Echos, humour, tripoux.

octobre 30, 2009

Cynisme…

L’UNADEL – qui se définit sur la page d’accueil de son site comme permettant « l’expression politique du développement local auprès des pouvoirs publics et agit pour une reconnaissance du mouvement local, des acteurs et des structures de développement local au niveau national et européen » – a fait paraître – elle n’y est plus – une annonce de recrutement dont, en substance, on retiendra qu’est recherché un mouton à cinq pattes qui, travaillant sous l’autorité du Délégué général,  sera un « chargé de mission métiers du développement territorial », démontrera – c’est un pré-requis -  des « capacités d’analyse, de synthèse et de rédaction » ainsi – faut-il le préciser ? – qu’ « un esprit d’initiative et dynamisme » tout en garantissant « disponibilité », « autonomie » et « rigueur ». Il va de soi que l’impétrant sera de « formation supérieure (master 2) en développement territorial, en aménagement du territoire », disposera d’une bonne « expérience » et de « compétences en animation de réunions, développement de réseaux d’acteurs et dans la conduite de projet », sans compter qu’ « une expérience de création et d’animation de blog serait appréciée ». Bref, une pointure. Pour un poste à temps complet, basé à Paris… et dans le cadre d’un « CDD de 6 mois renouvelable (Contrat aidé CAE) ». Tant qu’à faire, le candidat devra préciser dans sa lettre de motivation son « éligibilité aux contrats aidés CAE ».

abherve

Michel Abhervé réagit vigoureusement dans un courriel de la liste de diffusion de l’ADELS : « Un CAE c’est normalement « un contrat de travail à durée déterminée, destiné à faciliter l’insertion professionnelle des personnes sans emploi rencontrant des difficultés sociales et professionnelles particulières d’accès à l’emploi. » Recruter sur ce profil avec un master 2 en CAE me semble contribuer à la dévalorisation des métiers dont ce chargé de mission devra s’occuper. Je sais que les temps sont durs, mais il faut quand même raison garder, même si la situation de l’emploi incite à ce type de proposition. »

Bien vu, Michel.

Richoton…

CRS

Etre donc vigilant… c’est sans aucun doute le cas des CRS, c’est-à-dire des « clowns à responsabilité sociale » qui, à Clermont-Ferrand, multiplient des actions telles qu’une manifestation avec le slogan « moins d’assedic, plus de domestiques » ou pour le « contrat première débauche », qui se déguisent en « petits frères des riches » et qui organisent sur le modèle du Téléthon des « Richoton » pour aider les riches en chantant à tue-tête « Sarko, il est des nôtres, il aime le fric comme les autres. » Il n’y a pas que le Cantal et les tripoux (1) en Auvergne : « L’humour est une révolte supérieure de l’esprit », disait André Breton. Il en faut. Aux Auvergnats et aux autres. On peut aller sur leur site. C’est imaginatif, jouissif.

Adoption…

JEAN SARKOZY

Le Mouvement des Jeunes Socialistes (MJS) ne manque pas d’humour non plus : il propose aux jeunes de moins de 25 ans qui éprouvent des difficultés à trouver du travail de se faire adopter par le président de la République. Ceci bien sûr en lien avec l’accession de Jean Sarkozy à l’EPAD. Les jeunes socialistes se sont rendus devant l’Elysée en brandissant des formulaires d’adoption pré-remplis au nom de N.S. Ils sont disponibles – pas les jeunes socialistes mais les formulaires – sur le site du MJS « Devenez un Sarkozy » .  Au regard du nombre de jeunes au chômage, si des suites sont données aux demandes d’adoption, il est probable que le président bénéficiera de la carte SNCF famille nombreuse.

Compte-tenu du décalage horaire « Martinique – métropole », ce sera tout pour aujourd’hui.

A suivre.

(1) Spécialité auvergnate : veau et agneau hachés et mélangés à une farce puis roulée dans une pansette d’agneau. Pour amateurs.


#jeansarkozypartout

octobre 12, 2009

Hashtag…

Au hasard d’un divertissement à fureter sur le net, trouvé quelques commentaires sur ce qui s’appelle un « hashtag », c’est-à-dire un mot précédé d’un #, utilisé par la « communauté » des utilisateurs de twitter pour regrouper autour d’un sujet, d’un lieu. Quel mot ou, plutôt, quelle expression ? #jeansarkozypartout.

Cela tombe assez bien car, même si après le « plan jeunes » il serait malvenu de contester pour défaut de jeunesse la probable nomination à la tête de l’établissement public de la Défense (EPAD), en guise de stage de fin d’étude de deuxième année de droit, du « rejeton présidentiel au brushing sponsorisé par l’Oréal », il faut reconnaître que cette promotion fait tâche et népotisme, voire pour les grincheux est choquante, révoltante. Mais, avant d’en dire deux-trois mots, quelques propositions échangées par cette communauté techno-branchée…

« Jean Sarkozy va remplacer Didier Lombard à la tête d’Orange Stressée »

« Jean Sarkozy candidat à l’Académie française »

« Jean Sarkozy reprend le rôle de De Funès dans un remake de la Grande Vadrouille »

« Barack Obama annonce qu’il va quitter sa femme pour Jean-Sarkozy »

sayoxUn dénommé Bertrand Lenotre imagine que Jean Sarkozy servira de buste pour la future Marianne. D’autres annoncent que « Barack Obama remercie Jean Sarkozy pour son aide dans l’obtention du Nobel de la paix », Jean Sarkozy pourrait remplacer « Mitterrand démissionnaire » ou « Domenech »

Le site commente « A travers cette explosion de messages consacrés à Jean Sarkozy, on peut également y voir l’exercice de la liberté d’expression et la possibilité de critiquer le président, comme seuls le faisaient il y a peu de temps encore, les chansonniers ou les Guignols. En rigolant, en critiquant ou en s’offusquant, rassurés certainement pas le sentiment d’appartenance à un mouvement, nous profitons des bienfaits de la démocratie. Nous devenons acteurs et non spectateurs. Mais a-t-on pour autant conscience que certains de ces tweets valent, aujourd’hui encore dans certains pays, des condamnations lourdes ? Sait-on apprécier cette liberté ? »

Inégalité des probables

Sans doute, sans doute… Mais formuler ceci revient aussi, sous couvert du bénéfice du droit d’expression, au raisonnement selon lequel, puisque les « grands » peuvent être brocardés, l’essentiel serait là. Or ce n’est qu’une respiration, comme une aspiration brève lorsqu’on suffoque en fin d’apnée… et que l’on va replonger, retenir sa respiration. L’essentiel n’est pas là mais dans l’injustice faite aux autres, tous les autres, par la promotion d’un seul, l’inégalité des probables en lieu et place de l’égalité des possibles ou des chances : « Assurer l’égalité des chances, c’est être capable de discriminer les moyens, en fonction des mérites et en fonction des handicaps. Tel est exactement le défi auquel répond la discrimination positive : pour réaliser l’égalité des chances, il faut viser l’équité, c’est-à-dire distribuer les moyens en fonction des handicaps, en acceptant de ne pas donner à tout le monde la même chose. » Qui dit cela ? Nicolas Sarkozy, le père, dans un entretien avec Luc Ferry paru en 2005 dans l’ouvrage Pour une société de la nouvelle chance (1). Force est de constater que le ministre de l’époque, entre-temps devenu président, applique à la lettre sa leçon… sinon que la traduction n’est pas celle du commun des mortels. Pauvres naïfs qui croyions en une juste équité venant pondérer au bénéfice de ceux qui ont moins le risque d’une égalité dérivant vers l’égalitarisme ! « Distribuer les moyens en fonction des handicaps », c’est donner plus à ceux qui ont moins… de handicaps. Il suffisait d’y penser ! « Accepter de ne pas donner à tout le monde la même chose », c’est réserver à sa descendance siège et indemnités, ce qui, d’un strict point de vue syntaxique n’est pas contestable. Imaginer de donner plus à ceux qui, une nouvelle fois, ont moins est de l’interprétation, sinon de la pure idéologie. Ca rime mais il ne faut pas confondre syntaxique et dynastique.

Un sous-équipement intellectuel ?

Sur France Inter, dimanche en fin d’après-midi, quelques bretteurs rhétoriciens débattent de cette promotion. Dont Jean Balkany, paraît-il « parrain politique » du rejeton et, sauf inculture crasse, un des derniers personnages que l’on choisirait pour redorer le blason politicien. Son épouse, Isabelle du même nom et vice-présidente du conseil général des Hauts-de-Seine, déclarait sur Europe 1 « J’aime tendrement Jean Sarkozy car je l’ai vu naître » – c’est dire la solidité de l’argumentaire – et protestait contre le « procès en sorcellerie » du malheureux filleul. Jean Balkany, flattant son maître en caressant son fils, avançait l’intelligence exceptionnelle et la puissance de travail non moins remarquable de ce dernier. Les faits têtus ne démontrent pourtant guère l’intelligence pas plus que l’acharnement au travail :  « A 23 ans, Jean Sarkozy, qui redouble sa deuxième année de droit, ne semble pas réunir tout à fait les compétences et qualifications requises pour un poste aussi important et… stratégique. » lit-on dans Métro (12 octobre). De deux choses l’une : ou l’étudiant n’étudie guère, ou l’étudiant ne dispose pas de tout l’équipement intellectuel nécessaire pour des études… à ce stade faiblement supérieures.

Naître et maître à Neuilly…

Or le même (NS), quelques pages plus loin de l’ouvrage cité (2), déclarait : « Cette philosophie est simple : si quelqu’un travaille plus que les autres, je veux qu’il gagne davantage que les autres. » Seule hypothèse possible si l’on ne veut mettre en doute la parole du président : certes, JS n’obtient pas de bons résultats universitaires mais sans doute travaille-t-il beaucoup, ce qui déductivement plaiderait pour le sous-équipement. Ce serait donc au titre de la compensation d’un handicap, voire du quota de 6% auquel sont soumises les entreprises, que le poste de la Défense lui serait confié. Dans ce cas, on comprend. D’autant plus que, même sans résultats, s’il travaille beaucoup il doit gagner beaucoup. Comme papa l’a dit et répété.

Quant aux jeunes diplômés master 1 et 2, des marginaux qui vont de stages en CDD avec la perspective du déclassement, ils n’ont qu’à s’en prendre à eux-mêmes et à être un peu responsables ! Si encore ils avaient fait l’effort de naître et d’être maître à Neuilly…

(1) La documentation Française, p. 291.

(2) id. p. 296.


Soutenir les missions locales…

octobre 5, 2009

En externe…

La présidente de l’ANDML Annie Jeanne, avait adressé à Martin Hirsch le livre d’Anne Le Bissonnais, Les missions du possible… que j’ai eu le plaisir d’accueillir dans ma collection des « Panseurs sociaux » et pour lequel cette association de directeurs avait accordé une aide à l’édition (1). Le haut commissaire lui a répondu par un courrier de remerciements, ajoutant de sa plume « Très intéressant ! Et nous allons soutenir les missions locales ! » Entre le renforcement des moyens financiers pour les missions locales et pour le CIVIS (plan jeunes du Président), le rapport Thierry sur le nouveau cahier des charges des MDE qui préconise, plutôt que l’absorption « à la picarde » des missions locales, « des participations croisées ou des noyaux communs au sein des organes de gouvernance, ainsi que par la mutualisation des moyens… », l’encouragement de Martin Hirsch… allez, on va se faire plaisir : les missions locales sortent des turbulences. Ceci étant, nous sommes les passagers d’un (très) long courrier et il faut s’attendre à d’autres zones de turbulence. N’empêche, de temps en temps ne pas être secoué cela permet de revenir à l’essentiel. Sauf si l’on s’assoupit. Mais les passagers piou-piou des missions locales ne voyagent pas en « classe affaires ». D’où…

En interne…

Parlant de secousses, celles-ci ne sont pas qu’externes mais internes… et justifiées. Jean-Michel, il a raison, me rappelle à l’élémentaire :

« Nous connaissons l’intérêt que vous portez aux Missions Locales et à ce titre, je vous informe que l’ensemble des syndicats porte actuellement une plateforme revendicative pour des salaires décents sous la forme d’une manifestation numérique sur le site http://www.manifnumerique-mlpaio2009.org/ Alors que le gouvernement semble nous remettre au cœur de l’insertion des jeunes, celui ci continue à très mal financer les structures et entretient la précarité des salariés des ML alors qu’on nous demande encore et toujours plus… J’espère que vous viendrez poster un commentaire sur notre site et ferait passer l’info à vos bloguers. A bientôt. »

Chose dite, chose faite. En cliquant sur le lien de cette modalité hight tech d’expression, ma modeste contribution : « Bien évidemment, je soutiens votre initiative mais – et ce « mais » n’est pas une réserve – en étant conscient que sa légitimité, incontestable (pensons aux collègues des DOM où la vie est très-très chère) se heurte aux possibilités institutionnelles. La solution, si tenté qu’il n’y en ait qu’une (il y en a probablement plusieurs, toutes bonnes à prendre), est en amont dans une revalorisation… du « social », entendu comme un travail sur l’essentiel, bien loin des artifices morbides boursiers. Et, pour y parvenir, il ne (nous) reste que l’engagement : que les professionnels des ML soient, redeviennent, des « acteurs engagés »… oui, voilà un bô projet ! En tout cas, c’est un peu mon fil conducteur. Et j’aimerais qu’il soit partagé. « Utopie ? Oui, mais quel beau projet ! », écrivait Schwartz dans les premières pages de Moderniser sans exclure. J’adhère. A 200% par devoir de résistance. »

Juste un regret et une suggestion. Regret (et vexation) : et les Celtes, où sont-ils ? Aucune flèche bleue sur le grand ouest de la carte… Suggestion : et nos collègues « ultrapériphériques », où apparaîtront-ils sur une France réductivement hexagonale ?

Fantômes…

Pour conclure ce jour (journée longue avec déplacement sur Paris), après ce Saint-Thomas de Teddy qui salue le plan jeunes mais attend les moyens (« Bien ce plan, mais attendons les déclinaisons et le budget alloué »), une contribution de Jean-Christophe. Bien tournée, je trouve. Jean-Christophe travaille dans une maison de l’emploi et de la formation.

« L’axe 3, « Contribuer au développement local », poursuit l’objectif de fluidifier la transmission d’informations et les relations entre les acteurs sur le territoire, et non de créer une nouvelle offre de services propre. Cela pose la question de la nature de l’agent fluidifiant. Et plus précisément :

- quelles modalités d’organisation pour un système d’information interinstitutionnel, interpartenarial, inter… ?

- quelle animation pour le « réseau social » correspondant ?

- quelles conditions au travail collaboratif ?

Un « fluidifiant virtuel » ne parle qu’aux fantômes. »

PL. Il faudra un de ces jours s’accorder sur l’ « inter » ou le « trans » institutionnel. D’autant plus qu’à la question de Régis, hier, fût avancée la nécessité de l’interinstitutionnalité. Il nous faut donc nous préparer à faire migrer les concepts, à s’extraire des habitudes qui laisseraient à penser que l’insertion serait une addition d’acronymes : « PPAE + CIVIS + FAJ(D) + PMP + TRE + PRDJ + etc. »

(1) Ceci n’est pas anodin. L’ANDML pourrait se contenter d’être, stricto sensu, une association corporatiste. Elle ne l’est pas et, faute d’une dynamique à l’échelle de la branche, faute aussi historiquement de la suppression de la DIIJ, investit dans le nécessaire travail de réflexion – Recherche et Développement – qui devrait oxygéner les missions locales.


Quelques premières réactions au plan Sarkozy pour la jeunesse…

septembre 29, 2009

Comparatif, Benoît Hamon, porte-parole du Parti Socialiste, juge que  « Nicolas Sarkozy est un menteur », ajoutant « On creuse les déficits par le bouclier fiscal et on n’investit pas dans l’emploi des jeunes. » Pour mémoire, le plan jeunes mobilise(rait) 650 millions d’euros, soit un peu plus que les sommes remboursées par l’administration au titre du bouclier fiscal qui se sont élevées à 458 millions d’euros.… mais pour la seule année  2008.   Le même Benoît déclare « Il aurait fallu une allocation d’autonomie pour les jeunes. » C’est évident. Ethiquement.

Judicieux, Jean-Baptiste Prévost, président de l’UNEF, estime qu’ « on est loin de l’objectif affiché qui était de redessiner un nouveau pacte entre les jeunes et la société. {…} Les jeunes n’ont pas besoin d’incitation à travailler mais ils ont besoin de boulot. » Ce en quoi, il n’a pas tout-à-fait tort… si l’on exclut l’argument du regretté Coluche : « On ne veut pas travailler, on veut juste un salaire ! »

Insatisfait, Gérard Aschieri, secrétaire général de la Fédération syndicale unitaire (FSU, premier syndicat de l’éducation), estime que les annonces de Nicolas Sarkozy ne sont pas « à la hauteur d’une vraie ambition pour la jeunesse. {…} Les questions financières sont très limitées. Il y a une mesure intéressante qui est le 10ème mois de bourse, mais ça ne fait pas une politique. {…} On ne répond pas à la question de l’autonomie des jeunes, notamment sur la question financière. » 20% des jeunes vivent en-dessous du seuil de pauvreté. Pour mémoire.

Prudent, Thierry Cadart est le secrétaire général du SGEN-CFDT. Pour lui, « il y a des éléments, des mesures intéressantes », citant notamment l’extension du RSA aux moins de 25 ans, le dixième mois de bourse étudiante ou le doublement de l’aide complémentaire santé. « Mais il faudra examiner le financement », a-t-il ajouté. Avec autant d’attention que celui des cafetiers bénéficiaires de la baisse de la TVA ? Soit, pour ceux-ci, 2,35 milliards d’euros : 4,7 fois plus que le « plan Marshall » pour la jeunesse. Les jeunes n’ont qu’à devenir bistrotiers. CQFD.

Exigeante, la CFDT considère que « dispersées dans leur mise en oeuvre, et restrictives, en particulier sur le RSA, ces annonces n’ont pas le souffle d’une grande ambition pour la jeunesse. {…} L’ouverture partielle du RSA aux jeunes salariés répond à l’exigence de la CFDT de mettre un terme à la discrimination injuste subie par les jeunes de moins de 25 ans dans l’accès aux prestations sociales. Cependant, la restriction apportée (avoir travaillé deux ans dans les trois dernières années) risque de limiter très fortement la portée de cette mesure. » Avantage collatéral : peu de dossiers RSA à monter en mission locale, c’est toujours ça de pris.

Poétique (le bouquet), la CGT déclare que « Les mesures annoncées par le président de la République en faveur des jeunes ressemblent plus à un bouquet de propositions mal ficelées qu’à une politique qui favoriserait véritablement l’insertion des jeunes dans le monde du travail.{…} Même si certaines mesures annoncées peuvent aider certains jeunes à percevoir une indemnité comme le RSA, les conditions requises pour en bénéficier sont si restrictives (…) que très peu de monde au bout du compte en bénéficiera. » Idem CFDT : unité syndicale. Tous ensemble, tous ensemble, tous…

Aux ordres, Rémi Martial, délégué national de l’Union nationale inter-universitaire (UNI, syndicat étudiant classé à droite) applaudit : « Il a tourné le dos à l’assistanat. Il oppose l’assistanat et la dépendance à la liberté et à la responsabilité. {…} Une grande partie de son discours est tournée vers les jeunes en grande difficulté », notamment « la lutte contre les décrocheurs », la « dédramatisation de l’orientation » ( ?) et « la volonté de développer l’alternance ». Dédramatiser l’orientation ? Un lecteur pourrait-il l’expliquer ?

Énervé, le Mouvement des jeunes socialistes (MJS) : « Encore une solution au rabais ! {…} Le RSA est un alibi pour les entreprises peu scrupuleuses de sous-payer des sous-salariés. Et autoriser le sous-paiement des jeunes via un RSA Jeunes n’aura qu’une seule utilité : trafiquer les chiffres du chômage à la baisse alors que les emplois à temps très partiels ou payés au lance-pierre feront loi. » Pas faux.

Littéraire, Cécile Duflot, secrétaire nationale des Verts, pour qui  « Sarkozy fait du vieux avec les jeunes » puisque, entre autres, « L’interdiction des stages hors cursus existe déjà », Egalement réaliste, Cécile note que « le RSA jeune limité aux jeunes ayant travaillé deux ans est un petit pas, mais concerne de fait une petite minorité. La timide expérimentation d’un revenu d’autonomie est intéressante, mais n’est suivie d’aucune précision. Il faut aller plus loin et généraliser un revenu d’autonomie englobant les multiples aides aux effets controversés (bourses, quotient familial, allocations familiales, APL). » Cf. Benoît Hamon : l’union de la gauche progresse.

Mécontent, le Parti communiste condamne : « Les mesures annoncées aujourd’hui, loin de constituer un Plan Marshall, nous inspirent une seule réflexion : décidément, on achève bien les jeunes !  {…} La multiplication prévue de contrats aidés à temps partiel sera inefficace, injuste et renforcera la précarité. Et, après le contrôle des chômeurs par la réforme de Pôle emploi, c’est le contrôle des jeunes que veut organiser le président par sa réforme du service public d’orientation. L’extension annoncée du RSA aux jeunes de 18 à 25 ans sous condition d’avoir travaillé deux ans sur les trois dernières années concernera quant à elle moins d’un jeune sur dix. L’octroi d’un dixième mois de bourse ne concernera lui qu’un étudiant sur dix. » Les statistiques ne sont pas que la science de l’erreur.

Mécontents aussi, les Jeunes Verts pour qui « Ce dispositif très limité montre un flagrant manque d’ambition. C’est une mesure qui n’est pas à la hauteur de la précarité des jeunes. {…} Pour toucher le RSA jeunes, il faut avoir travaillé au moins deux ans. Le nombre de jeunes concernés est évalué à 160.000, soit un peu plus de 2% des 8,18 millions de 16-25 ans en France. Rien n’est prévu pour les 1,2 million d’étudiants. Rien pour les 350 000 jeunes en IUT ou en STS.. »

Pschitt ?


Billet UMP. Une fois n’est pas coutume.

septembre 29, 2009

Plan Marshall pour la jeunesse ? Suspens…

C’est donc ce jour mardi que notre président va déclarer sa flamme à la jeunesse. Gageons qu’il saura trouver les mots : pour une fois, Hervé Guaino ne lui écrira pas son discours puisque, selon Le Figaro, Carla Bruni-Sarkozy « lui a fait rattraper son retard » : interrogé avant son élection sur les ondes de SkyRock, Nicolas Sarkozy avait avoué qu’il ne savait pas ce que « oinj » voulait dire en verlan. « Joint », avait traduit l’animateur Difool, surpris d’une telle ignorance du « parler jeune ». Il parlera donc jeune, c’est entendu avant même d’être émis, et probablement tout cela commencera par une séquence émotions illustrée de constats qui n’étonneront que ceux qui veulent être étonnés (« Ils ont les dettes des vieux sur le dos, et le taux de pauvreté est deux fois plus élevé pour eux que pour les autres tranches d’âge», comme le rappelle le haut-commissaire à la Jeunesse), à laquelle succèdera une séquence interpellation critique (« impératif national », « devoir d’avenir », etc.), ouvrant la voie à une séquence propositions. On saura donc, entre autres, si le RSA va être élargi aux moins de vingt-cinq ans, si le droit au travail – affirmé pour la première fois, en 1848 par la IIe République et repris dans le préambule de la constitution de1946 qui affirme « Chacun a le devoir de travailler et le droit d’obtenir un emploi » et par notre constitution actuelle – va être effectif. Bref, quel va être « le Plan Marshall pour la jeunesse » promis par celui qui n’était que candidat. Il y a donc deux ans. Un Plan Marshall à retardement. Mieux vaut tard…

Un milliard l’idée…

Le Figaro cette fois Magazine publie « 50 idées pour économiser 50 milliards en cinq ans » par Sophie Roquelle, rédactrice adjointe du même journal, et Cécile Crouzel, journaliste économiste toujours au même quotidien. Ces dames, à coup sûr plus proches de l’UMP que du NPA, semblent bien inspirées par les thèses distillées de l’IFRAP (1), plus proches du sélect Club de l’Horloge (2) que du champ de bataille de la rue Solferino. Il y en a pour tous. Florilège… et encore, ne sont cités que des extraits pour une quinzaine d’idées. C’est (largement) suffisant et, après, à chacun de se faire son opinion.

1ère idée, « Revoir les hausses de salaires des fonctionnaires » : « … les fonctionnaires restent des privilégiés : protégés du chômage par leur statut, leur masse salariale augmente en moyenne chaque année de 3%… »

2ème idée : « Halte aux faux arrêts maladie ! » : « L’absentéisme est plus élevé dans la fonction publique que dans les entreprises : 13 jours en moyenne contre 12… »

8ème idée : « Supprimer les doublons » : « Il n’y a plus de secrétariat d’Etat à la Condition féminine, mais son administration subsiste. Le Service des droits des femmes et de l’égalité (SDFE), c’est une vingtaine de millions d’euros de budget… »

9ème idée : « Faire maigrir les mastodontes parapublics » : « Ces organismes, aussi divers que Pôle emploi, les universités, les musées, les agences de l’eau, le CNRS, les agences régionales d’hospitalisation, totalisent 28 M€ de budget. Au CNRS, par exemple, une baisse d’effectifs de 10 % économiserait 200 M€… »

10ème idée  : « Profs : décharge horaire, charge budgétaire » : « Le mammouth fait des efforts pour perdre sa graisse (16 000 postes en moins en 2010), mais il subsiste des gisements d’économies à l’Education nationale… »

19ème idée : « Multiplier les franchises et dérembourser » : « Les déremboursements de ces dernières années n’y ont rien fait : le taux de prise en charge des dépenses de santé par l’assurance-maladie reste proche de 80 %, le même depuis des années et le plus élevé au monde… »

23ème idée : « Refondre le système des affections longue durée (ALD) » : « Il existe une liste de 32 maladies au long cours (diabète, cancer, maladies cardio-vasculaires…) pour lesquelles tous les traitements sont remboursés à 100 %, sans ticket modérateur. Avec le vieillissement de la population, le système explose… »

24ème idée : « Réformer l’aide médicale d’État (AME) » : « Depuis 2002, tous les gouvernements ont renoncé à réformer en profondeur ce mécanisme qui prévoit la gratuité des soins pour les sans-papiers… »

36ème idée : « Recentrer les aides à l’emploi » : « Près de 28 M€ d’allègements et d’exonérations de charges sociales et toujours plus de chômage. N’y a-t-il pas quelque chose qui cloche ? La Cour des comptes a recommandé de « mieux les cibler sur les emplois les moins qualifiés et sur les entreprises qui en ont le plus besoin et d’engager de nouvelles évaluations de leur effet sur l’emploi ». Parmi les aides à l’utilité douteuse : celles liées aux créations d’emplois dans certains territoires (zones franches, zones rurales, DOM-TOM…). »

37ème idée : « Réduire le coût des heures sup » : « Travailler plus pour gagner plus, c’est bien. Mais pourquoi ne pas avoir carrément supprimé les 35 heures ? »

39ème idée : « Travailler plus longtemps » : « Les Pays-Bas l’ont fait, les Allemands y songent : repousser l’âge de la retraite à 67 ans est une idée qui gagne du terrain en Europe… »

45ème idée : « Plafonner les aides sociales à Mayotte » : « Plus de 17 M€ de transfert d’argent public vers les DOM-TOM et combien en plus demain ? Car les habitants de Mayotte ont voté cette année la transformation de leur île en département… »

48ème idée : « Pompiers : halte au feu ! » : « Ils sont intouchables et pourtant… Les députés ont mis les pieds dans le plat cet été. Selon eux, tout est à revoir dans l’organisation des services départementaux d’incendie et de secours (Sdis) : sureffectifs (+ 25 % en dix ans pour une hausse des interventions de 5 %) et sous-travail (89 gardes de 24 heures par an) caractérisent la profession… »

50ème idée : « Appliquer au minimum le Un sur Deux » : « Bientôt, il y aura autant de fonctionnaires territoriaux (1,7 million) que de fonctionnaires d’Etat (2,2 millions)», s’inquiète le député Charles de Courson. A l’heure où l’Etat applique à ses agents la norme du non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite, on voit mal pourquoi les collectivités locales s’en exonéreraient… »

Avenir radieux…

Enfin… à chacun de se faire son opinion mais n’empêche : on voit ce qui exalte ces dames qui ont sans doute l’oreille présidentielle. Travailler jusqu’au burn-out complet (n°39), en étant moins payé (n°37), avant de vider notre plan d’épargne populaire – bien entamé par les déremboursements (n°19) – pour soigner notre affection longue durée (n°23) à l’hôpital où les pompiers ne nous auront pas amenés (n°48), etc. etc. Quant aux piou-piou des mastodontes parapublics (n°9), ils rejoindront les enseignants dégraissés (n°10), les chargées de mission droits des femmes virées (n°8), les fonctionnaires éjectés (n°1), etc. Tous vrais surnuméraires qui partageront une communauté de destin avec les Mahorais (n°45), les sans-papiers et sans-soins (n°24).

Et un Plan Marshall pour calmer Sophie Roquelle et Cécile Crouzel, ça ne serait pas envisageable ?

(1) L’IFRAP d’était distingué il y a quelques années avec un numéro titrant « Les jeunes, prisonniers des missions locales ».

(2) « Le Club de l’Horloge se définit comme un cercle de réflexion destiné à apporter des idées à la droite française. Il prône une « synthèse national-libérale [pour] faire pièce à l’idéologie dominante » Il défend le « libéralisme intégral » en matière économique… » C’est tout dire.