Trêve des maillots de bain…

juillet 14, 2008

Interlude…

L’été est là, ça n’est pas une nouvelle. L’été, c’est plus souvent le sudoku sur la plage, le magazine feuilleté distraitement - d’autant plus qu’il est, hélas, trop tard pour « maigrir en quatre jours » - , le roman dans lequel on pique du nez au moment de la sieste… bref ce qui permet d’accompagner l’émollience estivale sans trop de tracasseries avec le plaisant postulat philosophique que « demain sera un autre jour ».

Jusqu’à présent, la fréquentation de ce blog témoigne d’une relative régularité du lectorat, entre 200 et 300 visites par jour, avec des pointes au-delà 500. Cependant, prudence étant mère de la porcelaine, il vaut mieux anticiper : l’ordinateur supporte assez mal les grains de sable et il faut s’attendre à un relâchement. Le repos des synapses à défaut d’être celui du guerrier auprès de La belle du seigneur (Albert Cohen). C’est pourquoi, sauf « accident » (désir compulsif d’écriture, événement justifiant de se jeter corps et âme, doigts et cerveau sur le clavier), ce blog prend ses quartiers d’été. Ce sera l’occasion, côté rédaction, de faire le plein des lectures (moins cher que celui d’essence) qui nourriront ces chroniques dès la rentrée.

Lire, écrire… et communiquer…

Il faut dire que l’autodiscipline d’un article par jour est exigeante, parfois épuisante. Celle-ci recouvre trois temps successifs :

- Trouver et sélectionner l’information… ce qui n’est pas le plus difficile compte-tenu de la qualité de blogs tels que Docinsert, Emploi et Création, etc. Pour les conduites addictives de l’information, il est toujours possible de les satisfaire en s’y inscrivant.

- Lire et analyser l’information… ce qui peut être long, certains rapports étant copieux… et les rapports étant pléthore : il s’agit aussi d’éviter des traitements cloisonnés et, tout au contraire, il faut les relier, trier l’essentiel-bon grain et le marginal-ivraie, mettre à jour les invariants qui permettent de comprendre les mouvements de fond et de souffler sur l’écume des mots pour la disperser.

- Rédiger… ce qui, selon l’entrain, l’humeur ou l’inspiration, est parfois court ou parfois long, a fortiori lorsque l’ambition n’est pas exclusivement d’informer (beaucoup de sites font cela excellemment) mais de proposer une lecture décalée, sans doute partiale mais publique, donc sujette à critique et contributive du débat citoyen, guère éloignée de « l’agir communicationnel » d’Habermas, une discussion libre et équilibrée entre citoyens qui contre la logique positiviste dominatrice. Un travail délibératif du social en opposition au réductionnisme économique.

On pourrait ajouter un quatrième temps, celui de la mise en forme sur le blog… d’autant plus que votre serviteur, pour reprendre le vocabulaire de Mac Luhan, est un enfant de la Galaxie Gutenberg (l’écrit) et que la Galaxie Marconi (les signaux électroniques) recèle encore pour lui bien des mystères (« flux RSS », etc.).

Amitié celte…

Désormais, je comprends mieux un vieil ami breton d’Esquibien (Finistère, le plus beau département), Bernard Thomas, ex-rédacteur en chef du Canard enchaîné, toujours vaillant dans l’hebdomadaire – à la rubrique « Théâtre » - et bon pied – bon oeil à l’émission Le Masque et la Plume. Des années durant et deux jours avant la remise de son éditorial – succédant à Morvan Lebesque - Bernard souffrait, jusque dans son corps : « qu’écrire ? », sachant que la sanction de chaque écrit approximatif éradique en un jour les louanges, rarement exprimées, pour tous les éditoriaux hebdomadaires réussis. Toute proportion gardée, c’est un peu ce que j’ai vécu ces derniers mois. Pas de regret cependant ! L’écriture est un lien avec beaucoup d’inconnus (pas tous cependant) qui, au hasard de leurs réactions et commentaires, ne le sont plus. S’il est un thème essentiel aujourd’hui et pour demain - sur le même registre que l’objet que l’on emporterait avec soi sur une île déserte - c’est bien celui de la reliance : relier ce qui est épars, opposer la transversalité à la pensée disjonctive, être un tour operator de la migration des concepts, faire fonctionner ensemble ses deux hémisphères.

En sommeil pour se réveiller…

Tout cela pour dire que ce blog entre dans sa phase de sommeil récupérateur, avec peut-être deux-trois insomnies scripturales, et qu’il se réveillera tout début septembre, disons vers le 10, après avoir passé quelques jours avec mes amis piou-piou réunionnais de la mission locale sud (travail et sociabilité). Nous tenterons, si vous le voulez bien, une expérimentation : une ou deux journées par semaine seront réservées à vos contributions. Vous préparez puis m’envoyez votre contribution et je la publie. Chiche ? Je participe, tu participes, il participe… nous (en) profitons ! (2)

Recharger les batteries…

De mon côté, je vais baguenauder du côté des chansons et de la poésie, réécouter Changing of the guards (1),  lire – enfin ! – Atelier 62 de Martine Sonnet (3) rangé dans la bibliothèque depuis deux mois sans encore avoir été ouvert, préparer la rentrée – chargée et passionnante avec la révision et l’opérationnalisation du référentiel des missions de service public des missions locales pour le CNML, la recherche-action sur le micro-crédit personnel avec l’ANDML, etc.

En attendant, bonnes vacances !

 

(1) « Gentlemen, he said,
 I don’t need your organization, I’ve shined your shoes. I’ve moved your mountains and marked your cards
. But Eden is burning, either get ready for elimination
. Or else your hearts must have the courage for the changing of the guards. », Bob Dylan, 1978.

(2) Tout-à-fait concrètement, si vous avez envie d’exprimer une analyse, de la publier et de la partager, vous pouvez d’ores et déjà m’adresser votre texte à labbe.geste@wanadoo.fr

(3) 2008, éditions Le temps qu’il fait.

 


Pour un travail sur le travail de qualité.

juillet 12, 2008

Une question fantaisiste ou indécente…

« Qu’est-ce qu’un travail de qualité ? » est une question rarement posée dans le secteur de l’insertion, encore moins trouvant sa réponse collective à l’échelle d’un réseau. Il y a chez les intervenants sociaux en charge de l’insertion des demandeurs d’emploi, semble-t-il, un renoncement tant sur l’expression de la question que sur sa ou, plus probablement, ses réponses. Comme s’ils avaient désormais intériorisé l’idée que, « compte tenu… » de l’état de marché, de l’employabilité de leurs usagers, de leur modeste capacité à infléchir l’hyper-sélectivité pour l’hypo-rémunération, etc., avancer le thème d’un travail de qualité, au mieux serait interprété comme une divagation d’utopiste – peut-être même de krypto-machin -, au pire serait indécent, un peu comme si l’on se préoccupait des strates culminantes de la ressassée pyramide de Maslow – appartenance, accomplissement – sans même garantir la base – besoins existentiels : manger, boire, dormir, se chauffer… En d’autres termes, la question d’un travail de qualité est fantaisiste ou insultante, donc irrecevable. Implicitement : « Si déjà on trouve du travail, cela sera pas mal ; alors, s’interroger sur sa qualité… »

Lenédanleguidon…

Ces intervenants sociaux qui abdiquent, ces piou-piou  de terrain qui n’ont pas le temps de consulter les pléthoriques rapports en boucle sur la pauvreté (qu’il faut combattre), sur la cohésion (qu’il faut maintenir) et sur l’insertion en ZUS ou ailleurs (qui est un impératif national), ont à défaut d’une culture commune une expression partagée : « lenédanleguidon ». Réellement coincés entre des temporalités contradictoires, sinon antagonistes (celles des dispositifs institutionnels cadencés au métronome électoral, des entreprises qui rêvent de génération spontanée - le salarié kleenexable parfaitement formé, aussi immédiatement disponible qu’il sera immédiatement congédiable -, des temps d’apprentissage variables suivant les personnes…), les intervenants sociaux, intermédiaires des politiques de l’emploi, parent au plus pressé. Chacun d’entre eux « accompagne » - on a le droit de sourire – 150, 200 usagers, voire plus sans que cela soit exceptionnel, ni ne trouble les mêmes qui, de colloques en cités savantes, acquiescent gravement et même avec conviction à l’absolue nécessité de l’individualisation de l’accompagnement. A cet « accompagnement personnalisé », qui fût sacralisé avec le PARE et le PAP comme alpha et oméga des conditions points de passage obligé de la remise au travail, s’ajoutent mille obligations : travailler en partenariat (ce qui prend du temps, ne serait-ce que celui de l’ajustement et de la négociation), concevoir des projets (qui, tous, ne jaillissent pas d’un eurêka), observer les territoires pour recueillir des informations puis les traiter, les communiquer, les traduire en « plans d’action », etc. En tout état de cause, s’il fallait malgré tout une réponse à la qualité du travail, elle serait toute trouvée : un travail de qualité (n’)est (qu’)un emploi « durable », point à la ligne, circulez ! C’est-à-dire six mois ou, si l’on a de la chance, plus. Administrativement. Le qualificatif de durable a ceci d’extraordinaire que son usage immodéré accompagne au même rythme, on pourrait dire sur la même fréquence, la généralisation de la précarité. Somme toute, embrassons-nous Folleville, nous allons vers un système généralisé de précarité durable ! En silence.

Préserver la santé mentale des professionnels…

Le labourage du thème du travail de qualité est inversement proportionnel à celui du travail sans qualité. Depuis, comme son nom l’indique, Le travail sans qualités de Richard Sennett (2000, Albin Michel) jusqu’aux deux « Métamorphoses », celle « de la question sociale » (Robert Castel, 1995, Arthème Fayard) et celle « du travail » (André Gorz, 1988, Galilée), nous sommes assis sur des tonnes d’ouvrages (sociologie, ergonomie…) traitant du précariat, de la flexibilité, des emplois de la néo-domesticité, des bad jobs, etc. Serait-ce à dire qu’il est plus facile de dénoncer que de proposer, de déconstruire que de construire ? Sans doute, oui. Il est en tout cas plus simple de constater la dégradation des conditions de travail, tant celle-ci est évidente, que d’imaginer les conditions d’un travail de qualité parce que, y parvenant, on prendrait le risque d’accentuer la culpabilité des intervenants sociaux : une fois objectivées les conditions objectives de la majorité des emplois auxquels les jeunes parviennent à accéder avec difficulté, la satisfaction de l’accès à « l’emploi durable » serait sérieusement ébranlée. De là à penser que, pour préserver la santé mentale des professionnels, il vaut mieux éluder la question du travail de qualité, il n’y a qu’un pas…

Du travail de qualité à « travailler plus », navrante dérive…

Cependant, en cherchant bien, on trouvera une littérature traitant du travail de qualité, à commencer par la notion minimaliste de « travail décent » affiché comme objectif depuis 1999 par le Bureau international du travail (BIT) jusqu’à la « qualité de l’emploi » objectif cette fois de l’Union européenne depuis 2000, à la suite des sommets de Nice et de Lisbonne et explicite dans la Stratégie européenne pour l’emploi (SEE), maintenu en 2003 et en 2005.

Toutefois, observe le Centre d’Études de l’Emploi, « en dépit du maintien de la « qualité de l’emploi » comme objectif commun aux pays européens, cet outil apparaît sous-utilisé depuis 2004. L’Emploi en Europe ne consacre plus de chapitre à ce thème, et les analyses empiriques utilisant les indicateurs de Laeken sont quasi inexistantes. La notion de qualité est de plus en plus tirée du côté de la productivité et de l’attractivité financière des emplois, sans référence au point de vue des travailleurs. Plusieurs raisons peuvent être invoquées pour cet affaiblissement, un effet conjoncturel tout d’abord, la dégradation de la conjoncture dans plusieurs pays européens ayant conduit à rétablir une priorité d’augmentation quantitative de l’emploi, mais également la disparition du consensus politique ayant conduit à mettre en avant un objectif de « qualité », au profit notamment des thématiques de « flexisécurité ». » (1). On ne saurait mieux dire : la qualité du travail n’est plus officiellement à l’ordre du jour. Pour preuve, le slogan présidentiel « Travaillez plus… » ne dit mot sur le bonheur au travail, se contentant de réduire celui-ci à sa stricte dimension instrumentale, « pour gagner plus ». Pourtant, il paraît que même les cadres éprouvent quelque amertume à la suite de l’amendement, adopté le 8 juillet en première lecture à l’Assemblée nationale, qui relève de 218 jours à 235 jours leur plafond de jours travaillés…(2)

Confort de la reproduction, bénéfice de la distinction.

A priori, de deux choses l’une, ou l’on poursuit les yeux rivés sur « l’emploi durable » ou l’on s’attelle à construire, diffuser et partager une conception du travail de qualité. “A priori” parce que, à vrai dire, l’une et l’autre postures ne sont pas nécessairement opposables et exclusives. On peut gérer les affaires courantes et le flux, satisfaire la demande coup de main pour un emploi quel qu’il soit, et avancer les pièces d’une stratégie pour un travail de qualité : la Reine pour la stabilité, le Fou pour l’autonomie, la Tour pour la qualification, le Cavalier pour la rémunération, etc. Retenons cependant, pour la clarté de la démonstration, le clivage entre les deux hypothèses.

Dans le premier cas, on peut s’interroger sur l’effectivité d’ambitions construites sur l’indissociabilité de la personne et, subséquemment, sur la nécessité autre qu’incantatoire d’associer projet de vie et projet professionnel, indépendance économique et autonomie sociale, accomplissement personnel et émancipation collective, etc. La finalité du travail de conseiller en est inéluctablement affectée, le projet politique et philosophique de l’insertion a bouilli au fond de la marmite des dispositifs jusqu’à ne plus être que la commande publique. Autrement formulé, l’identité du réseau est définie par d’autres, les acteurs deviennent des agents, l’autonomie a cédé devant l’hétéronomie, l’exécution s’est substituée à la création. Avantage toutefois : on ne se pose plus de questions complexes. Le confort de la reproduction.

Dans le second cas, si l’on n’a pas la garantie de la cohérence des résultats entre les finalités et les réalisations, tout au moins aura-t-on celle du processus entre ces deux dimensions : nous ne savons pas si nous y parviendrons mais nous savons que nous progressons dans la bonne direction. Ce faisant, nous consolidons notre identité de réseau et contribuons – modestement – à faire évoluer représentations et politiques publiques… ce qui, soit dit en passant, s’inscrit dans les fondamentaux des missions locales. Le bénéfice de la distinction.

Tout-cru…

Bien, va-t-on dire… Toutefois n’est-ce pas prométhéen que d’envisager, sur la base du second choix, de faire évoluer institutions… mais également entreprises qui, in fine, distribuent les cartes ? C’est possible… mais, comme Pascal, « il faut parier ». Et ce pari n’est pas qu’utopie ; il peut même être favorisé par l’évolution – si elle se confirme – de la baisse du chômage qui rétablira un équilibre entre l’offre et la demande, c’est-à-dire contraindra les entreprises à négocier… à condition que la configuration soit bien celle du plein-emploi et non celle de la pleine-activité (cf. sur ce blog « Travailler plus et mieux, tous et pourquoi ? » 2/2), ce qui ne s’obtiendra ni par la grâce divine, ni par l’aussi improbable qu’homéostatique main invisible, mais par le débat, l’éducation, aussi la confrontation. En tout état de cause, s’il faut socialiser les jeunes, il faut également civiliser les entreprises et humaniser les institutions. Sauf à être dévorés tout-crus. « Instrumentalisés », dit-on. Pour la socialisation des jeunes, le savoir-faire est là. Pour le reste, il faut commencer par nous-mêmes, par clarifier notre doctrine : que veut-on ? Nourrir la machine de l’appareil productif en lui fournissant sa main d’œuvre docile, juste formée pour s’adapter au poste, disciplinée et, d’ailleurs, éventuellement satisfaite de cette servitude (3) ? Ou insérer les jeunes dans une société qui doit elle-même évoluer vers plus d’humanité ?

 

(1) Lucie Davoine, Christine Erhel, La qualité de l’emploi en Europe : une approche comparative et dynamique, CEE, « Documents de travail » n° 86, mai 2007, p. 6.http://www.cee-recherche.fr/fr/doctrav/qualite_emploi_europe_doc86.pdf

(2) Michel Delberghe, « Les cadres, victimes des 35 heures ? », Le Monde, 10 juillet 2008.

(3) Principe même de l’aliénation, dialectique du maître et de l’esclave (Hegel, Phénoménologie de l’Esprit)…


« Les missions locales jouent un rôle fondamental d’accueil, de conseil et d’orientation, qui pallie en partie les carences du service public de l’emploi. »

juillet 11, 2008

Peut-être n’est-il pas inutile de communiquer cet extrait du rapport sénatorial de M. Bernard SEILLIER, La lutte contre la pauvreté et l’exclusion : une responsabilité à partager, déposé le 2 juillet 2008 (1). Avec un hiatus pour commencer. L’avis selon lequel, dans l’extrait qui suit, « l’accès à un revenu minimum n’est pas opportune pour les jeunes » est très contestable puisque, parmi les avocats de cette possibilité pour ne pas dire obligation au titre de la responsabilité intergénérationnelle (dans lesquels je m’inclus), l’inscription de cette allocation dans une logique contractuelle est largement partagée. Mais un vrai contrat, pas les fourches caudines d’un « emploi raisonnable » (pour qui ? ) où le déterminant exclusif est celui des besoins, pour ne pas dire des exigences non-négociables, de l’appareil productif… celui précisément dont les conditions de travail sont le facteur explicatif des difficultés de recrutement.

Néanmoins, on retiendra que, après le CERC et le CES, la commission en charge de ce rapport crédite sans ambiguïté le travail des missions locales et, concernant le contrat d’autonomie, souhaite que l’évaluation comparative avec le CIVIS prenne en compte la différence de traitement à partir de la « bourse d’autonomie » et l’allocation CIVIS… d’ailleurs surestimée à 300 euros par mois. Notons également la publication du dernier Premières Synthèses, Premières Informations de la DARES (2) où il est écrit que « la moitié des sorties du CIVIS se fait vers l’emploi. » Décidément, notre ministre a beau signer (hier) sous les caméras ses premiers contrats d’autonomie, son projet aussi « original » que « novateur »  – malgré sa campagne publicitaire – ne fait pas l’unanimité, loin de là ! Les gens sont vraiment ingrats… y compris les sénateurs et les fonctionnaires d’administration centrale ! On est toujours trahi par les siens.

Extrait…

« 2. Evaluer l’efficacité du « contrat d’autonomie » expérimenté pour les jeunes des ZUS en vue de sa généralisation aux jeunes en difficultés »

De nombreux jeunes entre 16 et 25 ans, sortis du système scolaire précocement sans diplôme, sont confrontés au chômage et ne bénéficient d’aucun revenu. En outre, ils échappent dans de nombreux cas aux circuits traditionnels de recrutement et ne sont éligibles ni au régime d’assurance chômage, n’ayant jamais cotisé, ni au RMI, son bénéfice n’étant ouvert qu’à partir de 25 ans.

La mission estime que l’accès à un revenu minimum n’est pas opportune pour les jeunes, toute allocation visant à l’autonomie ne pouvant être versée que ponctuellement et être assortie de la construction d’un projet d’insertion professionnelle durable, qui nécessite que toute aide financière soit conditionnée à la signature préalable d’un contrat.

Dans ce domaine, les missions locales jouent un rôle fondamental d’accueil, de conseil et d’orientation, qui pallie en partie les carences du service public de l’emploi : chaque année, elles accueillent près de 1,2 million de jeunes et trouvent, pour une grande majorité, des solutions d’insertion ou de formation.

Les jeunes des ZUS (entre 150 000 et 200 000) sont particulièrement exposés aux risques de pauvreté et d’exclusion sociale, du fait des difficultés spécifiques d’insertion professionnelle qu’ils rencontrent. C’est pourquoi le ministère de la ville et du logement expérimente pour 45 000 d’entre eux, un contrat d’autonomie, destiné à les accompagner vers l’emploi sur une durée limitée à un an (6 mois avant l’entrée dans l’emploi et 6 mois après l’embauche).

Le programme, doté de 250 millions sur trois ans, finance le dispositif d’accompagnement qui sera confié à des organismes publics ou privés et offre aux jeunes une « bourse d’autonomie » de 300 euros par mois durant les six premiers mois pour faciliter leur recherche d’emploi.

Il s’agira d’évaluer ce dispositif et de le comparer notamment aux résultats obtenus par le contrat d’insertion dans la vie sociale (CIVIS), outil principal d’insertion des missions locales, dont le coût ne représente que 900 euros sur un an et qui a déjà permis d’accompagner 500 000 jeunes et d’offrir à plus de 105 000 d’entre eux un emploi durable. »

 Ah, qu’est-ce que cela fait du bien après tout ce que l’on a vécu et avant de partir en vacances !

 

(1) Rapport d’information n° 445, 2007-2008, http://www.senat.fr/rap/r07-445-1/r07-445-145.html

(2) http://www.travail-solidarite.gouv.fr/IMG/pdf/2008.07-29.3.pdf

 

 


Travailler tous et mieux, plus et pourquoi ? 2/2

juillet 11, 2008

Robert Castel : sociologie critique et humanité…

Je l’ai écrit : dommage que, pour sa juste dénonciation de L’insécurité sociale (2003, « La République des idées », Seuil), Robert Castel se soit senti obligé de commencer son article par une critique des thèses de Dominique Méda et de Jeremy Rifkin (cf. sur ce blog : « Fusion ANPE-Assédic : ça s’organise »). Dommage aussi qu’il ait préfacé L’insertion malgré tout de Denis Castra et Francis Valls (cf. sur ce blog : « Au sujet de la préface par Robert Castel de L’insertion malgré tout… »). Cela pourrait faire beaucoup de « dommage », suffisamment pour éviter lecture et a fortiori analyse de l’article de Robert Castel, « Travailler plus, pour gagner quoi ? », paru dans Le Monde du 9 juillet 2008. Mais voilà, il s’agit de Robert Castel. Et, depuis Les métamorphoses de la question sociale (1995, Arthème Fayard) jusqu’à La discrimination négative, (2007, Seuil) en passant par Propriété privée, propriété sociale, propriété de soi (avec Claudine Haroche, 2001, Fayard), Robert Castel occupe une place majeure dans le paysage des chercheurs qui s’intéressent au social, singulièrement avec son thème de prédilection (déjà présent dans Les métamorphoses de la question sociale), la « propriété sociale ». Ayant travaillé avec Bourdieu dans les années 60, ses écrits s’inscrivent dans une perspective de sociologie critique – avec les concepts de « surnuméraire », de « précariat », de « désaffiliation »… - mais il y a en plus chez Castel une humanité et même un humanisme qui permettent au lecteur et professionnel de l’insertion une connivence, quelque chose guère éloigné de l’empathie… sur le même registre que lui-même avec ses objets de recherche : « S’agissant en revanche de questions qui tournent autour du risque de basculer dans le malheur, comme lorsqu’on parle de vulnérabilité ou de désaffiliation, je ne pense pas que l’on puisse les traiter un peu sérieusement sans avoir une certaine affinité avec ces situations. » (2001, p. 183).

La triade de l’idéologie dominante…

On aurait donc tort de s’arrêter aux premières lignes de « Travailler plus, pour gagner quoi ? » car, rapidement, Robert Castel reprend sa place d’acteur et de chercheur engagé… sans se tromper de cible : « On assiste, au contraire, à une extraordinaire survalorisation du travail portée par une idéologie libérale agressive qui trouve sa traduction politique directe dans les orientations de l’actuelle majorité, président de la République en tête. La virulence de la critique des lois dites « lois Aubry » sur la réduction du temps de travail après le changement de majorité en 2002 a parfois frôlé l’hystérie. » Robert Castel pointe ensuite le processus de stigmatisation qui accompagne corollairement la survalorisation purement idéologique du travail (cf. sur ce blog « Bizarre ce « travailler plus » quand il fait beau ») avec, d’un côté, ceux qui se lèvent tôt pour travailler et déductivement, de l’autre, ceux qui ne se lèvent pas et ne travaillent pas : « C’est le soupçon qui pèse sur les chômeurs d’être des chômeurs volontaires… c’est aussi la condamnation des assistés… » Ce que j’appelle une pensée du raccourci et raccourcie qui fabrique l’illusionnisme social est aussi une pensée qui s’assoit sur l’évidence : « … l’une des caractéristiques de la situation actuelle est précisément que le travail manque et que le plein-emploi n’est plus assuré depuis trente ans. » Ainsi on peut décrypter le discours dominant à partir de cette triade : une situation objective de « pénurie de places disponibles », « une survalorisation du travail qui en fait un impératif catégorique » (donc – on se souviendra de Kant – une obligation morale) et « une stigmatisation du non-travail assimilé à l’oisiveté coupable ».

De la nuance (de taille) entre plein-emploi et pleine-activité…

Cette articulation de trois composantes impulse « une politique pouvant conduire à la pleine-activité sans que cela signifie le retour au plein-emploi », c’est-à-dire une situation où chacun travaille sans pour autant disposer des conditions de l’indépendance économique : « C’est ainsi que l’on devient un travailleur pauvre, figure qui est en train de s’installer dans notre paysage social. » puisqu’il vaut mieux « être un travailleur pauvre… qu’un mauvais pauvre, un misérable parasite assisté. » C’est ici le cœur de la thèse soutenue par Castel dans cet article (et ailleurs) : le nouveau capitalisme, après le capitalisme industriel, précarise les emplois (emplois atypiques, contrats aidés…), s’attaque « au statut de l’emploi en dénonçant les coûts qu’il représente et les obstacles qu’il met au libre développement de la concurrence au niveau de la planète ». Ainsi « L’insécurité sociale est de retour, et un nombre croissant de travailleurs vivent de nouveau « au jour la journée », comme on disait autrefois. », c’est-à-dire avant le salariat, à l’époque des « paumés de la terre » pour reprendre les termes de Castel dans Les métamorphoses de la question sociale (p. 225).

Face à cette offensive néo-libérale, « un chantage d’ordre moral », Robert Castel appelle à défendre la valeur travail, « parce qu’on n’a pas encore trouvé d’alternative consistante au travail pour assurer l’indépendance économique et la reconnaissance sociale dans une société moderne. » Cependant cette réhabilitation du travail ne peut être détachée d’un combat contre « les formes dégradées d’emploi » : « il faudrait respecter la dignité des travailleurs. » sont les derniers mots de l’article.

Une adhésion… mais des questions.

On ne peut, de toute évidence, que souscrire à cette proposition. Toutefois force est de constater deux choses, ceci particulièrement en ce qui concerne l’insertion des jeunes :

- Les conditions objectives d’entrée sur le marché du travail réservées à ces derniers construisent chez eux une mise à distance intériorisée, une secondarisation psychique de la valeur travail qui est de moins en moins envisagée comme support de l’identité et de plus en plus comme moyen de subsistance. Autrement formulé, les dimensions sociale (appartenir) et symbolique (s’accomplir) du travail s’estompent au bénéfice de la dimension purement instrumentale (être rémunéré). Comment faire, dans ce cas, c’est-à-dire face à des jeunes sans illusion (et pourtant bien des fois « enchantés », c’est-à-dire vivant dans un imaginaire où travail et ressources financières sont déconnectés, celles-ci s’obtenant par le jeu, le hasard…) pour imaginer un projet professionnel, plus largement d’intégration, qui appelle sinon la possibilité immédiate du moins l’espoir d’y parvenir à long terme ?

- Pris en étau entre leurs convictions, certes guère éloignées de celles défendues par Robert Castel et tout-à-fait cohérentes avec une culture commune issue de l’éducation populaire, une commande publique pour qui la « qualité » de l’emploi est strictement définie par sa durée minimale (six mois ou plus) et une pénurie d’emplois, les intervenants sociaux sont « comme un passeur qui s’apercevrait en cours de traversée qu’il n’y a plus de berge où conduire son passager », juste métaphore de… Robert Castel dans « Du travail social à la gestion sociale du non-travail » (1). Là aussi, comment faire ? Ce sera peut-être l’objet d’un prochain article de Robert Castel. De mon côté, maintes fois répété dans ces lignes, la cohérence interne (de chaque mission locale et du réseau) est le pré-requis parce que, à l’inverse, si les missions locales continuaient à fonctionner dans un système cohérent idéologiquement mais incohérent humainement et intellectuellement, elles seraient inéluctablement condamnées à l’entropie.

(1) Revue Esprit n°241, A quoi sert le travail social ? mars-avril 1998, p. 42.


Travailler tous et mieux, plus et pourquoi ? 1/2

juillet 10, 2008

Qui trop embrasse…

Entre rapports officiels, circulaires, contrat d’autonomie… et nouveau conseil d’administration de l’ANDML, l’actualité foisonne et tourbillonne avec le risque d’une sur-information qui obèrerait la réflexion. Et pourtant… A trois semaines d’intervalle, parution dans Le Monde de deux articles de taille comparable et apparemment sur le même sujet, « Travailler tous, et mieux » (18 juin) par Dominique Méda et Pierre-Alain Muet, « Travailler plus, pour gagner quoi ? » (9 juillet) par Robert Castel. On ne pouvait pas ne pas s’arrêter sur ces deux contributions… à commencer aujourd’hui par Méda et Muet.

Défense des 35 heures et partage du travail.

« Travailler tous, et mieux » est un article exprimant la position du parti socialiste (enfin celle de socialistes, tant il semble hasardeux que ce parti parle d’une seule voix), dont le point de départ est la critique de la déconstruction des 35 heures par le gouvernement et dont le point d’arrivée correspond à des éléments de programme politique (congrès d’Amiens ?). La contestation s’appuie entre autres sur la défense du bilan de la réforme Aubry (350 000 emplois créés) et sur le constat d’une « croissance française {qui} a été très supérieure à la croissance européenne » durant la période 1997-2002. Sur ce dernier point, mais sans doute les contingences inhérentes d’un article de quelques milliers de signes sont-elles explicatives, il y aurait bien plus à dire et à moduler… ne serait-ce qu’en reprenant  les arguments – justes - exposés dans Qu’est-ce que la richesse ? (1999, Aubier) par cette même Dominique Méda qui écrivait alors : « Le bonheur ne se réduit pas au taux de croissance » (p. 101). Le plaidoyer, fort heureusement, ne se limite pas à ce satisfecit sur la croissance, mettant en avant des comparaisons internationales (les Français travaillent plus en moyenne que les Allemands et les Scandinaves qui, pourtant, affichent de meilleures performances économiques), une évolution sociétale tendancielle longue (« … ce qui caractérise le développement économique depuis la révolution industrielle, c’est la relation étroite entre la réduction du temps de travail et les gains de productivité. »), les effets bénéfiques de la RTT sur la vie familiale (meilleure répartition des tâches parentales et domestiques), etc. Sans doute la critique la plus percutante, parce que de bon sens, est-elle celle qui vise le slogan présidentiel, lui de sens commun : « En privilégiant les heures supplémentaires des salariés à temps complet, le gouvernement tourne le dos à ceux qui ont réellement besoin de travailler plus pour gagner plus : les chômeurs, les allocataires de minima sociaux qui n’accèdent pas  un accompagnement vers l’emploi, les salariés travaillant sur des temps partiels courts et mal rémunérés… » Le thème du « partage du travail » (très inconvenant dans l’air du temps) n’est pas explicité, on peut le regretter, mais c’est bien de cela dont il s’agit… sauf à accentuer les inégalités, à constituer une underclass de travailleurs pauvres et de surnuméraires.

Deux réformes ultra-prioritaires : qualifier et reconsidérer les fondamentaux du SPE…

Toujours est-il que deux grandes réformes « doivent constituer pour les socialistes la priorité ». Tout d’abord, investir dans la qualification des jeunes à tous les âges - « formation professionnelle tout au long de la vie » - (1), ceci dans une conception globale puisque, s’il s’agit d’accéder à l’emploi, la participation à la vie sociale est également visée. Pour les auteurs, « le développement d’un service public d’accueil de la petite enfance et la qualité de l’emploi en constituent deux éléments-clés. » Deuxième réforme, « réorganiser en profondeur les services publics chargés de l’emploi et de l’insertion ». Ne connaissant pas les auteurs, on se serait attendu au pire car, somme toute, cette réorganisation « en profondeur » est incontestablement à l’œuvre avec la mise en concurrence, l’obligation de résultat, les moyens non pas constants mais en baisse, etc. Bien sûr, il ne s’agit pas de cela mais d’abord d’une philosophie de l’action à laquelle on ne peut que souscrire : « … passer de l’ère du contrôle et de la prescription à celui de la décentralisation et de l’aide bienveillante. » Je concluais un article dans la revue Territoires (avril 2007), « L’abbé Pierre était-il efficient ? » par ces mots guère éloignés : « …invitons les instances nationales en charge de l’intérêt général à se coordonner pour résoudre  cette « crise de l’intelligence » (M. Crozier, 1995), pour - enfin - parler du social dans une perspective d’acteur (compréhensive, complexe et encourageante) et non dans celle, exclusive, d’un système (hémiplégique, disjonctif et soupçonneux). Chaque partie ne s’en portera que mieux. » En fait de réforme du SPE, c’est plus exactement la reconsidération de ses fondamentaux dont il est question : en s’appuyant sur la négociation sociale (il n’est pas dit quels seraient les interlocuteurs de cette négociation mais on peut espérer, contrairement à la position des Assédic dans les maisons de l’emploi, que les organisations de chômeurs seraient parties prenantes), atteindre le plein-emploi en accompagnant de façon personnalisée les chômeurs tout en sécurisant les situations des salariés (« disposer d’une assurance emploi effective »). Outre une posture plus soupçonneuse que confiante (alors même que Christian Charpy reconnaît que le nombre de chômeurs qui fraudent « est infime », Le Monde, 28 juin 2008), qui correspond à ce que l’on appelle « une prophétie auto-réalisatrice » (c’est-à-dire mettant en place en l’énonçant les conditions pour qu’elle se réalise), on remarquera que l’orientation actuelle du gouvernement est a priori similaire en ce qui concerne l’accompagnement personnalisé (2) et même pour la sécurisation des parcours (cf. l’abondante littérature officielle sur la « flexisécurité », les expérimentations du contrat de transition professionnelle…). « A priori » car il faut, d’une part, aller voir sur quelles bases repose l’accompagnement personnalisé, en l’occurrence le nouveau principe-épée de Damoclès de « l’offre raisonnable » (3), et, d’autre part, juger sur pièces ce que les faits nous renseignent : une diminution objective des « inclus » sous la double injonction de l’impératif de flexibilité (privé) et du slogan « Moins d’État, mieux d’État » (public).

Autrement formulé, le « précariat », notion chère à Robert Castel dont, précisément, on parlera prochainement.

 

(1) Là aussi, sans doute, les contingences d’un article impliquent un survol… Car, si l’objectif de qualification n’est pas contestable, dès lors que celui-ci est associé (comme c’est le cas ici) au “plein emploi”, il faut se défier du raisonnement simpliste et mécaniste. Comme l’écrit José Rose, “Le modèle adéquationniste repose sur des postulats forts et peu réalistes.” (Des formations pour quels emplois ? 2005, La Découverte, p. 369). A cet approfondissement théorique on peut ajouter l’expérience historique des toutes premières années des missions locales et - plus encore - des PAIO, lorsque l’imminence d’un retour aux fastes années des Trente Glorieuses avait justifié une politique du “tout formation” L’hirondelle des états mensuels de DEFM ne fait pas le printemps, encore moins l’été, du plein emploi.

(2) Rappelons que le principe d’un accompagnement personnalisé de chaque demandeur d’emploi a été retenu en 2001 avec le PARE puis le PAP.

(3) « Étrangement, le thème de l’offre raisonnable (ou valable) d’emploi ressort en France à chaque fois que, comme à la fin des années 1990 ou aujourd’hui, le marché de l’emploi s’améliore au rebours des autres pays. {…} Tout se passe comme si, lorsque le rapport de force devient trop favorable aux demandeurs d’emploi et que s’accroissent leurs capacités de négociation, les employeurs tentaient d’augmenter le volant de main d’œuvre disponible en réduisant la marge de manœuvre de ceux qui offrent leur force de travail. En 2000, le Medef proposait, avec le plan d’aide au retour à l’emploi (PARE), d’élargir la notion de qualification correspondante au poste offert à celle de « capacité » à l’occuper. Et, aujourd’hui, nous avons « l’offre raisonnable »… » Carole Tuchszirer, « Une volonté d’augmenter le volant de main d’œuvre disponible », Le Monde, 10 juin 2008.


Réorganisation de l’État en région et département : kit de compréhension

juillet 10, 2008

On ne détaillera pas ici l’intégralité de la toute récente circulaire du 7 juillet 2008 relative à l’organisation de l’administration départementale de l’Etat. Il s’agit modestement de clarifier le nouveau paysage de l’organisation déconcentrée de l’État, singulièrement en ce qui concerne le secteur de l’insertion avec la création de la direction départementale de la population et de la cohésion sociale. Décryptage.

Nouveau dictionnaire des acronymes : RGPP, DIRECCTE, DDPCS, DDT, DREAL, UDTE… 

Il va sérieusement falloir enrichir son dictionnaire des acronymes… La RGPP (Révision générale des politiques publiques) lancée par le gouvernement en juillet 2007 avance : selon les termes de la dépêche AEF 99183 du 9 juillet 2008, « la disparition des DDTEFP est programmée pour 2010 ». Signée de François Fillon, la circulaire du 7 juillet 2008 relative à l’organisation de l’administration départementale de l’Etat (1) détaille les conditions de mise en œuvre de cette réorganisation et fait suite à une précédente instruction du 19 mars 2008 concernant la réforme des services déconcentrés de l’État à l’échelon régional et réduisant à huit le nombre de structures et de directions régionales dépendant de l’État.

Pour mémoire, les huit structures régionales :

- La direction régionale regroupant la trésorerie générale et les services fiscaux ; 


- La direction régionale de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt (DRAAF) ; 


- La direction régionale de la culture (DRAC) à laquelle seront rattachés les actuels services départementaux de l’architecture et du patrimoine sous la forme d’unités départementales ; 


- La direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (DREAL) qui comprendra les subdivisions de protection de l’environnement au titre des risques industriels, sous la forme d’unités départementales ou interdépartementales ; 


- La direction régionale des entreprises, de la concurrence et de la consommation, du travail et de l’emploi (DIRECCTE) qui comprendra les unités départementales de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes et les unités départementales du travail et de l’emploi ; 


- La direction régionale de la jeunesse, des sports et de la cohésion sociale (DRJSCS) ;

- Le rectorat d’académie ; 


- L’agence régionale de santé (ARS) et ses antennes locales, dans le cadre des dispositions législatives et réglementaires à venir.

Tambour battant

Selon les termes de François Fillon, « Il s’agit de répondre aux besoins des citoyens sur le territoire.
La réforme de l’Etat a pour but, en effet, de rendre celui-ci mieux à même de répondre à ses missions, d’être plus proche des préoccupations des citoyens, plus accessible, plus simple, pour un coût de fonctionnement moindre. » Trois points de méthode, en fait quasi-interchangeables, sont avancés :

- La modularité, c’est-à-dire « rechercher sans a priori l’organisation territoriale la plus pertinente dans chaque département ». Sur la base d’un « travail d’analyse partagée », il s’agit « d’adapter les structures et les moyens aux missions, au plus près des besoins. »

- La déconcentration : « C’est bien au niveau déconcentré, interministériel par nature à l’échelon départemental, qu’il revient d’analyser les caractéristiques locales et d’en déduire les organisations les mieux adaptées. »

- La concertation avec l’ensemble des partenaires locaux, « gage, à la fois, de la qualité des analyses, de la pertinence des propositions, de la compréhension des enjeux et de l’acceptation des choix par les citoyens, les élus et les agents. »


La finalité de cette réorganisation articule deux critères, l’efficience (moins cher) et une économie des besoins sur la base à la fois de la modularité citée (une souplesse organisationnelle sur les configurations départementales) et des spécificités territoriales : « … offrir concrètement au public un service de meilleure qualité, centré sur les priorités territoriales, organisé de manière plus compréhensible, pour un coût moindre, sur les bases communes suivantes :


― un regroupement des services en un nombre très restreint de structures administratives ;


― une articulation claire et efficace entre les échelons régionaux et départementaux ;


― la recherche de mutualisations et d’une organisation optimale des implantations immobilières. »

Anticipant les inquiétudes que cette réorganisation des services ne manque pas de susciter, le Premier ministre insiste sur les conditions d’un dialogue social renforcé, entre autres avec une information rapide des agents par les préfets et des réunions de travail « autant de fois que nécessaire » avec les commissions techniques paritaires. Ce travail va être conduit tambour battant puisque avant la fin de l’année, les préfets devront établir « de manière engageante l’organigramme des services de leur département » pour lancer les expérimentations de préfiguration en 2009, avant la mise en place effective des nouvelles directions au 1er janvier 2010.

Pour s’y retrouver au niveau départemental…

La préfecture

La préfecture de département demeure « la représentation et la permanence de l’Etat, l’exercice des fonctions régaliennes tenant notamment au contrôle administratif et au respect des lois, le pilotage et la coordination des services déconcentrés, l’exercice des prérogatives de puissance publique (déclaration d’utilité publique, ordre public…), la sécurité intérieure et la sécurité civile, la réglementation générale des libertés publiques, la gestion de l’immigration et le fonctionnement de la démocratie locale. 
Les préfectures continueront à exercer des fonctions de coordination, facilitées par la réduction du nombre de directions départementales. » Les préfets de département sont placés sous l’autorité du préfet de région.

Deux directions départementales : « des territoires » et « de la population et de la cohésion sociale »

A l’échelle départementale (à l’exception des départements franciliens, de la Corse et de l’Outre-mer), le gouvernement prévoit de passer d’une douzaine de directions à deux nouvelles : la DDPCS (direction départementale de la population et de la cohésion sociale) et la DDT (direction départementale des territoires). S’y ajouteront la direction départementale dépendant de la direction générale des finances publiques, les services chargés de la sécurité intérieure, l’inspection d’académie de l’Éducation nationale et la préfecture.

La direction départementale des territoires est constituée à partir de la direction départementale de l’équipement et de l’agriculture, à laquelle seront joints les services ou parties de service « environnement » des préfectures.

La direction départementale 
de la population et de la cohésion sociale, qui nous intéresse plus particulièrement, « assurera les missions de veille sanitaire et de sécurité dans les domaines de l’alimentation et de la protection des consommateurs et les fonctions liées à la cohésion sociale : fonctions sociales de la politique de la ville, urgences sociales et hébergement d’urgence, politiques d’insertion, action en faveur du sport, de la jeunesse et de la vie associative, lutte contre les discriminations, les drogues et la toxicomanie, accueil des demandeurs d’asile. » « Les missions relevant de la cohésion sociale seront assurées par le regroupement, au sein de la direction, des services de la cohésion sociale de l’actuelle DDASS, des services de la préfecture chargés des questions sociales, du service départemental pour le droit des femmes et l’égalité, de l’actuelle direction départementale de la jeunesse et des sports ».

La DDPCS inclura une « unité départementale du travail et de l’emploi » (UDTE) et assurera notamment les missions liées :

- aux fonctions sociales de la politique de la ville ;

- aux politiques d’insertion ;

- aux actuels services de cohésion sociale de la DDAS (direction départementale de l’action sociale) ;

- au service départemental pour le droit des femmes ;

- à la direction départementale de la jeunesse et des sports également vouée à disparaître en tant que structure indépendante.

Une troisième direction départementale pourra être créée, « lorsque l’importance démographique ou les nécessités en matière de cohésion sociale ou de politique de la ville le justifieront ». « Cette direction sera constituée à partir des services et éléments de service de la direction départementale de la population et de la cohésion sociale œuvrant dans le champ de la cohésion sociale, sous réserve de la création d’un service de l’immigration au sein de la préfecture, auxquels seront adjoints les agents chargés de la fonction sociale du logement dans l’actuelle DDE. »

 A suivre… avec attention.

 

www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000019144117&dateTexte=

 


Contrat d’autonomie : c’est (presque) parti…

juillet 9, 2008

Selon Les Échos (1) et transmis par le réactif docinsert.over-blog.com/ « Les secrétaires d’Etat Laurent Wauquiez (Emploi) et Fadela Amara (Ville) lanceront jeudi les premiers « contrats d’autonomie » pour des jeunes des quartiers défavorisés, dans un cabinet privé de ressources humaines sélectionné par l’Etat à Mantes-la-Jolie (Yvelines). Ce « contrat d’autonomie » entend remédier au taux de chômage élevé des 18-25 ans dans ces quartiers (près de 40%). Il devrait être proposé chaque année à 15.000 jeunes, pour un coût attendu de 250 millions d’euros sur 3 ans.

Selon une source proche du dossier, l’appel d’offres a pris du retard dans d’autres départements parce que les opérateurs privés ont demandé un tarif « assez élevé » {en tout cas, nettement supérieur à celui des quelques missions locales qui se sont positionnées…}. Les opérateurs, comme les agences d’intérim, estiment prendre un risque car ils seront payés au résultat { « opérateurs privés de placement = efficacité » ne serait donc qu’un postulat ?} et doivent mobiliser leur trésorerie pour avancer le pécule mensuel de 300 euros versé au jeune pendant six mois.

L’opérateur touchera au départ 25% de la somme due par l’Etat, puis 40% si le jeune décroche un CDD de plus de six mois ou un CDI, le reste s’il se stabilise. Pour s’assurer que les opérateurs viennent bien en aide aux jeunes qui en ont le plus besoin, l’Etat a ciblé des quartiers très défavorisés.

Amertume des missions locales

Le choix du privé n’est pas sans susciter de l’amertume au sein des 480 Missions locales, le service public déjà chargé d’aider au quotidien un million de 16-25 ans, avec un budget annuel limité à 253 millions d’euros. Certaines {97 %} missions ont en effet renoncé à participer au contrat d’autonomie faute de présenter la taille critique {surtout pour d’autres motifs, dont l’attachement à la mission de service public}. Ainsi, pour Christine Beguinot, directrice d’une mission à Reims : « Il n’y a pas de conflit, mais la démarche est différente. Je ne sais pas s’ils ont des performances supérieures, mais nous nous avons d’office déjà beaucoup de jeunes dont il faut s’occuper ».

En juin, l’Association nationale des directeurs de missions locales (ANDML) avait critiqué ce recours au privé, la CGT y voyant, elle, une « amorce de privatisation de l’accompagnement global des jeunes ». Le contrat d’autonomie serait a priori plus cher que le « contrat d’insertion dans la vie sociale » (Civis) lancé par Jean-Louis Borloo en 2005 et mis en oeuvre par les missions locales. Le Civis {165 millions d’euros en 2008} coûte à l’Etat environ 4.500 euros par jeune aidé.

Le ministère souligne qu’il ne touche pas au budget des missions locales et qu’il n’y a pas de concurrence puisque le Civis porte sur 100.000 jeunes par an. »

Pas de concurrence ? il n’y a pire sourd que celui qui ne veut entendre.

 (1) http://www.lesechos.fr/info/france/300279207.htm?xtor=RSS-2094

 


Les nouveaux (et moins nouveaux) administrateurs de l’ANDML

juillet 9, 2008

L’assemblée générale de l’Association Nationale des Directeurs de Missions Locales (ANDML) a élu le 10 juin son conseil d’administration. Voici, sans commentaires comme sur Euronews, les trente-quatre heureux élus pour la période 2008 – 2011. Souhaitons-leur de bons mandats, courage et détermination… c’est le fonds qui manque le moins !

Aquitaine : Stéphane COPPEL (Mission Locale Landaise).

Auvergne : Françoise-Paule MATHEY (Mission Locale de Riom Limagne Combrailles).

Basse-Normandie : Jean-Michel GOUBARD - Bureau : Vice président – (Mission Locale du Pays d’Alençon) et Xavier NABAT (Mission Locale de la Baie de Seine).

Bourgogne : Régis BARBIER (Mission Locale Rurale de l’Arrondissement de Beaune) et Ibrahima NDAO (Mission Locale Jeunes de Nevers).

Bretagne : Philippe JOURDAN (Mission Locale du bassin d’emploi de Rennes) et Joseph LEGRAND (Mission Locale du Pays de Fougères).

Centre : Marie RONDWASSER (PAIO de la Touraine côté sud).

Champagne-Ardenne : Christine BEGUINOT - Bureau : Secrétaire – (Mission Locale pour la Jeunesse de l’arrondissement de Reims) et Mokhtar BOUGHARI (Mission Locale de la Marne Moyenne).

DOM : Max LAURENT (Mission Locale de la Guadeloupe) et Jean-Michel LOUTOBY (Mission Locale de la Cabesterre).

Corse : Bernard GIUDICELLI (Mission Locale de Bastia).

Franche-Comté : Didier BELLI (ADP du Nord Jura).

Haute-Normandie : Annie JEANNE - Bureau : Présidente – (Mission Locale de l’Agglomération Rouennaise) et Pierre LE SAOUT (Mission Locale de l’agglomération d’Elbeuf).

Île de France : Evelyne BARBIER (AIFP Mission Locale Plaine Centrale Val de Marne), Nathalie BOYER (Mission Locale intercommunale Rosny-sous-Bois), Marie-Michèle PISANI (AISPJ Mission Locale Val d’Oise Est) et Sylvie WEILL - Bureau : Trésorière – (Mission Locale de Saint Quentin en Yvelines).

Languedoc-Roussillon : Jean-Paul BRETEL (Mission Locale des Jeunes de l’Agglomération de Montpellier) et Jean-Pierre MUNICH (Mission Locale Insertion DR 11 de Limoux).

Limousin : Jean-Marc SEIJO-LOPEZ (Mission Locale de Tulle).

Midi-Pyrénées : Anna FELDMAN (Mission Locale de Toulouse) et Monique MANDONNET (Mission Jeunes du Tarn Nord).

Nord Pas-de-Calais : Vincent PLOVIER (Mission Locale l’Agglomération Dunkerquoise).

Pays de la Loire : Christophe JEAN (Mission Locale du Sillon de Bretagne) et Noëlla LESIAK (Mission Locale de la Presqu’île Guérandaise).

PACA : Armande PATRON (Mission Locale du Comtat Venaissin) et Jean-François REBIFFÉ (Mission Jeunes 05 de Gap).

Rhône Alpes : François GAUDIN (Mission Locale Jeunes d’Albertville), Rachid OUKRID, (Mission Locale du Plateau Nord Val de Saône) et Enrico RIBONI (Mission Locale de l’Ardèche Méridionale).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Fusion ANPE-Assédic : ça s’organise…

juillet 9, 2008

Dans la perspective du futur nouvel opérateur issu de la fusion entre les deux réseaux, une réunion devait se tenir mercredi 2 juillet avec les deux instances représentatives de l’ANPE et des Assedic, respectivement le CCPN (comité consultatif paritaire national) pour l’Agence et CNIC (Comité national d’information et de concertation) pour le régime d’assurance chômage. Patatras, selon l’AEF (dépêche n° 98985), cette rencontre a tourné court, chacun refusant de se prononcer sur le dossier, considérant, pour l’un que « les documents n’avaient pas été remis dans les temps », pour l’autre qu’ils « ne comportaient pas les informations nécessaires ».

Le document élaboré par la direction générale de la nouvelle instance - dont le nom devait être dévoilé lors de son conseil d’administration le 9 juillet mais a été reporté à la rentrée “pour tenir compte de problèmes juridiques ”sans plus de précisions” selon la dépêche AEF n° 99111 - est notamment considéré comme « trop flou ». Selon le document, « la structuration juridique, organisationnelle et sociale de la nouvelle institution {…} procédera d’un processus continu et progressif qui prendra, pour que les choix stratégiques en soient totalement stabilisés, de 18 mois à deux ans » ; les instances représentatives du personnel, actuelles et futures, devant « être pleinement associées aux réflexions relatives à {cette} structuration sur ces différentes phases. » Ça ne mange pas de pain mais ça n’engage pas plus que ça ne dit..

 Ce que l’on sait…

16 000 m², 8 millions d’euros.

Le siège de la nouvelle institution est fixé dans le XXème arrondissement de Paris, Porte des Lilas : 16 000 m² de locaux accueillant dès mars 2009 environ 750 personnes, pour un loyer annuel d’un peu moins de 5,4 millions d’euros hors taxes auxquels s’ajouteront notamment un surloyer, pendant six ans, de 388 000 euros nets annuels. Toutes charges et taxes comprises, l’opération atteindrait donc 8 millions d’euros.

Quatre niveaux.

S’agissant de l’organisation de la nouvelle instance, celle-ci sera « résolument orientée vers le service aux clients (demandeurs d’emploi et actifs, allocataires, employeurs, collectivités territoriales) » et prendra « en compte la diversité des territoires et la nécessité de délivrer ses principaux services en proximité tout en garantissant une offre de service nationale cohérente ». Quatre niveaux structureront l’entité :

- Un niveau national définissant la stratégie, la conception des politiques et de l’offre de service nationale, le pilotage de la performance et le management du réseau, la maîtrise des risques et des moyens. Le texte précise que la fonction de « formation des personnels » pilotée au sein de la DRH sera organisée « sur une base interrégionale. »

- Un niveau régional qui déclinera la stratégie nationale avec adaptation des politiques d’intervention et de l’offre de services à la région, programmera les moyens régionaux, conduira les partenariats régionaux, pilotera la politique de co-traitance et de sous-traitance, reportera à la direction générale. Ce niveau comprendra les Instances paritaires régionales qui veilleront à la bonne application de l’accord assurance chômage et seront consultées sur la programmation des interventions au niveau territorial.

- Un niveau territorial mettant en œuvre la stratégie régionale en l’adaptant aux caractéristiques du territoire, programmant ses moyens, conduisant les partenariats territoriaux, supervisant les sites d’accueil et unités spécialisées du territoire, reportant à la direction régionale.

- Un niveau local composé de sites d’accueil polyvalents et d’unités spécialisées qui produiront et délivreront des services dans une logique de proximité.

29 établissements.

La nouvelle institution se composerait donc de 29 établissements : une direction générale, composée d’un établissement siège et d’un établissement « Direction des systèmes d’information » ; 26 directions régionales regroupant les directions régionales de l’ANPE et les Assédic (siège et antennes) ainsi que des territoires d’outre-mer (Mayotte, Saint Martin…) ; le GARP (Groupement des Assédic de la région parisienne) qui relève de la qualification d’établissement, avec maintien des centres de traitements nationaux.

Des principes et objectifs opérationnels.

Il s’agit de renforcer et d’améliorer le service aux demandeurs d’emploi dès le 1er janvier 2009, avec le renforcement des guichets uniques, des simplifications supplémentaires dans le processus d’inscription des demandeurs d’emploi ou l’unification des services internet et téléphone.

Appui personnalisé, accompagnement personnalisé et création d’entreprise.

Trois catégories de parcours d’accompagnement sont identifiées : « l’ appui personnalisé » avec notamment la mise en œuvre du suivi mensuel personnalisé au premier mois pour certaines populations sensibles comme les seniors ; « l’accompagnement personnalisé » pour le retour à l’emploi des personnes les plus éloignées de l’emploi (dispositif CVE - Cap vers l’emploi -, opérateurs privés de placement…) ; le parcours spécifique de créateur d’entreprise maintenu dans sa configuration actuelle.

Maintien du « niveau général » de l’emploi… « au regard des missions qui lui sont confiées ».

La création du nouvel opérateur a « vocation à n’entraîner aucun licenciement économique » et rappelle que la loi organisant la fusion prévoit que « la future convention collective comporte notamment des stipulations en matière de stabilité d’emploi ». Aussi, le délégué général « s’engage à maintenir le niveau général de l’emploi en termes d’effectifs au regard des missions qui lui sont confiées ».

Pour tous les personnels de l’ANPE, la nouvelle institution se substitue à l’agence comme employeur. Du côté de l’assurance chômage, il en est de même à l’exception d’une centaine de salariés participant aux missions qui restent dévolues à l’Unédic et ceux des établissements AGS (Association pour la gestion du régime d’assurance des créances des salariés). Ceci sans modification de l’affectation géographique.

Compte tenu cependant du transfert du recouvrement des cotisations d’assurance chômage aux Urssaf, prévu dans la loi pour 2012 au plus tard, Christian Charpy, le délégué général de l’opérateur unique engagera une négociation avec les organisations syndicales représentatives « en vue de conclure un accord sur les modalités de repositionnement et d’accompagnement des salariés actuellement en charge de cette activité ». La direction générale s’engage à envisager pour tout salarié qui le demanderait, « une priorité de reclassement au sein des Urssaf ».

Dialogue social.

Le document aborde enfin les conséquences de la création de la nouvelle institution sur les instances représentatives du personnel. Il est proposé aux organisations syndicales « de négocier et conclure un accord organisant les modalités du dialogue social » au sein de l’opérateur. « Cette négociation pourra être engagée, transversalement par l’Unédic/Assédic et l’ANPE, sans attendre afin que l’accord qui pourrait en résulter s’applique dès le transfert des contrats de travail à la nouvelle institution. »

Plein emploi ou pleine activité ?

Christian Charpy et les organisations syndicales se rencontraient lundi 7 juillet 2008 pour discuter d’un « texte martyr » (c’est-à-dire écrit pour être soumis au débat) en vue de l’accord préalable qui fixera le périmètre et le calendrier des négociations nécessaires à la mise en oeuvre de la nouvelle institution. Espérons que seul le texte sera “martyr”. Le même Christian Charpy déclarait dans un article du Monde (28 juin) “L’objectif du gouvernement est d’atteindre le plein emploi d’ici à 2012.” Est-ce bien de “plein emploi” dont il s’agit car “Se dessine ainsi une stratégie qui, à la limite, pourrait résorber le chômage en le grignotant progressivement par la multiplication de manières dégradées de travailler. On pourrait de la sorte restaurer une société de pleine activité (mot d’ordre de l’OCDE), sans que l’on puisse parler de société de plein-emploi, si l’on entend par emploi un travail relativement assuré de sa durée (prééminence du CDI), fermement encadré par le droit du travail et couvert par la protection sociale.” (1).

 

(1) Robert Castel, “Travailler plus, pour gagner quoi ?”, Le Monde, 9 juillet 2008. Dommage que, pour sa juste dénonciation de L’insécurité sociale (2003, “La République des idées”, Seuil), Robert Castel se soit senti obligé de commencer son article par une critique des thèses de Dominique Méda (Le travail, une valeur en voie de disparition ? 1995, Flammarion) et de Jeremy Rifkin (La fin du travail, 1996, La Découverte).


Plan Espoir Banlieues : paroles d’édiles… Rationalité et rationalisme…

juillet 9, 2008

Après le Conseil Économique et Social, le Plan Espoir Banlieues continue à faire parler de lui, une nouvelle fois à l’Assemblée nationale. Quatre députés interrogent le gouvernement, deux de droite et deux de gauche ou, si l’on préfère discriminer sur une base géographique, deux du Nord-Pas-de-Calais et deux du Rhône.

- Côté UMP, l’un - Dominique Perben – formule prudemment sa question alors que Christian Vanneste évolue dans cette problématique avec une grâce toute pachydermique.

- Côté socialistes, la posture est cohérente : celle d’une défense des missions locales sur la base de la mission de service public, d’un refus de la (idéo)logique du tout concurrence, de l’inéquité entre les allocations CIVIS et contrat d’autonomie, du savoir-faire des missions locales.

Rationalité et rationalisme…

Ces questions succédant à d’autres (déjà recensées sur ce blog) démontrent au moins une chose : les conséquences de la structuration juridique et politique issues du Rapport Schwartz et de l’ordonnance de mars 1982, organisant de façon originale une politique d’État en impliquant fortement les élus locaux jusqu’à leur confier la présidence des associations, constituent toujours un atout majeur. Pas simple de se débarrasser des trublions piou-piou qui, face à une logique rationaliste désincarnée, persistent à être reconnus parce que, tout simplement, ils accueillent les jeunes, ils ont intégré dans leurs pratiques l’évidente nécessité systémique de l’approche globale. Le combat est ici entre une rationalité constructive qui est un garde-fou contre l’erreur, la simplification et l’illusion, et un rationalisme arc-bouté sur quelques postulats et dirigé par la seule efficience. « La vraie rationalité, ouverte par nature, dialogue avec un réel qui lui résiste. Elle opère une navette incessante entre l’instance logique et l’instance empirique ; elle est le fruit du débat argumenté des idées, et non la propriété d’un système d’idées. Un rationalisme qui ignore les êtres, la subjectivité, la vie, est irrationnel. La rationalité doit reconnaître la part de l’affect, de l’amour, du repentir. La vraie rationalité connaît les limites de la logique, du déterminisme, du mécanisme ; elle sait que l’esprit humain ne saurait être omniscient, que la réalité comporte du mystère. Elle négocie avec l’irrationalisé, l’obscur, l’irrationalisable Elle est non seulement critique mais autocritique. On reconnaît la vraie rationalité à sa capacité de reconnaître ses insuffisances. » (1)

Une stratégie de détermination sectorielle…

Ceci étant, il ne faut pas se leurrer et le rationalisme avance ses pièces face auxquelles la conviction des acteurs de l’insertion ne suffira pas. On peut se reporter au chapitre du rapport Boulanger concernant « le recours aux co-traitants : missions locales, Cap Emploi, APEC » (2)

« [131] Les principes régissant l’intervention des co-traitants dans la prise en charge de publics relevant de la responsabilité de la nouvelle institution doivent être les mêmes que ceux qui seront appliqués aux organismes privés quant au type de service à rendre (accompagnement personnalisé), quant à l’autonomie dans la méthode, quant au résultat à atteindre (l’accès rapide à l’emploi, couplé à l’objectif de parcours qualifiant pour les jeunes sans qualification), quant à la durée de la prise en charge. 

[132] Pour autant le mode de fonctionnement de ces intervenants n’en fait pas des sous-traitants puisque le financement de leur action ne dépend que partiellement du conventionnement de l’ANPE. Cette situation est appelée à durer encore malgré les critiques qu’elle ne pourrait manquer de soulever au regard des règles relatives aux marchés publics.

[133] Il est proposé, dans l’attente de solutions juridiquement plus solides, de maintenir le mode actuel de conventionnement en en consolidant fermement la base conceptuelle et politique. Il paraît indispensable de conclure avec chacune des têtes de réseau concernées un accord de fond qui définisse le cadre de l’action entreprise en commun. S’agissant de satisfaire aux exigences supérieures de la politique de l’emploi, il est indispensable que les objectifs en soient partagés par les institutions qui, par la co-traitance avec la nouvelle institution, sont associées à l’effort commun. 

[134] Ainsi il doit être clair pour chacun que la co-traitance, qui préserve l’indépendance des institutions associées, est fondée sur une véritable, et vérifiable, adhésion aux objectifs assignés à la nouvelle institution qui aura la responsabilité d’adresser les publics aux co-traitants et de mesurer publiquement les résultats obtenus (voir § 4.6- Evaluer). Il devra être clair également que c’est cet engagement et à terme les résultats obtenus qui justifieront le financement des structures concernées au-delà des financements ponctuels versés par la nouvelle institution qui, en l’état initial des choses, demeureront limités. » (souligné par nous).

En clair, les « co-traitants » ne peuvent pas être traités par la force des choses comme d’ordinaires prestataires mais, en attendant que leur place privilégiée puisse être juridiquement déconstruite sur la base des règles de libre concurrence, ils devront être contraints d’adhérer ou, plus exactement, de se soumettre aux impératifs de l’opérateur unique dont la stricte sectorialité (l’emploi et la qualification, évaporation du social) et l’accès rapide à l’emploi (cf. la position inverse du CERC sur une temporalité plastique et longue, basée non sur la durée d’un dispositif mais sur le parcours). A défaut, le bâton : les résultats obtenus justifieront ou non le financement.

Du pain sur la planche…

On ne pourra pas dire qu’on ne savait pas. Et, sans revenir sur ce qui, à de nombreuses reprises, a été développé ici et ailleurs, rappelons à la volée l’exigence déontologique et stratégique d’une professionnalisation pleine et entière (profession – professionnalisme – professionnalité), d’une cohérence interne (projet associatif de structure, participation des jeunes) et externe (dynamique de réseau, culture commune), d’une maîtrise conceptuelle, d’une réappropriation des missions d’observation et de développement local, d’une déclinaison du devoir d’innovation… Bref, la carte d’identité du réseau.

 Verbatim des questions des deux parlementaires UMP…

- Dominique Perben (Rhône) attire l’attention de M. le ministre du travail, des relations sociales, de la famille et de la solidarité sur les préoccupations exprimées par les missions locales s’agissant de la mise en place du contrat d’autonomie. « Dans le cadre du plan banlieues, la mise en place d’un nouveau contrat à destination des jeunes en difficulté a été annoncée. Ce contrat d’autonomie sera signé avec des organismes de placement, il permettra un accompagnement individualisé de jeunes de 18 à 26 ans vers l’emploi. Les missions locales qui accompagnent des jeunes dans le cadre du programme CIVIS s’interrogent sur l’articulation entre ces deux dispositifs. Par conséquent il aimerait avoir des précisions sur la mise en oeuvre du contrat d’autonomie et son articulation avec les dispositifs d’accompagnement à l’emploi existants. »

- Christian Vanneste (Nord) attire l’attention de Mme la ministre de l’économie, de l’industrie et de l’emploi sur le devenir des missions locales en France. « … On peut se demander si les missions locales doivent conserver leur mission d’accompagnement en matière d’emploi, étant donné que la rationalisation des moyens et la mise en place d’un guichet unique par la fusion de l’UNEDIC et de l’ANPE tendent à réunir en un seul et même lieu les informations concernant l’emploi. »

Et verbatim des questions des deux parlementaires socialistes…

- M. Jean-Pierre Kucheida (Pas-de-Calais) attire l’attention de Mme la ministre de l’économie, de l’industrie et de l’emploi sur la mise en place du contrat d’autonomie dans le cadre du plan « Espoir Banlieues ». « Ce nouveau contrat s’adresse aux 16-25 ans les plus en difficultés des zones urbaines sensibles. Il est désormais prévu que les missions locales entrent en concurrence avec des opérateurs privés sur leur principale compétence et responsabilité : à savoir celle de l’accompagnement dans la recherche et le retour à l’emploi. En 2006, les missions locales ont reçu 180 000 jeunes habitant en zone urbaine sensible. 12 500 ont bénéficié d’un contrat aidé, 41 000 ont commencé une formation et 43 000 d’entre eux ont trouvé un emploi. Le lancement de l’appel d’offre réalisé le 31 mars dernier dans 35 départements pilotes remet en cause la pertinence de l’action de ces instances publiques. Il porte atteinte aux missions de service public qu’elles assurent selon des conventions pluriannuelles d’objectifs récemment reconduites. Ces conventions conditionnent l’attribution des financements aux résultats obtenus notamment dans l’accompagnement des jeunes issus des zones urbaines sensibles dans l’emploi. Une ouverture à la concurrence menace donc directement la pérennité de structures qui disposent d’un savoir-faire dans l’accompagnement à l’emploi durable pour les jeunes. La mise en oeuvre du contrat d’autonomie introduit par ailleurs des inégalités de traitement majeures pour les jeunes qui en bénéficieront ou pas. Offrant une bourse de 1 800 euros en six mois alors que le contrat d’insertion dans la vie sociale (CIVIS), outil principal des missions locales, ne permet de proposer que 900 euros sur un an, le contrat d’autonomie généralise une concurrence déloyale qui s’exercera en la défaveur des missions locales. En conséquence, il lui demande de revoir les termes du projet de mise en oeuvre du contrat d’autonomie en veillant à garantir avant toute chose la pérennité d’un service public de qualité au bénéfice de l’ensemble des jeunes en difficulté. »

- Jean-Jack Queyranne (Rhône) appelle l’attention de Mme la ministre du logement et de la ville sur les difficultés d’application du plan banlieues et plus particulièrement sur celles liées aux contrats d’autonomie. « En effet, le contrat d’autonomie présente la particularité d’être confié à des opérateurs choisis sur appel d’offre, alors que le programme CIVIS (contrat d’insertion dans la vie sociale) prévu par la loi de cohésion sociale de janvier 2005 était placé sous la gestion notamment des missions locales. Sur la région Rhône-Alpes, les 49 missions locales suivent actuellement 17 000 jeunes dont 3 600 résidants dans des quartiers classés ZUS. Les résultats obtenus sont plus que satisfaisants, puisque 54 % des jeunes en cours de CIVIS sont employés ou en formation et 52 % des jeunes sortent du programme en situation d’emploi durable. Cette réussite due au savoir-faire des missions locales risque d’être fortement remise en cause par un nouveau programme qui se révèle identique au CIVIS, sauf sur la désignation des prestataires. Compte-tenu des caractéristiques du marché public proposé, nombre d’unions de missions locales n’ont pu aller au terme de la consultation, essentiellement en raison du manque d’avances en trésorerie imposées par les marchés publics. En conséquence, il lui demande quelles mesures pourraient être prises afin que le travail mené par les missions locales avec le programme CIVIS puisse être pris en compte et que les missions locales restent des partenaires privilégiés avec leurs compétences et leurs connaissances au sein de l’application du contrat d’autonomie. »

 (1) Edgar Morin, Les sept savoirs nécessaires à l’éducation du futur, 2000, Seuil, p. 22

(2) Jean-Marc Boulanger, Contribution à la préparation de la convention tripartite entre l’Etat, l’Unédic et la nouvelle institution créée par la loi du 13 février 2008, avril 2008, p. 33.