L’insertion des jeunes n’est pas une marchandise : le manifeste de l’ANDML

juin 17, 2008

Au moment où, le  11 juin 2008, le CNML lançait un processus de consultation nationale basé sur cinq questions (le public, l’offre de service, l’accès à l’offre d’emploi, le pilotage et le financement) et des auditions afin d’identifier les stratégies possibles de positionnement des missions locales au sein du service public de l’emploi réformé, s’opposait à la fusion des missions locales dans les maisons de l’emploi comme le recommande le rapport Anciaux et constatait que ses 32 propositions pour le logement des jeunes « restent d’actualité et demeurent des objectifs partagés, non réalisés à ce jour pour la plupart » (comme je l’avais écrit dans mon article des ASH du 5 mai 2008 « Contrat d’autonomie : l’illusionnisme social »),  de son côté l’ANDML remettait à la presse un communiqué-manifeste dont le texte est reproduit ci-dessous. On ne pourrait a priori que le lire et y souscrire… sinon que l’on ne doit pas s’en contenter : au titre d’une double éthique de responsabilité et de conviction, également d’un devoir d’alerte, on doit le diffuser à tous les acteurs des missions locales, élus, administrateurs des conseils d’administration, professionnels et bénévoles (parrains…) ainsi qu’aux acteurs des nombreux réseaux partenaires acteurs de l’insertion (organismes de formation, IAE, ANPE, AFPA…) et institutionnels (collectivités territoriales, services déconcentrés de l’État…). A lui seul, le réseau des missions locales recense 11 000 professionnels et 500 conseils d’administration et l’on ne peut dénombrer le nombre de ses partenaires. Ceux-ci sont tous confrontés aux mêmes logiques de marchandisation, que Michel Chauvières appelle « chalandisation » : « Il est essentiel de garder à l’esprit que toute intervention sociale ne devrait se fonder que sur une philosophie de l’homme et de l’humanisation. La mise en œuvre du principe de solidarité relève autant du « quantitatif », de la rigueur financière et de la qualité des « produits » que du « qualitatif », de l’engagement et des valeurs. C’est un domaine non pas à part mais spécifique, qui doit conserver sa logique propre. » (1) Il n’y a pas aujourd’hui un secteur professionnel de l’insertion qui ne soit menacé, mis à mal, maltraité par l’offensive idéologique dont le maître-mot est le marché. De la sorte, ce manifeste n’est pas à comprendre comme l’expression d’une défense corporatiste mais bien comme un appel à tous celles et à tous ceux qui, engagés auprès des jeunes, ne peuvent sauf à renier leur engagement laisser « la machine » diviser pour régner et parvenir à un point de non-retour, celui conté dans « une fable batracienne » (sur ce blog).

 

Jeunes : le pire est devant eux…

Un gouffre s’est creusé entre les déclarations de « priorité nationale », d’« impératif absolu » et la réalité des terrains : les jeunes sont maltraités et « La France prépare mal l’avenir de sa jeunesse » selon les propres termes de l’Académie des sciences morales et politiques.

Tous les élus et professionnels, acteurs des politiques publiques d’insertion en font quotidiennement l’amer constat : la situation des jeunes s’aggrave.

Qu’il s’agisse de l’accès au logement ou à l’emploi, le pire est devant eux et se présente sous forme de précarité généralisée qu’une « flexisécurité » - dont on voit essentiellement la première partie du terme – ne parvient pas à masquer.

Une frange de la jeunesse sombre de conduites à risque en disqualification. Une  large partie de la jeunesse fait le deuil de ses aspirations à l’âge des conquêtes, apprend le déclassement et le désenchantement à défaut d’un métier.

Depuis la naissance de l’insertion, dans les années 80, trois évolutions de taille confirment cette aggravation :

- l’insertion se dilate jusqu’à concerner la presque totalité de la jeunesse,

- l’insertion devient un processus interminable alors que les pouvoirs publics veulent des résultats immédiats,

- l’insertion ne débouche plus sur un état stabilisé alors que l’évaluation de l’insertion  s’en tient à l’accès à « l’emploi durable » de six  mois ou plus.

Des valeurs à préserver…

Les politiques de l’emploi  ne visent plus à tirer les leçons de ce qui a été entrepris, ni à sédimenter en expérience les expérimentations multiples.

Il s’agit désormais d’intégrer bénéficiaires et professionnels dans une politique de l’emploi où l’humain est au service de l’économie (non l’inverse), où l’intérêt général est celui qui sert les plus performants, où la mission de service public est soumise au critère de rentabilité à court terme.

De « responsabilisé » à « responsable », le jeune chômeur devient coupable de n’avoir point de travail :

- au contrat, outil de la mise en oeuvre du droit à l’accompagnement inscrit par la loi dans le code du travail, se substitue le marchandage exprimé par le slogan « gagnant-gagnant » ;

- au partage il faudrait préférer la performance ;

- au lieu de la solidarité, on met en œuvre la concurrence ;

- l’émancipation collective est tenue pour négligeable, seule compte la réussite individuelle.

L’individualisation de l’offre de services, qui se fonde sur l’adaptation des réponses au plus près des besoins de la personne, devient l’outil d’un contrôle permanent et soupçonneux, du profilage à la radiation.

L’approche globale des problématiques d’insertion de l’individu est abandonnée au bénéfice d’un seul objectif : la mise à l’emploi rapide, quel que soit celui-ci, pourvu qu’il contribue à « la stratégie nationale pour augmenter la compétitivité de l’économie française » selon les termes de la Feuille de route du Grenelle de l’insertion.

Des acteurs ignorés…

Les acteurs de l’insertion des jeunes et leurs partenaires, sont eux aussi maltraités. D’une main, on les flatte en signant chartes et protocoles confirmant leur philosophie. De l’autre, on les étrangle « à l’euro près », on les asphyxie de contrôles qui d’évaluations ne portent que le nom.

Un jour, on crédite les Missions Locales d’une mission de service public, le lendemain celle-ci est confiée aux Opérateurs privés de placement dans le cadre d’un appel d’offres de mise en concurrence.

Quand la banlieue s’enflamme, il se trouve sans difficulté des ministres pour saluer l’action remarquable du réseau des Missions Locales… sitôt oublié le calme revenu.

Défendre une conception de l’insertion…

Décidant à distance, le gouvernement organise méthodiquement le retrait de l’Etat tout en déconstruisant  un actif de vingt-cinq ans ainsi qu’un projet social et politique pour en faire un marché : trop sérieuse pour rester aux mains des professionnels des Missions Locales et de ses partenaires, l’insertion doit échouer dans l’escarcelle des Opérateurs privés de placement qui sauront la rentabiliser. Dès lors, une part de l’argent de l’Etat ne sert pas à l’insertion, mais au bénéfice des entreprises et de leurs actionnaires. 

C’est la conception même de l’insertion inscrite dans une mission de service public que nous entendons défendre.

Si celle-ci disparaît demain, l’égalité de traitement appartiendra à l’histoire ; le principe de rentabilité conduira à ne sélectionner que les plus « employables » ; l’insertion des jeunes, qui est nécessairement à la fois professionnelle et sociale, sera réduite à sa plus simple expression, le placement en emploi. Emploi d’abord négocié puis rapidement obligé.

Nous voulons construire ensemble une place pour tous les jeunes, leur garantir à tous une égalité des chances - et pas seulement aux plus « employables » - faire plus pour celles et ceux qui ont moins.

Il est impératif, éthiquement nécessaire et urgent de défendre …

- un principe inderrogeable, celui de la mission de service public ;

- des valeurs républicaines non-négociables : l’égalité de traitement et l’équité ;

- au regard d’une conviction ancrée : la responsabilité intergénérationnelle ;

- sur la base d’un refus catégorique de la marchandisation de l’insertion des jeunes.

 


(1) Extrait de « La chalandisation dénature le social et la solidarité », Michel Chauvières, 3 avril 2008 ( http://www.lapartderisque.fr/spip.php?article336 )


L’insertion n’est pas une marchandise : des mots et des choses…

juin 11, 2008

Bercy…

Hier, du côté de Bercy à Paris, Assemblée Générale de l’ANDML. Hormis quelques départs et corrélativement quelques entrées, pas de modification substantielle de la composition du conseil d’administration. N’ayant pas eu le temps de noter les noms des administrateurs par région (sinon – ethnocentrisme celte – la Bretagne : Joseph Legrand, directeur de Fougères, et Philippe Jourdan, directeur de Rennes), je les communiquerai dès que possible.

Un mouvement…

Débat en fin de journée. Bertrand Schwartz présent promeut la recherche-action avec le SYNAMI et demande qu’une mobilisation – « un mouvement » - puisse être lancé rapidement  s’appuyant sur un élu d’envergure, porte-parole pour ce qui devrait être une prise de position nationale politique sur l’insertion. On rejoint le « Nouveau contrat social avec la jeunesse », thématique de l’ANDML exposée dans la réédition l’année dernière du « Rapport Schwartz ». Michel Abhervé remplaçait Raymond Lepinay, retenu dans son département. L’UNML ne s’associera pas à la signature de la pétition L’insertion n’est pas une marchandise mais s’engage par contre avec les partenaires sociaux dans la publication d’un manifeste… sachant que celui-ci sera inévitablement - compte-tenu du large spectre politique des élus des missions locales siégeant à l’UNML – plus pondéré que l’exigerait une réponse à une offensive idéologique.

Communiqué? Manifeste? Pétition?

De son côté, l’ANDML devrait publier d’ici peu un communiqué, également plus ou moins « manifeste ». Il n’est toutefois pas envisagé - à ce jour - que celui-ci se présente sous la forme d’une pétition. Ce qui serait une erreur : une pétition permettrait une mobilisation de tous les acteurs des missions locales (11 000 salariés, 500 conseils d’administration) et de leurs partenaires (voir, sur ce blog, l’article concernant le déconventionnement des organismes de formation). Pourquoi s’en priver ? En fait on peut décrypter, me semble-t-il, une hésitation à combiner au principe de démocratie représentative, sur la base d’instances constituées comme l’ANDML, le principe de démocratie participative. Les deux, pourtant, peuvent s’associer harmonieusement et efficacement… et, bénéfice collatéral, permettent une cohérence : comment expliquer la vogue de la notion de « gouvernance », qui implique la prise en compte de toutes les parties prenantes (dont les piou-piou qui ont les manches retroussées sur le terrain), si l’on s’en tient aux circuits institutionnalisés ? (1) Ceci étant, le passage d’un communiqué-manifeste à un manifeste-pétition n’est peut-être pas enterré : l’heure n’est en effet pas à une seule information (descendante) mais à une large mobilisation et, dans ce cas, on ne voit pas très bien pourquoi se priver des forces vives du réseau et de ses partenaires… sauf  à mettre en place les conditions d’un impact pondéré. Mais, peut-être, n’ai-je pas tout compris…

La voie du consensus n’exclut pas le rapport de forces…

Hier soir, le sentiment général perceptible était celui que de nombreux évènements se produisaient que l’on pouvait traduire en termes de menaces pour le réseau des missions locales : Plan Espoir Banlieues, probabilité de forte instrumentalisation dès  le 1er janvier 2009 par l’opérateur unique France Emploi (« ANPEDIC » pour ANPE-UNEDIC, dans la bouche d’un orateur bas-normand de l’ANDML, la formule est heureuse), peu de considération – c’est un euphémisme – pour les missions locales dans le cadre du Grenelle de l’insertion…  Bertrand Schwartz lui-même posa publiquement la question « Comment convaincre ? » Ce à quoi j’ai répondu que ce n’était pas un problème de conviction : s’agit-il encore de convaincre dès lors que l’on est confronté à une offensive idéologique qui, en tout état de cause, s’asseoit sur les faits (plus d’un million de jeunes reçus, un actif de vingt-cinq années d’expérience dans l’insertion des jeunes…) ? S’il y a oeuvre de conviction à faire, celle-ci concerne en interne le réseau. Quant à ceux qui mettent en cause frontalement les missions locales(2)… il suffit de savoir que la société n’est pas une grande bergerie et que, en soi, le rapport de forces n’est pas quelque chose de mauvais. Il est même constitutif de l’identité : un jeune, dans son rapport à l’adulte, se construit par adhésion et par opposition. Le rapport de forces est d’ailleurs très souvent une première phase qui permet aux négociateurs de mieux progresser dans la recherche de solutions sinon totalement consensuelles du moins plus équilibrées.

Donc, à suivre…

 


(1) « Gouvernance », voilà un autre mot qui, outre qu’il semble n’engager à rien mais doit probablement générer un confort intellectuel, circule aisément dans le réseau… comme d’autres mots tels que « opérateur », « prestations », « offre de service », etc. Ces mots font partie de ce qu’Éric Hazan appelle la « LQR », c’est-à-dire Lingua Quintae Respublicae (langue de la Cinquième République), titre de son ouvrage paru en 2006 chez Raisons d’Agir. On peut s’interroger sur l’appropriation (trop) aisée de ces mots par le réseau… qui ne devrait pas s’étonner et geindre de ce qui mécaniquement en découle : passer d’une logique de métier à une logique de services (offres ou prestations), être un opérateur… autant d’expressions qui font le lit de l’instrumentalisation.

(2) Précisons que l’on peut être fier de ses réalisations sans pour autant s’autogratuler et s’autosatisfaire. Autrement dit, revendiquer la pertinence du concept d’approche globale, démontrer que le travail réalisé en mission locale répond à des besoins et génère de vraies valeurs ajoutées, bien supérieures à celles médiocrement mesurées par l’indicateur « accès à l’emploi durable »… tout cela ne s’oppose pas à l’effort permanent de professionnalisation. Il y a une obligation éthique et déontologique, dans le champ de l’insertion, à ne pas se satisfaire du minimum conventionnel. Mais reconnaître aussi la qualité de son travail c’est constituer et entretenir un capital symbolique, une estime de soi nécessaire. A contrario, croit-on que, si l’on nourrissait une mésestime de soi, si on intériorisait une disqualification, on serait en mesure de donner tout ce qu’il y a à donner dans le travail d’insertion et de socialisation ?


Fable batracienne…

juin 3, 2008

Il est immodeste de se citer… mais les enjeux forcés par l’actualité peuvent y contraindre. D’où ce liminaire du tome 2 des Bricoleurs de l’indicible (2004) à mettre en rapport avec le thème, peut-être le projet, de “L’insertion n’est pas une marchandise”.

 

Fable batracienne

Dans une marmite remplie d’eau froide nage tranquillement une grenouille.

Sous la marmite, le feu chauffe doucement l’eau. Celle-ci est bientôt tiède. trouvant cela plutôt agréable, la grenouille continue de nager. La température continue de grimper. L’eau est maintenant chaude. C’est un peu plus que n’apprécie la grenouille; ça la fatigue un peu mais elle ne s’affole pas pour autant. Cette fois, l’eau est vraiment chaude. La grenouille trouve cela désagréable mais, affaiblie, elle le supporte et ne fait rien. La température continue de monter jusqu’au moment où la grenouille finit par cuire et meurt.

La même grenouille plongée directement dans l’eau à 50° aurait instantanément donné le coup de patte salvateur qui l’aurait éjectée de la marmite.

Cette expérience montre que, lorsqu’un changement s’effectue lentement, il échappe à la conscience et ne suscite la plupart du temps aucune réaction, aucune opposition, aucune révolte.

Regardons ce qui se passe dans notre société depuis quelque temps: nous subissons une lente dérive à laquelle nous nous habituons. Des tas de choses qui nous auraient horrifiés il y a 20 ou 30 ans ont été peu à peu banalisées. A ce jour, elles ne nous dérangent que mollement, voire nous laissent carrément indifférents.

Sommes-nous déjà à moitié cuits?”

 

(1) Mi-août 2008, un commentaire m’était adressé : “Bonjour. Je me permets de signaler qu’il manque la source de cette fable batracienne. Ce paragraphe est extrait du livre “La grenouille qui ne savait pas qu’elle était cuite… et autre leçons de vie” d’olivier Clerc datant de 2005.” J’ai répondu à cette contribution… mais l’adresse courriel m’est revenue avec le terrible “lelal0210@orange.fr>: User unknown”. A défaut de joindre ce contributeur, voici ma réponse :  “Bonjour. Merci pour votre observation. Cependant cette source n’est cependant pas l’originelle puisque le prologue du tome 2 des Bricoleurs de l’indicible, mon deuxième ouvrage, raconte cette “fable batracienne” et ce livre a été publié en 2004 aux éditions Apogée. De plus, j’ai écrit ce livre l’année 2003. Pour tout vous dire, j’avais vu passer je ne sais plus exactement où (ce n’était pas signé en tout cas), sur le net, cette histoire que j’ai retravaillée. Si vous m’indiquez l’auteur et le texte, nécessairement avant 2003, je me ferais un plaisir et un devoir d’apporter ces informations. Bien à vous.” J’attends donc…


L’insertion des jeunes n’est pas une marchandise. Vers une pétition nationale ?

juin 3, 2008

Vendredi dernier, reçu par courriel un document de la  CGT organismes sociaux daté du 26 mai 2008, Plan Espoir Banlieues. Volet Emploi (téléchargeable à http://cgtmlpaio.org/documents/Plan-Espoir-Banlieues-critique-CGT-Mai-2008.pdf). En première lecture, très intéressant : complet, clair, analytique, critique… 

Lundi, je participais à la rencontre départementale des missions locales du Val d’Oise, à Cergy où environ 200 professionnels étaient présents. Allocution introductive du préfet chargé de l’égalité des chances qui conclut par un rapprochement surprenant entre le Plan Espoir Banlieues et L’Espoir de Malraux. Un instant, je me suis imaginé lors du transfert des cendres de Jean Moulin au Panthéon (http://www.dailymotion.com/video/xd3jb_malraux-jean-moulin-au-pantheon ), le préfet grave, héroïquement trempé sous la pluie de ce 19 décembre 1964, nous haranguant  sur fond de roulement de tambours et chorale entonnant L’hymne des partisans… « le vol noir des corbeaux sur nos plaines » ou, en l’occurrence et version missions locales, celui des OPP sur notre mission de service public.  Le préfet, ne manquant ni de références littéraires, ni d’audace rhétorique, conclut en s’adressant à la salle : « Vous êtes irremplaçables ». Sauf, sans doute, par les OPP.

 Lors de la pause matinale et durant le déjeuner, plusieurs professionnels, directeurs inclus, me font part de leur appréciation très positive sur l’analyse de la CGT. Plusieurs également ne comprennent pas et se désolent que « le réseau » ne se mobilise pas à une plus grande échelle.

 

En dix pages, Plan Espoir Banlieues. Volet Emploi constitue selon ses propres termes « un argumentaire plus conséquent contre ce projet de contrat d’autonomie pour les jeunes issus des CUCS ». En dix points, d’ « Un projet qui échappe à ce qui devrait fonder les politiques de l’emploi : l’évaluation, la coordination et la cohérence » à « Réduire les écarts », la CGT aboutit  à cinq conclusions et trois préconisations. On ne peut que regretter l’absence dans les conclusions d’un des premiers constats majeurs pourtant justement développé dans le texte, la privatisation de la politique publique de l’emploi des jeunes en totale contradiction et incohérence avec le code du travail et la loi de programmation pour la cohésion sociale. Les trois préconisations :

« Une évaluation rigoureuse

L’accompagnement des jeunes des quartiers par le  réseau des ML/PAIO doit faire l’objet d’une évaluation.

Repenser le dispositif

Il faut repenser l’aspect emploi du Plan Banlieues, en  confiant au réseau des ML/PAIO sa mise en oeuvre, en renforçant le partenariat avec les entreprises qui se sont engagées à embaucher des jeunes sans contreparties financières.

Une concertation territoriale

L’accompagnement à l’emploi des jeunes des quartiers « CUCS » ne peut se mettre en œuvre sans une concertation avec les représentants des collectivités territoriales. Il devrait s’inscrire dans le cadre de Contrats d’Objectifs et de Moyens entre l’Etat et les Régions. »

 Rien à y redire donc, tant sur le fond que sur la forme. Sauf que… qu’en fait-on désormais ? D’où l’idée d’une pétition nationale à diffuser, à faire signer par les acteurs du réseau (professionnels, élus…) et par les partenaires. Les missions locales, ce sont 11 000 salariés, 500 conseils d’administration peuplés d’acteurs locaux responsables et décisifs, des partenaires multiples (OF, IAE…). Question n°1 : qui peut être à l’origine d’une telle pétition ? Question n°2 : une pétition… et alors ?

 

Réponse à la question n°1. Sur le thème, inspiré d’un slogan d’assureur (plus ou moins) « militant », « L’insertion des jeunes n’est pas une marchandise », le débat est ouvert pour savoir qui serait le mieux placé pour être à l’origine de cette pétition puis la porter… mais son impact sera d’autant plus fort qu’elle pourra être proposée et signée dans des délais brefs : en face, cela va vite, très vite. N’hésitez donc pas, surtout pas, à faire des propositions : organisations professionnelles, intersyndicale, individus… Michel Abhervé me disait fort justement il y a quelques jours « Lorsque l’État abandonne la mission de service public, c’est aux citoyens de la défendre. » Consulté en moyenne et quotidiennement par 300 personnes, ce blog peut être un point de départ, quitte à ce que ceux qui seront considérés comme les plus « légitimes » et efficaces prennent le relais.

Réponse à la question n°2. Une pétition nationale offrirait au moins deux intérêts : objectiver les conditions possibles d’un rapport de forces, puisque jusqu’à présent, si les réactions sont nombreuses (ANDML, UNML, des ARML, les syndicats, l’ARF…), elles n’éclosent qu’en ordre dispersé, il leur manque une émulsion, une mise en synergie ; « la conscience naît de l’action », aimait-on répéter à l’époque dont il faudrait, selon certains, liquider l’héritage. On peut espérer - l’espoir, encore – que cette pétition constituera un mouvement, une situation c’est-à-dire le moment où les spectateurs deviennent acteurs… à charge à ceux-ci de s’organiser pour porter collectivement la parole d’un réseau et, plus largement, celle des jeunes dans une conception non-marchande, animée par l’intérêt général, inscrite dans la mission de service public et inspirée par la philosophie de l’éducation populaire dont les missions locales sont issues… éducation populaire dont deux des thèmes constants, depuis Condorcet, sont le changement social et l’émancipation.

 

 

 

 


Expertise approximative

mai 28, 2008

 Courriel ce jour d’un ami, directeur de mission locale… Démonstration, s’il en est, que l’adage “deux experts c’est la contradiction, trois c’est la confusion” pourrait être précédé de “un expert, c’est l’approximation”.

 

De qui se moque t-on ?

Paru ce mercredi 28 mai 2008 dans la lettre du Monde.fr sous la rubrique « Echo de l’éco », c’est donc très sérieux (et reproduit ici in extenso)

« Je suis relativement optimiste » : c’est ce qu’a déclaré mercredi le futur économiste en chef du Fonds monétaire international, le Français Olivier Blanchard, à propos de l’économie mondiale, malgré la crise financière et la flambée du pétrole. “J’ai l’impression que l’on comprend à peu près les problèmes auxquels on est confronté”, a-t-il dit. « Après la phase initiale qui a duré pendant la deuxième partie de l’année dernière, au cours de laquelle on a été un peu perdu (…), je crois qu’ont été mises en place des politiques à peu près adaptées. », a jugé ce spécialiste de macroéconomie, qui prendra ses fonctions le 1er septembre.

Ou comment un haut fonctionnaire et puissant expert, dont les éminentes fonctions vont l’amener à influer lourdement sur les politiques économiques menées dans le monde entier, nous avoue ingénument qu’il élabore des avis sur la foi d’impressions et de convictions personnelles (« j’ai l’impression… », « Je crois que… », le tout avec d’évidentes approximations et imprécisions (« on comprend à peu près les problèmes… », « …on a été un peu perdu… », « …des politiques à peu près adaptées. » !

Cela prêterait à sourire si on pouvait s’empêcher de penser que ce genre d’opinion par nature pleine d’autorité et faisant force de loi motivera demain des orientations stratégiques fortes dans différentes multinationales et de nombreux Etats !

Vive l’expertise économique ! 


La politique qui devient technique…

mai 22, 2008

Transmis par http:// docinsert.over-blog.com, on peut lire  sur le site de l’ARF (Association des Régions de France, http://www.arf.asso.fr) :

« Apprentissage : Non, les Régions n’ont pas été consultées.

Le Ministère de l’Education Nationale annonce la mise en place à la rentrée prochaine du « dispositif d’initiation aux métiers en alternance » (DIMA), suite à l’abandon de l’apprentissage junior. Il indique que ce dispositif a été mis en place après concertation avec les Régions.

L’ARF dénonce cette présentation qui travestit la vérité.

Si une rencontre a bien eu lieu entre l’ARF et le Ministère de l’Education Nationale en décembre dernier pour que celui-ci présente son projet, aucune réunion réelle de concertation n’a eu lieu, et ces échanges n’ont été suivis d’aucune sorte d’information sur la concrétisation du projet. L’ARF n’en a ainsi pris connaissance qu’à la lecture de la circulaire de rentrée du Ministre parue au Bulletin Officiel de l’EN du 15 avril dernier.

Compte tenu que ce dispositif a vocation à déboucher sur des formations par apprentissage, qui relèvent de leur compétence et pour une bonne part de leur financement, les Régions souhaitent être informées des projets de déploiement du DIMA, et le cas échéant des moyens que l’Education Nationale est en capacité de mobiliser pour le dispositif qu’elle met ainsi en œuvre.

Si les Régions se félicitent bien de la disparition annoncée de l’apprentissage junior, elles réfutent donc totalement les assertions du Ministère quant à leur implication préalable dans l’élaboration d’un dispositif dont elles considèrent qu’il relève des seules et entières initiative et responsabilité de l’Etat. »

Ceci plus les couacs (euphémisme) quant au contrat d’autonomie (sur ce blog : « Contrat d’autonomie : la relativité du temps…  », « Contrat d’autonomie : Robert Galley sauvera-t-il (encore) les missions locales ? » et Le Monde aujourd’hui, daté du jeudi 22 mai 2008 : « Isolée au sein du gouvernement, Mme Amara cherche des soutiens à gauche pour son plan banlieues »   ), à quoi il faut ajouter les conclusions prématurées concernant les maisons de l’emploi (sur ce blog : « Maisons de l’emploi : des conclusions à la nanoseconde… »), sans compter tout le reste, on se demande ce qui agite le Gouvernement et, surtout, si les grands esprits qui y soufflent, confondant vitesse et précipitation, réalisent ce qu’ils se préparent. Notre Président-coucou, qui n’a pas hésité à s’emparer pour en faire un slogan du thème d’Une Politique de civilisation (Edgar Morin, 1997, Arléa), aurait dû demander à sa muse, Henri Guaino, qui – peut-être - avait lu l’ouvrage au-delà de son seul titre, de lui parler un peu plus de Morin qui, dans un autre ouvrage, La tête bien faite (1999, Seuil) écrivait : « Plus la politique devient technique, plus la compétence démocratique régresse. » (p. 20). Ceci tant, « Une nouvelle résistance civile est née… la conscience citoyenne et le sentiment solidaire comprennent mieux les problèmes que la connaissance seulement parcellaire, technique ou politicienne. » (Une politique de civilisation, p. 135).


Une pétition pour l’école publique de proximité

mai 13, 2008

Un “Collectif pour la promotion et la défense de l’école publique de proximité” fait circuler une pétition (site: http://ecoledeproximite.lautre.net) indiquant ” Le décret d’application de l’article 89 de la loi de décentralisation du 13 août 2004, (au bénéfice de l’enseignement privé) est à nouveau d’actualité ; cette mesure, obligeant les communes à verser le forfait communal à l’école privée choisie par les parents dans une autre commune, fera payer un lourd tribut à la collectivité. Beaucoup de communes en milieu rural auront bien du mal à faire face à cet accroissement de dépenses, ce qui entraînera une augmentation des impôts locaux ; les premières victimes en seront les petites écoles rurales qui atteindront plus rapidement leur seuil de fermeture. Cela s’inscrit en outre dans la politique de restriction budgétaire actuelle à l’égard de l’enseignement public ; n’oublions pas non plus qu’en zone rurale surtout, le regroupement des écoles est imposé dans l’enseignement public et n’est guère appliqué dans l’enseignement privé, en particulier là où la concurrence scolaire reste particulièrement vive.

Nous en appelons à l’abrogation de l’article 89 d’une part, à l’organisation d’un débat sur les rapports public/privé et sur l’avenir du service public d’éducation d’autre part ; nous vous invitons à signer cette pétition et à joindre vos témoignages dans le prolongement de la démarche participative que promeut le Collectif depuis novembre 2004.”