De la relativité des finances publiques…
Soyons honnêtes, la crise financière n’a pas que des inconvénients mais est une opportunité, d’une part, pour se cultiver en élargissant son champ sémantique (hedge fund, subprimes…) et, d’autre part, pour vérifier la théorie de la relativité appliquée aux finances publiques, le périmètre budgétaire de la mission « Travail et emploi » étant en baisse de 5,2% par rapport à 2008 (« Une réduction durable des crédits budgétaires sur la période de 2009 à 2012 », « Un budget de crise », selon les termes du Rapport général pour la loi de finances présenté par le très social Serge Dassault – 1) alors que synchroniquement des sommes astronomiques sont déversées dans des banques pour qu’elles facilitent l’accès au crédit afin de soulager la trésorerie tendue des entreprises… ce qu’elles ne font d’ailleurs pas (2). Privatisation des bénéfices, socialisation des pertes… on connaît la chanson.
De la relativité des effets la crise sur les pauvres…
On savait que, de financière, la crise allait devenir économique puis immanquablement sociale, d’autant plus que voilà un bout de temps cette dernière pouvait faire son lit de la crise morale. On n’imaginait cependant pas toutes les répercussions de cette crise qui, comme le note Stéphane Mabon dans la contribution ci-dessous, affecte particulièrement les multimillionnaires. Force est pourtant de constater, avec un peu de bon sens, que la crise est évidemment plus dure pour les riches que pour les pauvres : les premiers ont des besoins importants, devenus incompressibles, alors que les seconds sont habitués à la pauvreté… puisqu’ils sont pauvres.
La crise n’épargne vraiment personne !
Stéphane Mabon
Le Monde daté du 28 novembre, page 16, nous révèle une étude au titre évocateur « Sale temps pour les maîtresses et les amants des multimillionnaires ».
Cette étude, réalisée en novembre par le cabinet Prince&Associates auprès de 191 multimillionnaires dans le monde avouant une relation extra-conjugale depuis plus d’un an, révèle que 80 % d’entre eux prévoient de réduire les dépenses, cadeaux, bijoux, dîners dans les grands restaurants, balades en jet privé et autres caprices jusqu’ici accordés à leurs amants ou maîtresses. Tous évoquent la nécessité de « réduire les dépenses inutiles ». Les personnes concernées apprécieront !
Parmi les sondés, qui subviennent à 70% ou plus aux besoins financiers de leur petit(e)s ami(e)s, 12 % envisagent, plus radicalement, de mettre fin à la relation adultère « pour des raisons financières ».
Et, plus la relation est ancienne, plus elle est en péril. Au-delà de trois ans, 7,3 % des personnes interrogées pensent rompre.
Avec satisfaction, nous apprenons que les femmes multimillionnaires font preuve de davantage de « délicatesse » en ces temps de crise avec leurs amants contrairement à leurs homologues masculins avec leur maîtresse.
Nous sommes là au « cœur » de la problématique de la sécurisation des parcours.
A quant un contrat de travail de maîtresse ou d’amant, de préférence en CDI (c’est plus sécurisant qu’en contrat de mission d’une durée maximale de 18 mois, voire un CDD à objet défini – dans le cas présent, il l’est assurément – introduit récemment dans le Code du Travail qui ne peut s’étaler au maximum que sur 36 mois) doté d’un parachute en or, pour les maîtresses ou amants des multimillionnaires ?
Décidément, la crise touche tout le monde !
Les 100 000 intérimaires ayant perdu leur emploi en France depuis un an, les 46900 nouveaux demandeurs d’emploi du mois d’octobre, les 100000 SDF en France qui essaye de survivre tant bien que mal en cette période hivernale, apprécieront !
Quelle société décadente dans laquelle nous vivons !
(1) Sur une période d’un an, nous sommes passés de 650 000 ETP intérimaires à 550 000 ETP aux dires d’Arnaud de la Tour, Président de PRISME (Syndicat des Professionnels de l’Intérim).
(2) Le nombre de DE repasse le chiffre des deux millions. En un an, les moins de 25 ans DE sont 8,3 % en plus. Source DARES.
De la relativité des prophètes…
Autre bénéfice de la crise, si celle-ci a enrichi notre vocabulaire, elle a aussi relativisé le discours des économistes… devenus modestes et silencieux alors qu’on les connaissait particulièrement enclins aux jugements péremptoires et aux prévisions formulées en vérités révélées. Ainsi tous les prophètes du marché pur, de « l’optimum de Pareto », de « la main invisible » et autres « concepts » (en fait postulats) surfant sur la vague néo-libérale, s’accordent désormais sur une politique économique bannie, le keynésianisme, où la place de l’État est prépondérante : « La crise va être bien pire qu’en 1993. Nous sommes dans le cas où une relance keynésienne est nécessaire. Cela ne fait même plus débat entre économistes » indique, selon Le Monde du 27 novembre, un conseiller de M. Sarkosy (3). Cruel, Le Canard Enchaîné du 26 novembre 2008 rappelle une note de Patrick Artus, économiste en chef de la banque Natixis (oui, cette même banque créée par François Pérol, secrétaire général adjoint de l’Elysée, qui est parvenu en deux années a creuser un gouffre de plusieurs milliards d’euros – 4). Le 22 mars 2007, la pythie Artus dressait ainsi l’inventaire des peurs et fantasmes des marchés financiers : « La liquidité va se raréfier ; l’économie chinoise va forcément ralentir ; il peut y avoir une récession aux Etats-Unis ; la profitabilité va se retourner à la baisse ; la crise du crédit immobilier « subprime » (et des crédits à aux variables) aux Etats-Unis va déclencher une crise bancaire et financière. » Et il concluait « Or toutes ces affirmations sont fausses… Toutes ces frayeurs sont sans objet. » Comme le note perfidement Le Canard Enchaîné, « Bien vu : les cinq « fausses » craintes se sont toutes réalisées depuis 2007. »
De la relativité du Plan Espoir Banlieues…
Toujours à la même source (indispensable par les temps qui courent), Le Canard Enchaîné consacre un article au Plan Espoir Banlieues dont on sait d’ores et déjà par différents canaux qu’il dérive… par exemple sur le fait qu’il doit en principe cibler des jeunes inconnus des missions locales ou qu’il ne s’adresse qu’à des jeunes de très faible niveau de formation. L’article, « Le plan Espoir Banlieues caillassé » rappelle que, face à l’objectif de 45 000 contrats d’autonomie en trois ans, on en est aujourd’hui selon Fadela Amara à 400-500, soit 1%, que la « Journée nationale du respect » programmée le 5 décembre n’aura pas lieu, que la promesse de « la présence partout d’Internet » pour réduire la fracture numérique est « un bug, pas la moindre puce »… De la sorte, le bilan d’étape de ce plan prévu fin décembre n’aura peut-être pas, et pour cause, lieu – « Matignon assure que rien n’est programmé » – et « ce « bilan » risque de ressembler à un dépôt du même nom. » « Tristes topiques », a-t-on envie de dire aujourd’hui pour fêter le centenaire Levi-Strauss.
De la relativité des tensions…
Comme l’écrit Stéphane Mabon et comme chacun a pu le lire partout, le chômage – officiel… sans même parler du précariat – remonte et, inévitablement, les jeunes sont les plus impactés. No comments… comme cela défile sur Euronews. Il va cependant falloir revoir un certain nombre d’injonctions… comme, par exemple, celle d’intervenir prioritairement pour réduire les offres d’emploi non satisfaites dans les secteurs en tension… En effet, « les entreprises du bâtiment anticipent un repli de leur activité de 6% en 2009, par rapport à 2008… Ce secteur, qui a créé 200 000 emplois depuis 2000, va non seulement cesser de recruter mais perdre de 25 000 à 30 000 postes en 2009, selon les prévisions de la Fédération française du bâtiment. » (5) Après les diagnostics socioéconomiques territoriaux, il va falloir mobiliser la théorie des particules pour trouver « l’entreprise » qui recrute. Du macro au micro.
Vive la crise ?
Libération, il y a fort longtemps, en 1984, titrait avec Yves Montand en couverture « Vive la crise ». Faisant de nécessité vertu, on pourrait aujourd’hui reprendre ce slogan sur la base d’un splendide paradoxe : relativisant bien des choses en fait superficielles, la crise contraint à revenir aux fondamentaux, c’est-à-dire à (se) poser les bonnes questions – ce que faire société signifie, ce que recouvre pour un jeune s’intégrer… – et parvenir à une aussi pacifique que radicale révolution paradigmatique. Peut-être une occasion… « historique », diraient certains.
(1) Sénat, Commission des Finances, du contrôle budgétaire et des comptes économiques de la Nation, annexe n° 31 « Travail et emploi », rapporteur spécial M. Serge Dassault. M. Dassault s’est récemment distingué quant à son opinion sur le traitement à réserver aux chômeurs (cf. sur ce blog « Dassault : fours de France… et Bruhnes au rapport. » 23 juin 2008). Ceci étant, c’est de famille, son fils, Olivier, étant un brillant esprit progressiste, propriétaire de la revue Valeurs actuelles…
(2) Pour le président de la CGPME, « … le dialogue entre les PME et les banques reste tendu… Les succursales des banques deviennent très prudentes. Elles réclament de plus en plus le cofinancement des crédits par un pool d’établissements et augmentent le niveau de leur couverture en exigeant cautions personnelles, hypothèques, etc. On ne compte plus le nombre de banques qui demandent aux entreprises de réduire leur découvert, quand elles ne mettent pas fin au financement à court terme. », Le Monde, 27 novembre 2008.
(3) A la rubrique des experts de tout poil, courtisans du pouvoir, une mention spéciale pour Jacques Attali qui publie un nouvel essai, La crise, et après ? Gageons qu’il parviendra à assumer un nième volte-face : en 1972, alors « de gauche », Attali écrivait « Il est un mythe, savamment entretenu par les économistes libéraux, selon lequel la croissance réduit les inégalités. Cet argument permettant de reporter à « plus tard » toute revendication redistributive est une escroquerie intellectuelle sans fondement. » (Les objecteurs de croissance, La Nef, n° 52, 1972). Le même Attali, vingt-cinq années plus tard, préside pour le gouvernement de M. Sarkosy (après avoir été le sherpa des gouvernements de gauche) une commission sur « les freins à la croissance » pour « recenser tous les obstacles à l’expansion » économique, et notamment « l’amoncellement de réglementations » dont l’arrêt du travail le dimanche. Tout cela est fort bien rappelé dans le numéro hors-série de La Décroissance (juillet-août-septembre 2008).
(4) Patrick Artus siège au Conseil d’analyse économique, instance placée sous la responsabilité du Premier ministre. C’est rassurant.
(5) « En France, la crise de l’immobilier pourrait durer jusqu’en 2011 », Le Monde, 27 novembre 2008.
Publié par plabbe
Publié par plabbe
Publié par plabbe