, le projet associatif, sur la base de ce qui fonde et produit la réelle valeur ajoutée, l’approche globale. Pied-à-pied défendre et décliner ce concept « qui fait la différence ». Puis, évidemment, progresser avec une culture intelligente de l’évaluation, un souci de la visibilité des réalisations, une professionnalisation des acteurs – pas des « agents » - qui ne peut que reposer sur une professionnalité, c’est-à-dire un sens du métier et un engagement.

Stratégie de cohésion…

La seconde, elle, repose sur le juste adage de « L’union fait la force » et  recouvre, en vocabulaire québécois, le « réseautage ». Soit, principalement, trois démarches concomitantes.

- Se solidariser. L’organisation et l’entretien d’une solidarité inter-structures, une « concourrence » et non une concurrence, où les stratégies de distinction des unes et des autres ne visent pas les premières places, ce qui impliquerait des perdants, mais sont mutualisées. Les missions locales n’ont que trop souffert du pré-carré ; elles doivent plus échanger, s’inscrire avec volontarisme dans les dynamiques impulsées par les animations régionales (ou les compenser lorsque ces dernières sont absentes ou fragilisées), se fédérer aux échelles ad hoc (régionales bien sûr, mais également départementales et où cela a du sens), imaginer les conditions de circulation des bonnes pratiques et donc veiller… Faire que le tout soit supérieur à la somme des parties.

- S’associer. L’ouverture du réseau à d’autres acteurs voisins, amis, animés par la même conception de l’humain, c’est-à-dire l’héritage de l’éducation populaire : Union nationale pour l’habitat des jeunes, Fédération nationale des centres sociaux, Insertion par l’activité économique…

- S’harmoniser… Si une règle des fonctionnements en réseau est celle de la réciprocité, chacun étant contributeur et rétribué de son implication, une autre est celle de l’intérêt commun qui ne peut se résumer aux entrelacs de structure à structure mais qui appelle des projets globaux, pour toutes les missions locales. Deux projets, hors champ strictement basé sur la structuration de la branche (qui participe largement et nécessairement à cette cohérence), peuvent illustrer ce qu’est et pourrait être cette harmonisation : l’innovation et la qualité.

L’innovation, plus souvent fruit du labeur et de l’échange que fille d’Eurêka, est ici la recherche de solutions sociales à des problèmes mal ou insuffisamment résolus. Elle est l’indication que le réseau n’est pas qu’affaire de reproduction, application, mise en œuvre (des « opérateurs »), mais qu’il conçoit, imagine, expérimente, apporte sa pierre à l’édifice d’un social en construction permanente. L’actuelle démarche de l’ANDML pour le micro-crédit personnel participe de cette dynamique d’innovation et d’harmonisation. Mais il faudra être plus ambitieux et parvenir – enfin – à ce qu’une réelle et permanente ingénierie de recherche et développement irrigue le réseau, stabilise les notions en concepts, stimule l’imagination, revigore l’expérience par l’expérimentation.

La qualité, qu’il faut bien sûr comprendre comme une « qualité intelligente » et non comme un fatras procédurier, est sans aucun doute un chantier urgent à entreprendre de façon autonome, faute de quoi des normes – elles hétéronomes -  seront édictées et imposées. Cette qualité, par petits bouts et maintes fois esquissée (DIIJ…), doit accoucher d’un référentiel original, c’est-à-dire épousant la singularité des missions locales, plastique, c’est-à-dire adaptable aux spécificités territoriales, institutionnelles et politiques, et sociétal, c’est-à-dire intégrant les problématiques majeures de notre environnement dont, bien entendu, le développement durable.

Certes, du pain sur la planche… mais les missions locales n’aspirent pas au repos. Enfin, c’est à espérer.

 

 

 

 

 

 


Des « missions locales » québécoises ? 3/4

août 22, 2008

Les Carrefours Jeunesse Emploi (2)

Poursuivons ce tourisme d’insertion chez nos cousins québécois. Entre temps, la vie s’est écoulée… et tarie pour Françoise de Veyrinas, présidente du Conseil national des missions locales depuis mai 2003. Elle est décédée samedi 16 août à l’âge de 64 ans. « Le crabe », comme l’exprime le langage populaire. Un directeur de mission locale, la plus australe du monde, me disait au téléphone : « C’est quelqu’un de la communauté professionnelle qui est parti. » On retrouve cette « communauté » chère aux Québécois… et probablement plus chaleureuse que la quasi-seule communauté hexagonale passée dans le langage courant : de « communauté éducative », autant on en parle sans économie… autant l’Éducation nationale ne m’est jamais apparue comme synonyme – même de loin – de ce que pouvait signifier une communauté. Par charité (laïque), j’éviterais d’élargir l’Éducation nationale à l’Université… me contentant de citer Edgar Morin (c’est pratique, cela évite de porter la responsabilité de ce que l’on aurait bien voulu écrire) dans Introduction à la pensée complexe : « Tandis que les media produisent la basse crétinisation, l’Université produit la haute crétinisation. » Si, si, c’est vrai ! Je n’invente rien. Il l’a écrit : c’est aux pages 19 et 20 de l’édition de 1996 chez ESF Éditeur.

Mais revenons au Québec et, plus particulièrement, aux Carrefours Jeunesse Emploi.

Comme chez nous et pas comme chez nous…

Un CJE est un organisme à but non lucratif en tout point similaire à une association (pas de loi 1901 évidemment au Québec mais la troisième partie de la Loi sur les compagnies) avec un conseil d’administration, un projet propre, un ancrage territorial. Dans le bilan d’activités du CJE de Saint-Laurent (nord-ouest de Montréal), qui affiche en couverture un slogan qui ne dépaillerait pas en France : « Laisse ta trace » (1), on peut lire les orientations « basées sur ses quatre clientèles cibles : les immigrants, les femmes issues de groupes ethnoculturels, les jeunes à risque de décrochage scolaire et les « sans-chèque » {c’est-à-dire sans ressources} »… orientations auxquelles le conseil d’administration a décidé d’en ajouter une cinquième : « desservir et représenter adéquatement les besoins des anglophones du territoire. » Quelques amis que j’ai par là-bas apprécieront moyennement cette initiative… Autant certaines de ces orientations résonnent quasi-exotiquement à nos oreilles, autant on se retrouve « comme chez nous » avec la mission centrale du CJE : « … appuyer la démarche d’insertion socioprofessionnelle des jeunes adultes âgés de 16 à 35 ans qui résident sur le territoire de Saint-Laurent et ce, tout à fait gratuitement. Notre approche vise à aider ces jeunes adultes dans le développement de leur autonomie et de leur confiance, de même qu’à leur faire connaître davantage les ressources et les moyens disponibles pour s’intégrer au marché du travail, aux études et/ou au monde des affaires. » Comme chez nous… sinon qu’au Québec c’est 35 ans et pas 25 révolus. Qu’en dire sinon que, de toute évidence, la tranche d’âge bénéficiaire des services est sur les bords du Saint Laurent plus réaliste qu’ici ? Voici des années que l’on constate, après l’allongement de la jeunesse, l’allongement d’une insertion et que, plutôt que d’en tirer la conclusion de bon sens que serait un accompagnement au-delà de 25 ans, jusqu’à 30 ans par exemple, le Français que l’on dit doué pour l’abstraction a trouvé la parade : il use de rhétorique en ajoutant « durable » à insertion. La durabilité – toute relative : six mois ou plus – est d’autant plus dans les bouches que la précarité s’installe dans les vies : cinq ans pour que la moitié d’une cohorte de jeunes sans diplôme parvienne à se stabiliser après son entrée sur le marché du travail… l’autre moitié continuant à piétiner. J’ai sous les yeux le rapport d’activité d’une PAIO présenté lors de son assemblée générale de juin 2008 : sur 802 « entrées en situation », 29 CDI temps plein et 12 CDI temps partiel ; en face 149 CDD, 198 CDD intérim… Commentaire : « Stabilité du nombre d’embauches en CDI : 41 en 2007 pour 49 en 2006 ». Comme aux actualités sur Euronews : no comments. (2)

Des programmes et une autonomie…

Précisons que, si le public d’un CJE est plus large qu’en France, des politiques du Gouvernement du Québec peuvent être, elles, calées sur la tranche d’âge des 16 – 25 ans comme par exemple « Jeunes en action » (une mesure de projets d’apprentissage issue du programme « Solidarité Jeunesse »), « Place aux jeunes » (contre l’exode rural des jeunes adultes qualifiés), ou des 16-17 ans comme « Ideo 16/17 » (qui lutte contre le décrochage scolaire). Il existe même un programme de « sensibilisation à l’entrepreneuriat jeunesse » qui ferait sursauter ici, où des « agents de sensibilisation » (93 au Québec) vont dans les écoles équivalentes au primaire chez nous et s’adressent à des enfants de six ans : « Il ne s’agit pas de créer des capitalistes mais de donner le goût d’entreprendre. » (directeur général du CJE de Saint Laurent).

Contrairement aux missions locales dont une caractéristique dominante (non, je n’ai pas écrit « oppressante ») est de mettre en œuvre les politiques publiques de l’État et de la Région, et qui sont en quelque sorte calées sur les critères des programmes, leur marge de manœuvre sur le reste et qui constitue l’approche globale étant réduite (processus d’instrumentalisation), les CJE sont des structures autonomes, certes financées par le Gouvernement mais utilisant les programmes comme une boîte à outils. Ainsi le rapport annuel du Réseau des carrefours jeunesse-emploi du Québec définit-il ceux-ci comme « des organismes communautaires autonomes issus du milieu offrant un lieu d’accueil et d’appartenance ; {ils} sont dirigés par des conseils d’administration représentatifs de leur milieu et leur sont redevables en assemblée ; {ils} déterminent leurs orientations, leurs priorités, leurs objectifs et leurs plans d’action de façon autonome ; {ils} conçoivent leurs propres outils d’intervention et d’évaluation. » L’autonomie des CJE est revendiquée… celle des missions locales, formelle (des associations), reste à (re)conquérir : les axes 4 et 5 de la convention pluriannuelle d’objectifs me semblent être le coin à enfoncer pour cela.

 Un CJE propose des « services de base universels » et des « services complémentaires ». Dans la première catégorie commune à tous les CJE, on trouve « l’accueil, l’information et les références » correspondant sans être aussi précisé à l’« AIOA » des missions locales (3), « l’aide à la recherche d’emploi », « l’information/orientation scolaire et professionnelle » (ISEP) et « les activités entrepreneuriales » (aide à la création d’entreprise). La seconde catégorie correspond à des problématiques particulières, fondées sur les singularités territoriales mais pouvant s’appuyer sur des programmes gouvernementaux : des « plateaux de travail » (équivalents aux chantiers d’insertion), « Jeunes en action », etc. Tout cela s’organise, comme en France, sur la base d’accompagnements individualisés, d’ateliers collectifs, d’évènements festifs, de projets originaux (4), d’apports externes d’experts (toxicomanie, homosexualité, jeu compulsif, etc.).

En résumé…

Le concept de base, l’approche globale, est commun aux organisations des deux côtés de l’Atlantique, même s’il est moins souvent explicité au Québec. Cependant – est-ce un seul effet culturel d’interprétation des termes ? – l’approche québécoise apparaît plus pragmatique : on parle sans détour d’ « employabilité », de « recyclage » (des jeunes)… Elle est également à l’échelle de chaque entité plus cohérente, l’« organisme communautaire » qu’est le CJE disposant d’une marge de manœuvre plus importante qu’une mission locale. Si les méthodes varient peu (de l’accueil à l’accompagnement en s’appuyant sur le partenariat), les actions se singularisent par leur public plus large (de 6 à 35 ans… on s’approche du lectorat de Tintin) et par deux orientations fortes : l’une en amont avec la rescolarisation, l’autre en aval avec un rapport à l’entreprise et une culture de l’entrepreneuriat. Pourrait être ajoutée la problématique d’un bénévolat très actif au Québec alors qu’en France, sans doute sous l’influence encore très persistante d’un État perçu comme protecteur même s’il serait « animateur » (5) et qu’il gouvernerait à distance (6), le bénévolat est bien des fois perçu comme une façon de se substituer à l’obligation de mission de service public : dans les missions locales, hormis le parrainage, le bénévolat est denrée rare… y compris parmi les administrateurs plus souvent présents sur la base d’un mandat de représentation que pour l’intérêt qu’ils portent à l’insertion. Enfin, s’agissant de gouvernance, alors qu’un CJE émane d’une volonté locale comme en théorie une mission locale, le poids des édiles locaux y est cependant moins prégnant qu’en France : la communauté, c’est-à-dire les forces vives, fait une place à l’élu qui, à ses côtés, a les acteurs associatifs, institutionnels, économiques… En France, la (modeste) marge d’autonomie du projet associatif de mission locale est quasi-exclusivement dans les mains de l’élu de la collectivité. (7)

Succomberais-je au syndrome de l’herbe toujours plus verte de l’autre côté de la prairie ? Et bien non car on verra dans la prochaine contribution que l’actif constitué par les missions locales depuis un quart de siècle pourrait intéresser nos cousins de la Belle Province…

A suivre.

 (1) Pour les lecteurs québécois, l’analogie se joue à partir de « trace » qui a été un programme national d’insertion des jeunes, confié en 1998 aux missions locales avec la loi de lutte contre les exclusions, « Trace » signifiant « TRajectoire d’Accès à l’Emploi ».

(2) Autant les conditions d’accès à l’indépendance économique et à l’autonomie sociale réservées à « l’autre jeunesse », pour reprendre les termes de Claude Dubar (L’autre jeunesse. Jeunes stagiaires sans diplôme, 1987, Presses Universitaires de Lille), sont désastreuses, autant les moyens mobilisés par les édiles locaux sont dérisoires. A titre d’exemple, la subvention de certains EPIC pour cette même PAIO est de 0,15 € par habitant et par an. Au regard de l’appétence de nombreuses collectivités pour aménager la voirie, inversement proportionnelle à celle pour insérer leurs jeunes, c’est la politique municipale du rond-point. Quant aux jeunes, ils peuvent aussi symboliquement tourner en rond : on achève bien les chevaux…

(3) accueil – information – orientation – accompagnement.

(4) La lecture du Recueil des bons coups (RCJE, 2007) révèle l’originalité des projets depuis une action de sensibilisation au commerce équitable au CJE de Mitis (région du Bas Saint Laurent) jusqu’à « Mille et une perles » au CJE de Chauveau (région de Capitale-Nationale) où l’on produit des « bracelets uniques créés à partir d’épingles à nourrice et de perles ». Qu’on se rassure, les conseillers d’insertion des missions locales, quoique héritiers de Descartes, ne sont pas en reste… mais qui aujourd’hui mutualise et diffuse à l’échelle nationale ces « bonnes pratiques » ?

(5) Jacques Donzelot, L’État animateur. Essai sur la politique de la ville, 1994, Esprit.

(6) Renaud Epstein, Gouverner à distance, 2005, Esprit n° 5.

(7) Le rapport annuel du Réseau des Carrefours jeunesse-emploi du Québec définit l’action communautaire à partir des concepts de démocratie, de citoyenneté active, d’autonomisation, de solidarité et de justice sociale. Toutes choses qui excluent l’exclusivité du pouvoir. Notons également dans ce chapitre qu’ « un lieu qui favorise l’autonomisation est un lieu où on se préoccupe autant des processus que des résultats. » J’ignore si le rédacteur de ce rapport est (justement) inspiré des théories systémiques mais en tout cas il en exprime une règle… que bien des « décideurs » hexagonaux devraient intégrer à l’heure où s’impose sans réserve un discours d’ « obligation de résultats ».


Des « missions locales » québécoises ? 2/4

août 15, 2008

Les Carrefours Jeunesse Emploi (1)

110 Carrefours Jeunesse Emploi (CJE) au Québec maillent l’intégralité du territoire de la province. Les CJE ont été créés par décret en 1995 par Jacques Parizeau, Premier ministre du Québec, après plusieurs expérimentations locales singulièrement à partir de constats d’employabilité difficile des jeunes en Outaouais (2). En 1982, un petit groupe d’acteurs des villes de Hull et de Gatineau prenait l’initiative d’une étude concernant l’emploi des jeunes qui constata qu’environ 15 000 jeunes de 15 à 24 ans étaient sans emploi alors qu’ils étaient aptes au travail. De cette étude est né le projet d’un Centre communautaire des jeunes sans emploi (CCJSE) dont le modèle a essaimé pour devenir par la suite CJE.

 

Outre la période qui voit des deux côtés de l’Atlantique l’irruption du chômage des jeunes (en 1980, le taux de chômage des jeunes en France est et de 13,3% et de 13,2% au Canada), similitude donc avec les missions locales, nées d’expérimentations locales multiples (les équipes de prévention spécialisée, la genèse de l’économie sociale…) puis promues par le gouvernement (ordonnance de mars 1982). Une différence cependant de taille : les missions locales disposent d’une antériorité de plus de vingt-cinq ans, les CJE de treize ans. De fait, l’importance quantitative des deux réseaux mais également de leurs publics respectifs n’est pas la même : les 1 500 salariés des CJE québécoises accueillent annuellement environ 55 000 jeunes (soit un rapport – à faire rêver plus d’un - de 37 jeunes par salarié) contre 1,2 million de jeunes pour les 11 200 salariés des missions locales (soit un rapport de 107 jeunes par salarié). Il faut dire que, hormis un poids démographique huit fois moindre (7,7 millions d’habitants), le taux de chômage des jeunes de 15-24 ans au Québec n’est désormais que de 12,5% (11,0% pour les femmes et 13,9% pour les hommes), même si l’on observe de fortes variations infra provinciales (3).

 Le CJE, un organisme communautaire.

Si un CJE est financé « à la mission » par le Gouvernement, c’est-à-dire structurellement (« financement de l’activité principale » pour les missions locales), d’autres financements peuvent venir compléter ces subsides selon la politique du CJE : municipalités, fondations et fonds dédiés pour des actions spécifiques du Gouvernement. Comparativement aux missions locales, la source du financement des CJE est donc plus étroite, essentiellement gouvernementale, une municipalité n’étant pas contrainte de contribuer financièrement au fonctionnement du CJE… même si la décision de création d’un CJE est le fruit d’une volonté locale : « C’est la communauté qui décide de la création. »

Il s’agit bien de « communauté » et non de « collectivité », la différence est de taille et doit être précisée… la notion de communauté prêtant en France à discussion sinon à polémique dans une interprétation qui l’oppose à la citoyenneté. La communauté, dans le système québécois, peut être traduite comme l’ensemble des forces vives : politiques bien sûr mais aussi économiques, associatives, citoyennes. Lorsque, mi-août, des émeutes éclatent à Montréal-nord (un jeune de 18 ans ayant été abattu par la police deux jours auparavant), les médias parlent de la mobilisation de la communauté qui appelle au calme : la communauté est constituée « des gens » qui partagent un territoire sans que cela fasse nécessairement référence ethnique à une identité particulière… même si, dans les faits, des concentrations ethniques existent (quartiers chinois, italien, libanais…). « Pour les carrefours jeunesse-emploi, l’action communautaire repose, en tout comme en partie, sur les cinq piliers fondamentaux que sont la démocratie, la citoyenneté active, un lieu qui favorise l’autonomisation, la solidarité et la justice sociale. » (Rapport annuel 2007-2008 du RCJEQ). En fin de compte et pour un CJE, la communauté québécoise est l’équivalent, pour une mission locale française, d’une combinaison des partenaires effectifs, des acteurs et des habitants du territoire. J’utilise de longue date pour les missions locales l’expression « communauté professionnelle » pour associer dans une même dynamique les professionnels, les administrateurs et les partenaires mais, ici au Québec, la communauté est encore plus englobante, incluant toutes et tous qui vivent et partagent (effectivement ou potentiellement) un projet de développement local : « La force des carrefours jeunesse-emploi est leur attachement à la communauté de laquelle ils sont issus… {ils} sont des organismes communautaires autonomes issus du milieu offrant un lieu d’accueil et d’appartenance… » (Rapport annuel 2007-2008 du RCJEQ).

On a donc deux communautés, l’une et l’autre n’étant pas toujours distinguées : la communauté globale qui recouvre les habitants du territoire mobilisés dans le multiples dynamiques (sociales, sociétales, politiques, économiques) et l’organisation communautaire proprement dite, c’est-à-dire en l’occurrence un CJE. Entre les deux, la porosité s’effectue classiquement par la représentativité d’un conseil d’administration mais également par le bénévolat (dont l’importance au Québec n’est pas comparable à ce que l’on connaît en France, celui-ci étant généralement limité ici au parrainage), qui peut aller jusqu’à des financements privés (des CJE ont des fondations - 4), ainsi que par la thématique de la participation. « L’organisation communautaire se lie à la communauté globale par l’intermédiaire de ses membres. Ce principe signifie que l’organisation doit impliquer les leaders (à la fois formels et informels) qui s’identifient aux sous-groupes principaux de la communauté et sont acceptés par eux. L’organisation doit également et surtout exiger la participation des citoyens, car ce sont eux qui doivent être à la fois les instruments du changement et les objets du changement. » (Y. Assogba, p. 56). A ce fonctionnement « communautaire » s’ajoutent trois autres critères qui constituent une « stratégie consensuelle » d’implantation d’un CJE : « a) L’organisation doit développer un certain rythme de travail afin de prouver à la communauté son dynamisme et son efficacité dans le processus du changement social. L’application de ce principe vise un effet positif dans la collectivité. b) L’organisation doit avoir des buts et des procédures de haute acceptabilité. c) Les programmes de l’organisation doivent comprendre quelques activités à contenu émotionnel, par exemple instituer des fêtes et des symboles. » (Y. Assogba, pp. 56-57).

L’histoire des CJE rappelle à bien des égards celle des missions locales, même si il ne semble pas que cette dernière ait beaucoup été étudiée au Québec (3). On y parle d’ « institutionnalisation », de « professionnalisation », d’expérimentations sociales et d’innovation, et un concept central de la démarche est l’approche globale, plus souvent qualifiée d’ « holistique » que de « systémique ». Cependant CJE et missions locales diffèrent par d’autres points : on vient de voir l’importance québécoise de l’engagement communautaire que n’équivaut pas la forme associative des missions locales (combien, ici, de conseils d’administration atones, hélas !) et qui, chez nos cousins de la Belle Province, implique une démarche intégrée de développement local (« Au Québec, l’insertion par le communautaire tend à se conjuguer avec le développement local », Y. Assogba, p. 132). Nous verrons que l’autonomie des CJE, la professionnalisation du réseau et quelques enjeux à venir diffèrent.

A suivre donc…

(1) Les informations recueillies l’ont été dans le cadre d’entretiens auprès de Marc Grignon, directeur général du Carrefour Jeunesse Emploi de Saint-Laurent , et d’Éric Allard, directeur-adjoint du Réseau des Carrefours Jeunesse-Emploi du Québec (RCJEQ) et coordonnateur en entrepreneuriat jeunesse, ainsi qu’à partir de la consultation du Rapport annuel 2007-2008 du RCJEQ, du Bilan d’activité 2007-2008 du CJE de Saint-Laurent, du Bilan 1997-2007, du Recueil des bons coups 2007 du RCJEQ et de l’ouvrage de Yao Assogba, Insertion des jeunes, organisation communautaire et société. L’expérience fondatrice des carrefours Jeunesse-Emploi au Québec paru aux Presses de l’Université du Québec en 2000. 

(2) L’Outaouais est une région à l’extrême-ouest du Québec, mitoyenne de l’Ontario. Sur la rive nord de la rivière des Outaouais, côté Québec, la ville francophone de Gatineau et, sur la rive sud, côté Ontario, l’anglophone Ottawa.

(3) En juillet 2008, le taux de chômage au Québec était de 7,8% mais de 16,9% en Gaspésie et de 4,7% en Chaudière-Appalaches.

(4) « Les intervenants du centre en ont été conscients qui se sont associés à différents partenaires de la société canadienne et québécoise pour non seulement diversifier les ressources du CCJSE, mais aussi pour constituer un réseau de sociabilité très étendu et puissant composé d’acteurs politiques, issus de la société civile, de l’Église, du domaine des finances, des professions libérales. Bref, ils ont fait du CCJSE une véritable organisation communautaire ou associative en ce sens que c’est un projet collectif ancré dans la communauté et visant à répondre aux besoins de ses jeunes en matière d’insertion socioprofessionnelle. » (Y. Assogba, p. 54).

(4) Bertrand Schwartz est cité à deux reprises dans l’ouvrage de Yao Assogba. Cependant les acteurs rencontrés, un directeur général de CJE et le directeur-adjoint du Réseau des CJE, ne connaissaient qu’approximativement l’histoire des missions locales.


Des « missions locales » québécoises ? 1/4

août 9, 2008

Août 2008. Trêve des maillots de bain, écrivais-je. L’esprit estival, je pourrais donc évoquer le concert de clôture des Francofolies avec le spectacle écolo-poétique Terre planète bleue de la diva Diane Dufresne, le son et lumière grandiose du Moulin à Images pour la commémoration du 400ème anniversaire de la ville de Québec, le splendide « gîte pour fins routards » Bleu sur Mer, en Gaspésie (1), tenu par Micheline – rapidement « Mimi » - et sa confiture de piments (« confiture de « pivron »… baptisée au bout de quelques heures de sociabilité humide « de poivrot ») et par Benoît (par ailleurs président d’Amnesty International pour le Canada francophone)… des gens bien. Cela et bien d’autres choses, ce sont trois semaines effectives de vacances au Québec, une enclave d’astérixophones dispersés - 7,7 millions d’habitants sur un territoire grand comme trois fois la France – sur le continent anglophone nord-américain. Avec bien de similitudes hexagonales : « Grogne chez les maires » (Le Journal de Montréal, 5 août 2008), les édiles s’inquiétant de la privatisation du service public postal ; le développement durable… sachant qu’en plus, ici, la fonte de la banquise n’est pas un phénomène exotique ; etc. Bref, le Québec c’est une ambiance nourrie d’une architecture étonnamment médiévaliste, comme s’il fallait affirmer avec force donjons, douves, remparts et échauguettes que l’histoire québécoise ne commence pas avec Champlain, fondateur de la ville de Québec en 1608. Québec c’est également un parler français qui vient de loin et chante - le « o » grave est rare, voix de tête et expression nasillarde transformant le bronze en « breinze ». Beaucoup de mots aussi ne sont pas essorés par le sémantiquement correct : lorsque Bell – les téléphones – licencie plusieurs milliers de salariés, on parle ordinairement de « saignée » à Radio Canada. Pas d’”ajustement” ou autre euphémisme. Peut-être parce que l’hiver y est long et rigoureux, l’été est un temps compté de sociabilité : dès fin octobre, le Québécois « s’encabanne » jusqu’à mai… il lui reste hors-apnée quatre mois. C’est un méridional du nord. Lorsqu’on goûte au Québec, on y revient nécessairement.

Trêve des maillots de bain ? Pas tout-à-fait cependant puisqu’il me faut gérer cette tension entre obsession et passion : l’insertion des jeunes, ici comme en France, est un sujet majeur de préoccupation. On ne se refait pas.

 Cadrage…

De toutes les provinces canadiennes la « Belle Province », où le français est la langue maternelle pour 80% de ses habitants (contre 4,2% dans l’Ontario voisin et 1,4% à l’extrême-ouest en Colombie Britannique), n’est pas la plus prospère : une croissance démographique de 0,7% sur la période 2002-2007 contre 1% pour le Canada, un revenu personnel disponible réel par habitant de 22 685 dollars (31 244 en Alberta), 6,8% de la population sont bénéficiaires de l’aide sociale contre 5,2% pour tout le Canada… enfin un taux de chômage de 7,5% alors que celui-ci n’est que de 5,2% à l’échelle du Canada et de 1,7% en Alberta. (2)

7,5% c’est cependant assurément mieux que notre taux de chômage hexagonal. En baguenaudant à Montréal ou à Québec – « magasiner » dit-on – l’on n’échappe pas aux annonces placardées sur la quasi-totalité des vitrines commerciales « Cherche vendeur-euse », « Ici, on embauche »… Toutefois, comme en France mais à un degré moindre, le chômage affecte plus particulièrement les jeunes : en 2007, le taux de chômage des 15-24 ans était de 12,5%, 13,9% pour les hommes et 11,0% pour les femmes. Beaucoup d’offres mais on devine derrière cette fluidité du marché du travail la précarité, les bad jobs

Rencontre un après-midi avec Marc Grignon, directeur général du Carrefour Jeunesse Emploi de Saint-Laurent : « Quand le chômage augmente, c’est plus facile, quand il descend, ça devient plus dur. » Expression a priori étonnante que, pourtant, on comprend pour vivre en France le même phénomène : si l’augmentation du chômage implique plus d’accueil et d’accompagnement, les jeunes concernés ne sont pas tous éloignés de l’emploi alors que, à l’inverse, quand le marché du travail est plus favorable, celles et ceux qui restent au bord du chemin présentent nettement plus de difficultés de tout ordre. D’un bord à l’autre de l’Atlantique, même processus, même diagnostic : cette prétendue main invisible n’aime pas les éclopés.

L’insertion des jeunes – on ne dit d’ailleurs pas « les jeunes » mais « les jeunes adultes » - repose globalement sur deux grands dispositifs : Emploi-Québec et les Carrefours Jeunesse Emploi.

Emploi-Québec (3)

Emploi-Québec est une agence au sein du ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale, née de la fusion en 1998 de différents services d’emploi et de main-d’œuvre. Cela rappellera une certaine actualité franco-française… France Emploi. En 1997 et la suite de « l’entente Canada-Québec » (ne pas oublier ! Il y a un gouvernement fédéral canadien et un gouvernement provincial québécois), le Québec est responsable des mesures actives d’emploi ainsi que de certaines fonctions du « Service national de placement » (l’ANPE chez nous), les mesures étant financées par le « Compte d’assurance-emploi » (l’Unedic chez nous) dont le Canada est responsable. Emploi-Québec dispose de ses propres structures, 154 Centres locaux d’emploi (CLE) qui offrent des salles multiservices et des aides personnalisées pour l’accès à l’emploi, et contractualise des programmes gouvernementaux avec les Carrefours Jeunesse Emploi. Pour Marie-Chantal Girard, qui distingue trois modèles de régulation du chômage, les CLE qui s’adressent à tous les publics correspondent au « modèle capitaliste qui regroupe des modes d’accès à l’emploi tels que les petites annonces, les sites internet et les guichets d’emploi, {et} s’appuie entièrement sur une logique de marché (offre et demande). L’individu porte donc l’entière responsabilité de sa démarche et effectue souvent cette dernière dans un climat d’isolement. Dans le modèle néo-classique, des services de type institutionnels et communautaires sont offerts aux individus sans emploi, sans toutefois s’appuyer, particulièrement dans le cas des services offerts par l’État, sur des valeurs de solidarité sociale ou une philosophie particulière d’intervention. Les Centres locaux d’emploi (CLE) et les programmes d’employabilité sont de bons exemples de ce type d’intervention. » (4). Il est sans doute discutable de qualifier ce type d’offre de « modèle capitaliste » mais tout au moins on peut l’identifier à partir de deux caractéristiques majeures : avec Emploi-Québec, il s’agit d’une politique publique descendante même si elle est territorialisée et si la présence de ces 154 CLE se traduit 
selon les termes de l’Agence « par des activités locales et régionales,
 et l’adaptation de programmes
aux réalités régionales » (5) ; sa stricte logique sectorielle : l’emploi, rien que l’emploi.

 

A suivre : les Carrefours Jeunesse Emploi.

 

(1) www.bleusurmer.com/

 (2) Ces données sont extraites de Tableau statistique canadien, Institut de la statistique du Québec, juillet 2008, volume 6, n°1.

(3) www.emploiquebec.net/francais/index.htm

(4) Marie-Chantal Girard Le chômage chez les jeunes : analyse théorique des modes institutionnel, communautaire et informel d’accès à l’emploi, 1999, (sous la direction de) Paul R. Bélanger, Centre de recherche sur les innovations sociales (CRISES), Cahiers du CRISES, Collection Études théoriques, n° ET9907.

(5) www.emploiquebec.net/francais/regions/index.htm

 

 

 


Pour un travail sur le travail de qualité.

juillet 12, 2008

Une question fantaisiste ou indécente…

« Qu’est-ce qu’un travail de qualité ? » est une question rarement posée dans le secteur de l’insertion, encore moins trouvant sa réponse collective à l’échelle d’un réseau. Il y a chez les intervenants sociaux en charge de l’insertion des demandeurs d’emploi, semble-t-il, un renoncement tant sur l’expression de la question que sur sa ou, plus probablement, ses réponses. Comme s’ils avaient désormais intériorisé l’idée que, « compte tenu… » de l’état de marché, de l’employabilité de leurs usagers, de leur modeste capacité à infléchir l’hyper-sélectivité pour l’hypo-rémunération, etc., avancer le thème d’un travail de qualité, au mieux serait interprété comme une divagation d’utopiste – peut-être même de krypto-machin -, au pire serait indécent, un peu comme si l’on se préoccupait des strates culminantes de la ressassée pyramide de Maslow – appartenance, accomplissement – sans même garantir la base – besoins existentiels : manger, boire, dormir, se chauffer… En d’autres termes, la question d’un travail de qualité est fantaisiste ou insultante, donc irrecevable. Implicitement : « Si déjà on trouve du travail, cela sera pas mal ; alors, s’interroger sur sa qualité… »

Lenédanleguidon…

Ces intervenants sociaux qui abdiquent, ces piou-piou  de terrain qui n’ont pas le temps de consulter les pléthoriques rapports en boucle sur la pauvreté (qu’il faut combattre), sur la cohésion (qu’il faut maintenir) et sur l’insertion en ZUS ou ailleurs (qui est un impératif national), ont à défaut d’une culture commune une expression partagée : « lenédanleguidon ». Réellement coincés entre des temporalités contradictoires, sinon antagonistes (celles des dispositifs institutionnels cadencés au métronome électoral, des entreprises qui rêvent de génération spontanée - le salarié kleenexable parfaitement formé, aussi immédiatement disponible qu’il sera immédiatement congédiable -, des temps d’apprentissage variables suivant les personnes…), les intervenants sociaux, intermédiaires des politiques de l’emploi, parent au plus pressé. Chacun d’entre eux « accompagne » - on a le droit de sourire – 150, 200 usagers, voire plus sans que cela soit exceptionnel, ni ne trouble les mêmes qui, de colloques en cités savantes, acquiescent gravement et même avec conviction à l’absolue nécessité de l’individualisation de l’accompagnement. A cet « accompagnement personnalisé », qui fût sacralisé avec le PARE et le PAP comme alpha et oméga des conditions points de passage obligé de la remise au travail, s’ajoutent mille obligations : travailler en partenariat (ce qui prend du temps, ne serait-ce que celui de l’ajustement et de la négociation), concevoir des projets (qui, tous, ne jaillissent pas d’un eurêka), observer les territoires pour recueillir des informations puis les traiter, les communiquer, les traduire en « plans d’action », etc. En tout état de cause, s’il fallait malgré tout une réponse à la qualité du travail, elle serait toute trouvée : un travail de qualité (n’)est (qu’)un emploi « durable », point à la ligne, circulez ! C’est-à-dire six mois ou, si l’on a de la chance, plus. Administrativement. Le qualificatif de durable a ceci d’extraordinaire que son usage immodéré accompagne au même rythme, on pourrait dire sur la même fréquence, la généralisation de la précarité. Somme toute, embrassons-nous Folleville, nous allons vers un système généralisé de précarité durable ! En silence.

Préserver la santé mentale des professionnels…

Le labourage du thème du travail de qualité est inversement proportionnel à celui du travail sans qualité. Depuis, comme son nom l’indique, Le travail sans qualités de Richard Sennett (2000, Albin Michel) jusqu’aux deux « Métamorphoses », celle « de la question sociale » (Robert Castel, 1995, Arthème Fayard) et celle « du travail » (André Gorz, 1988, Galilée), nous sommes assis sur des tonnes d’ouvrages (sociologie, ergonomie…) traitant du précariat, de la flexibilité, des emplois de la néo-domesticité, des bad jobs, etc. Serait-ce à dire qu’il est plus facile de dénoncer que de proposer, de déconstruire que de construire ? Sans doute, oui. Il est en tout cas plus simple de constater la dégradation des conditions de travail, tant celle-ci est évidente, que d’imaginer les conditions d’un travail de qualité parce que, y parvenant, on prendrait le risque d’accentuer la culpabilité des intervenants sociaux : une fois objectivées les conditions objectives de la majorité des emplois auxquels les jeunes parviennent à accéder avec difficulté, la satisfaction de l’accès à « l’emploi durable » serait sérieusement ébranlée. De là à penser que, pour préserver la santé mentale des professionnels, il vaut mieux éluder la question du travail de qualité, il n’y a qu’un pas…

Du travail de qualité à « travailler plus », navrante dérive…

Cependant, en cherchant bien, on trouvera une littérature traitant du travail de qualité, à commencer par la notion minimaliste de « travail décent » affiché comme objectif depuis 1999 par le Bureau international du travail (BIT) jusqu’à la « qualité de l’emploi » objectif cette fois de l’Union européenne depuis 2000, à la suite des sommets de Nice et de Lisbonne et explicite dans la Stratégie européenne pour l’emploi (SEE), maintenu en 2003 et en 2005.

Toutefois, observe le Centre d’Études de l’Emploi, « en dépit du maintien de la « qualité de l’emploi » comme objectif commun aux pays européens, cet outil apparaît sous-utilisé depuis 2004. L’Emploi en Europe ne consacre plus de chapitre à ce thème, et les analyses empiriques utilisant les indicateurs de Laeken sont quasi inexistantes. La notion de qualité est de plus en plus tirée du côté de la productivité et de l’attractivité financière des emplois, sans référence au point de vue des travailleurs. Plusieurs raisons peuvent être invoquées pour cet affaiblissement, un effet conjoncturel tout d’abord, la dégradation de la conjoncture dans plusieurs pays européens ayant conduit à rétablir une priorité d’augmentation quantitative de l’emploi, mais également la disparition du consensus politique ayant conduit à mettre en avant un objectif de « qualité », au profit notamment des thématiques de « flexisécurité ». » (1). On ne saurait mieux dire : la qualité du travail n’est plus officiellement à l’ordre du jour. Pour preuve, le slogan présidentiel « Travaillez plus… » ne dit mot sur le bonheur au travail, se contentant de réduire celui-ci à sa stricte dimension instrumentale, « pour gagner plus ». Pourtant, il paraît que même les cadres éprouvent quelque amertume à la suite de l’amendement, adopté le 8 juillet en première lecture à l’Assemblée nationale, qui relève de 218 jours à 235 jours leur plafond de jours travaillés…(2)

Confort de la reproduction, bénéfice de la distinction.

A priori, de deux choses l’une, ou l’on poursuit les yeux rivés sur « l’emploi durable » ou l’on s’attelle à construire, diffuser et partager une conception du travail de qualité. “A priori” parce que, à vrai dire, l’une et l’autre postures ne sont pas nécessairement opposables et exclusives. On peut gérer les affaires courantes et le flux, satisfaire la demande coup de main pour un emploi quel qu’il soit, et avancer les pièces d’une stratégie pour un travail de qualité : la Reine pour la stabilité, le Fou pour l’autonomie, la Tour pour la qualification, le Cavalier pour la rémunération, etc. Retenons cependant, pour la clarté de la démonstration, le clivage entre les deux hypothèses.

Dans le premier cas, on peut s’interroger sur l’effectivité d’ambitions construites sur l’indissociabilité de la personne et, subséquemment, sur la nécessité autre qu’incantatoire d’associer projet de vie et projet professionnel, indépendance économique et autonomie sociale, accomplissement personnel et émancipation collective, etc. La finalité du travail de conseiller en est inéluctablement affectée, le projet politique et philosophique de l’insertion a bouilli au fond de la marmite des dispositifs jusqu’à ne plus être que la commande publique. Autrement formulé, l’identité du réseau est définie par d’autres, les acteurs deviennent des agents, l’autonomie a cédé devant l’hétéronomie, l’exécution s’est substituée à la création. Avantage toutefois : on ne se pose plus de questions complexes. Le confort de la reproduction.

Dans le second cas, si l’on n’a pas la garantie de la cohérence des résultats entre les finalités et les réalisations, tout au moins aura-t-on celle du processus entre ces deux dimensions : nous ne savons pas si nous y parviendrons mais nous savons que nous progressons dans la bonne direction. Ce faisant, nous consolidons notre identité de réseau et contribuons – modestement – à faire évoluer représentations et politiques publiques… ce qui, soit dit en passant, s’inscrit dans les fondamentaux des missions locales. Le bénéfice de la distinction.

Tout-cru…

Bien, va-t-on dire… Toutefois n’est-ce pas prométhéen que d’envisager, sur la base du second choix, de faire évoluer institutions… mais également entreprises qui, in fine, distribuent les cartes ? C’est possible… mais, comme Pascal, « il faut parier ». Et ce pari n’est pas qu’utopie ; il peut même être favorisé par l’évolution – si elle se confirme – de la baisse du chômage qui rétablira un équilibre entre l’offre et la demande, c’est-à-dire contraindra les entreprises à négocier… à condition que la configuration soit bien celle du plein-emploi et non celle de la pleine-activité (cf. sur ce blog « Travailler plus et mieux, tous et pourquoi ? » 2/2), ce qui ne s’obtiendra ni par la grâce divine, ni par l’aussi improbable qu’homéostatique main invisible, mais par le débat, l’éducation, aussi la confrontation. En tout état de cause, s’il faut socialiser les jeunes, il faut également civiliser les entreprises et humaniser les institutions. Sauf à être dévorés tout-crus. « Instrumentalisés », dit-on. Pour la socialisation des jeunes, le savoir-faire est là. Pour le reste, il faut commencer par nous-mêmes, par clarifier notre doctrine : que veut-on ? Nourrir la machine de l’appareil productif en lui fournissant sa main d’œuvre docile, juste formée pour s’adapter au poste, disciplinée et, d’ailleurs, éventuellement satisfaite de cette servitude (3) ? Ou insérer les jeunes dans une société qui doit elle-même évoluer vers plus d’humanité ?

 

(1) Lucie Davoine, Christine Erhel, La qualité de l’emploi en Europe : une approche comparative et dynamique, CEE, « Documents de travail » n° 86, mai 2007, p. 6.http://www.cee-recherche.fr/fr/doctrav/qualite_emploi_europe_doc86.pdf

(2) Michel Delberghe, « Les cadres, victimes des 35 heures ? », Le Monde, 10 juillet 2008.

(3) Principe même de l’aliénation, dialectique du maître et de l’esclave (Hegel, Phénoménologie de l’Esprit)…


« Les missions locales jouent un rôle fondamental d’accueil, de conseil et d’orientation, qui pallie en partie les carences du service public de l’emploi. »

juillet 11, 2008

Peut-être n’est-il pas inutile de communiquer cet extrait du rapport sénatorial de M. Bernard SEILLIER, La lutte contre la pauvreté et l’exclusion : une responsabilité à partager, déposé le 2 juillet 2008 (1). Avec un hiatus pour commencer. L’avis selon lequel, dans l’extrait qui suit, « l’accès à un revenu minimum n’est pas opportune pour les jeunes » est très contestable puisque, parmi les avocats de cette possibilité pour ne pas dire obligation au titre de la responsabilité intergénérationnelle (dans lesquels je m’inclus), l’inscription de cette allocation dans une logique contractuelle est largement partagée. Mais un vrai contrat, pas les fourches caudines d’un « emploi raisonnable » (pour qui ? ) où le déterminant exclusif est celui des besoins, pour ne pas dire des exigences non-négociables, de l’appareil productif… celui précisément dont les conditions de travail sont le facteur explicatif des difficultés de recrutement.

Néanmoins, on retiendra que, après le CERC et le CES, la commission en charge de ce rapport crédite sans ambiguïté le travail des missions locales et, concernant le contrat d’autonomie, souhaite que l’évaluation comparative avec le CIVIS prenne en compte la différence de traitement à partir de la « bourse d’autonomie » et l’allocation CIVIS… d’ailleurs surestimée à 300 euros par mois. Notons également la publication du dernier Premières Synthèses, Premières Informations de la DARES (2) où il est écrit que « la moitié des sorties du CIVIS se fait vers l’emploi. » Décidément, notre ministre a beau signer (hier) sous les caméras ses premiers contrats d’autonomie, son projet aussi « original » que « novateur »  – malgré sa campagne publicitaire – ne fait pas l’unanimité, loin de là ! Les gens sont vraiment ingrats… y compris les sénateurs et les fonctionnaires d’administration centrale ! On est toujours trahi par les siens.

Extrait…

« 2. Evaluer l’efficacité du « contrat d’autonomie » expérimenté pour les jeunes des ZUS en vue de sa généralisation aux jeunes en difficultés »

De nombreux jeunes entre 16 et 25 ans, sortis du système scolaire précocement sans diplôme, sont confrontés au chômage et ne bénéficient d’aucun revenu. En outre, ils échappent dans de nombreux cas aux circuits traditionnels de recrutement et ne sont éligibles ni au régime d’assurance chômage, n’ayant jamais cotisé, ni au RMI, son bénéfice n’étant ouvert qu’à partir de 25 ans.

La mission estime que l’accès à un revenu minimum n’est pas opportune pour les jeunes, toute allocation visant à l’autonomie ne pouvant être versée que ponctuellement et être assortie de la construction d’un projet d’insertion professionnelle durable, qui nécessite que toute aide financière soit conditionnée à la signature préalable d’un contrat.

Dans ce domaine, les missions locales jouent un rôle fondamental d’accueil, de conseil et d’orientation, qui pallie en partie les carences du service public de l’emploi : chaque année, elles accueillent près de 1,2 million de jeunes et trouvent, pour une grande majorité, des solutions d’insertion ou de formation.

Les jeunes des ZUS (entre 150 000 et 200 000) sont particulièrement exposés aux risques de pauvreté et d’exclusion sociale, du fait des difficultés spécifiques d’insertion professionnelle qu’ils rencontrent. C’est pourquoi le ministère de la ville et du logement expérimente pour 45 000 d’entre eux, un contrat d’autonomie, destiné à les accompagner vers l’emploi sur une durée limitée à un an (6 mois avant l’entrée dans l’emploi et 6 mois après l’embauche).

Le programme, doté de 250 millions sur trois ans, finance le dispositif d’accompagnement qui sera confié à des organismes publics ou privés et offre aux jeunes une « bourse d’autonomie » de 300 euros par mois durant les six premiers mois pour faciliter leur recherche d’emploi.

Il s’agira d’évaluer ce dispositif et de le comparer notamment aux résultats obtenus par le contrat d’insertion dans la vie sociale (CIVIS), outil principal d’insertion des missions locales, dont le coût ne représente que 900 euros sur un an et qui a déjà permis d’accompagner 500 000 jeunes et d’offrir à plus de 105 000 d’entre eux un emploi durable. »

 Ah, qu’est-ce que cela fait du bien après tout ce que l’on a vécu et avant de partir en vacances !

 

(1) Rapport d’information n° 445, 2007-2008, http://www.senat.fr/rap/r07-445-1/r07-445-145.html

(2) http://www.travail-solidarite.gouv.fr/IMG/pdf/2008.07-29.3.pdf

 

 


Contrat d’autonomie : c’est (presque) parti…

juillet 9, 2008

Selon Les Échos (1) et transmis par le réactif docinsert.over-blog.com/ « Les secrétaires d’Etat Laurent Wauquiez (Emploi) et Fadela Amara (Ville) lanceront jeudi les premiers « contrats d’autonomie » pour des jeunes des quartiers défavorisés, dans un cabinet privé de ressources humaines sélectionné par l’Etat à Mantes-la-Jolie (Yvelines). Ce « contrat d’autonomie » entend remédier au taux de chômage élevé des 18-25 ans dans ces quartiers (près de 40%). Il devrait être proposé chaque année à 15.000 jeunes, pour un coût attendu de 250 millions d’euros sur 3 ans.

Selon une source proche du dossier, l’appel d’offres a pris du retard dans d’autres départements parce que les opérateurs privés ont demandé un tarif « assez élevé » {en tout cas, nettement supérieur à celui des quelques missions locales qui se sont positionnées…}. Les opérateurs, comme les agences d’intérim, estiment prendre un risque car ils seront payés au résultat { « opérateurs privés de placement = efficacité » ne serait donc qu’un postulat ?} et doivent mobiliser leur trésorerie pour avancer le pécule mensuel de 300 euros versé au jeune pendant six mois.

L’opérateur touchera au départ 25% de la somme due par l’Etat, puis 40% si le jeune décroche un CDD de plus de six mois ou un CDI, le reste s’il se stabilise. Pour s’assurer que les opérateurs viennent bien en aide aux jeunes qui en ont le plus besoin, l’Etat a ciblé des quartiers très défavorisés.

Amertume des missions locales

Le choix du privé n’est pas sans susciter de l’amertume au sein des 480 Missions locales, le service public déjà chargé d’aider au quotidien un million de 16-25 ans, avec un budget annuel limité à 253 millions d’euros. Certaines {97 %} missions ont en effet renoncé à participer au contrat d’autonomie faute de présenter la taille critique {surtout pour d’autres motifs, dont l’attachement à la mission de service public}. Ainsi, pour Christine Beguinot, directrice d’une mission à Reims : « Il n’y a pas de conflit, mais la démarche est différente. Je ne sais pas s’ils ont des performances supérieures, mais nous nous avons d’office déjà beaucoup de jeunes dont il faut s’occuper ».

En juin, l’Association nationale des directeurs de missions locales (ANDML) avait critiqué ce recours au privé, la CGT y voyant, elle, une « amorce de privatisation de l’accompagnement global des jeunes ». Le contrat d’autonomie serait a priori plus cher que le « contrat d’insertion dans la vie sociale » (Civis) lancé par Jean-Louis Borloo en 2005 et mis en oeuvre par les missions locales. Le Civis {165 millions d’euros en 2008} coûte à l’Etat environ 4.500 euros par jeune aidé.

Le ministère souligne qu’il ne touche pas au budget des missions locales et qu’il n’y a pas de concurrence puisque le Civis porte sur 100.000 jeunes par an. »

Pas de concurrence ? il n’y a pire sourd que celui qui ne veut entendre.

 (1) http://www.lesechos.fr/info/france/300279207.htm?xtor=RSS-2094

 


Les nouveaux (et moins nouveaux) administrateurs de l’ANDML

juillet 9, 2008

L’assemblée générale de l’Association Nationale des Directeurs de Missions Locales (ANDML) a élu le 10 juin son conseil d’administration. Voici, sans commentaires comme sur Euronews, les trente-quatre heureux élus pour la période 2008 – 2011. Souhaitons-leur de bons mandats, courage et détermination… c’est le fonds qui manque le moins !

Aquitaine : Stéphane COPPEL (Mission Locale Landaise).

Auvergne : Françoise-Paule MATHEY (Mission Locale de Riom Limagne Combrailles).

Basse-Normandie : Jean-Michel GOUBARD - Bureau : Vice président – (Mission Locale du Pays d’Alençon) et Xavier NABAT (Mission Locale de la Baie de Seine).

Bourgogne : Régis BARBIER (Mission Locale Rurale de l’Arrondissement de Beaune) et Ibrahima NDAO (Mission Locale Jeunes de Nevers).

Bretagne : Philippe JOURDAN (Mission Locale du bassin d’emploi de Rennes) et Joseph LEGRAND (Mission Locale du Pays de Fougères).

Centre : Marie RONDWASSER (PAIO de la Touraine côté sud).

Champagne-Ardenne : Christine BEGUINOT - Bureau : Secrétaire – (Mission Locale pour la Jeunesse de l’arrondissement de Reims) et Mokhtar BOUGHARI (Mission Locale de la Marne Moyenne).

DOM : Max LAURENT (Mission Locale de la Guadeloupe) et Jean-Michel LOUTOBY (Mission Locale de la Cabesterre).

Corse : Bernard GIUDICELLI (Mission Locale de Bastia).

Franche-Comté : Didier BELLI (ADP du Nord Jura).

Haute-Normandie : Annie JEANNE - Bureau : Présidente – (Mission Locale de l’Agglomération Rouennaise) et Pierre LE SAOUT (Mission Locale de l’agglomération d’Elbeuf).

Île de France : Evelyne BARBIER (AIFP Mission Locale Plaine Centrale Val de Marne), Nathalie BOYER (Mission Locale intercommunale Rosny-sous-Bois), Marie-Michèle PISANI (AISPJ Mission Locale Val d’Oise Est) et Sylvie WEILL - Bureau : Trésorière – (Mission Locale de Saint Quentin en Yvelines).

Languedoc-Roussillon : Jean-Paul BRETEL (Mission Locale des Jeunes de l’Agglomération de Montpellier) et Jean-Pierre MUNICH (Mission Locale Insertion DR 11 de Limoux).

Limousin : Jean-Marc SEIJO-LOPEZ (Mission Locale de Tulle).

Midi-Pyrénées : Anna FELDMAN (Mission Locale de Toulouse) et Monique MANDONNET (Mission Jeunes du Tarn Nord).

Nord Pas-de-Calais : Vincent PLOVIER (Mission Locale l’Agglomération Dunkerquoise).

Pays de la Loire : Christophe JEAN (Mission Locale du Sillon de Bretagne) et Noëlla LESIAK (Mission Locale de la Presqu’île Guérandaise).

PACA : Armande PATRON (Mission Locale du Comtat Venaissin) et Jean-François REBIFFÉ (Mission Jeunes 05 de Gap).

Rhône Alpes : François GAUDIN (Mission Locale Jeunes d’Albertville), Rachid OUKRID, (Mission Locale du Plateau Nord Val de Saône) et Enrico RIBONI (Mission Locale de l’Ardèche Méridionale).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Plan Espoir Banlieues : paroles d’édiles… Rationalité et rationalisme…

juillet 9, 2008

Après le Conseil Économique et Social, le Plan Espoir Banlieues continue à faire parler de lui, une nouvelle fois à l’Assemblée nationale. Quatre députés interrogent le gouvernement, deux de droite et deux de gauche ou, si l’on préfère discriminer sur une base géographique, deux du Nord-Pas-de-Calais et deux du Rhône.

- Côté UMP, l’un - Dominique Perben – formule prudemment sa question alors que Christian Vanneste évolue dans cette problématique avec une grâce toute pachydermique.

- Côté socialistes, la posture est cohérente : celle d’une défense des missions locales sur la base de la mission de service public, d’un refus de la (idéo)logique du tout concurrence, de l’inéquité entre les allocations CIVIS et contrat d’autonomie, du savoir-faire des missions locales.

Rationalité et rationalisme…

Ces questions succédant à d’autres (déjà recensées sur ce blog) démontrent au moins une chose : les conséquences de la structuration juridique et politique issues du Rapport Schwartz et de l’ordonnance de mars 1982, organisant de façon originale une politique d’État en impliquant fortement les élus locaux jusqu’à leur confier la présidence des associations, constituent toujours un atout majeur. Pas simple de se débarrasser des trublions piou-piou qui, face à une logique rationaliste désincarnée, persistent à être reconnus parce que, tout simplement, ils accueillent les jeunes, ils ont intégré dans leurs pratiques l’évidente nécessité systémique de l’approche globale. Le combat est ici entre une rationalité constructive qui est un garde-fou contre l’erreur, la simplification et l’illusion, et un rationalisme arc-bouté sur quelques postulats et dirigé par la seule efficience. « La vraie rationalité, ouverte par nature, dialogue avec un réel qui lui résiste. Elle opère une navette incessante entre l’instance logique et l’instance empirique ; elle est le fruit du débat argumenté des idées, et non la propriété d’un système d’idées. Un rationalisme qui ignore les êtres, la subjectivité, la vie, est irrationnel. La rationalité doit reconnaître la part de l’affect, de l’amour, du repentir. La vraie rationalité connaît les limites de la logique, du déterminisme, du mécanisme ; elle sait que l’esprit humain ne saurait être omniscient, que la réalité comporte du mystère. Elle négocie avec l’irrationalisé, l’obscur, l’irrationalisable Elle est non seulement critique mais autocritique. On reconnaît la vraie rationalité à sa capacité de reconnaître ses insuffisances. » (1)

Une stratégie de détermination sectorielle…

Ceci étant, il ne faut pas se leurrer et le rationalisme avance ses pièces face auxquelles la conviction des acteurs de l’insertion ne suffira pas. On peut se reporter au chapitre du rapport Boulanger concernant « le recours aux co-traitants : missions locales, Cap Emploi, APEC » (2)

« [131] Les principes régissant l’intervention des co-traitants dans la prise en charge de publics relevant de la responsabilité de la nouvelle institution doivent être les mêmes que ceux qui seront appliqués aux organismes privés quant au type de service à rendre (accompagnement personnalisé), quant à l’autonomie dans la méthode, quant au résultat à atteindre (l’accès rapide à l’emploi, couplé à l’objectif de parcours qualifiant pour les jeunes sans qualification), quant à la durée de la prise en charge. 

[132] Pour autant le mode de fonctionnement de ces intervenants n’en fait pas des sous-traitants puisque le financement de leur action ne dépend que partiellement du conventionnement de l’ANPE. Cette situation est appelée à durer encore malgré les critiques qu’elle ne pourrait manquer de soulever au regard des règles relatives aux marchés publics.

[133] Il est proposé, dans l’attente de solutions juridiquement plus solides, de maintenir le mode actuel de conventionnement en en consolidant fermement la base conceptuelle et politique. Il paraît indispensable de conclure avec chacune des têtes de réseau concernées un accord de fond qui définisse le cadre de l’action entreprise en commun. S’agissant de satisfaire aux exigences supérieures de la politique de l’emploi, il est indispensable que les objectifs en soient partagés par les institutions qui, par la co-traitance avec la nouvelle institution, sont associées à l’effort commun. 

[134] Ainsi il doit être clair pour chacun que la co-traitance, qui préserve l’indépendance des institutions associées, est fondée sur une véritable, et vérifiable, adhésion aux objectifs assignés à la nouvelle institution qui aura la responsabilité d’adresser les publics aux co-traitants et de mesurer publiquement les résultats obtenus (voir § 4.6- Evaluer). Il devra être clair également que c’est cet engagement et à terme les résultats obtenus qui justifieront le financement des structures concernées au-delà des financements ponctuels versés par la nouvelle institution qui, en l’état initial des choses, demeureront limités. » (souligné par nous).

En clair, les « co-traitants » ne peuvent pas être traités par la force des choses comme d’ordinaires prestataires mais, en attendant que leur place privilégiée puisse être juridiquement déconstruite sur la base des règles de libre concurrence, ils devront être contraints d’adhérer ou, plus exactement, de se soumettre aux impératifs de l’opérateur unique dont la stricte sectorialité (l’emploi et la qualification, évaporation du social) et l’accès rapide à l’emploi (cf. la position inverse du CERC sur une temporalité plastique et longue, basée non sur la durée d’un dispositif mais sur le parcours). A défaut, le bâton : les résultats obtenus justifieront ou non le financement.

Du pain sur la planche…

On ne pourra pas dire qu’on ne savait pas. Et, sans revenir sur ce qui, à de nombreuses reprises, a été développé ici et ailleurs, rappelons à la volée l’exigence déontologique et stratégique d’une professionnalisation pleine et entière (profession – professionnalisme – professionnalité), d’une cohérence interne (projet associatif de structure, participation des jeunes) et externe (dynamique de réseau, culture commune), d’une maîtrise conceptuelle, d’une réappropriation des missions d’observation et de développement local, d’une déclinaison du devoir d’innovation… Bref, la carte d’identité du réseau.

 Verbatim des questions des deux parlementaires UMP…

- Dominique Perben (Rhône) attire l’attention de M. le ministre du travail, des relations sociales, de la famille et de la solidarité sur les préoccupations exprimées par les missions locales s’agissant de la mise en place du contrat d’autonomie. « Dans le cadre du plan banlieues, la mise en place d’un nouveau contrat à destination des jeunes en difficulté a été annoncée. Ce contrat d’autonomie sera signé avec des organismes de placement, il permettra un accompagnement individualisé de jeunes de 18 à 26 ans vers l’emploi. Les missions locales qui accompagnent des jeunes dans le cadre du programme CIVIS s’interrogent sur l’articulation entre ces deux dispositifs. Par conséquent il aimerait avoir des précisions sur la mise en oeuvre du contrat d’autonomie et son articulation avec les dispositifs d’accompagnement à l’emploi existants. »

- Christian Vanneste (Nord) attire l’attention de Mme la ministre de l’économie, de l’industrie et de l’emploi sur le devenir des missions locales en France. « … On peut se demander si les missions locales doivent conserver leur mission d’accompagnement en matière d’emploi, étant donné que la rationalisation des moyens et la mise en place d’un guichet unique par la fusion de l’UNEDIC et de l’ANPE tendent à réunir en un seul et même lieu les informations concernant l’emploi. »

Et verbatim des questions des deux parlementaires socialistes…

- M. Jean-Pierre Kucheida (Pas-de-Calais) attire l’attention de Mme la ministre de l’économie, de l’industrie et de l’emploi sur la mise en place du contrat d’autonomie dans le cadre du plan « Espoir Banlieues ». « Ce nouveau contrat s’adresse aux 16-25 ans les plus en difficultés des zones urbaines sensibles. Il est désormais prévu que les missions locales entrent en concurrence avec des opérateurs privés sur leur principale compétence et responsabilité : à savoir celle de l’accompagnement dans la recherche et le retour à l’emploi. En 2006, les missions locales ont reçu 180 000 jeunes habitant en zone urbaine sensible. 12 500 ont bénéficié d’un contrat aidé, 41 000 ont commencé une formation et 43 000 d’entre eux ont trouvé un emploi. Le lancement de l’appel d’offre réalisé le 31 mars dernier dans 35 départements pilotes remet en cause la pertinence de l’action de ces instances publiques. Il porte atteinte aux missions de service public qu’elles assurent selon des conventions pluriannuelles d’objectifs récemment reconduites. Ces conventions conditionnent l’attribution des financements aux résultats obtenus notamment dans l’accompagnement des jeunes issus des zones urbaines sensibles dans l’emploi. Une ouverture à la concurrence menace donc directement la pérennité de structures qui disposent d’un savoir-faire dans l’accompagnement à l’emploi durable pour les jeunes. La mise en oeuvre du contrat d’autonomie introduit par ailleurs des inégalités de traitement majeures pour les jeunes qui en bénéficieront ou pas. Offrant une bourse de 1 800 euros en six mois alors que le contrat d’insertion dans la vie sociale (CIVIS), outil principal des missions locales, ne permet de proposer que 900 euros sur un an, le contrat d’autonomie généralise une concurrence déloyale qui s’exercera en la défaveur des missions locales. En conséquence, il lui demande de revoir les termes du projet de mise en oeuvre du contrat d’autonomie en veillant à garantir avant toute chose la pérennité d’un service public de qualité au bénéfice de l’ensemble des jeunes en difficulté. »

- Jean-Jack Queyranne (Rhône) appelle l’attention de Mme la ministre du logement et de la ville sur les difficultés d’application du plan banlieues et plus particulièrement sur celles liées aux contrats d’autonomie. « En effet, le contrat d’autonomie présente la particularité d’être confié à des opérateurs choisis sur appel d’offre, alors que le programme CIVIS (contrat d’insertion dans la vie sociale) prévu par la loi de cohésion sociale de janvier 2005 était placé sous la gestion notamment des missions locales. Sur la région Rhône-Alpes, les 49 missions locales suivent actuellement 17 000 jeunes dont 3 600 résidants dans des quartiers classés ZUS. Les résultats obtenus sont plus que satisfaisants, puisque 54 % des jeunes en cours de CIVIS sont employés ou en formation et 52 % des jeunes sortent du programme en situation d’emploi durable. Cette réussite due au savoir-faire des missions locales risque d’être fortement remise en cause par un nouveau programme qui se révèle identique au CIVIS, sauf sur la désignation des prestataires. Compte-tenu des caractéristiques du marché public proposé, nombre d’unions de missions locales n’ont pu aller au terme de la consultation, essentiellement en raison du manque d’avances en trésorerie imposées par les marchés publics. En conséquence, il lui demande quelles mesures pourraient être prises afin que le travail mené par les missions locales avec le programme CIVIS puisse être pris en compte et que les missions locales restent des partenaires privilégiés avec leurs compétences et leurs connaissances au sein de l’application du contrat d’autonomie. »

 (1) Edgar Morin, Les sept savoirs nécessaires à l’éducation du futur, 2000, Seuil, p. 22

(2) Jean-Marc Boulanger, Contribution à la préparation de la convention tripartite entre l’Etat, l’Unédic et la nouvelle institution créée par la loi du 13 février 2008, avril 2008, p. 33.


 


Fodé Sylla met du baume au coeur des missions locales…

juillet 8, 2008

En tant que rapporteur au nom de la section du travail, Fodé Sylla, ancien président de SOS Racisme, vient de présenter le 4 juillet 2008 une note au Conseil Économique et Social (CES) sur « L’emploi des jeunes des quartiers populaires ». Celle-ci sera examinée par l’assemblée plénière les 8 et 9 juillet.

Cette note, esquissée dans l’article précédent concernant la réaction de Fodé Sylla au Plan Espoir Banlieues, est disponible sur le site du CES (www.ces.fr). Elle formule six propositions précédées d’un constat – « Une situation inacceptable » - et de quelques principes. Elle résume un avis plus complet (60 pages) sur lequel on reviendra… plus tard.

Constat et principes… dont un nouveau « droit à la banalisation » (sic)…

Le taux de chômage des jeunes des quartiers populaires est deux fois supérieur à la moyenne nationale, cinq facteurs de difficultés se concentrant : faiblesse de la formation initiale, discrimination, méconnaissance du monde de l’entreprise, isolement dans le quartier et une « dilution de compétences, du fait de la multiplicité des acteurs, {qui} empêche une véritable stratégie nationale et locale. »

Quatre « idées propres à changer la vision sur cette question » du chômage des jeunes des quartiers populaires : un renforcement de la prise de conscience nationale, « l’exigence {pour qui ?) d’un changement des représentations », « la reconnaissance du droit à la banalisation comme revendication légitime » et « la nécessité d’un rattrapage et d’un coup de pouce républicain pour assurer l’égalité ». Ces idées, mi-principes, mi-postulats, ne sont pas exemptes de contradictions internes, par exemple entre cet étonnant « droit à la banalisation » qu’on imagine être l’opposé de la stigmatisation et un « coup de pouce républicain » justifié par l’objectif d’égalité mais fondé de facto sur l’équité.

Les six propositions…

Faire ce qui est déjà fait…

Tant pis, il faut le dire : la première proposition ne brille guère par son originalité puisqu’il s’agit « avant toutes choses de préparer et d’accompagner les jeunes vers l’emploi » en luttant contre l’échec scolaire, en coordonnant, mobilisant et professionnalisant les différents services en charge de l’orientation, en anticipant « davantage l’adéquation entre formation initiale et besoins économiques », enfin en « offrant un véritable appui individualisé et durable : techniques de recherches d’emploi mais aussi coaching pour l’appréhension du monde de l’entreprise et de ses codes. » Traduisez « coaching » par accompagnement individualisé et appui au projet d’insertion, vous obtenez le quotidien de tout conseiller… Quant aux techniques de recherche d’emploi, on pourrait y ajouter le parrainage, les forums emploi, etc. et l’on aboutirait cette fois au quotidien de l’activité de toute mission locale. Reste, plus discutable, « l’adéquation entre formation initiale et besoins économiques ». S’agissant d’une « note », on sera indulgent : outre la question, malgré tout importante, d’une formation initiale finalisée par les impératifs (fluctuants) de l’appareil productif, bref l’homo oeoconomicus en place et lieu de l’homo sociologicus, le producteur performant plutôt que le citoyen critique, cet objectif repose sur le postulat économique walrasien d’un ajustement (presque) naturel de l’offre et de la demande (1), une visée adéquationniste qui s’exprime assez souvent dans « l’axe 1 » des maisons de l’emploi.

Transformer les modalités de recrutement…

Fodé Sylla ne plaide pas pour le CV anonyme mais, par contre, préconise l’utilisation plus large des méthodes de simulation et d’habileté : l’ANPE s’en réjouira, l’inventeur de cette méthode étant Georges Lemoine, qui fût directeur de l’ANPE dans les Deux Sèvres. Guère plus originales, ces propositions d’ « investir davantage dans le potentiel des jeunes par la formation en interne {des entreprises} » et par « la construction de réseaux pour faire le lien entre les jeunes et les entreprises, par le biais notamment du parrainage ». On se croirait à l’assemblée générale d’une mission locale. Ce qui suit confirme cette impression : si la note de Fodé Sylla n’évite pas dans ses premières lignes ce qui est ordinaire pour qui connaît les missions locales – mais, peut-être, n’est-il pas inutile de le rappeler ? – ces dernières vont être largement créditées.

Améliorer l’environnement global de l’emploi…

Cette troisième proposition balaye large, d’un « système de ZFU inversée » (exonérations non pas sur la base du lieu d’implantation de l’entreprise mais sur celle des salariés, bonne idée) à « conforter la dispositif SMA existant Outre-Mer » (2) en passant par le catalogue d’actions telles que « utiliser les possibilités d’emploi offertes par les secteurs en difficulté de recrutement » (sans autre indication), « faciliter la création d’entreprise de façon pérenne par un accompagnement durable du jeune concerné » (coucou à l’Association Nationale des Groupements de Créateurs initiée en 1999… par la mission locale de Sénart !), etc. Si la stratégie, c’est-à-dire la façon de procéder, est inversement proportionnelle au nombre de suggestions, néanmoins l’approche globale est le concept structurant explicité… pour une fois sans oublier les missions locales (« … comme le font les missions locales dans leur approche globale de la situation du jeune ») : logement, mobilité, garde d’enfants, problèmes de santé…

Renforcer la lutte contre les discriminations…

La note propose d’améliorer l’application de la loi, « notamment sur la charge de la preuve », d’interdire l’accès aux marchés publics aux entreprises sanctionnées pour discrimination, et d’inciter les entreprises « à mettre en œuvre des démarches de diversité, notamment par la création d’un label diversité ». Il n’est pas inutile de rappeler qu’un tel label ou, plus exactement une norme, est à ce stade presque achevé et déjà exploitable : il s’agit de la norme AFNOR NF X50-784 « Processus de gestion des Ressources Humaines et diversité »… qu’avec un groupe d’acteurs de Sarcelles (collectivités, mission locale, organisme de formation…) nous avons retenue pour engager un travail de sensibilisation des entreprises du bassin d’emploi (3). A cette norme pourrait être ajoutée la « Charte de l’Égalité » et le « Label Égalité » promus par le ministère délégué à la Cohésion sociale et à la Parité (4). A consulter également par les acteurs souhaitant renforcer leur engagement pour la diversité, le très récent Guide pour les PME, les TPE et l’artisanat publié par la HALDE. On peut, sur ce thème de la lutte contre les discriminations, agréger la sixième proposition d’évaluation de l’avancée de la politique de la diversité sur la base d’ « un cadrage protecteur écartant le recueil par entreprise, excluant le caractère ethnique et assurant le caractère facultatif de la réponse et l’anonymat des personnes… »… tout en s’interrogeant sur la fiabilité d’une telle évaluation promise assurément à l’approximation.

Conforter les missions locales…

L’avant-dernière proposition retiendra l’attention des missions locales puisqu’il s’agit de faire évoluer celles-ci « en confortant leur place au sein du service public de l’emploi, afin de renforcer leur rôle d’acteur privilégié pour l’emploi de tous les jeunes. » Qu’ajouter sinon qu’ « il suffirait » d’appliquer la loi de cohésion sociale de 2005 qui a créé et confié aux missions locales son exécution le nouveau droit à l’accompagnement « ouvert à tous les jeunes de 16 à 25 ans révolus, en difficulté pour trouver un emploi et confrontés à un risque d’exclusion professionnelle, de quelque nature qu’il soit. » ? Quant à – autre préconisation -  « l’identification d’un responsable institutionnel au niveau national » et à l’échelle de l’État, compte-tenu du caractère transversal (approche globale) de l’insertion des jeunes, une suggestion : un délégué interministériel à l’insertion des jeunes mis en difficulté ? Faire et défaire…

Baume au cœur…

En conclusion, si la note de Fodé Sylla peut sembler en première lecture peu originale (singulièrement les deux premières propositions), reconnaissons que l’exercice de contraindre en trois pages un thème aussi vaste et dense ne permet guère de tout dire… et parions que les débats de l’assemblée plénière viendront enrichir, étayer, moins les constats (partagés) que les orientations. Et, sans doute, n’est-il pas sans intérêt de rappeler, pour qui n’est pas au cœur du système, quelle est la richesse, la multidimensionnalité et la complexité du travail d’insertion. A ceci s’ajoute, en toute logique s’agissant des jeunes mis en difficulté d’insertion, une reconnaissance des missions locales. Avouons qu’avec le rapport du CERC cela met un peu de baume au coeur… et du coeur à l’ouvrage.

 

 (1) Kenneth Arrow et Gérard Debreu, dans les années cinquante, poursuivront les travaux de Léon Walras, particulièrement en identifiant les conditions nécessaires de « la concurrence pure et parfaite » : la transparence (tous les acteurs sont informés simultanément, gratuitement et également de l’état du marché), l’atomicité (le nombre d’acteurs est suffisamment important pour éviter le rôle prépondérant d’un seul), l’homogénéité (tous les biens correspondant à un besoin particulier dont considérés comme identiques par les consommateurs), la mobilité des facteurs (travail et capital se déplacent sans aucune contrainte) et le libre accès au marché (chacun y accède sans difficulté). Comme l’écrit Jacques Généreux, « La simple énumération des conditions d’Arrow et Debreu suffit à conclure que, de toute évidence, l’équilibre général n’a aucune espèce de chance d’exister en réalité. Aucune économie réelle ne peut réunir toutes ces conditions. Dans le monde réel, la concurrence est imparfaite, les marchés futurs sont très rares ; les rendements d’échelle peuvent être croissants ; l’absence de coûts fixes est une pure fiction et la perfection de l’information une pure chimère ; les biens ne sont pas parfaitement homogènes, notamment parce que les entreprises parviennent à différencier leurs produits ; il n’existe aucune manne céleste qui garantisse à tous des moyens de subsistance quand ils ne perçoivent plus aucun revenu, etc. » Jacques Généreux, Les vraies lois de l’économie, 2001, Seuil-France Culture, pp. 75-76.

(2) Le SMA (service militaire adapté) est un dispositif, créé en 1961 par Michel Debré aux Antilles et en Guyane puis élargi à l’ensemble de l’Outre-Mer, qui vise à favoriser l’insertion sociale des jeunes de moins de 30 ans en situation d’échec scolaire, par une formation à caractère éducatif et citoyen et par une formation professionnelle aussi concrète que possible, au sein d’un encadrement et de structures militaires.

(3) Avant-propos de la norme NF X50-784 : « Promouvoir la diversité et prévenir toute forme de discrimination directe ou indirecte : tels sont les deux objectifs de la norme. Et ces deux impératifs s’affirment complémentaires, indissociables et synergiques. L’égalité républicaine ne suffit pas à la promotion de la diversité dans les entreprises, c’est pourquoi tous les moyens nécessaires doivent être mobilisés. En conséquence, l’exigence de résultat s’impose comme la seule réponse possible à la désespérance des exclus de l’emploi ou de l’évolution professionnelle. Face à cette urgence, tous les moyens nécessaires doivent être mobilisés, qu’ils relèvent d’une logique d’ « actions positives » ou d’ « égalité de traitement ». Et plutôt que d’opposer ces méthodes, il est essentiel de les associer sous peine d’inefficacité et de régression. C’est pourquoi la présente norme ne constitue ni un catalogue d’actions « marketing » destinées à valoriser l’image de l’organisme, ni un quelconque manifeste philosophique en faveur de telle ou telle chapelle « républicaniste » ou « communautariste ». Elle regroupe, avant tout, un ensemble de recommandations et de pratiques pragmatiques, observables et vérifiables, issues de l’expérience des professionnels de terrain et d’experts reconnus regroupés au sein de la commission de normalisation pour confronter, sans tabous leurs visions et leurs actes. »

(4) Extrait de la Charte de l’Égalité : « Le combat pour l’égalité des chances entre les femmes et les hommes est donc le combat contre toutes les discriminations, contre toutes les violences et les atteintes à la dignité de la personne humaine, le combat pour la citoyenneté à part entière, à parts égales. » (p. 10). Le « Label Égalité » est attribué à la suite d’une procédure instruite par AFAQ-AFNOR (Association française de l’assurance qualité – Association française de normalisation). On peut s’interroger sur les raisons qui expliquent le faible, pour ne pas dire inexistant, impact de ce label dans le secteur des missions locales, plus largement, de l’insertion.